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28/09/2009

La « gauche radicale » la plus bête d’Europe

Les résultats électoraux des législatives d’hier en Allemagne et au Portugal devraient, normalement, faire réfléchir « notre » gauche radicale française (NPA, LO). An Allemagne, Die Linke enregistre une belle poussée, passant de 8,7 % en 2005 à plus de 12 % nationalement (80 sièges), avec de gros scores dans certains Land comme dans le Brandebourg (27,7 %) à l'Est, Die Linke devenant le 1er parti parmi les chômeurs. Au Portugal, l'ensemble de la gauche « antilibérale » effectue également un bond en avant obtenant au total 31 élus : 16 pour le Bloc de gauche, 15 pour la Coalition démocratique et unitaire (CDU), alliance des communistes et des écologistes. Notons, cependant, que les partis au pouvoir dans ces deux pays, la CDU en Allemagne et le PS au Portugal, même affaiblis, resteront « aux affaires ». Comme quoi, la crise économique avec ses conséquences sociales, n’a pas pour effet, comme le croyaient naïvement « notre » gauche radicale, d’ouvrir des crises politiques. Pour qu’une telle crise survienne, faut-il encore qu’il y ait des alternatives aux pouvoirs en place. Nous en sommes encore loin.

 

Mais pendant ce temps là, que fait notre « gauche radicale » française ? Voilà comment la direction du NPA présente l’enjeu des régionales de mars 2010 : « Une large majorité  de membres du CPN a considéré qu’il convenait de mener bataille sur le terrain unitaire en mettant en avant l’incompatibilité  programmatique entre ceux qui veulent rompre avec le système et ceux qui veulent l’aménager. » Ce que, en termes plus crus, il y a quelque mois, des camarades majoritaires de mon comité traduisaient ainsi : « pas d’alliance avec ceux qui veulent se prostituer avec le PS ! » C'est-à-dire avec le PC et le PG. Notons qu’il y a eu, les 19 et 20 septembre dernier, une vingtaine de camarades du CPN pour considérer que la position majoritaire était encore trop « droitière ». « Notre politique dans les élections, expliquent-ils, privilégient les seuls appareils et négligent la base et les luttes […] les dernières élections ont montré une défiance importante dans les classes populaires pour la cuisine électorale », etc.

 

Bref, sans jamais le dire ouvertement, ces camarades considèrent que le NPA ferait passer les élections avant les luttes. Diable ! Mais la position majoritaire est-elle si différente finalement de celle de ces 21 camarades ? Au vue de ses conséquences, non. Les obstacles mis par la majorité du NPA à la réalisation d’une unité la plus large possible à la gauche du PS sont tels qu’ils reviennent en effet à ce qu’aux prochaines élections nous nous présenterons seuls, comme aux européennes. Avec vraisemblablement le même résultat. Or les positions, en apparence les plus claires, les plus limpides, ne sont pas forcément les plus intelligentes. Car il s’agit bien là d’intelligence tactique. Combien d’électeurs, de salariés sont en effet intimement persuadés que la seule alternative c’est de « rompre avec le système » ? Une infime minorité, même dans l’électorat de notre « gauche radicale ». Cette rupture ça se construit, et pas à coups d’invectives et de discours, mais dans une dynamique de rassemblement. C’est pourquoi le rassemblement est la condition sine qua non de la construction d’une dynamique, préalable au débat sur la rupture, seul moyen de se faire entendre et de convaincre.

26/09/2009

Le Front de gauche ressuscité, le NPA marginalisé

Mélenchon vint de répondre favorablement à la demande insistante de Buffet  de création d’un « comité de liaison permanent » du Front de gauche chargé d'élaborer au plus vite « une plate-forme partagée » et d'« enraciner le Front de gauche dans la durée ». Cet accord envisagerait la constitution de listes autonome du Front de gauche au 1er tour dans plus d’une quinzaine de régions. Un tel arrangement sonne vraisemblablement, une fois de plus, le glas d’une unité de toute la « gauche de gauche ».

 

Qu’adviendra-t-il de la Fédération et des Alternatifs ? Pour la fédération qui comprend de nombreux communistes dissidents, il est fort improbable qu’ils puissent s’intégrer à ces listes – le PC n’en voudra pas. Quant aux Alternatifs, les voilà, comme aux européennes, sommés de choisir entre le NPA et le PC. Ils avaient refusé ce choix en juin, qu’est-ce qui pourrait les convaincre de se rallier cette fois-ci au Front de gauche ou au NPA ?

 

Nul besoin d’insister de nouveau sur la faute tactique gravissime du NPA qui vient de faire une fois de plus la preuve de son aveuglement en exigeant de ses partenaires, dès le 1er tour, une clause de non-participation aux exécutifs, avant même de débattre avec eux du programme sur lequel cette alliance se forgerait. Mais une autre question se pose : celle de la démocratie. Dans toutes ces formations, les choix déterminants ont été faits sans consultation préalable de leurs membres. Tout au plus ils seront conviés à les ratifier, en fait quand il n’y aura plus d’autres alternatives.

 

Pour le NPA, la cause est entendue. Le nouveau parti ira seul. Les « gauchistes » s’en féliciteront ; cette unité, ils n’en voulaient pas ; quant à  la « base », elle suivra en traînant les pieds, comme aux européennes. Pour le PG, ça sera autrement plus éprouvant. Voilà ses militants entraînés, bon gré, mal gré à rallier au second tour des exécutifs côte à côte avec le PS. A se demander pourquoi ils en sont partis ?

24/09/2009

Régionales : l’impossible unité

Nous voici donc revenu à notre point de départ. La « motion d’étape » votée à la majorité par le « parlement » (CPN) du NPA les 19 et 20 septembre est sans ambiguïté : « nous entendons poursuivre publiquement les discussions avec les forces antilibérales et anticapitalistes en vue d'un accord unitaire dans le cadre suivant : […] Un accord national [dès le 1er tour] impliquant le refus de toute majorité de gestion et par conséquent de participation à tout exécutif de région avec [le PS et les Verts]. » Autrement dit, toute formation qui ne s’engagera pas clairement dès le 1er tour sur cette clause, ne pourra entrer dans le cadre de l’accord national prévu par le NPA. Ce qui exclut non seulement le PC mais aussi le PG qui ne renonce pas, sur la base d’un accord programmatique, de travailler avec le PS et les Verts.

 

En juillet, la déclaration commune du PG et du NPA avait laissé entrouvert la possibilité d’un accord. Ainsi on pouvait lire dans cette déclaration : « Pour le NPA, les élus refuseront de contracter des accords de gestion avec les dirigeants du PS et d'Europe Ecologie. » Cela pouvait être interprété ainsi : le NPA refuse de participer aux exécutifs avec le PS et les Verts. Mais cela ne concerne que le NPA. La phrase était en effet ambiguë, et c’est pourquoi elle avait soulevé de vives protestations de la part des « gauchistes » du NPA. Depuis ce weekend, l’incident est clos. La « majorité » est revenue à la position qu’elle avait déjà défendue au moment des européennes. Il est à craindre que les conséquences seront identiques. Le NPA ira seul car il parait peu vraisemblable que la Fédération et les Alternatifs choisissent le NPA contre le PG. C’est du moins la position qu’ils avaient prise aux européennes.

 

Comment sortir de l’impasse ? Comme le précise en introduction la motion, cette position n’est pas figée et l’ensemble des militants seront consultés : « Les modalités précises de la consultation interne de novembre seront précisées par le prochain CPN des 7 et 8 novembre conformément à nos statuts. » Ce qui semble exclure tout « référendum » interne qui avait été repoussé par le congrès de fondation. Nous nous dirigeons donc vers la convocation d’une conférence nationale avec des délégués élus sur la base de motions. Dans ce cadre il est possible que la minorité du NPA propose que cette « non participation aux exécutifs » ne soit pas une condition du 1er tour. Qu’elle pourra être mise en débat entre les deux tours, en faisant l’objet d’une consultation région par région entre les contractants de l’accord et des assemblées de tous ceux qui soutiennent ces listes. Processus qui a un nom : la démocratie.

 

Evidement tout ceci apparait une fois de plus très politicien et tacticien. Quand discuterons-nous du programme ? Mais comment en discuter avec ces formations, si par avance, nous ne leur proposons pas des modalités acceptables pour se rassembler ?

20/09/2009

La mouvement social gagne en autonomie

Le front syndical commun n’aura pas tenu un an. La CGT va donc multiplier à peu près seule les initiatives en octobre: 7 octobre (pénibilité), 16 (retraites), 17 (femmes), 22 (relance industrielle), initiatives qui vont s’ajouter à celles du mois en cours comme celle de l’automobile à Paris le 17 septembre dernier. Rares sont ceux qui attendent un miracle de ces actions fragmentées. Elles ont deux fonctions : une première, externe, qui consiste à montrer que la CGT ne baisse pas les bras et reste à la pointe de la résistance à la crise. La seconde est en revanche purement interne. Face aux reproches qui lui ont été faits, parfois violemment, de ne pas assez soutenir ses syndicats de base engagés dans des actions dures (Continental), la Confédération entend bien montrer qu’il n’en est rien. L’enjeu de la « reprise en main » c’est évidemment le 49e congrès de la CGT en décembre.

 

Ne nous y trompons pas, Thibault ne risque pas grand-chose. Néanmoins il est fort probable que l’on entendra une opposition s’exprimer. Quelle forme prendra-t-elle et de quel poids pèsera-t-elle sur la ligne confédérale ? Que représente au juste ce Front syndical de classe qui entend organiser cette opposition et dont l’épicentre se situe à Douai dans le Nord ? Hormis les nostalgiques de l’ancienne emprise du PC sur la CGT, que rassemble-t-elle ? Bien difficile de le savoir. Mais il est clair que même les plus sûrs soutiens de la ligne confédérale doutent. L’affichage du binôme Thibault-Chérèque passe mal. Mais personne n’a à vrai dire de ligne de rechange. Le « tous ensemble » et la « grève générale » après les déconvenues de juin apparaissent hors de portée.

 

C’est le sentiment partagé par la plupart des syndicats de base. La tendance va peut-être être celle d’un repli passager sur l’entreprise. Et pas seulement lorsque l’on a le dos au mur, quand il est trop tard. Combien y a-t-il eu de telles luttes, plus offensives, ces derniers mois ? Comme elles ne font pas la une des médias, difficile de le savoir. Une étude récente a d’ailleurs montré que les trois-quart des conflits – qui concernent surtout les PME – n’étaient même pas comptabilisés par les statistiques officielles. Reste l’indice de la syndicalisation. Il semble bien, du moins pour la CGT, que l’on assiste à une resyndicalisation. Encore qu’il faut se méfier. Cela concerne souvent des secteurs en danger.

 

Bref, si un « tous ensemble » n’est pas pour demain, cela ne veut pas dire que le mouvement social reflue. Il prend d’autres formes, moins spectaculaires. Surtout, et on l’a bien vu lors de la manifestation du 17 septembre à la Bourse ou avec les New-Fabris en juillet, il semble gagner en autonomie, ne plus vouloir totalement dépendre des initiatives d’en haut, pas plus de celles des confédérations que de celles de l’Etat. En d’autres termes une idée est en train de faire son chemin : ne comptons que sur nous-mêmes.

15/09/2009

Les régionales et la crise

Bien qu’elle ait en réalité commencé en août 2007 (et plus précisément encore à partir de l’automne 2006 avec la chute des prix de l’immobilier), on s’accorde à reconnaître comme point de départ de la crise financière mondiale la date du 15 septembre 2008 quand fut officiellement annoncée la faillite de la banque Lehman Brothers. Depuis la crise s’est étendue à ce qu’ils appellent l’économie réelle provoquant une hausse très importante du chômage mais sans pour autant que tout le système s’effondre comme après le jeudi noir du 24 octobre 1929.

On sait aujourd’hui que se sont les Etats qui ont sauvé, du moins provisoirement, le système. Ce qu’ils n’avaient pas fait en 1929 ou bien alors avec plusieurs années de retard. Ainsi l’antienne comme quoi l’Etat-nation était en déclin en a pris un sacré coup. Mieux encore, au lieu d’avoir des ripostes désordonnées accompagnées de mesures protectionnistes, nous avons assisté peu ou prou à une coordination des efforts entre les Etats pour sauver le système bancaire en recourant à des nationalisations partielles ou totales. Ce qui était, en théorie, inimaginable, dans un système libéral, a pourtant bien eu lieu.

Evidemment la crise n’est pas finie. La croissance peine à revenir et est principalement due à des politiques de soutien à certains secteurs comme celui de l’automobile (primes à la casse, etc.) ; un chômage de masse s’installe durablement et les plans sociaux vont continuer à se multiplier ; mais surtout cette intervention massive des Etats a accru de façon considérable la dette publique. Dans l’Histoire, cette question de la dette a souvent été un facteur déterminant pour la survie des Etats. Car qui dit dette, dit levée de nouveaux impôts. C’est cette dette qui a miné l’Empire de Charles Quint et provoqué en partie la révolte des Pays-Bas (1555-1558) ; idem en Angleterre où le point de départ du conflit entre Charles 1er et le Parlement portait précisément sur ce même problème d’impôts nouveaux déclenchant la première révolution anglaise (1627-1645) ; idem pour la France en 1789, les Etats-généraux ayant été convoqués pour résoudre la crise financière de l’Etat.

Evidemment nous n’en sommes pas là encore. Surtout, les Etats ont acquis une telle puissance et disposent de moyens autrement plus considérables qu’au 17e ou au 18e siècle, qu’il est impensable désormais que l’on puisse arriver à de telles extrémités. Mais nous savons aussi que le pari d’une nouvelle et forte croissance est pour l’instant un vœu pieu. La persistance d’un chômage de masse ne va pas améliorer les finances publiques ; surtout l’ancienne croissance était soutenue par l’endettement des ménages par le crédit. Le crédit se restreignant d’où pourrait-elle repartir ?

On entend ici et là, un discours qui n’était tenu hier que par quelques rares personnes, généralement à la gauche de la gauche ou chez les écologistes. C’est la notion d’une autre croissance pour un développement durable. Pour l’instant cela reste dans la bouche des élites des belles paroles sans conséquence. Et les vieilles habitudes ne vont pas tarder à revenir. On le voit bien en France avec le vrai-faux débat autour de la taxe carbone. Plus généralement les sommes considérables débloquées par le Etats n’ont servi jusqu’ici qu’à renflouer les banques ou à soutenir le secteur de l’automobile, mais rien concernant ces nouveaux secteurs.

Dernier indice du peu de prise en considération de cette question centrale d’une autre économie. Elle est pour l’instant très loin d’être au centre de la préparation des régionales. On parle beaucoup – trop peut-être –  de tactiques électorales mais peu du fond. Certes les régions ne jouent encore qu’un rôle marginal dans l’économie du pays, et leur action reste peu transparent. Raison de plus pour que dans ces futures élections soient mises en avant et conjointement, la question du rôle des régions dans les mutations économiques et celle de la démocratie locale comme moyen de contrôle des actions entreprises.

11/09/2009

Le PC va-t-il se briser sur le récif des régionales ?

Avec ses quelque 180 élus présents dans les exécutifs régionaux aux côtés du PS, le PC se retrouve le cul entre deux chaises. Nul besoin d’être un expert de la vie politique française pour comprendre que les régionales de mars 2010 risque, en effet, d’être une dure épreuve pour l’ancien « parti de la classe ouvrière ». Si, à sa base, âgée et nostalgique, on pousse à l’unité avec le PG et pourquoi pas avec le NPA, au sommet, c’est-à-dire parmi ces élus qui collaborent depuis des décennies avec les socialistes à la gestion de nombreuses villes, départements et régions, le sentiment dominant est tout autre.

 

Marie-Georges Buffet a beau dire : « Le Front de gauche [PC, PG et Gauche unitaire] a vocation à être majoritaire pour porter un projet de gauche », ces élus ont quelque doute sur une stratégie qui les conduirait à critiquer dans les faits leur propre gestion dans ces institutions. Car se retrouver dans une alliance au 1er tour avec le PG flanqué du NPA, cela revient à ça. Qui plus est, rien ne dit que le PS sera très généreux après le second tour, qu’il reconduira les « traitres » du 1er tour, comme si de rien était, dans leurs anciennes fonctions. Enfin, en admettant que ce Front élargi au NPA fasse des merveilles, il faudra bien lâcher quelques postes aux autres formations. Bref le PC a toutes les chances d’y perdre des plumes.

 

Pour le PG et le NPA, en revanche, s’ils s’y prennent bien, ces régionales peuvent être le moyen de casser l’ambiguïté sur laquelle surfent les communistes depuis une bonne dizaine d’années. A la fois un pied dans la « gauche plurielle » et un pied en dehors. C’est pourquoi la déclaration commune NPA-PG de juillet ne doit pas rester sans effet. On sait que les « gauchistes » du NPA l’ont très vertement critiqué ; que Besancenot a déclaré à Leucate qu’il ne s’agissait là que d’une déclaration et non d’un accord définitif. Mélenchon, de son côté, a une bonne carte à jouer dans cette affaire. Qu’il réussisse le tour de force d’obtenir des listes communes PC-PG-NPA-Alternatifs, et le voilà bien placé pour être le candidat unique de la « gauche de gauche » en 2012.

 

Où cela risque de ne pas marcher ? En premier lieu, il sera difficile au PC d’avoir une démarche nationale. Ça va se jouer région par région. Deuxièmement, Buffet ne voudra pas entrer dans le jeu du NPA de refus systématique de participation aux exécutifs régionaux. C’est pourquoi, tout en expliquant que, pour ce qui le concerne, le NPA s’en tiendra à des « accords techniques » avec le PS, il ne devra pas en faire une clause de rupture avec ses partenaires éventuels. Reste à savoir enfin ce qui va se passer dans certaines régions pour le PS. Y aura-t-il des alliances au second tour avec le MoDem ? Va-t-il nous faire ce cadeau ? Tout ceci sans compter ce que feront les Verts, région par région. Vont-ils réitérer leur « coup » des européennes ? La « gauche de gauche », et en premier lieu le NPA joue une grande partie de son avenir dans ces élections là.

 

Cherche-t-on à isoler le NPA à tout prix ? – Entre les réponses de MG Buffet sur le chat du Monde et l’entretien avec Patrick Braouezec dans le même journal, on trouve la même idée : laisser le NPA en dehors d’un accord au 1er tour. Le prétexte tout trouvé c’est le refus du NPA de participer au second tour à une alliance – même « technique » – avec le PS. Le PG et la Gauche unitaire va-t-elle tremper dans cette manœuvre politicienne du PC ?

10/09/2009

Pétards mouillés et vieilles dentelles

Pour ce que j’en ai lu, Hold-up, arnaques et trahisons (l’enquête de deux journalistes sur l’élection de Martine Aubry à la tête du PS) ne présente guère de révélations. En gros tout ça était connu. Le « bourrage » des urnes et autres malversations du même ordre, du moins dans certaines sections et fédérations, c’est apparemment une vieille habitude. Pas de « complot » non plus du côté des « confrères » mais une bonne occasion de « faire le métier ». Tout cela reste finalement au ras des pâquerettes et ne vaut pas le statut de « scoop ».

 

On est cependant là, comme avec l’affaire Dray ou celle de Clearstream, dans un genre de pratiques révélatrices de ce que sont ces partis. Une caste de professionnels qui vivent en parasites sur le dos de la démocratie et en ternissent l’image. Incapables de se départager politiquement, ils n’ont qu’un seul recours : le clientélisme et les coups bas. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’enjeux politiques au PS, pour prendre cet exemple. Royal qui affiche très clairement l’objectif de faire de ce parti un grand parti démocrate à l’américaine, ce qui est somme toute le seul avenir possible pour le PS, diverge bien sûr, sur ce point au moins, avec certains de ses concurrents. Ceux-là, souhaitant très certainement une ligne moins franche, histoire de continuer à noyer le poisson.

 

Autrement dit, il n’y a pas de conflit gauche-droite dans le PS, mais des façons différentes d’aller au même résultat. Ce  à quoi il faut évidemment ajouter l’enjeu de la candidature à la présidentielle, puisque désormais tout passe par là. Bref, avec cette misérable affaire, on a un condensé de ce à quoi la politique est réduite : une course hippique avec ses paris truqués et ses arnaques à la petite semaine. Redonner toute sa signification et ses lettres de noblesse à cet « art stratégique de la médiation », tel devrait être l’un de nos objectifs. Non pas en nous pinçant le nez, comme nous le faisons trop souvent, mais en nous emparant de cet espace confisqué par cette minorité « sans foi, ni loi ».

07/09/2009

Socialistes et « centristes », une très vieille histoire

Du « bloc des gauches » (années 20) au deuxième septennat de Mitterrand (1988) – encore qu’il ne s’agissait là que du débauchage de personnalités du centre – l’alliance des socialistes avec le « centre », en gros ce que l’on a compté dans l’histoire comme formations « bourgeoises » se situant à la « gauche » de la droite, est une constante et non une exception. Ce fut le cas avec le parti radical dans les années 20 et 30 (Front populaire) ; après la Seconde guerre mondiale avec le MRP (dont le MoDem n’est qu’un lointain avatar) ; dans les années 60, quand avec la FGDS, la SFIO (PS) voulait fédérer toute l’opposition au gaullisme. Notons que le PC, pourtant autrement plus puissant qu’aujourd’hui, ne rechigna pas, lui aussi, à tremper dans ces « coalitions » comme en 1936, en 1945-1947 ou entre 1965 et 1967.

 

Le ralliement du centre au gaullisme après 68 contraint le nouveau PS à changer d’alliance, ce qui a donné 1981 qui était une première dans l’histoire de la gauche en France. L’effondrement du PC depuis une vingtaine d’années et le désamour entre le PS et les couches « populaires », obligent les socialistes à reconsidérer le schéma de 1981. Les hauts cris de la « gauche de gauche » face à cette nouvelle alliance PS-MoDem qui se profile à l’horizon 2010-2012 n’a donc pas lieu d’être. Les socialistes, c’est entendu depuis longtemps, n’ont aucune ambition de changer de société quoiqu’ils en aient dit il y a une trentaine d’années, ce qui justifie ainsi tout refus d’alliance avec eux, du moins sur leur programme.

 

Mais une partie de cet électorat socialiste, voit-il ça d’un bon œil ? Faute d’autre alternative, il est à craindre qu’il s’en contentera. L’alliance PC-PG-NPA avec l’apport de la Fédération et des Alternatifs devient ainsi urgent. C’est le seul moyen de contrer cette opération de recentrage. On nous dira : mais le PC n’en veut pas de cette alliance, et le PG suivra le PC. Aux européennes, « notre » électorat ne nous a pas totalement suivis sur cette ligne, préférant s’abstenir. C’est pourquoi il faut redoubler d’effort, être plus unitaires que nos partenaires, passer avec eux les compromis nécessaires pour que cette alliance se concrétise. Si, par aventure, nos partenaires choisissent au second tour de rallier le PS et le MoDem, ça sera leur choix. Les électeurs jugeront alors sur pièce.

04/09/2009

La farce carbone

« Le monde est au bord du  gouffre s’agissant de la protection de l’environnement ! » Cela aurait pu être du Hulot, du Besancenot ou du Royal, mais c’est du Sarkozy. Le président qui avait cru jouer un bon tour aux écologistes avec sa « taxe » carbone se retrouve dans la position de l’arroseur arrosé. De la gauche à la droite, patronat et agriculteurs compris, personne n’en veut. Même les écologistes pour qui « abaisser ce prix à 15 euros la tonne » lui fait perdre « toute efficacité [et] alourdit la facture des plus modestes sans dissuader les comportements les plus énergivores de ceux qui en ont les moyens. »

 

C’est Besancenot qui le premier était monté au créneau contre cette taxe dès juillet. Elle était alors à 32 euros la tonne. Mais c’est Royal qui a déclenché l’hallali, forçant la main en quelque sorte au PS qui s’en serait peut-être contentée. Evidemment du côté du Medef et de la FNESA on ne milite pas contre ce nouvel impôt pour les mêmes raisons. Il n’empêche que ce sont eux qui vont très certainement être les seuls gagnants dans cette affaire. Soit par de nouveaux dégrèvements en compensation, soit parce que, même remontée de quelques euros, la taxe risque d’être peu dissuasive.

 

A vrai dire le problème est de plus en plus complexe. Avec nos économies dévoreuses d’énergie fossile, une simple taxe ne risque pas de modifier radicalement les « comportements » comme ils disent, qu’elle soit à 15 ou 32 euros. Tout au plus peut-elle infléchir légèrement la tendance comme il semble que cela soit le cas en Allemagne et en Angleterre où de telles taxes existent. Mais la pomme d’Argentine vendue en France dans un hyper à bas prix sera longtemps encore moins chère que celle du producteur local, compte-tenu des inégalités de salaires et des charges entre les deux pays.

 

Au fond c’est l’économie mondialisée qui est en cause. Quand les vieux pays industrialisés délocalisent à tout va et se spécialisent sur certains créneaux, financiers par exemple, comme l’ont fait depuis vingt ans les pays anglo-saxons ou quand les produits « bios » vendus en France sont à 80% d’origine étrangère, etc., on marche évidemment la tête à l’envers. Pour être réellement efficace en matière d’écologie, il faudrait changer tout ça, recentrer en partie les économies sur la satisfaction au plus près des besoins locaux. Par exemple réduire la consommation du riz à 99% importés en Afrique de l’ouest pour se remettre à celle du mil ou d’autres céréales locales.

 

Le marché du travail également devrait être revu. Travailler plus près de chez soi et moins longtemps, avec des services publics de proximité, réduirait les temps de transports et donc la consommation d’énergie. De même pour la consommation domestique. Le bois, énergie renouvelable à condition de la gérer convenablement, pourrait remplacer avantageusement, pour certains usages, l’électricité ou le gas-oil. Ce ne sont pas les solutions qui manquent. Mais pour les mettre en pratique, il faudrait que l’intérêt commun prime sur l’intérêt privé. L’inverse, taxe ou pas taxe, ne peut que conduire à la catastrophe.

02/09/2009

Soixante-dix ans après

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne attaquait la Pologne. L’URSS allait faire de même le 17 du même mois. Un peu plus de deux ans auparavant le Japon avait envahit la Chine. Quand j’entends aujourd’hui certains d’entre nous affirmer que la crise « systémique » du capitalisme mondialisé pourrait, à terme (mais quand ?), aboutir aux mêmes résultats, je pense que je ne suis pas le seul à trouver ces propos frappés d’anachronisme.

 

On n’y prêterait guère attention s’il ne s’agissait que des déclarations de quelques illuminés vivants hors du siècle. Or cette « analyse » fait partie du socle commun à une bonne partie des courants politiques qui se réclament aujourd’hui de l’anticapitalisme. Ainsi, dans les Principes fondateurs du NPA, on peut lire ceci : « Dans ce cadre de la mondialisation capitaliste, loin d'aller vers la paix, on assiste aussi au surarmement, à l'exacerbation des tensions et des conflits internationaux […] La paix est incompatible avec ce système […] Les ravages de la domination du capital donnent toute son actualité à l'alternative socialisme ou barbarie.»

 

Nul doute que tous ceux qui adhérent aujourd’hui à des partis prophétisant de telles perspectives n’en partagent pas uniformément les conséquences ultimes. Quel serait leur étonnement s’ils savaient que l’orientation politique à laquelle ils adhèrent est bâtie sur de tels fondements ? Dans ces partis ils ne voient qu’une protestation contre le système et la possibilité de lutter le plus efficacement possible, croient-ils, pour en changer. Mais delà à se faire à l’idée que leur combat échouant, le monde tomberait immanquablement dans la « barbarie », il y a là une barrière mentale infranchissable.

 

Les quelques rares adeptes de la guerre permanente seraient bien en peine d’ailleurs de démontrer que les guerres d’Irak ou d’Afghanistan préfigurent une troisième guerre mondiale à venir, même en y ajoutant pour faire bonne mesure les vagues menaces qui visent l’Iran et la Corée du Nord. Alors pourquoi cette rhétorique apocalyptique ? Sinon pour justifier une ligne politique qui se refuse au moindre compromis et au débat sur d’autres alternatives. Car, quand la guerre frappe à la porte, il ne s’agit plus de tergiverser.

 

Quand Rosa Luxemburg quelques années avant le déclenchement de la Première guerre mondiale avait émis une telle perspective, l’un des reproches que lui avait fait Lénine était de n’avoir pas mis ses actes en conformité avec ses idées, en l’occurrence de continuer à mener son combat dans le cadre de la stricte légalité des lois de son pays. Dans les années 70 du siècle dernier, toute une partie de l’ultragauche européenne et japonaise justifia son recours à la lutte armée parce qu’elle était convaincue que le capitalisme était l’antichambre du fascisme et que l’on ne pouvait pas y mettre fin autrement qu’en entrant en guerre ouverte avec un tel système. Ce n’est pourtant pas à suivre une telle voie que Lutte ouvrière ou le NPA nous invitent. « Socialisme ou barbarie » ne serait donc que du vent ?

29/08/2009

La « totale »

Martine Aubry promet aux socialistes la « rénovation totale ». Elle ne pouvait pas faire moins à l’heure où toutes les autres forces politiques de l’opposition disputent au PS, avec de solides arguments, l’hégémonie dont il a joui depuis trente ans. Car c’est bien de tous côtés que cette hégémonie est entamée : à gauche par le NPA, le PC et le PG ; à droite par le MoDem ; transversalement par Europe-écologie ; soit au total un capital de voix de plus de 30 %. Pour le PS, il est à craindre que, dans ces conditions, son projet de « primaires » fasse long feu. Qui peut raisonnablement penser que des partis disposant d’une telle réserve de voix aillent se ranger sans broncher derrière le candidat du PS, même bénéficiant d’un soutien plus large que celui de ses militants ?

 

C’est bien pourquoi les « primaires » ne peuvent être qu’un élément d’un dispositif plus large. Quel pourrait-il être ? Faut-il le voir comme une tentative d’intimidation ? Le candidat du PS issu de ces primaires serait en effet investi d’une légitimité que n’auraient pas les autres candidats. On a déjà eu un avant goût de l’effet « primaire » en 2007 avec la candidature Royal. Bové, Buffet, Voynet et Laguiller furent laminés. Mais les scores de Besancenot et surtout de Bayrou montrèrent cependant les limites du procédé. Comment le PS, après son échec aux européennes et après des régionales qui s’annoncent difficiles, peut-il espérer faire mieux qu’en 2007 ? D’autant que les Verts entendent bien montrer avec les régionales que leur score des européennes n’aura pas été un feu de paille. Idem pour un PC qui semble avoir trouvé avec le Front de gauche un moyen de se maintenir à flot.

 

Voilà donc deux anciens alliés de la « gauche plurielle » bien décidé à en découdre, du moins au premier tour. Reste le MoDem et le NPA. Pour le MoDem, les régionales pourraient être l’heure de vérité. Un second échec après celui des européennes pourraient anéantir définitivement les ambitions présidentielles de Bayrou et débarrasser ainsi le PS d’un « allié » potentiel encombrant. Pour le NPA le pari est tout aussi risqué. Deux hypothèses : soit le NPA participe à des listes communes avec le PC et le PG ; soit il fait cavalier seul. La première hypothèse est la plus dangereuse pour le PS, même si le PC est bien décidé au second tour à s’allier avec le PS (la chose est entendue) ; en revanche la seconde hypothèse servira sans aucun doute les desseins du PS.

 

Qu’est-ce à dire ? Le PS sait qu’il va perdre des régions. Son problème est bien évidemment d’en perdre le moins possible mais avec la manière. Imaginons que le NPA soit tenu responsable (à tort ou à raison) de la perte de plusieurs régions ou qu’il soit, grâce aux élus qu’il aura obtenu seul (ce qui n’est pas totalement impossible), en mesure d’arbitrer la constitution de majorités régionales (c’est toute l’ambiguïté des accords « techniques »), on voit tout de suite quel parti le PS pourra en tirer. Désigné à la vindicte du « peuple de gauche » comme celui par qui la gauche perd, le NPA risque d’y laisser des plumes.

 

Il faudra donc attendre les résultats des régionales pour bien mesurer l’impact que pourrait avoir ce projet de « rénovation » avec ces « primaires » comme clé de voute. Mais si le PS réussi en 2010 à marginaliser à la fois le MoDem et le NPA, il aura alors bien plus de marges de manœuvre pour inciter les écologistes comme les communistes à réfléchir à l’éventualité d’une candidature commune dès le 1er tour en 2012. Pour le reste, la « rénovation » est évidemment un leurre mais on attrape pas des mouches avec du vinaigre. Evidemment, bien d'autres hypothèses sont envisageables comme un effondrement du PS, du même ordre que celui des européennes, et une large victoire de la droite. Et pourquoi pas ?

28/08/2009

Les conditions de l’indépendance

Au NPA tout comme au PC et au PG, on semble peu s’inquiéter de ce qui se passe au PS depuis quelques années. On s’en réjouirait presque croyant, à tort, que l’affaiblissement, voire le déclin des socialistes ne pourrait à terme qu’être tout bénéfice pour la « vraie » gauche. C’est une illusion. Depuis la présidentielle de 2002, cette gauche là plafonne électoralement autour de 13 % sans jamais réussir à s’imposer comme un courant majeur de la scène politique. Pour qu’il en soit autrement il faudrait qu’elle soit capable d’être autre chose qu’une force de pure protestation, c’est-à-dire d’avoir, sur les bases de son seul programme, des députés et des conseillers régionaux et municipaux élus en toute indépendance.

 

Or, à quelques rares exceptions, il n’en est rien. Pour avoir des élus, non seulement le PC, mais aussi le NPA (et même LO), dépendent en grande partie de la « bonne volonté » du PS. Ce qui est un comble pour des organisations qui revendiquent des désaccords profond avec les « sociaux-libéraux ». Que l’on masque cette faiblesse décisive sous le vocable d’accords « techniques » (une invention de la LCR reprise par le NPA), par un ralliement dès le 1er tour aux listes PS (LO aux municipales de 2007) sous prétexte qu’il ne faut pas « désespérer » la classe ouvrière, ou en continuant à faire croire qu’en s’alliant au PS on pourrait le faire changer de politique (ce que fait le PC depuis près de trente ans), au final cela revient au même.

 

C’est bien pourquoi la « gauche de gauche » n’a pas d’autre solution que de s’unir durablement. Or cette solution là n’est toujours pas admise par la majorité des formations qui l’a composent. Pour LO mais aussi le NPA, il ne faut pas chercher midi à quatorze heure pour en comprendre la raison. Ces deux formations, bien qu’elles participent depuis des décennies à pratiquement toutes les élections, se refusent à admettre que les processus électoraux sont aujourd’hui déterminants dans la vie politique. Elles continuent à penser que la voie royale reste celle des luttes sociales. Ni leur marginalité dans le mouvement syndical, ni l’affaiblissement considérable en trente ans du mouvement ouvrier, n’arrivent à les faire évoluer.

 

Pour le PC, mais il en sera bientôt de même avec le PG, c’est le phénomène inverse. A-t-on entendu, ces derniers mois, un responsable des ces partis ne serait-ce que regretter le peu d’enthousiasme (euphémisme) qu’auront mis les directions confédérales à s’engager dans une bataille de longue haleine contre la politique gouvernementale ? Or cette union durable à la gauche de la gauche ne peut pas être purement électorale. Elle doit également y faire participer et intégrer le mouvement social. Ce n’est qu’à cette condition que la « gauche de gauche » pourra peser et construire son indépendance.

 

Evidemment nous sommes très loin d’un tel schéma. A l’extrême-gauche on continue à penser que le « vieux » mouvement ouvrier, c’est-à-dire les directions confédérales (et au premier chef la CGT) est le seul responsable du reflux des luttes sociales. Au PC et au PG on persiste, en revanche, à ne pas vouloir considérer cette question comme l’une des clés pour débloquer la situation et permettre une dynamique de rassemblement. On l’a bien vu aux européennes. Ni le NPA, ni le Front de gauche n’ont réussi à convaincre ces « classes populaires » qui se sont massivement abstenu.

 

Enfin, il est une autre question qui devrait être débattue dans cette « gauche de gauche ». C’est celle de la présidentielle. Admettons l’hypothèse  qu’il y ait bientôt des « primaires » à gauche (ce qui n’est pas sûr), il est certain que la focalisation du débat politique sur cette seule procédure de désignation d’un candidat commun pour 2012 face à Sarkozy marginalisera un peu plus encore les « forces » politiques à la « gauche de la gauche ». Car faute de pouvoir présenter les conditions d’une alternative, la « vraie » gauche se trouverait alors dans l’obligation à avoir à se déterminer face à cette candidature commune.

27/08/2009

Accord NPA-PG : « ce n’était qu’une première discussion »

Ouf !, peuvent se dire tous ceux qui, au NPA, avaient pensé que la direction avait laissé la proie (les luttes) pour l’ombre (les urnes), démentant ainsi certaines déclarations du mois de juillet comme quoi le rapport des forces se construisait non seulement dans les luttes mais aussi « dans les urnes et dans les institutions ». J’avais ici-même douté du changement de cap d’une direction qui s'était jusqu'alors appuyé sur les éléments les plus anti-électoralistes du parti. J’avais malheureusement raison.

Les échos que nous avons de l’université d’été du NPA confirment cette intuition, comme en témoigne cet extrait d’une interview de Besancenot dans Marianne : lors de « notre première rencontre pour les régionales [Mélenchon] a convoqué la presse pour dire « Ça y est, c’est fait », alors que ce n’était qu’une première discussion. On n’est pas pour offrir aux médias de belles photos de famille avec toutes les têtes d’affiche dessus. Au NPA, on a l’habitude de dire qu’on est plus pratiquant que croyant. »

Et voilà Mélenchon habillé pour l’automne, peut-être même jusqu’au printemps prochain. Notez l’arrogance de Besancenot, décidément d’une telle agressivité telle vis-à-vis de nos partenaires éventuels que l’on peut très sérieusement se demander si la direction du NPA n’a pas désormais délibérément choisi comme lors des européennes de tenter de nouveau de faire cavalier seul pour les régionales de mars.

Le prétexte tout trouvé, c’est évidemment ce qui s’est passé autour de l’université d’été des Verts. Pourtant ni le PC et encore moins le Parti de gauche n’ont trempé dans cette « opération ». Quant à un éventuel accord PS-MoDem, souhaité par certains caciques du PS, il est encore loin d’être réalisé. Mais qu’à cela ne tienne, pour le NPA, nul doute que le PC et le PG iront « à la soupe », c’est dans leurs gènes. L’objectif est simplissime : casser le fragile « Front de gauche » que le PC, vraisemblablement, ne souhaite pas reconduire. Mélenchon se voit ainsi rogné les ailes à la fois par le PC et le NPA.

La leçon des européennes n’aura donc servi à rien. Pas plus l’embelli du vote écologiste que le rétablissement relatif du vote communiste dopé par le Front de gauche. Plus globalement comme le dit Besancenot « une page du mouvement ouvrier est en train de se tourner… » Autrement dit, ce n’est pas ça qui va nous faire changer de stratégie : quelles que soient les circonstances, nous aurons toujours raison. Je pense désormais à tous ces camarades qui avaient cru que cet accord NPA-PG était un tournant. Ils en seront pour leur frais, sommés de se taire ou bien de partir sur la pointe des pieds, las et écœurés.

24/08/2009

Il n’y a de bonne gauche que lorsqu’elle perd

« Il y a une espèce d'union de centre gauche qui va commencer à voir le jour entre ce qui sortira du PS, les Verts d’Europe-Ecologie et le MoDem, plus ce qu'ils pourront grappiller dans la gauche radicale. » Quelle clairvoyance chez Besancenot ! Voilà bientôt deux ans que le NPA n’attend qu’une seule chose : que ses adversaires à gauche réalisent cette grande alliance « arc-en-ciel » qui serait la preuve définitive qu’il n’y a qu’une seule gauche, l’anticapitaliste, seule « vraie alternative », il va de soi, à Sarkozy, plaçant ainsi le PC et le Parti de gauche devant un choix : « avec le NPA ou avec le PS et le MoDem ». Alain Krivine, éternel optimiste, ajoutant : « quel spectacle affligeant, ça va peut-être nous renforcer mais il n'y a pas de quoi se réjouir. »

Passons sur le « ça va peut-être nous renforcer », glissé comme ça, alors que rien ne prouve qu’une grande alliance de centre-gauche serait tout bénéfice pour la « vraie » gauche. Bien au contraire, une telle alliance engendrerait très certainement de nouvelles illusions dans l’électorat de gauche et marginaliserait très vraisemblablement les anticapitalistes. Mais surtout, nous n’en sommes pas là. Nous en sommes même très loin. Ce ne sont pas la forme ou le contenu des alliances qui sont en jeu, c’est d’abord et avant tout la question du leadership dans l’opposition. De Royal à Bayrou en passant par Cohn-Bendit, tous ces gens n’ont qu’un seul objectif, disputer au PS, élection après élection, cette hégémonie qu’il avait conquise à la fin des années 70.

Or c’est malheureusement à ce petit jeu que se prête également mon propre parti. Comme si, sans considération de l’état pitoyable dans lequel se trouve aujourd’hui le mouvement social – sans perspectives, sans force, quasi résigné, le dos au mur –, il était possible d’inverser, à l’intérieur de la gauche, un rapport de force qui reste, malgré tout en faveur du PS et pour longtemps encore, tout affaibli et ébranlé qu’il soit par ses échecs successifs à la présidentielle.

Car, tout comme les européennes, les régionales ne sont qu’un banc d’essai pour la présidentielle de 2012. Et c’est bien là le piège. Si nous continuons, nous aussi, à entretenir l’illusion que l’élection présidentielle reste le seul objectif politique digne de ce nom, alors oui, tout est perdu d’avance. Car, en 2012, seul un candidat ayant le soutien du PS peut avoir quelque chance de l’emporter. Le NPA ne peut donc rien attendre d’une telle échéance. En revanche, avoir des élus dans les conseils régionaux, des députés au parlement, des conseillers municipaux dans les villes, et faire la démonstration, dans ces institutions, que des élus anticapitalistes ça peut servir à quelque chose, implique une tout autre stratégie.

Mettre d’éventuels partenaires – dont nous avons absolument besoin pour nous faire élire – devant la seule alternative : avec nous ou contre nous, cela ne sert pas à grand-chose sinon à les contraindre, comme nous l’avons fait aux européennes, à faire cavalier seul, voire à les pousser dans les bras du PS, faute de mieux. Au contraire, leur proposer un programme d’alliance durable dans ces institutions sur un minimum de mesures (mesures à débattre démocratiquement dans toute la « gauche de gauche »), sans préjuger de leur comportement à venir vis à vis du PS, permettrait certainement de bâtir cet embryon d’alternative qui est à construire et dont le mouvement social a obligatoirement besoin pour reprendre confiance.

En vérité, rien ne change au NPA. Persuadé, contre toute évidence, qu’une explosion sociale arrivera tôt ou tard, et qu’il en aura été le héraut, le NPA continue à n’accorder à ces élections intermédiaires qu’un intérêt relatif. Tout au plus voudra-t-il faire de nouveau la démonstration qu’il n’y a de bonne gauche que lorsqu’elle perd. Car tel est bien ce qui se profile à l’horizon de mars 2010 : une nouvelle défaite de la gauche, l’ancienne et la nouvelle confondues dans le même panier.

20/08/2009

Le désert des Tartares

Que nous réserve cette rentrée politique et sociale ? Du côté social, c’est entendu, plié : il ne se passera rien de décisif. Certes on va s’engueuler ferme, dans la CGT surtout,  sur la conduite à tenir face aux nouveaux plans sociaux et aux luttes qui ne manqueront pas de se produire ; nous verrons peut-être des tentatives de fédérer les secteurs les plus combatifs autour d’une nouvelle stratégie intersyndicale. Mais nous avons vu le peu d’impact de ce genre de manifestation avec le fiasco de l’initiative des New Fabris fin juillet. Etait-ce trop tôt ou trop tard ? De même pour le coup de gueule du dirigeant CGT des « Contis » contre Thibault et consort. Il y a là comme l’aveu d’une rage impuissante à pouvoir secouer un cocotier bien arrimé.

Côté politique, le feuilleton socialiste va attaquer sa nouvelle saison. On ne sait d’ailleurs plus exactement où nous en sommes avec eux, entre les rediffusions et les épisodes inédits. Cette prolongation a-t-elle un sens ? Du PS, de sa direction, de ses quelques milliers de dirigeants nationaux ou locaux, il n’y a plus rien à attendre, mais tant que le reste de la gauche n’arrivera pas à se débarrasser de l’idée que c’est dans le vieux catalogue des Buttes-Chaumont des années 60-70 que l’on va trouver les bonnes recettes pour s’en sortir, alors, oui les caciques du PS auront encore de beaux jours devant eux.

Tout ça va faire le bonheur de la droite et accessoirement celui des « amis » de Cohn-Bendit qui nous veulent nous refaire le coup du MoDem après 2007. Faut-il pronostiquer pour les Verts en 2010 la même déconvenue que fut celle des partisans de Bayrou en 2009 ? C’est probable. J’ai beau chercher, le programme des Verts et de leurs alliés reste pour moi une inconnue. Ainsi, Cohn-Bendit n’est que le dernier de la liste, après Royal, Bayrou, Besancenot, sans oublier Sarkozy, Carla, Valls…. à bénéficier d’une couverture médiatique sans commune mesure avec ce que représentent en réalité tous ces « leaders d’opinion », en force authentique de propositions.

Et pendant ce temps, la crise suit son cours. Nous aurons le droit évidemment aux avis experts des économistes qui, par précaution, continuent à penser qu’elle n’est pas finie, que le redémarrage de la croissance en France et en Allemagne n’est qu’un feu de paille, que le chômage va continuer à croître même si ça se fera en dents de scie… Blablabla ! Bien pessimiste tout ça. Que celui qui a quelque raison d’espérer me jette la première pierre.

17/08/2009

The dream is over !

Les quarante ans de Woodstock, « célébrés » un peu en catimini ces derniers jours, a donné lieu à plus de sarcasmes qu’à des analyses sérieuses. Ce n’est d’ailleurs pas l’événement en soi qui était intéressant que le contexte dans lequel il eut lieu. Combien, en regard de ce que fut cette époque, notre monde d’aujourd’hui apparaît sinistre, sans horizon, sans imaginaire, figé dans une espèce de torpeur que même cette crise que l’on nous a annoncée comme « systémique » n’arrive pas à ébranler.

Je connais par cœur tous les arguments. Les années 60-70 c’était le plein emploi et la croissance mais aussi le Vietnam et Cuba, et ces enfants du « baby-boom », vingt ans sonnés, qui partaient à l’assaut du ciel. Du moins une partie d’entre eux, ceux qui venaient de ces classes moyennes qui accédaient à cette consommation de masse, inconnue jusqu’alors. Les jeunes ouvriers ne voyaient en effet peut-être pas exactement cette vie nouvelle avec cette même insouciance.

Mais on n’arrivera pas à masquer l’essentiel. C’est cette aspiration à vouloir vivre mieux et surtout autrement, cet élan vital, qui donna, pèle mêle, le mouvement hippie, anti-guerre sur les campus américain ou pour les droits civiques, mai et juin 68 en France, au Mexique, le printemps de Prague … et plus tard la révolution des œillets au Portugal mais aussi la « révolution culturelle » en Chine, les dictatures militaires en Amérique du Sud, le meilleur et le pire.

Les années 1975-1980 (« The dream is over », chantait Lennon, assassiné cette année là)  furent le début de la fin et vit le triomphe universel du consumérisme. Car, quand bien même quelque milliards d’individus sur terre n’en reçoivent que des miettes, c’est bien ce monde là qui a noyé nos espérances. Alors comment, dans cette époque sans utopie sociale, trouver de nouveaux ressorts pour nous en sortir. Nous avons tout essayé : la religion, la raison et la révolution, en vain. Les puissants n’ont jamais été aussi forts et les faibles aussi impuissants. Foin des vieilles imageries, il faut se remettre à l’ouvrage, très sérieusement.

 

13/08/2009

Tout va bien jusqu’ici... mais dans dix ans ?

« La France sort de la récession », titre Le Monde, commentant ainsi une récente déclaration de la ministre de l’économie : « L'économie française est « sortie du rouge »avec une croissance de son PIB de 0,3 % au deuxième trimestre,  a annoncé jeudi 13 août la ministre de l'économie, Christine Lagarde, au micro de RTL. « Après quatre trimestres de croissance négative, la France sort enfin du rouge », a déclaré Mme Lagarde, qui a anticipé l'annonce des chiffres de l'Insee. » Et pourquoi pas ! Au fond, cette légère, très légère reprise ne veut pas dire grand-chose, en premier lieu pour ces centaines de milliers de salariés qui ont récemment perdu leur emploi et qui ne sont pas près d’en retrouver un avant longtemps. Autre chiffre qui vient, apparemment, démentir tous les scénarios catastrophe, la progression de 1,4 % de la consommation en juin.

 

En fait, c’est sur le long terme qu’il faudra juger de l’impact de cette crise, et nous ne disposons dans l’immédiat, et pour cause, d’aucun chiffre statistique pour nous indiquer dans quel état nos économies seront dans cinq, dix ou vingt ans. En d’autres termes, c’est seulement maintenant que nous pouvons apprécier les conséquences des deux grandes crises de 1974-1975 et de 1980-1982. Tout comme la longue crise des années 30, elles ont remodelé profondément nos sociétés. Le travail que devrait fournir nos organisations politiques – j’entends là celles qui ne peuvent se satisfaire du monde dans lequel nous vivons – serait de nous fournir des pistes pour nous en sortir et pas de rester le nez collé à l’actualité immédiate.

 

Car, quel que soit la solidarité que nous devons avoir pour le combat des salariés victimes de tel ou tel plan social, ce n’est certainement pas de leur lutte que les solutions viendront. Se battre contre les licenciements dans l’automobile signifie-t-il que nous sommes pour perpétuer une économie en partie basée sur le « tout automobile » ? Exiger une hausse générale des salaires, et donc le maintient de notre « standing » de vie, est-il compatible avec l’autre combat, celui d’un autre type de développement, plus soucieux des équilibres écologiques ? En vérité, nous restons trop encore dans une unique perspective « productiviste », demandant plus, n’échappant pas ainsi à la logique même du système que nous condamnons.

 

Il est vrai qu’ayant perdu toute idée de ce que pourrait être un autre monde, radicalement différent de celui dans lequel nous vivons, nous ne pouvons imaginer d’autre solution que de rétablir l’ancien ordre, celui d’avant la crise. Ainsi, parlons-nous encore de « partage » du travail et des richesses qu’il produit. Comme si l’on pouvait « traiter la répartition comme chose indépendante du mode de production et en conséquence de représenter le socialisme comme tournant essentiellement autour de la répartition » (Karl Marx, critique du programme de Gotha).

27/07/2009

Sortir du capitalisme : la voie népalaise ! ?

Dans un long article publié dans Marianne, Samir Amin, revisite à grands traits l’histoire du « capitalisme historique ». Rien de neuf dans ce texte. Il reprend le schéma de l’interprétation « classique » chez les « marxistes » de la période comprise entre 1873, où le « capitalisme industriel triomphant du XIXème siècle entre en crise », et la « belle époque »  de 1890 à 1914, « annoncée comme la « fin de l’histoire » par les idéologues en vue de l’époque, [période se terminant provisoirement] par la guerre mondiale, comme seul Lénine l’avait vu », puis se poursuivant « jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale  » et qui sera celle des « guerres et révolutions ».

 

Il applique ensuite ce même schéma à la « nouvelle » période qui suit les belles années de l’après-guerre : « La seconde crise systémique du capitalisme s’ouvre en 1971 […] Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. » Mêmes causes, mêmes effets, la conclusion s’imposant sans discussion possible : « Nous sommes parvenus aujourd’hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d’une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». »

 

Samir Amin n’est pas le seul économiste « anticapitaliste » à nous resservir sans précaution cette vieille thèse qui conduit à remettre au goût du jour la toute aussi vieille « alternative » émise la première fois par Rosa Luxemburg (en s’appuyant néanmoins sur Engels) à la vieille du premier conflit mondial : « socialisme ou barbarie ». Ce qui, soit dit en pensant, ne fait pas de Lénine, comme il est dit dans cet article, le seul « clairvoyant » de l’époque, d’autant que l’idée que l’on allait vers la guerre était alors le sentiment le mieux partagé en Europe. Mais passons sur ces accommodements avec la vérité historique. Contentons-nous de remarquer que, depuis des lustres, aucun courant, se réclamant peu ou prou du « marxisme », n’a varié d’un pouce sur cette vieille thèse qui voudrait que, selon la formule de Jean Jaurès, « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. »

 

Cette thèse, le NPA l’a d’ailleurs incluse dans ces Principes fondateurs, et son théoricien, Daniel Bensaïd en a fait, tout comme Samir Amin, la pierre angulaire d’une grande partie de son œuvre : « la première guerre du Golfe et l’expédition Tempête du désert [n’a été] que le premier épisode d’une logique de guerre avec pour enjeu un nouveau partage du monde et une redistribution des alliances dont la rupture des équilibres d’après-guerre ouvrait la possibilité […] Guerres et croisades sans limites, inégalités abyssales, déchaînement des fanatismes religieux et nationaux : l’horizon est lourdement plombé », expliquait-il déjà dans La lente impatience en 2004.

 

Mon intention n’est pas, du moins ici, de démonter preuves à l’appui cette vision unilatérale d’une Histoire pour le moins arrangée. Quelles furent, au fond, les origines de la Première guerre mondiale ? Bien des historiens sérieux se posent encore la question. Quand à la seconde, il n’est pas prouvé qu’elle ne fût en somme que la conséquence ultime, et nécessaire, de la crise de 1929. Je ne mettrais pas en cause, non plus, leur conclusion. Il me faudrait pour cela reprendre toute l’interprétation qu’ils font de ce « long XXème siècle » – 1873/1990 – qui aurait vu le « déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant […] et celui d’une première vague triomphante de révolutions anticapitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti-impérialistes des peuples d’Asie et d’Afrique. »

 

Je m’attacherai uniquement à poser la question suivante. Si la période dans laquelle nous sommes aujourd’hui est bien encore (et toujours) celle des « guerres et révolutions » : où sont ces guerres et surtout où sont ces révolutions ? Car sur quoi débouche finalement tout ce pathos apocalyptique ? Samir Amin nous donne une réponse, qui par son aspect dérisoire, invalide en quelque sorte sa prétendue démonstration. Evoquant «  Le défi […] auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l’internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique », il suggère : « la construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant [ainsi] la perspective d'un dépassement du capitalisme. »

 

Je sais qu’il est de bon ton désormais dans les cercles de la gauche radicale, faute d’autres expériences plus significatives, de nous faire prendre les avancées de la démocratie sociale en Bolivie ou au Venezuela – avancées relativement limitées et inscrites dans des processus conformes à cette « démocratie bourgeoise » dont ces mêmes cercles ne cessent pourtant de toujours critiquer l’illusion et l’incompatibilité avec une « vraie » révolution –, pour ce qui se fait de mieux aujourd'hui en matière d'anticapitalisme, mais le scénario népalais, ça je ne l’avais pas encore entendu.

 

Plus inquiétant, est le rôle que semble vouloir donner Samir Amin à l’Etat chinois dans cette période : « La stratégie de la Chine se contente d’œuvrer pour la promotion d’une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats-Unis, ni l’Europe ne pensent acceptable. » […] La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l’obstacle majeur au bellicisme de l’OTAN. »

 

Sachant que la nouvelle donne au Népal a consacré la « victoire » des maoïstes sur l’Etat semi-féodal, peut-on en déduire que Samir Amin attribue, dans la période, à cette Chine « capitaliste » et « communiste » à la fois, un rôle « progressiste », comme on disait autrefois ? Certainement, je suppose, grâce à l’apport déterminant de la pensée du « Président Mao », mis au même rang que Marx et Lénine comme grand penseur de l'émancipation sociale.

24/07/2009

"Reconquête industrielle " ou luttte contre les licenciements ?

Etrange façon de présenter ces conflits sociaux où les salariés menacent de faire « exploser » leur entreprise si l’on ne répond pas à leurs exigences d’indemnités : « Depuis plusieurs jours, de nombreux médias et le gouvernement essaient de réduire les luttes sociales au seul combat, souvent désespéré pour l’obtention d’indemnités supplémentaires de licenciement. » Etrange parce que venant de la direction confédérale de la CGT, mais somme toute dans l’ordre des choses. Cette médiatisation, il est vrai sélective de ces conflits, ne va pas précisément dans le sens de l’orientation cégétiste de « reconquête industrielle » et de préservation ou de reconquête de l’emploi.

 

La CGT, sur son site, donne ainsi des contre-exemples qui n’ont pas les faveurs des grands médias. Mais qui est responsable de cet état de chose ? La CGT ne manque pas de moyens pour populariser ces luttes comme celle des Molex, de Sonas ou de la SBFM. En outre, on trouve dans la presse de nombreux témoignages de lutte un peu partout dans le pays et pas forcément les plus connues. Quant au gouvernement, il s’en passerait bien de ces conflits qui montrent de quelle façon les grands groupes ont su mettre à profit les milliards d’euros de son « plan automobile », plan auquel participe des dirigeants syndicaux comme Bernard Thibault au travers d’un « Comité stratégique pour l’avenir de l’automobile ».

 

Il est vrai aussi que cet objectif de « reconquête industrielle » a de quoi laisser perplexe les salariés de ces entreprises auxquels on ne laisse plus d’autre alternative que de partir. Qui décide des grands choix industriels, de qui doit partir et de qui doit rester ? Et à quel niveau ces décisions se prennent-elles ? Le sort qui est réservé à la sous-traitance c’est bien de n’en jamais rien savoir. Enfin, ces combats ne sont pas forcément « désespérés » comme semble le dire la CGT.

 

En témoigne ce communiqué des New Fabris : « Réunis en assemblée générale ce jeudi 23 juillet à 13h, les salariés de New Fabris ont décidé de continuer leur mouvement car ils considèrent que les 11 000 euros avancés par M. Estrosi la veille ne sont pas suffisants. Nous exigeons toujours une prime de licenciement de 30 000 euros en plus des indemnités légales. Nous appelons l’ensemble des salariés des entreprises qui, comme nous, sont sous la menace d’une fermeture de leur entreprise ou de licenciements, du bassin châtelleraudais et de toute la France, à nous contacter de façon à coordonner nos luttes et à former un collectif contre les patrons voyous et licencieurs.. »

 

Que la CGT participe à un très haut niveau à ce qu’elle prend pour une « reconquête » de l’industrie automobile mais qui n’est qu’un redéploiement avec son lot de fermetures de sites et de licenciements, pourquoi pas. Encore que l’on se demande en quoi cela peut servir les intérêts des salariés au vu des résultats. Cela ne la dispense pas de toute façon de coordonner toutes ces luttes locales, de leur donner un objectif central, comme le souhaitent les New Fabris. Mais la direction confédérale est-elle prête à une quelconque épreuve de force ? On peut parfois en douter.

23/07/2009

« Que faire du PS ? » ou la « dérive droitière » du NPA ?

Sous la plume de Fred Borras, membre de la direction du NPA, on  peut lire ceci à propos de la crise du PS : « La question est posée : que peut-on faire ou non avec le PS ? » Bonne question en effet dont il faut regretter que le NPA ne se la pose pas sans ambiguïté. Car cette question nous sommes quelques uns à l’avoir déjà posée en ces mêmes termes. Or nous avons eu le droit immédiatement à un tir de barrage. Pour nos contradicteurs, cela revenait à dire que nous étions pour une alliance avec le PS, or, précisait ces camarades, le « NPA ne veut pas se prostituer comme le PCF et le PG ! ». Telle était donc la rhétorique courante, du moins comprise comme telle par de nombreux membres de la majorité.

 

Mais les choses ne sont pas aussi simples. En effet depuis plusieurs années, la LCR, le NPA aujourd’hui, fait une différence « subtile » (ou présentée comme tel) entre la droite – l’UMP, le MoDem… – et le PS. Quand le PS arrive seul en tête (ou allié avec le PC et les Verts) dans une élection au 1er tour (présidentielle, législatives, municipales), nous appelons à « battre la droite », ce qui revient de facto à voter PS, mais sans le dire clairement. Mieux, aux municipales nous proposons au second tour des « fusions techniques » (autre subtilité) avec le PS. En revanche quand le PS est allié avec le MoDem, nous ne donnons aucune consigne de vote ce qui revient dire qu’il n’y a pas d’autre alternative que de s’abstenir

 

Toutes ces « subtilités » ne sont pas sans poser problème et n’éclairent guère notre électorat qui à 80-90% vote à « gauche » au second tour. Ainsi les Verts, dont nous admettions jusqu’ici le positionnement à gauche, où les situons-nous désormais ? Au cours de la campagne des européennes, il semble bien que nous avons qualifié leur liste de « libéral-écologiste » ou quelque chose d’approchant. Je voudrais bien d’ailleurs que l’on m’explique en quoi les Verts seraient aujourd’hui plus « social-libéral » que le PS. Quant au PC, excusez du peu. Quelques décennies de collaboration avec le PS au pouvoir, ça laisse des traces ; sans évoquer notre cher Mélenchon, membre pendant trente ans de ce parti et une fois ministre. Ajouter à ça, cerise sur le gâteau, qu’à deux reprises au moins, en 2002 et 2009 (Hénin-Beaumont), nous avons assez clairement appelé à battre le Front national, donc à mêler nos voix à celles de la droite parlementaire.

 

Alors comment se sortir de ce guêpier ? Fred Borras propose ceci : « Pour conserver une chance de rebattre les cartes, il faut choisir l'indépendance, populariser un projet anticapitaliste et œuvrer ensemble au changement du rapport de forces. Dans la rue, dans les urnes, dans les institutions. » Oui, vous avec bien lu, non seulement dans la rue (orientation classique du NPA) mais aussi dans les urnes, et mieux encore dans les institutions ! Là apparemment, Borras aurait dépassé les bornes. Je sais que, péniblement, nous avons réussi à faire passer dans l’orientation du NPA, des amendements qui vont dans ce sens. Mais beaucoup de membres lambda de la majorité ne l’ont pas entendu ainsi. Pour eux, le NPA c’est le « parti des luttes », point ! Les élections comme « tribune », passe encore, mais « changer les rapports de force dans les institutions », alors là on est en carrément dans une « dérive droitière ». Ça va chauffer dur à Leucate en août et au CPN à la rentrée !

 

Et c’est là que tout ce salmigondis autour de « l’indépendance », « fusions techniques » et autre « mais nous faisons la différence entre le PS et la droite » devient problématique. Car s’il est possible de changer le rapport de force dans « la rue, les urnes et les institutions », je ne crois pas la direction du NPA assez naïve pour croire que ça va se faire sans alliance avec non seulement le PG mais aussi avec le PC et, last but not least… avec certains socialistes (un peu comme en 2005 lors du référendum contre le TCE). Car comment en effet passer de 5, 6 ou 7 % à 15, 20, voire 30 % (nécessaire pour dépasser le PS) si l’on reste accroché, comme l’alpiniste à son rocher, à notre orientation « révolutionnariste ». En d’autres termes comment arriver à réconcilier l’inconciliable ?

 

Pour bien comprendre le problème, faisons un petit retour dans le passé. Jadis, les trotskistes (et les communistes avant qu’ils ne deviennent staliniens) proposaient pour résoudre ce problème ce qu’ils appelaient le « front unique ouvrier ». Décrypté, cela signifiait que dans « les luttes, les urnes et les institutions », ils proposaient aux autres « partis ouvriers » réformistes ou « centristes » (c’est-à-dire hésitant entre la réforme et la révolution) des alliances (de la base au sommet) sur la base d’un programme dit de « transition », pour répondre à la crise sociale et politique du moment.

 

Premier problème, cette tactique-là, ce n’est pas ce que le NPA propose aujourd’hui. Exiger d’éventuels alliés qu’ils s’engagent à « populariser un projet anticapitaliste », c’est, ni plus ni moins leur demander de se rallier à la totalité de notre orientation. Second problème, le PS est-il encore un « parti ouvrier », pas au sens sociologique du terme (le NPA ne l’est pas plus) mais parce qu’il serait encore dans la posture d’un parti défendant en partie les intérêts des classes populaires. On peut en douter. Ainsi, nous ne pouvons pas apparemment appliquer au PS cette bonne vieille tactique du FUO. Trop tard. En revanche, cela pourrait se comprendre avec le PG et le PC. Mais ce n’est pas ce que nous leur proposons.

 

Qu’est-ce qui cloche alors ? Tout simplement les fondements même de l’orientation du NPA, c’est-à-dire tous le « corpus idéologico-politique » qui la sous-tend, en gros la vieille orientation « communiste-révolutionnaire » dont le FUO est l’un des fleurons avec cette « révolution » au bout du bout, ce moment où tout bascule. Cette orientation, en effet, dont le FUO constitue un leurre (pour « plumer la volaille » socialiste, disait-on), est inapplicable aujourd’hui, si tant est qu’elle le fut un jour. En 1983, Immanuel Wallerstein, un historien américain, aujourd’hui très proche de l’altermondialiste et de l’anticapitalisme, et fort réputé, écrivait ceci : « Le communisme se trouve en Utopie, c’est-à-dire nulle part. C’est un avatar de toutes nos eschatologies religieuses […] Ce n’est pas un projet historique, mais une mythologie vivante. Le socialisme, au contraire, est un système historiquement réalisable […] qui maximiserait l’égalité et l’équité d’un système, qui augmenterait le contrôle exercé par l’humanité sur sa propre existence (la démocratie) et qui libérerait l’imagination humaine. »

 

Pensons à ce qu’un tel projet impliquerait dans l’état de la gauche et du mouvement social. Peut-être pourrions-nous y retrouver en partie de ce que propose Fred Bourras dans l’immédiat, mais pas tout, et surtout pas ceci : « Une domination de classe ne peut pas être éliminée par voie de réformes. Les luttes peuvent permettre de la contenir, de lui arracher des mesures progressistes pour les classes populaires, pas la supprimer.  En 1789, la domination de la classe privilégiée de l'Ancien Régime n'a pas été abolie par des réformes. Il a fallu une révolution pour l'éliminer. Il faudra une révolution sociale pour abattre le capitalisme. » [Principes fondateurs du NPA] Avec une telle interprétation de la révolution française – évidemment ça ne s’est pas passé comme ça – et en souhaitant la répéter, on se condamne à l'impuissance. D'où, pour corriger le tir, ces petits aménagements que nous propose aujourd'hui le direction du NPA, au risque d'une dérive « droitière et opportuniste ». Mais ça, ce n'est pas moi qui le dit. J'en laisse le soin à d'autres.

 
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