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02/05/2009

Mélenchon peut-il faire de l’ombre à Besancenot ?

Que cela soit clair, je ne partage pas les orientations politiques de Jean-Luc Mélenchon. Surtout deux d’entre elles : celle qui impose, d’une part, une stricte séparation entre le combat politique et la lutte sociale ; celle qui voudrait, d’autre part, que l’on pourrait s’engager dans une voie de transformation révolutionnaire de la société uniquement par la voie parlementaire. D’ailleurs ces deux options sont liées. La division des tâches entre organisations syndicales et organisations politiques a été très certainement à l’origine de l’abandon par la gauche social-démocrate des objectifs révolutionnaires du mouvement ouvrier.

 

Mais il y a bien d’autres zones d’ombres dans le programme de Mélenchon. Que signifie précisément sa ligne de rupture avec le capitalisme ? « Un monde est fini », affirme-t-il en parlant de la crise dans un entretien au Monde. Ce n’est qu’une formule. Une crise, aussi violente soit-elle, ce n’est pas la fin du capitalisme. D’ailleurs, les deux principales revendications du mouvement syndical, ce sont un plan de relance par la consommation et des actions permettant une ré-industrialisation du tissu économique français. Rien sur la réduction du temps de travail ; pas plus sur les nationalisations des banques. En d’autres termes, comment pourrait-on rompre avec le capitalisme « par les urnes », alors que dans le mouvement syndical on ne propose rien pour entamer son règne.

 

Là où Mélenchon pourrait marquer des points, en revanche, c’est sur la question de l’unité de tous ceux qui sont prêts à s’engager dans cette voie de « rupture ». Non pas pour constituer une majorité électorale alternative à celles des sociaux-libéraux du PS et de leurs probables alliés du centre, mais bien plutôt pour commencer ce que ne pourra jamais faire le NPA enfermé dans son « révolutionnarisme », ce travail de dialogue interne au mouvement social sur les solutions anticapitalistes à la crise. Des solutions qui ne seraient pas seulement économiques mais également politiques comme la revendication de la proportionnelle intégrale dans toutes les élections et d’une rupture avec les institutions de la cinquième république.

 

C’est à ces conditions que Mélenchon pourra contraindre le NPA à la raison. Car, à l’évidence, à moins d’une défaite électorale aux Européennes (moins de 5%), le NPA n’est pas prêt de céder sur une orientation, qui bien que vouée à l’impasse, lui assure, dans l’immédiat, la sympathie d’une majorité du « peuple d’extrême-gauche ».

 

 

PS. : Dimanche, Mélenchon à Canal plus a dû se demander ce qui lui valait cette agressivité de la journaliste qui l’interrogeait après un reportage où le NPA était mis en valeur en contrepoint de la campagne du PS. En revanche aucun reportage sur la campagne du Front de gauche et sur son programme. Le moins que l’on puisse dire c’est que le Front de gauche ne bénéficie pas d’une couverture médiatique complaisante.

01/05/2009

« Radicaux » et « réalistes »

Après le Figaro, c’est au tour du Monde et de Libération d’alimenter la rumeur de l’influence grandissante de la « gauche de gauche » dans les luttes sociales, comme si les salariés menacés par un plan social, et leurs organisations syndicales, avaient besoin du secours d’un Besancenot ou d’un Mélenchon (Eh, oui, même Mélenchon a le droit dans Libé de figurer parmi les « radicaux » du mouvement social !) pour savoir ce qu’ils ont à faire.

 

Il y aurait donc « derrière la façade du 1er mai unitaire », opposition entre « radicaux » et « réalistes » (Libération). Passe encore que l’on mette le petit syndicat « rouge » SUD-Solidaire (moins de 5% aux prudhommales) parmi les « radicaux », mais FO, au prétexte que le POI trotskiste (Schivardi, moins de 1% à la présidentielle) y serait influent ( ?), c’est un comble. FO, dans les entreprises, c’est le plus souvent le syndicat le moins actif, le plus réactionnaire, le plus proche du patron.

 

Et pour boucler le tableau, il y a ça : « Les organisations syndicales font face à la pression d'une partie de leur base… » (Le Monde). Si elle n’existait pas, la « base », il faudrait l’inventer. A Continental, ce n’est pas la « base » que conseille le militant de Lutte ouvrière qui passe, là bas, pour celui qui a imaginé les méthodes radicales des « Conti », mais le leader CGT de la boîte.

 

Enfin, comment peut-on prendre au sérieux cette proposition d’un Besancenot d’une « marche nationale sur Paris de licenciés ». Même au NPA, qui a découvert par la presse cette proposition de son « porte-parole », on n’y croit guère. Et que va-t-il faire Besancenot en Guadeloupe ? Parfaire son éducation auprès du LKP ? Tout cela confine à la farce. Le poids réel de la « gauche de gauche » parmi les salariés ne permet pas aujourd’hui d’envisager « convergence » et « grève généralisée » dans un mouvement social qui est encore paralysé par l’absence de perspective politique. A ce  titre, le résultat des Européennes, permettra de mesurer cette prétendue influence. Il est possible qu'il faille, après ces résultats, réviser certaines orientations.

27/04/2009

Le courage de Xavier, syndicaliste

Un récent article du Figaro « Séquestrations : la main de l’extrême-gauche » est passé presque inaperçu sauf pour quelques observateurs « marginaux » (Fontenelle dans Politis et quelques sites Internet dont celui du NPA). Il est vrai que c’est une vieille rengaine que l’on nous ressert à chaque fois que la lutte sociale reprend du poil de la bête. La droite (la « réaction ») n’est pas la seule à sortir l’épouvantail des « rouges ». Souvenons nous des « coucous » d’Edmond Maire (à moins que cela soit de Rocard) ou de « l’anarchiste allemand » de Marchais. En 1871, Marx avait dû démentir qu’il était pour quelque chose dans la Commune de Paris.

 

Moi-même, j’ai pu constater que dans mon propre syndicat on surévaluait l’implantation de l’extrême-gauche dans le mouvement syndical. Hélas, d’ailleurs, car si l’extrême-gauche avait cette influence qu’on lui prête, il est certain que nous n’en serions pas dans cette situation d’attente d’initiatives à la mesure de l’exaspération sociale qui gagne de jour en jour le monde du travail. Car il faut dire la vérité, les directions confédérales ne sont pas à la hauteur. Les a-t-on entendues protester vigoureusement aux menaces proférées par le pouvoir de sanctionner les syndicalistes coupables, selon lui, de « violences » ? Pourquoi, alors que c’est vers eux que se tournent les salariés, est-ce tour à tour Ségolène Royal et Olivier Besancenot qui, selon les sondages, sont les meilleurs opposants à Sarkozy ?

 

La faute aux sondeurs, qui très certainement, n’incluent pas dans leurs enquêtes les dirigeants syndicaux. Mais bien évidemment aussi à Thibault, Chérèque ou Bailly. Thibaut, passe encore, son crédit n’est pas encore trop entamé, mais Chérèque ! Voilà quelqu’un qui a tout fait pour obtenir la reconnaissance des « puissants » et qui n’a rien obtenu, et n’obtiendra désormais plus rien. Il persiste néanmoins à gémir et quémander. Ainsi, bien que la seule force dont ils puissent disposer réside dans les syndicats, les salariés n’ont que des porte-parole inodores et incolores.

 

On voit bien l’impasse sociale et politique du moment. D’un côté des « opposants » sans troupes, de l’autre des troupes sans voix. Combien nous aimerions voir aujourd’hui ces « leaders » nationaux avoir le courage du délégué syndical CGT de Continental, Xavier Mathieu, prendre ainsi la défense de l’ancien élu, et militant de Lutte ouvrière Roland Szpirko (c’est lui qui a inspiré la création du comité de lutte des Continental), expliquant en assemblée générale : « J'entends dire que je suis mené par Roland. Je ne suis mené par personne. Avant l'annonce de la fermeture de l'usine, je ne le connaissais pas physiquement. Si les Chausson ont obtenu ce qu'ils ont obtenu, c'est grâce à lui. C'est ce genre de conseiller que je veux auprès de moi. Si demain il part, je pars avec lui ! »

25/04/2009

Le vote "radical" stagne

A un peu plus d’un mois des Européennes, la tendance ne change pas. Non seulement ces élections ne mobilisent pas – peut-être même atteindrons nous un record d’abstention – mais elles risquent surtout ne pas faire bouger d’un iota le paysage politique. En d’autres termes, la droite va gagner ces élections (si l’on comptabilise toutes les intentions de vote à droite on arrive au chiffre de 53 %)  devant une gauche social-libérale (PS et Verts, soit 35 %) qui n’aura ainsi en deux ans de sarkozisme gagné aucun point.

 

Pour la « gauche de gauche » (PC-PG, LO, NPA, soit 12 %), c’est plus désespérant. Elle va rester rivée à son désormais traditionnel étiage, faisant une fois encore la preuve de son impuissance à capitaliser une exaspération sociale bien réelle, mais qui pour qu’elle se manifeste aurait eu besoin d’une indication claire. Au lieu de quoi, on lui propose de disperser son vote entre trois formations dont on a bien du mal à comprendre ce qui les sépare.

 

Dans ces conditions, rien de plus normal de ne pas aller voter pour des partis qui ne proposent aucune alternative. Ce discrédit des partis aura évidemment des conséquences sur le mouvement social. Comment les salariés touchés par la crise auxquels on n’offre pas de recours pourraient-ils se jeter dans une voie de résistance sans issue politique ? Combien est exemplaire à ce titre la conscience qu’ont eu très vite les salariés de Continental que l’on ne leur laissait aucune échappatoire, sinon de se plier au diktat de leur employeur.

 

C’est en quelque sorte une preuve par l’absurde à laquelle nous a contraint la décision du NPA (ce qui n’absout évidemment pas les autres, ni le LO et pas plus le PC) de faire obstacle à toute liste unitaire. Puisque ces élections n’auront servi à rien, il ne restera plus que la lutte et au final, la grève générale. Mais l’une ne va pas sans l’autre. Pas de grève générale sans alternative politique. Pas de mai-juin 36 sans la victoire du Front populaire le 3 mai 1936 ; pas de mai 68 sans le ballotage de de Gaulle en 1965 et la quasi victoire de la gauche aux législatives de 1967.

 

Un autre sondage (Ifop) à paraître dans Sud-ouest indique à peu près les mêmes tendances. Il révèle que Nicolas Sarkozy (28%) devancerait ses adversaires si le premier tour des élections présidentielles devait avoir lieu dimanche, devant Ségolène Royal (20,5%) et François Bayrou (19%). Au premier tour en 2007, M. Sarkozy (UMP) avait recueilli 31% des suffrages, Mme Royal (PS) 26% et M. Bayrou (MoDem) 18,5%, rappelle l'institut de sondage. Olivier Besancenot (NPA) recueille 8% des intentions de vote (contre 4,8% en 2007). Marie-George Buffet gagnerait 1 point (3%) et Arlette Laguiller 0,5 (2%). Pour les écologistes, Dominique Voynet (Verts) grimperait à 4% (+2,5). « Dans le contexte de crise sociale, l'extrême-gauche apparaît comme la première bénéficiaire de cette augmentation », commente l'Ifop.

 

Faux ! En 2002, le total extrême-gauche plus PC avait donné 13,8 %. Aujourd’hui le même total (avec le renfort du PG) donne 13 %. Ce qui n’est guère brillant, compte tenu d’une situation pourtant extraordinairement favorable à l’expression d’une exaspération sociale. Autre enseignement de ce sondage, le « succès » purement électoral du NPA (8 %) au détriment exclusif de la gauche social-libérale, comme si une partie de l’électorat de la gauche traditionnelle pensait ainsi peser sur son parti (le PS) pour qu’il infléchisse sa ligne politique. Pari vain, car la vieille gauche n’abandonnera jamais son orientation politique. Ce qui se passe s’est donc uniquement une captation par le NPA d’un vote « radical » désormais constant depuis bientôt 10 ans. En conclusion, pour la « gauche de gauche » une impasse, et pour la droite un succès assuré. Merci qui ?

 

 

22/04/2009

La tentation répressive

Après la réaction de saine colère des salariés du site de Clairoix de Continental, le gouvernement montre les dents. Mais c’est un caniche qui grogne. Ils savent bien ce qu’ils risquent à vouloir réprimer avec leurs tribunaux : la contagion. On apprend ainsi que les occupations d’entreprise tout comme les « séquestrations » (de simples retenues) commencent à s’additionner. Et ce n’est pas maintenant que ça va s’arrêter, à moins que les employeurs cessent leurs provocations.

 

N’est-ce pas Fillon qui déclarait il y a quelques semaines que les dirigeants de Continental n’avaient pas respecté le droit du travail. Mais c’est les salariés qu’il menace aujourd’hui. Entre des centaines de salariés jetés à la rue et deux ou trois ordinateurs malmenés, Fillon a fait son choix, dérisoire : protéger l'informatique. Mais il s’imagine quoi, ce Premier ministre fantomatique ? Une fois encore, le gouvernement parle trop vite. Après les juges, ses gardes prétoriens sans doute. Qu’ils y viennent !

 

Est-ce un tournant ? Hier c’était Sarkozy « le petit » qui aboyait à Nice, promettant une énième loi contre la délinquance. Aujourd’hui, c’est au tour de son factotum à Matignon et de son adjudante chef de la place Beauvau de jouer aux pères fouettards. Au train où vont les choses, ils risquent fort de s’égosiller en vain. On n’arrête pas ainsi un mouvement qui se met en marche. Cette fois-ci, ce ne sont pas quelques milliers de jeunes qu’ils auront face à eux, mais des millions d’ouvriers.

 

Je dis ici, depuis plusieurs semaines, que malgré la crise et ses effets éteignoir, un incident, un dérapage, dont le pouvoir serait responsable, peut toujours être en mesure de déclencher une levée en masse des travailleurs du rang. Nous n’en sommes pas encore là, mais si le gouvernement y met du sien, nous n’en sommes peut-être pas si loin.

21/04/2009

La « base » s’en mêle

Premier clash entre la « base » (200 personnes environ sur les 2.700 salariés de l’entreprise) et les sections syndicales de l’entreprise Caterpillar à Échirolles et Grenoble. Il n’y a rien de réjouissant dans ce conflit interne au salariat. Il en est toujours ainsi lorsque les salariés se retrouvent dos au mur. N’étant pas sur place, impossible de porter un jugement sur le bienfondé de l’action des salariés les plus déterminés à obtenir un meilleur accord et leur chance de réussir à inverser la tendance.

 

Ayant une longue expérience de conflits salariaux, je sais qu’il est toujours difficile aux responsables syndicaux de faire l’unanimité. Sur les quelque 600 licenciements prévus en contrepartie apparemment du maintien des sites, combien de licenciements secs ? De plus ce plan n’en cache-t-il pas un autre ? En question également, la forme retenue pour faire avaliser ce plan par les salariés : un référendum à bulletins secrets.

 

Une fois encore, ce conflit pose le problème de la lutte entreprise par entreprise. Dans une situation de récession extrême – on prévoit pour 2009 autour de 800.000 chômeurs de plus – c’est le sauve-qui-peut qui l’emporte sur la solidarité. Combien faudra-t-il encore de « bossnapping » (séquestration de patrons) pour que les confédérations agissent à la mesure de cette crise ?

 

L’interdiction, ou l’arrêt, des licenciements ne peut venir que d’une décision d’en haut suite à un rapport de force considérable. Une telle mesure doit être assortie d’une réduction du temps de travail, seule façon de préserver l’emploi. La prise en compte des « problèmes » de l’entreprise – vrais ou prétextes – ne peut que conduire à faire payer aux salariés la facture de la crise.

 

Nous ne sommes pas en 1968, en pleine période de croissance où des accords salariaux au sommet étaient possibles. Il s’agit aujourd’hui de changer radicalement de politique. Essayer de faire croire qu’il suffirait d’une grève générale pour que la droite et le patronat changent de fusil d’épaule est absurde. Il n’y a qu’un autre gouvernement, s’appuyant sur la majorité des salariés et prenant en compte leurs revendications, qui pourrait prendre de telles décisions.

 

Mais qui l’évoque ce changement politique ? Personne. Ni les syndicats et pas plus la « gauche ». La seule échéance politique en cours, les Européennes, illustre bien tout le dérisoire d’une pratique politique qui n’a plus qu’un objectif : l’autoconservation d’un personnel politique qui se contrefiche des intérêts du plus grand nombre. Combien désormais auront-ils le cœur à voter début juin ?

 

Le plan est rejeté par l'intersyndicale

Le comité d'entreprise de Caterpillar rejette le plan de fin de conflit signé dimanche à Paris, a annoncé, mardi 21 avril, Patrick Cohen, élu CGT du comité d'entreprise ayant participé à la réunion à Bercy. "Nous n'organiserons pas de référendum" pour soumettre ce plan aux plus de 2 000 salariés des sites isérois de Caterpillar, a déclaré l'élu du comité d'entreprise, présentant cette décision comme étant celle de l'intersyndicale. Il a assuré que la réunion à Bercy, présentée selon lui au départ comme "une réunion informelle", s'était révélée un "piège" qui s'est prolongé près de neuf heures, jusqu'à ce que les élus du CE signent.

 

Continental : Après la décision d’un tribunal de ne pas suspendre le plan de fermeture du site de Clairoix, près de 250 employés ont saccagé la sous-préfecture de Compiègne où ils attendaient la décision, dévastant les bureaux et jetant à terre les ordinateurs.

 

 

19/04/2009

Le « risque révolutionnaire »

Il est marrant Villepin. Comme à peu près tous les politiques qui n’ont que leurs yeux pour pleurer dans cette crise qui les dépouille toujours un peu plus de leurs prérogatives, il en rajoute dans « l’horreur » à venir. Ça s’appelle « jouer à se faire peur ». Car qui peut craindre aujourd’hui un « risque révolutionnaire » dans un pays où le grand leader charismatique de la gauche révolutionnaire a culminé à moins de 5% en 2007 et qui est aujourd’hui crédité dans un dernier sondage de 7% d’intention de votes à un mois d’une élection qui n’intéresse même pas un électeur sur deux ?

 

Oui mais, la violence s’installe dans les rapports sociaux, bêlent-ils ! Quatre ou cinq « séquestrations » de dirigeants d’entreprise et une ou deux « occupations » d’usine, c’est un peu court. Que Besancenot y voit des prémices d’une situation prérévolutionnaire, rien de plus normal. Il aurait dit la même chose il y a dix, et dans dix ans, il en fera de même. Mais le bourgeois Villepin sait bien, lui, que ce ne sont que rodomontades. Pour leur malheur, en revanche, les ouvriers de Caterpillar ont bien compris que dans l’immédiat, l’heure n’était pas encore à la « généralisation » ; qu’ils étaient un peu seuls et qu’il était préférable d’adopter un repli tactique.

 

Il faut être idiot pour ne pas avoir compris que sans alternative politique – qui pourrait aujourd’hui affronter victorieusement  un Sarkozy en France, un Berlusconi en Italie, une Merkel en Allemagne, un Zapatero en Espagne ou un Brown en Grande-Bretagne – les salariés sont condamnés à la défensive. Evidemment, les « tensions sociales » ne sont pas prêtes de « s’apaiser », mais la « vertu » de toute crise, du moins pour le capital, c’est qu’elle agit généralement comme un puissant sédatif. C’est quand la reprise se fait sentir, en revanche, que les luttes repartent.

 

Evidemment un « dérapage » est toujours possible. Mais nous ne sommes plus dans les années 60 ou 70. Les « pouvoirs publics » s’y reprendront à plusieurs fois avant d’envoyer la police pour déloger des grévistes de leur entreprise ou pour « délivrer » des patrons « séquestrés ». Hormis ces cas extrêmes, que peut-on espérer d’autre ? Et d'ailleurs, qui est l'homme politique le plus populaire en France ? Un ex président et pas Besancenot !

15/04/2009

Chair à canon

Les fins de missions d'intérim et de contrats à durée déterminée représentent au total un tiers de la progression du nombre de demandeurs d'emploi. Ainsi, entre juillet et décembre 2008, 30 000 intérimaires ont été « remerciés » dans le seul secteur de l'automobile. Les intérimaires et les CDD sont la chair à canon du capital en temps de crise. Nul ne s’en préoccupe. Ils sont pourtant cette « huile » nécessaire à la bonne marche des entreprises. Dans certaines filières ils peuvent représenter entre 10 à 20 % des effectifs.

 

Les jeunes sont les plus touchés par cette précarisation. Ainsi, seuls 28 % d’entre eux accèderaient à un CDI dès leur premier emploi, les CDD (43 %) et, dans une moindre mesure l'intérim (23 %), étant très répandus. D'où des salaires moyens de début de carrière très inférieurs au Smic. Les jeunes, stagiaires compris, déclarent ainsi toucher 1 180 euros mensuels. Une situation qui s'arrange quelque peu par la suite puisque 62 % des personnes ayant commencé leur carrière en CDD sont aujourd'hui en CDI. Une situation certes moins précaires mais le salaire moyen déclaré par l'ensemble de la population étudiée ne dépasse cependant pas les 1 331 euros.

 

Cette situation n’est qu’un héritage. Celui de vingt-cinq ans de reculs et de défaites du mouvement social, vingt-cinq ans pendant lesquels, gauche et droite se sont partagés le pouvoir, vingt-cinq ans qui ont vu le mouvement syndical « accompagner » cette flexibilité du travail qui a fini par mettre en péril les statuts de certains services publics comme celui de la Poste. La crise va permettre au patronat d’accélérer cette précarisation du travail. Car dès les premiers signes de reprises, ce sont des intérimaires et des CDD que l’on embauchera en premier. Les CDI licenciés d’aujourd’hui ne sont pas près de retrouver leurs anciens statuts.

10/04/2009

Séquestrez plus, pour gagner plus !

Tandis que l’Assemblée s’amuse (loi Hadopi), dans les entreprises où l’on annonce des plans sociaux, on séquestre patrons et cadres dirigeants d’entreprises. Embarras des politiques, appui  du bout des lèvres du PS officiel, tandis que les directions confédérales observent. A moins d’un mois d’un 1er mai qui devrait être unitaire – quoique déjà l’intersyndicale commence à craquer, SOLIDAIRES s’est retiré de l’intersyndicale à La Rochelle – il est évident que la « base » riposte avec les moyens du bord, la grève et les occupations ne suffisant pas à faire céder le patronat.

 

Ce n’est qu’un début. Les séquestrations de ces derniers jours ayant permis d’améliorer les conditions de départs de futurs licenciés, cette méthode va faire florès. Le pouvoir va-t-il laisser faire ? Va-t-il envoyer les forces de l’ordre ? Tout cela rappelle les années 70 et plus particulièrement le film de Jean-Luc Godard « Tout va bien », avec Yves Montand, Jeanne Fonda et la chanson de Stone et Charden !

 

Attention ! Les directions confédérales ont pour l’instant adopté un profil bas. Le 1er mai, c’est encore loin. D’ici là nous aurons une bonne vingtaine de nouveaux plans sociaux. Bientôt les séquestrations ne suffiront plus, il faudra aller plus loin encore, appeler à des solidarités locales, à des barrages de routes et à des affrontements. Dans les syndicats on entend déjà des militants suggérer qu’ils ne se contenteront plus désormais des manifestations traîne-savates ! Chez Janneau, le constructeur de bateaux en Vendée, on envisage de refuser tout net les licenciements, considérant que pendant 10 ans, l'entreprise s'en est mis plein les poches.

03/04/2009

Monkey Business

Les dizaines de millions de salariés qui dans le monde vont bientôt connaître les affres du chômage peuvent être rassérénés. Leur sacrifices n’auront pas été vains ; ils auront sauvé la banque ou tout du moins contribué à rétablir la confiance. Car le plan de sauvetage du capitalisme obèse de tous ces fonds pourris est à ce prix. Et ce n’est qu’un début car pour que les affaires recommencent il va bien falloir purger bébé pour qu’il se gave de nouveau avec toute cette monnaie de singe injectée.

 

Tel était le double enjeu du G 20 : encourager la finance à investir plutôt qu’à spéculer ; enjoindre le travailleur à courber l’échine. En d’autres termes le « voleur » est absout de son crime, mieux on va lui accorder de nouveaux prêts, et le « volé » est prié à se faire dépouiller un peu plus encore.  Autrefois on jetait l’une contre l’autre des nations entières ; aujourd’hui, la guerre est ringarde. On a d’autres moyens, bien plus sophistiqués, pour liquider le trop plein de richesse que l’économie mondiale a été sensée avoir créé. Comme une bonne partie de cette richesse est virtuelle, il suffira pour rétablir les comptes de détruire quelques millions d’emplois et les affaires pourront reprendre… comme avant.

 

Qu’est-ce qui peut faire que ça ne marche pas ? En France, pratiquement l’un des seuls pays au monde où il existe un début de riposte organisée du « monde du travail », les luttes dans les entreprises n’ont qu’un seul objectif : négocier au mieux les plans sociaux. Et pour cela, c’est à l’Etat que l’on appelle à l’aide. C’est dire que l’on n’est pas prêt de voir cette explosion sociale que les éternels optimistes de la révolution ici et maintenant nous prédisent depuis plusieurs mois. On l’a bien vu il y a une vingtaine d’années quand le chômage était encore à un niveau plus élevé qu’aujourd’hui, sans parler des années 20 ou 30 du siècle dernier. Sale temps pour le salariat, doublement spolié, condamné à rester muet tandis que le capital se réorganise.

25/03/2009

L’année de la lutte

Entre le flop d’Aubry et les soliloques de Sarkozy, les Français n’ont guère le choix. Ils lorgnent donc du côté des syndicats. Selon un sondage BVA pour Orange, l’Express et France-Inter publié mardi, 59 % d’entre eux soutiennent majoritairement les syndicats dans leur fronde contre le gouvernement et  souhaitent qu’ils poursuivent le mouvement social après la journée de grèves et de manifestations du 19 mars.

Le hic, c’est que les confédérations après les succès du 29 janvier et du 19 mars hésitent à en remettre une louche. Il y a pourtant matière à se mobiliser. Pas un jour sans un nouveau « plan social » et sans de nouvelles preuves que la crise s’enracine durablement : forte baisse de la consommation et du taux d’épargne, flambée du chômage, licenciements, fermetures de site.

Dans l’immédiat Sarkozy joue les pompiers, multipliant les promesses qu’il ne « laissera pas tomber » ceux qui sont frappés, mais chacun peut-être juge : ceux d’Arcelor Mittal savent ce qu’il faut en attendre de ces promesses. Ainsi cette tactique n’aura qu’un temps et il est fort probable, qu’un jour ou l’autre, un conflit local fera abcès de  fixation.

Ce qui se passe actuellement sur le site pharmaceutique 3M à Pithiviers dans le Loiret (les salariés séquestrent leur directeur)  est une parfaite illustration, après Sony dans les Landes, de ce que réserve l’avenir. Que ce type d’action – à Pithiviers, elle est initiée par des adhérents de FO qui n’est pas le plus « extrémiste » des syndicats – se multiplie, est le signe que les salariés vont être de moins en moins enclins à attendre que la solution vienne d’en haut.

Ainsi, les salariés de l'équipementier automobile à Auchel (Pas-de-Calais), en grève depuis le 5 mars après l'annonce de la fermeture d'ici fin 2010 de leur entreprise, ont repris le travail mardi après un accord qui prévoit notamment une prime de 3.000 euros par salarié. Ce qu’ils ont obtenu ne règle pas évidemment le problème de l’emploi, mais au moins, ont-ils obtenu plus que ce que la loi prévoyait.

Telle est désormais la direction que va prendre la « colère sociale » : une accumulation de conflits locaux jusqu’à ce que les confédérations syndicales prennent leurs responsabilités et décident d’une nouvelle journée nationale. Mais cette fois ci, c’est vers une grève générale qu’il faut aller. Plus de demi-mesure.

21/03/2009

Des chiffres falsifiés qui arrangent tout le monde

La mobilisation du 19 mars a-t-elle été aussi puissante qu’on a bien voulu le laisser croire ? On raconte qu’à Marseille le vrai chiffre n’est pas 200.000 ou 300.000 mais 40.000 (ce chiffre n’est pas celui de la police), ce qui est très certainement plus proche de la réalité. A La Rochelle j’avais compté 5.000 manifestants le 29 février. Je n’ai pas vu une augmentation sensible du nombre de manifestants le 19, on a pourtant annoncé 10.000 à 12.000 manifestants.

 

De l’extrême gauche aux confédérations, tous ont intérêt à cette fable. Paradoxalement, le gouvernement aussi qui a très bien compris le service qu’on lui rendait ainsi. D’ailleurs le pouvoir avait pris les devant annonçant que la mobilisation serait de 25% plus forte que la précédente.

 

Que signifie ce petit jeu ? C’est à peu près du même ordre que lorsque le porte-parole de l’UMP décerne à Besancenot le titre de « leader de la gauche ». Ça flatte le NPA, ce qui ne mange pas de pain, mais ça envoie surtout un message à la gauche, la vraie (celle qui compte), qui va du PS à Thibaud, lui signifiant : « si vous continuez à mobiliser, vous risquez de vous faire  déborder ».

 

Evidemment pas par le NPA ; sa maigre présence dans les cortèges en témoigne ; médiatiquement populaire, mais insignifiant sur le terrain des entreprises. En revanche il est toujours possible que des salariés, dos au mur (Heuliez à Cerizay ?), cassent cette belle ordonnance, et entraînent ainsi d’autres salariés, avec un effet boule de neige.

 

Et cette hypothèse personne ne la souhaite, sauf l’extrême-gauche. Telle est la signification de cette falsification partagée. L’extrême-gauche y voit la confirmation que l’exaspération monte irrésistiblement et les syndicats qu’ils sont les seuls interlocuteurs possibles. Quant au gouvernement, ça lui laisse des marges de manœuvre en désignant des boucs émissaires (Continental), voire un patronat trop gourmant (Société générale) en attenant que l’orage passe.

18/03/2009

Une France syndicale

On disait les syndicats à genoux, ils mobilisent. C’est quand ça val mal, que l’on se rappelle qu’il y a des militants, souvent obscurs, qui pied à pied, défendent les salariés quotidiennement dans les entreprises. Aujourd’hui leurs confédérations se retrouvent chargées d’une lourde responsabilité. L’opposition c’est elles, qu’elles l’aient voulu ou non. Elles doivent l’assumer ou alors elles risquent de perdre définitivement la confiance que des millions de salariés mettent en  elles, car après elles, il n’y a plus rien.

 

Evidemment, ce pouvoir dont dispose les confédérations syndicales commence à peser à certaines d’entre elles. Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, qui depuis une vingtaine d’années avait fait le pari du « dialogue social », aimerait bien que le pouvoir politique fasse un signe. Mais rien ne vient. Le pouvoir sait très bien que tout fléchissement de sa part sera un encouragement à continuer la mobilisation. Mais Sarkozy ne pourra pas faire à chaque fois le coup du 18 février : parler pour ne rien dire.

 

C’est bien pourquoi nous allons assister de plus en plus à ces manifestations de colère ouvrières comme à Total, Sony et Continental, jusqu’à ce que l’une d’entre elles devienne le point d’ancrage d’une explosion sociale plus large. Nous n’en sommes pas là encore. Les salariés ne sont pas encore prèts. Mais Chérèque se trompe quand il affirme : « Chacun doit garder en tête que les dérapages ne profitent jamais aux salariés (...) Aucune grande confédération ne veut aller dans ce sens et l'intersyndicale est assez solide pour canaliser les tensions. »

 

Les militants syndicaux dans les entreprises, s’ils ne voient rien venir, prendront eux-mêmes l’initiative de la révolte. La Guadeloupe leur a donné des idées, même s’ils savent très bien que la Guadeloupe ce n’est pas la France. Déjà, dans les entreprises on se pose la question : après le 19 mars, on fait quoi ? C’est vers une grève générale de 24 heures qu’il faut aller. Désormais c’est possible, même dans le privé, ce qui serait un événement considérable. Il n’y a plus d’autre alternative.

16/03/2009

Le chiffon rouge

Le Figaro présente Nicolas Sarkozy et Olivier Besancenot à la une de sa version Internet, comme « les deux hommes politiques que les Français estiment les plus capable de faire bouger les choses », à en croire un sondage BVA-Leo Burnett pour BFM et La Tribune ». Sarkozy, passe encore. Président, il dispose de quelques pouvoirs. Mais Besancenot, c’est qui au juste ? Rien ! Une petite bulle médiatique, membre d’un syndicat hyper minoritaire, porte-parole d’un petit parti dont 60% des membres sont des fonctionnaires. Même  la jeunesse boude le NPA, un parti tellement marginal qui peut dire n’importe quoi sans conséquence.

 

Ce sondage s’est l’illustration du vide sidéral de la politique dans la conjoncture. On s’accroche à n’importe quoi. La notoriété de Besancenot c’est un phénomène similaire à celui qui avait conduit une majorité d’ouvriers et d’employés à voter Sarkozy en 2007 ou celui qui avait fait que Royal s’était retrouvée candidate à la présidentielle. Dans l’histoire de France on a eu très souvent ces poussées de fièvre avec le boulangisme ou le poujadisme et plus récemment avec  le lepénisme. Aujourd’hui, et on l’a bien vu avec le Front national, le verrouillage de la démocratie parlementaire est tel, qu’un tel parti ne peut accéder à aucun pouvoir, même pas municipal.

 

C’est bien pourquoi Besancenot n’est qu’un chiffon rouge que la droite et la gauche vont agiter le temps que la crise dure et que l’économie reparte. Car la crise aura une fin. Dans deux, trois ou quatre ans. Et la routine politique reprendra ses droits, sans que rien ne bouge de fondamental. Car c’est cela Besancenot, l’impuissance à faire réellement bouger les lignes. Marginal politiquement, quasi inexistant dans les entreprises, le NPA traduit l’impasse de la gauche de gauche.

09/03/2009

La fausse exemplarité de la mobilisation sociale dans les DOM

Les départements d’outre-mer sont les dernières colonies françaises. A tout point de vue – économique, politique, géostratégique – ils ne sont d’aucun intérêt pour la métropole. C’est bien pourquoi l’Etat a laissé faire depuis des décennies. Comme en Algérie, lorsque pays était encore un département français, il y a dans ces départements des « gros  colons », des « blancs », qui viennent en ligne directe des anciens propriétaires d’esclaves. C’est eux qui détiennent une grande partie de terres agricoles, où ils perpétuent une économie coloniale, 100% de la grande distribution et une bonne partie de l’économie touristique.

 

C’est bien pourquoi, ce qui se passe dans les DOM n’est en rien comparable avec la situation dans l’hexagone et qu’il est peu vraisemblable que l’on se retrouve ici dans les même dispositions pour réaliser une mobilisation qui a réuni en Guadeloupe autour de 60% de la population. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas dans l’hexagone des raisons de revendiquer. Mais l’alchimie qui a permis une mobilisation populaire outre-mer est impossible dans l’immédiat en métropole.

Qui est touché aujourd’hui par la crise dans la métropole ? Majoritairement les jeunes à la recherche d’un premier emploi, les femmes et les plus de 55 ans, bref tous ceux qui ne bénéficiaient pas de contrats à durée indéterminée. Sur les 90.000 chômeurs supplémentaires enregistrés en janvier 2009, seulement 5% concernent des suppressions d’emploi en CDI. Ainsi, ceux qui payent aujourd’hui la crise sont aussi ceux qui ont le moins de moyen pour se défendre.

 

Ce n’est pas le seul paradoxe de la situation sociale. Comment expliquer que le tourisme, la restauration et d’autres secteurs de l’économie des loisirs soient si peu touchés actuellement, sinon que la crise ne touche pas encore les couches moyennes du salariat, leur niveau de vie restant constant. Celles-ci peuvent à la limite craindre pour l’avenir, mais dans l’immédiat elles ne risquent rien. Tout au plus peuvent-elles s’inquiéter des limitations du crédit.

 

En conclusion, la mobilisation intersyndicale en cours ne dépassera pas, le 19 mars, le simple stade d’une protestation de pure forme et le pouvoir, en limitant l’ampleur de ses réformes, peut attendre. Ce qui explique également que le MDEF reste sur une ligne d’intransigeance.

01/03/2009

L’ajustement

Quelque 200.000 chômeurs de plus en trois mois. Pour l’essentiel des CDD qui ne sont pas renouvelés et des intérimaires qui ne sont pas repris. En période de crise les contrats précaires sont « la variable d’ajustement » par excellence. Dans la conduite au jour le jour de sa politique, Sarkozy ne procède pas autrement. Ses « variables d’ajustement » ce sont toutes ces réformes en cours. Elles mobilisent les corporations – un jour les lycéens, un autre les chercheurs, un autre encore les hospitaliers. Quand la tension est trop forte, Sarkozy recule, ou tout du moins il en donne l’impression. Dans l’immédiat, ça ne lui coûte pas grand-chose. Ça laisse surtout au patronat, la possibilité de rester ferme.

Ce qui se passe en Guadeloupe illustre bien cette tactique. Le gouvernement met un peu d’huile dans les rouages, mais le MEDEF persiste. En donnant l’apparence d’arbitrer, l’Etat protège les intérêts du patronat. Il en fut de même le 18 février. L’Etat lâche quelques os à ronger, morigène Parisot, mais ce garde bien lui-même de faire porter l’effort sur les salaires. C’est évidemment là la clé de voute qu’il ne s’agit pas d’ébranler. En quelque sorte, l’augmentation du chômage, qui risque de devenir exponentiel, va peser de plus en plus durement sur le mouvement social, laissant aux pouvoirs, politique et économique, de larges marges de manœuvre.

Mais les amortisseurs ne suppriment pas les bosses et les trous. Combien de temps la machine sociale va-t-elle résister aux chaos ? Ce qui a fait la force du mouvement guadeloupéen c’est son caractère global : il a été à la fois économique et politique. Avec certes des fragilités et des ambigüités. Mais en remettant en cause la forme politique de domination qui sévit aux Antilles, le LKP a permis d’unifier toute une population, ce que n’aurait pas pu faire un mouvement uniquement économique.

C’est la grande faiblesse du mouvement dans l’hexagone. Il n’a aucun relai politique, ou tout du moins ni la politique de relance par la consommation souhaitée par la gauche parlementaire, ni les appels à la grève générale par l’extrême-gauche, ne permettent aujourd’hui d’unifier un salariat qui sent bien qu’aucune de ces alternatives n’est adaptée à la situation.  L’état de la gauche politique est ainsi le principal obstacle à la mobilisation sociale.

21/02/2009

Tintin chez les Békés

Etonnante déclaration de Besancenot en Guadeloupe : « Nous sommes venus ici pour apprendre et faire là-bas ce que vous avez fait. Vous allez nous expliquer comment vous avez fait afin qu'on fasse la même chose là bas parce que les 200 euros on en a bien besoin, parce que la répartition des richesses pose aussi problème chez nous. » Il est vrai que la classe ouvrière hexagonale ne sait pas faire. Elle a besoin « d’apprendre » ( !) Quel mépris pour ces dizaines de milliers de responsables syndicaux de l’hexagone. Besancenot va donc, dès son retour, leur expliquer comment faire. Puéril et arrogant !

 

Il y aurait pourtant mille autres enseignements à tirer de cette lutte. Et d’abord qu’il n’est pas si facile (comme le croit ce benêt de Besancenot) de faire céder le patronat. Si au bout de pratiquement un mois de grève, il persiste à ne pas vouloir céder c’est qu’il escompte bien que ce mouvement n’ira pas à son terme. Parce qu’il ne s’agit pas que d’une question sociale mais également d’une question politique. Parce qu’il y a en place ici, depuis des lustres, une gouvernance dans laquelle gauche et droite sont complices. Une gouvernance qui s’appuie sur un système clientéliste avec toute cette politique d’assistanat qui profite au patronat local et qui craque aujourd’hui face à la crise.

 

C’est bien pourquoi c’est à l’Etat auquel finalement tout le monde s’adresse. Mais qu’est-ce que l’Etat peut faire sinon proposer des mesures pour reconduire ce système. Le drame des Guadeloupéens, c’est qu’ils ne peuvent à eux seuls, changer la gestion politique de leur île. A moins de prendre le pouvoir, jeter les békés et les politiciens de tous les bords à la mer, et déclarer l’indépendance. Pure fiction évidemment et vaine solution.

 

La réponse à la question guadeloupéenne se trouve en France. C’est celle d’un changement de politique ; de la construction d’une alternative viable au capitalisme. Tout mouvement social qui pourrait démarrer en France sans avoir en tête cette question là se retrouverait devant les mêmes impasses.

19/02/2009

Le minimum syndical

Sarkozy est apparu bien terne, hier soir. Sa chance c’est qu’il a affaire à un « mouvement social » sous contrôle, ou tout du moins qui n’a pas d’autre expression actuellement que ce que veulent bien dire et faire les directions syndicales confédérales. Aucun plan social, aucune délocalisation, aucune fermeture d’entreprise, aucune mesure de chômage technique n’a donné lieu à une quelconque riposte locale d’envergure. C’est la caractéristique principale de cette situation sociale : la base est muette ou presque. C’est bien pourquoi le patronat fait la sourde oreille à la principale revendication : l’augmentation des salaires.

 

Pourtant la journée du 29 janvier a montré des potentialités, mais le mouvement manque de perspectives, bloqué qu’il est par une indéniable impasse politique. Car il faut bien le reconnaître, malgré la crise et  un pouvoir déstabilisé par une situation qu’il n’avait pas prévue, la gauche dans son ensemble n’a aucune offre politique à faire. C’est bien pourquoi les salariés ne peuvent s’en remettre qu’aux confédérations syndicales en espérant que le pouvoir lâche du lest à doses homéopathiques. C’est ce qu’a fait hier Sarkozy, s’en limitant qu’au strict nécessaire.

 

Comment tout ça peut-il tourner ? Peut-on voir des situations à la « guadeloupéenne » surgir dans l’hexagone ? On ne peut rien exclure mais ce n’est pas la tendance. Il y a eu trop de défaites sociales ces dernières années, les rangs syndicaux ont été trop décimés, la gauche a tellement déçu ses électeurs, et la crise qui n’en est qu’à son début pèse tant sur les esprits, qu’il est, dans l’immédiat, inimaginable d’espérer des mouvements de l’ampleur de ceux de 1995 ou de 2004. On l’a bien vu avec ce qui s’est passé pour les lycéens. Le pouvoir quand il sent que ça prend, se défausse. Il va faire certainement de même avec les chercheurs. C’est dans l’immédiat une tactique payante.

 

Les Européennes de juin peuvent-elles être un élément d’accélérateur ? On se demande bien pourquoi les électeurs se précipiteraient sur ce scrutin sans conséquence sur la politique française. Il est probable que l’abstention sera massive. Que faire alors ? C’est bien dans les syndicats, puisque c’est eux qui ont les cartes en main, qu’il faut s’investir. Le moindre lest lâché par le pouvoir n’est pas négligeable. C’est un encouragement pour aller plus loin. C’est apparemment ce qui va se passer en Guadeloupe, même s’il a fallu un mort pour que le gouvernement réagisse.

18/02/2009

Mort d’un syndicaliste

Ce qui devait arriver est arrivé. Le gouvernement ayant choisi de ne rien faire, peu à peu les dirigeants  du LKP perdent la maîtrise du mouvement qu’ils avaient magnifiquement contribué à construire. La jeunesse désespérée, qui manifeste ici à l’égard de la « métropole » le même ressentiment que les jeunes des banlieues populaires de l’hexagone, va, par ses actions inconsidérées, contribuer à pourrir une situation délicate. Ce premier mort, un syndicaliste de la CGT, c’est une victoire pour Sarkozy, dont la non-intervention criminelle entraîne le mouvement à s’autodétruire sans que le pouvoir central cède sur l’essentiel.

 

Elle l’est d’autant plus que les syndicats hexagonaux ne se bousculent pas pour apporter leur soutien à ce mouvement. Avec la gauche parlementaire s’est pire encore. Il est vrai que le LKP est dix pas en avant concernant son programme et ses méthodes d’action par rapport à la plateforme unitaire intersyndicale du 29 janvier et qu’en soutenir les revendications reviendrait à considérer que les « Français » sont décidément bien timorés ». En somme personne n’a intérêt à ce que ce mouvement guadeloupéen gagne, ni Sarkozy, ni la « gauche ».

 

C’est dans cette brèche béante que s’engouffre aujourd’hui le NPA. Crédité de 9 % aux Européennes, bénéficiant d’une couverture médiatique incroyable, son congrès ayant plébicité l'orientation "révolutionnariste" de "Che" Besancenot, le NPA surfe sur cette colère qui n’a d’autre expression possible, dans ces conditions, que la violence désordonnée et aveugle. Le NPA avait déjà soutenu ce type de manifestation en Grèce le mois dernier. Aujourd’hui, c’est « la Guadeloupe qui montre la voie ». Mais quelle voie ? Celle de l’action unitaire du mouvement ouvrier guadeloupéen ou celle de jeunes lumpenprolétarisés qui tirent sur des syndicalistes ? Le NPA n’a évidemment aucune responsabilité dans ce qui vient de se passer. Mais son orientation politique du « tout ou rien » l’excuse en quelque sorte.

 

Le mouvement syndical, la « gauche » parlementaire et la « gauche de gauche » doivent adopter une attitude commune : exiger que Sarkozy cède sur la principale revendication des travailleurs guadeloupéens. Au lieu de jouer les boutefeux, le NPA devrait sans relâche militer pour que cette initiative commune se mette en place. Sinon, c’est la gauche entière d’Aubry à Besancenot qui sera coresponsable de la défaite des salariés antillais.

17/02/2009

NPA et PG condamnés à ne pas s’entendre

« Les Antilles préfigurent ce qui couve ici en métropole et seuls les frivoles l’ignorent. Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine. » Ce n’est pas du Besancenot ou du Laguiller (ça pourrait l’être) mais du Mélenchon sur son blog. Usé jusqu’à la corde de thème de la goutte d’eau, ou de l’étincelle – après avoir vu un « soulèvement populaire en Grèce », Besancenot n’a plus d’yeux que pour la Guadeloupe –  fait florès parce que ces deux « leaders » n’ont pas grand-chose d’autre à vendre. Et que se passerait-il s’il advenait que leur « prophétie » se réalise ? Pour le premier l’alternative c’est « socialisme ou barbarie », comme en 1914, comme en 1939. Pour le second, il faudra aller aux urnes et élire une majorité anticapitaliste. Oui, oui ! Mélenchon a viré à l’anticapitalisme.

 

Aussi dérisoire l’un que l’autre ces deux « logiques » attirent néanmoins des dizaines de milliers de partisans. Il y a deux ans, les mêmes ou à quelque chose près, s’amourachaient de la fée Ségolène Clochette. Les temps sont donc aux pétards mouillés. Le mouvement social a du souci à se faire. Il aura beau lutter, mobiliser, faire descendre des centaines de milliers, des millions de salariés dans la rue, il n’aura aucun débouché politique à se mettre sous la dent. Cette béance en limitera d’autant la force. On le voit déjà en Guadeloupe où le mouvement a atteint son zénith et n’a guère d'issue de sortie puisque l’Etat n’est pas près à céder.

 

La question de « l’unité » ne peut pas se poser autrement qu’en regard de ces deux orientations. Pour Besancenot cette unité n’a aucun intérêt puisque, croit-t-il, le mouvement de masse va bientôt déferler et tout emporter sur son passage : « une seule solution, la révolution ! » Pour Mélenchon en revanche l’unité est une nécessité absolue. Comment parvenir à une majorité électorale sans passer des accords avec le PCF, le NPA, Lutte ouvrière (qui va faire cavalier seule aux Européennes, comme le NPA)… dans un premier temps, puis avec les Verts et à terme avec le PS : « une seule solution, les élections ! »

 

 « Crétinisme révolutionnaire » d’un côté, « crétinisme parlementaire » de l’autre. Deux « logiques » contradictoires. La raison voudrait qu’une unité à minima se réalise au moins pour ces Européennes. Cela permettrait de réfléchir, à tête reposée, en faisant appel à l’intelligence, pour bâtir un programme crédible pour ces millions de salariés qui voudraient se débarrasser de Sarkozy. Mais las ! Ni le NPA, ni le Parti de Gauche ne veulent renoncer à leurs illusions respectives. Il est à craindre que nous en ayons ainsi pour plusieurs années à désespérer de la « gauche de gauche », jusqu’à ce que les sociaux libéraux reprennent la main. Car tôt ou tard, le balancier reviendra de leur côté.

 
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