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31/08/2008

Et bien … disparaissez !

Ségolène Royal a trouvé la bonne formule concernant l’avenir de son parti : qu’ils disparaissent ! Le PS revendique quelque 200.000 adhérents. Mais où sont-ils en dehors des sphères du pouvoir, municipal, départemental, régional ? Car tel est bien le seul objectif des socialistes : occuper le pouvoir. Et peu importe si c’est pour ne rien en faire car c’est d’abord à eux, égoïstement, qu’ils pensent quand ils s’agitent, se congratulent, complotent ou banquettent, comme hier à La Rochelle.


En cela ils ressemblent en effet de plus en plus à ces radicaux-socialistes de la IIIe république, la « gauche » de l’époque, quand les socialistes, tout juste unifiés, représentaient pour des millions d’ouvriers et d’employés, la force montante, l’espoir, l’avenir. Les « radicaux » n’ont pas survécu à la guerre. Les « socialistes » survivront-ils à leurs querelles intestines ? C’est en effet tout ce qui leur reste. La Ve république ayant concentré tous les pouvoirs dans un seul poste, la présidence de la république, sans la conquête de la magistrature suprême tout le reste n’est qu’accessoire.

C’est bien pourquoi, pour les « socialistes », les temps sont durs. Un seul poste pour cinq ou six postulants, tous ou presque au coude à coude, avec le même projet et surtout le même soucis : comment devenir majoritaire sachant qu’une majorité des voix populaires vous font défaut et qu’il faudrait, pour les regagner, changer radicalement de politique et qu’on ne le veut pas.

Bayrou leur a rappelé les termes de l’équation : « si les socialistes veulent revenir au pourvoir, ils ne pourront le faire sans moi ! » Il n’est pas certain que cela suffise. On a vu comment, en Italie, une telle alliance a précipité la défaite de la « gauche », mais c’est pourtant leur seule marge de manœuvre. Pour la « gauche » du PS (Fabius, Emmanuelli, Hamon) les dès sont jetés. Son ralliement à Aubry, l’une des postulantes à la candidature à la candidature, résonne comme un aveu. Martine Aubry, qui a accueilli à Lille le MoDem dans sa majorité municipale.

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22/08/2008

L’écologie sera anticapitaliste ou ne sera pas

Le Grenelle de l’écologie a fait long feu. Roulés dans la farine par l’expert en esbroufe tout terrain, Nicolas Sarkozy, les chefaillons de l’écologie politique (Voynet, Bové, Mamère, Hulot, Lepage) dispersés façon puzzle au quatre coins de l’échiquier politique pourraient se présenter sur une même liste aux Européennes de 2009. C’est du moins ce que tente de mettre en œuvre, non sans mal, un autre bonimenteur : Daniel Cohn-Bendit.

 

Aux dernières nouvelles Hulot n’en sera pas (est-ce une surprise ?) mais délègue « son bras droit » (la presse), un parfait inconnu pour le grand public. Lepage ? Elle préfère pour l’instant rester au MoDem. José Bové ? Il serait prêt, dit-on. Mais José est parfaitement incontrôlable comme on l’a vu à la dernière présidentielle et son crédit politique n’est plus ce qu’il était il y a quelques années. Quant aux Verts pur sucre, ils se divisent déjà comme à leur habitude sur les conséquences de ce coup politique vis-à-vis de leur tuteur, le PS.

 

C’est dire que les chances de voir ce rassemblement aller à son terme sont minimes. Ce qui est dérisoire n’en est pas moins tragique. L’écologie politique dont on attendait beaucoup est au plus bas en Europe comme dans le reste du monde. Ce qui ne signifie pas que le combat écologique est perdu. Mais il doit passer dans d’autres mains. L’alliance des Verts en France comme en Allemagne (pour ne prendre que ces deux exemples) avec le social libéralisme a peu a peu conduit à un affaissement de leur poids électoral. Reste les ONG dont l’efficacité est réelle, ponctuellement. Mais n’ayant finalement plus comme interlocuteur que les droites au pouvoir, leur poids est marginal. D’autant plus lorsque la récession frappe à la porte de l’économie mondiale.

 

Alors quel espoir pour l’écologie ? Très certainement dans son intégration au combat anticapitaliste, le seul finalement qui peut l’intégrer, sans en renier les objectifs. Il y a en effet entre ces deux combats une vraie communauté d’intérêts, non politicienne. Mais faudrait il encore que l’anticapitalisme aille bien au-delà de ce qui est encore aujourd’hui son terrain privilégié : le terrain revendicatif. C’est en particulier l’un des enjeux du Nouveau Parti Anticapitalisme, ce grand projet politique initié par la LCR, qui connaîtra en 2009 son premier baptême du feu.

 

23/07/2008

Duperie constitutionnelle

Pauvres socialistes ! Il y a quelques mois, en s’abstenant majoritairement, ils prêtaient leur concours à la ratification du mini traité de Lisbonne, texte remanié du fameux TCE pour lequel ils avaient appelé à voter « oui » en 2005. Aujourd’hui ils perdent la bataille de la « réforme » de la constitution voulue par Sarkozy, à une voix près, celle de l’un des leurs : Jack Lang. Celui-ci faisant  remarquer à ses amis, non sans raison, qu’il n’a fait là que voter selon ses convictions, cette réforme comportant bien des mesures préconisées depuis des lustres par les socialistes eux-mêmes.


Rappelons qu’il ne s’agit là que d’une énième péripétie dans la longue histoire de cette constitution taillée pour de Gaulle entre 1958 et 1962. Qu’après avoir dénoncé ce « coup d’Etat permanent », Mitterrand s’en servit quatorze ans durant sans jamais la remettre en cause, bien au contraire ; que Lionel Jospin en faisant passer le mandat du président à 5 ans et en couplant présidentielle et législatives, renforça le caractère présidentiel du régime ; et qu’en remontant même aux origines de cette constitution on retrouve également la patte d’un ancien 1er secrétaire de la SFIO (l’ancien nom du PS) : Guy Mollet.


C’est peu dire que les rapports que les socialistes entretiennent avec cette constitution sont ambigus. Ils en dénoncent le caractère « monarchiste » (autrefois on disait « bonapartiste »), quand ils sont dans l’opposition, mais se battent comme des chiens pour savoir lequel d’entre eux occupera le trône. Car en vérité, cette constitution ils y tiennent. Elle leur permet, comme pour la droite, de diriger le pays à leur guise sans y être majoritaires. Et c’est bien pourquoi les Français ont suivi d’un œil distrait cette joute à laquelle se sont livré la gauche et la droite au cœur de l’été. Son enjeu ne les concernait pas.


Ou tout du moins ils savent depuis longtemps quel usage il est fait des institutions : une machine à confisquer la démocratie au profit d’une élite. La preuve. En 2005 cette élite les appela à voter « oui » au traité européen. Certains pensaient d’ailleurs que ce référendum était une faute politique. La majorité des Français pencha pour le « non ». Qu’à cela ne tienne, trois plus tard, on remit le couvert, mais, cette fois seuls les parlementaires furent appelé à se prononcer. Ce déni de démocratie ne fut même pas dénoncé par le PS. Le « non » d’aujourd’hui des parlementaires socialistes à cette nouvelle « réforme » de la constitution n’était donc rien d’autre qu’un petit coup politicien, sans importance, que tout le monde s’empressera d’oublier bien vite.

03/07/2008

Le grand « chantier » du NPA

Le Nouveau Parti Anticapitaliste est d’abord un vaste chantier qui bouleverse l’entendement traditionnel en matière politique. C’est ce que n’arrive pas à comprendre les « experts », journalistes, politologues et politiques, qui se trompent du tout au tout lorsqu’ils s’échinent à analyser et à commenter le processus en cours initié par la LCR depuis la présidentielle. Cela est dû à la façon simplissime dont ils conçoivent la politique. Pour eux, elle consiste pour l’essentiel à rassembler autour d’un leader et d’un programme des hommes et des femmes avec pour objectif d’arriver le plus tôt possible aux affaires en espérant gagner les élections, et au premier chef la seule qui compte : la présidentielle.


De toute évidence ce n’est pas l’objectif du NPA même si, parfois, les apparences sont trompeuses. Ainsi les « experts » ont fait de Besancenot le leader de ce mouvement. Or, même s’il est vrai que Besancenot a indéniablement joué un rôle moteur dans ce processus et que sa personnalité, sa façon de parler et d’aborder les problèmes politiques ne sont pas pour rien dans son succès, il serait idiot de sous-estimer les conditions qui ont permis son émergence. Et ce d’autant plus que l’on avait déjà eu avec Arlette Laguiller un phénomène identique quelques années plutôt.

Ces conditions, il est toujours bon de les rappeler : chômage de masse, dérégulation du marché du travail, modifications profondes de l’organisation de la production, rôle de plus en plus négligeable de l’Etat providence dans la conduite de l’économie, perte d’acquis sociaux et partage de plus en plus inégal des fruits de la croissance… Mais ce qui a été décisif, c’est la participation des organisations représentatives du monde du travail (partis et syndicats) à ce processus. Car loin de faire obstacle à cette « révolution néo libérale » elles en ont été souvent les agents les plus zélés.

Sur le terrain politique cela s’est traduit par une perte de confiance durable des couches populaires dans leurs représentants historiques. L’abstention est devenue ainsi le premier « parti ouvrier ». L’extrême droite a, pendant un temps, pu capter une partie de cette méfiance. Enfin, en 2007, la victoire de la droite a été en grande partie due à la capacité de son chef à séduire majoritairement ces oubliés de la croissance. Chirac, en 1995, avait déjà tenté un tel coup avec son discours sur la « fracture sociale ».

 

Mais n’oublions pas qu’en France en particulier, ce processus qui s’étend sur plus de vingt-cinq ans a produit aussi des mouvements de résistance importants comme en 1995 ou en 2005. Il n’y a donc pas de « mystère Besancenot » comme a pu l’écrire récemment Le Nouvel Observateur. Le succès populaire d’Arlette, puis d’Olivier s’expliquent aisément. C’est d’abord le symptôme qu’une partie de l’opinion publique commence à penser qu’il existe peut-être une autre voie que celle du renoncement.

Mais contrairement à Lutte ouvrière imperméable aux modifications profondes de la période politique, le mérite de la LCR s’est d’avoir compris qu’une page était tournée et avoir su en tirer toutes les conséquences en ouvrant le grand chantier du NPA. Si le vieux mouvement ouvrier était à l’agonie, s’il n’y avait plus le moindre souffle encore vivant de l’héritage des révolutions passées, alors il fallait, sinon repartir à zéro, du moins réviser les acquis, prendre le meilleur, abandonner les mauvaises solutions, s’enrichir des nouvelles questions comme celle de l’écologie, bref construire un nouveau programme, trouver de nouvelles manières de militer et imaginer ce que pourrait être aujourd’hui une perspective socialiste pour le siècle en cours.

La question du nom de ce futur parti est une parfaite illustration de cette quête. Toute une terminologie qui servait traditionnellement à caractériser les formations issues du mouvement ouvrier (gauche, socialisme, communiste, ouvrier, révolutionnaire, front, rassemblement, bloc, mouvement, ligue et même parti) est ainsi décortiquée et critiquée. Le choix du nom ne sera donc pas anodin.

29/06/2008

Le NPA, Rouillan, les socialistes et les scribouillards

Après l’annonce présidentielle d’une remise à plat des missions du service public de l’audiovisuel et de son financement, les personnels des chaînes, les journalistes surtout, nourrissent quelques inquiétudes quant aux libertés qu’ils auront désormais de faire leur métier en toute indépendance. Dans un contexte politique où l’on attribue au président des velléités de contrôler les médias, publics ou privés, ces inquiétudes ont quelques raisons d’être, d’autant plus que l’actuel locataire de l’Elysée ne fait pas mystère de ses amitiés avec plusieurs grands patrons du paysage médiatique français.

 

Certes, sous tutelle ou non, et quelque soit leur positionnement, résolument de droite ou plutôt de centre gauche, la presse, les radios et les télévisions ne s’écartent guère des sentiers battus de « l’idéologie dominante », le spectre étant suffisamment large pour accueillir tout le monde. En clair, les médias vivent en général en meute, aboient souvent à l’unisson et puisent pour beaucoup leur inspiration dans les idées reçues et les poncifs. A y regarder de plus près, il n’y a finalement pas grande différence entre Charlie hebdo et Le Figaro. D’ailleurs les journalistes sont pour la plupart interchangeables. C’est même à cela que l’on reconnaît un bon professionnel, à sa capacité à servir la soupe de son employeur. On dit que la majorité des journalistes penche à gauche. C’est peut-être vrai, mais c’est à une gauche qui se garde bien de contester aux puissants leurs pouvoirs exorbitants que va leur assentiment.

 

Et pourtant… Besancenot l’anticapitaliste, serait devenu la coqueluche de ces médias là. Voilà qui est surprenant mais parfaitement exact factuellement. Depuis la présidentielle de 2007, on le voit en effet partout, le « facteur de Neuilly » : ses moindres faits et gestes sont repris pratiquement en boucle ; on lui consacre des émissions entières ; il est devenu pour ainsi dire incontournable. Au point qu’à « gauche », c'est-à-dire au PS, on s’en inquiète. Très vite, on a trouvé une explication « rationnelle » à ce traitement incongru : Besancenot serait en train de devenir pour la gauche ce que fut Le Pen pour la droite. Les « meilleurs spécialistes » acquiescent et argumentent. C’est idiot, imbécile et injurieux, mais le furet est lâché. D’ailleurs, Vaillant à qui Hollande a confié la mission d’étudier le « phénomène », a repris la balle au bond : « Bon sang, mais c’est bien sûr ! », nous assène le commissaire Bourel du n° 10 de la rue Solferino.

 

Preuve par neuf de cette complicité « objective » (comme disaient jadis les staliniens) entre les médias et Sarkozy pour faire monter la mayonnaise « trotskiste », le peu d’empressement de Besancenot, omniprésent sur les plateaux, à critiquer ses hôtes, comme le firent Bayrou ou Royal en 2007 lors de la présidentielle. Puis vint Rouillan ! Rouillan, c’est l’ex chef d’Action directe, en semi liberté après plus de 18 ans d’incarcération et d’isolement. Il a demandé à voir Besancenot. La LCR qui n’a jamais caché son opposition radicale aux méthodes terroristes des amis de Jean-Marc Rouillan mais qui a milité pour que soit mis un terme à la vengeance de l’Etat, n’a pas fait obstacle à cette rencontre.

Pour les médias, apparemment en panne d’angle ("la bandaison, papa, ça ne se commande pas !"), quelle aubaine ! « C’est bon ça, coco ! » De là à imaginer que Rouillan aurait demandé à prendre sa carte au NPA (qui n’existe pas), qu’il briguerait de jouer un rôle dans ce nouveau parti anticapitaliste en formation, que se réaliserait là la fusion entre une extrême gauche respectable et la queue de la comète terroriste des années 70-80, évidemment personne ne l’a écrit ou ne la dit franchement. Mais il suffit de l’avoir suggéré. Voilà donc Besancenot habillé pour l’été et l’automne, en attendant l’hiver. Pour le NPA, les beaux jours sont finis.

16/06/2008

Ma petite entreprise

Après les marins pêcheurs, c’est au tour des camionneurs puis de l’artisanat de manifester leur grogne contre la hausse du prix de l’essence et du gasoil. Voici donc des catégories sociales, qui peu ou prou pouvaient s’estimer jusqu’ici bénéficiaires d’un système économique en partie basé sur un coût de l’énergie au rabais, prises dans la tourmente libérale.

Mais allez donc expliquer à tous ces petits patrons, tous ces héros anonymes de la libre entreprise que cette hausse est normale, que c’est même la preuve par le marché de la bonne santé de l’économie mondiale, et qu’à la limite c’est une bonne chose, car l’on ne peut plus continuer comme ça à dilapider cette énergie non renouvelable ?

La " petite entreprise " n’en a cure ! Pendant trente ans on l’a incité à se développer. L’artisanat n’est-il pas le premier employeur de l’hexagone ? On oublie cependant trop souvent d’expliquer les raisons de ce dynamisme. Au faible coût du transport, s’ajoute celui des salaires. Quand le 1er employeur paye ses employés comme son pétrole, comment s’étonner que le pouvoir d’achat n’augmente pas, voire régresse. D’autant plus qu’au-delà de l’artisanat, c’est tout le système de la sous-traitance qui a vécu ainsi, au plus grand profit de la grande entreprise.

Ce n’est donc pas demain la veille que l’on verra les grands patrons du CAC40 manifester auprès des taxis ou des ambulanciers. La crise ? Quelle crise ? Quand à un bout de la longue chaîne du capitalisme on s’agite et écume de rage, à l’autre bout on spécule et imagine d’autres scénarii. La grande entreprise a les moyens de voir venir.

09/06/2008

« Soyez réalistes, demandez l’impossible ! »

C’est une antienne qui confine à la tautologie. La LCR est sectaire (ou pour le moins largement suspect de sectarisme) tandis que les " antilibéraux " (appelons comme ça tout le reste de la gauche de la gauche) sont " ouverts " au dialogue et donc à la multiplicité des alliances. Ainsi, dans leur " adresse aux initiateurs du NPA ", Clémentine Autain, Luc Boltanski, Elisabeth Claverie, Frédéric Lebaron, Michel Onfray et Arnaud Viviant invitent la LCR à mener " une clarification entre une option visant à cultiver le petit pré carré de l'extrême gauche et une autre à même de jouer grand angle [qui] permettrait d'emmener le plus d'énergies possible. "

Mais au fait où se situe le problème ? Dans sa réponse à " l’adresse ", la direction de la LCR le situe d’emblée là où ça fait mal : " L’anticapitalisme est (…) pour nous la valeur cardinale autour de laquelle doit se réorganiser une vraie gauche (…) L’anticapitalisme n’est pas une posture défensive, mais la proposition d’une rupture avec ce système, appelant la construction d’une autre société. " Je suppose que cette première réponse aux questions des signataires de " l’adresse ", constitue pour eux la preuve évidente de l’enfermement de la LCR dans le " pré carré de l’extrême gauche ". Ainsi, selon eux, " anticapitaliste " égale fermeture ; " antilibéralisme ", ouverture.

Et si c’était l’inverse ? Au fond, quel est le principal reproche que l’on fait traditionnellement aux révolutionnaires, sinon de ne pas tenir compte des réalités, d’être d’incorrigibles utopistes, de vouloir l’impossible. Ce qui n’est pas faux, car être " anticapitalistes " c’est bien prendre le pari qu’il y a plus de solutions aux problèmes de l’humanité dans la recherche d’autres voies qu’en se limitant aux seules possibilités offertes par l’économie de marché, en d’autres termes, - pour reprendre une formulation de " l’adresse " -, de préférer jouer " grand angle " plutôt que " petit bras ".

Fallacieux ? Raisonnement spécieux ? Sophisme ? Renvoi du compliment à l’arroseur ! Des preuves ? En voilà une : " Une posture uniquement défensive ne fera pas le compte. Or, le concept phare du NPA, " l’anticapitalisme ", ne contient-il pas cette limite dans son intitulé même ? Se définir "pour" et non "contre", porter un projet et non un cahier de revendications, nous semblent des conditions incontournables pour convaincre et faire avancer nos objectifs ", est-il écrit dans " l’adresse ". Un comble ! Ainsi les révolutionnaires, ceux qui luttent pour le socialisme, par conséquent pour un projet de rupture avec l’économie de marché, ne seraient finalement que des syndicalistes, porteurs d’un simple cahier de revendications. C’est en effet le monde à l’envers.

Mais pourquoi donc les " antilibéraux " sont-ils amené à un tel renversement ? Pour le savoir il suffit de lire la phrase suivante : " Car nous avons à concourir sérieusement dans le cadre démocratique, ne serait-ce que pour le transformer. " Et pour qui n’aurait pas compris, on poursuit : " On nous rétorquera que la rue, la grève, la contestation sont les moteurs des ruptures. C’est vrai. On en a aussi vu les limites, en 1968 ou en 1995. Faire l’impasse sur la traduction des contestations dans le champ politique attise les conservatismes. L’enjeu est de construire un autre rapport de force interne à la gauche et de combattre la division du travail : au PS la gestion et à nous la contestation. "

Ce n’est donc que cela le GRAND PROJET que les antilibéraux opposent au " syndicalisme protestataire " du NPA : contester au PS l’exclusivité qu’il revendique d’être le seul gestionnaire possible de l’Etat dans le cadre de la démocratie représentative existante, en espérant – un jour (mais quand et comment ?) – le transformer. Les antilibéraux ont beau faire la roue en se parant des plumes du paon : reprocher à la LCR et au NPA son "syndicalisme révolutionnaire" pour nous vendre finalement qu'une énième resucée d'un réformisme désormais improbable, quel aveu !

29/05/2008

NPA : le dialogue est ouvert

Après Raoul Marc Jennar, un des principaux animateurs du mouvement altermondialiste (qui vient de retirer sa signature de l’Appel de Politis), six autres personnalités de la " gauche de gauche " (Clémentine Autain, Luc Boltanski, Elisabeth Claverie, Frédéric Lebaron, Michel Onfray, Arnaud Viviant), elles aussi signataires de l’Appel et qui le sont toujours, s’adressent à la LCR à propos de son projet de Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) dans une tribune publiée aujourd’hui dans Le Monde (" Adresse aux initiateurs du NPA ").

Le ton est d’emblée résolument ouvert : " Consternés par l'état de la gauche, nous sommes ravis que vous fassiez une proposition. On ne peut malheureusement pas en dire autant des autres organisations de la gauche critique : PCF, Verts, gauche du PS n'ont à ce jour rien soumis de tel. Nous avons manqué une occasion historique de bâtir une force nouvelle avec l'échec de la candidature unitaire antilibérale en 2007. Si vous avez votre part de responsabilités, nous sommes prêts à passer outre aujourd'hui, tant les torts sont partagés. " Voilà donc qui change radicalement après les propos d’après présidentielle où la LCR était montré du doigt au même titre que le PCF.

Il en est de même de ce qui " incitent à la prudence " les six signataires de l’adresse. Ainsi ils pointent le doigt non sans pertinence sur ce qu’il faut bien reconnaître être des questions sensibles dans le projet de NPA : " la question est de savoir quelle organisation constituer et comment. Le dépassement de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) par le nouveau parti sera-t-il réel ou de pure forme ? (…) Si nous sommes convaincus des limites d'une construction "par le haut" de la force nouvelle (…), nous pensons que l'on ne peut faire l'impasse sur la recherche active d'un spectre suffisamment large de sensibilités, de cultures et de traditions de la gauche d'alternative pour pouvoir engager un mouvement populaire et durable. "

Le texte n’échappe pourtant pas toujours à la caricature : " Avez-vous, au fond, renoncé réellement à rester purs entre vous, dans l'attente du Grand Soir ? " C’est une antienne qui a la vie dure cette notion de " pureté ". La fermeté sur un certain nombre de principes n’a jamais empêché les révolutionnaires d’être des pragmatiques et des tacticiens hors paire, des opportunistes au sens propre du terme. On pourrait citer des noms, et pas des moindres, mais ils risqueraient de heurter les âmes sensibles. Quant au " Grand Soir ", la LCR lui a tordu le cou depuis longtemps. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle a renoncé à la révolution, comme processus de changement radical à long terme.

Cette remarque est cependant plus instructive qu’il n’y paraît. Ce que les signataires de l’adresse admettent encore difficilement, c’est que la LCR ait pu finir par comprendre que le temps des avant-gardes minoritaires attendant l’arme au pied que les masses s’ébranlent appartenait au passé. Nous l’avons ici même intitulé " la clôture du trotskisme ". Ce n’est d’ailleurs pas nouveau. Cela fait bientôt dix ans que cette analyse sous-tend les textes fondamentaux de la LCR ainsi que les livres de Daniel Bensaïd. Pour la LCR, le souffle d’Octobre 17 s’est définitivement éteint en 1989 quand la révolution anti-bureaucratique est devenue impossible et a fait place dans l’ex " empire soviétique " à un retour en fanfare d’un capitalisme débridé.

Plus pertinent est, en revanche, le reproche qui est fait à la LCR de camper sur " une posture uniquement défensive ". Les six interlocuteurs argumentent ainsi ce qu’il faut comprendre comme leur principale critique au projet : " le concept phare du NPA, l'"anticapitalisme", ne contient-il pas cette limite dans son intitulé même ? Se définir "pour" et non "contre", porter un projet et non un cahier de revendications, nous semblent des conditions incontournables pour convaincre et faire avancer nos objectifs. Car nous avons à concourir sérieusement dans le cadre démocratique, ne serait-ce que pour le transformer. On nous rétorquera que la rue, la grève, la contestation sont les moteurs des ruptures. C'est vrai. On en a aussi vu les limites, en 1968 ou en 1995. Faire l'impasse sur la traduction des contestations dans le champ politique attise les conservatismes. L'enjeu est de construire un autre rapport de force interne à la gauche et de combattre la division du travail : "au PS la gestion et à nous la contestation". Enfin, vous prônez l'indépendance vis-à-vis du PS : cela nous convient, à la condition de ne pas fermer le débat sur les conditions et les formes de cette indépendance. "

En 2007, Clémentine Autain avait condensé cette question dans une formule abrupte. La LCR refusait de " mettre les mains dans le cambouis ". Avant-gardisme et pureté maintenus, peut-être ? ! C’est à la fois vraie, pour l’immédiat, et faux à long terme. Pour la LCR, en effet, la " gauche de gauche " a vécu, après 2005, dans l’illusion d’une alternative antilibérale. A moins, et ce fut tout le débat autour de la candidature commune en 2007, de laisser la porte entr’ouverte à une alliance avec le PS sur des principes flous. Mais comment croire qu’il aurait été possible de contraindre un PS hégémonique à une alternative politique antilibérale ?

Naïveté des antilibéraux ou calculs politiciens ? Un peu des deux. Quoiqu’il en soit la LCR en refusant de s’inscrire finalement dans le processus de la candidature commune ne faisait qu’affirmer son droit à penser autrement. Selon elle l’alternative était impossible tant que le rapport de force entre les " deux gauches " ne serait pas inversé en faveur de la " gauche de gauche ". Et pour qu’il en fut ainsi, il fallait construire un autre parti, résolument antilibéral, c’est à dire anti-capitaliste : le NPA. C’est pourquoi le projet de la LCR ne se pensait pas et ne se pense toujours pas, d’emblée, comme une alternative mais d’abord comme le creuset d’une résistance en construction. Ce qui n’exclue pas, de s’afficher comme une alternative en devenir.

Que les notions de " résistance ", de " cahier de revendications ", de parti pour la convergence des luttes, apparaissent pour l’heure prioritaires dans le NPA n’est donc pas un hasard. Pour autant cela ne signifie pas que la LCR a renoncé à tout projet de changement de société. On ne peut à la fois lui reprocher de penser encore au " Grand Soir " et de ne faire en pratique que du syndicalisme révolutionnaire. C’est même précisément le sens profond du projet de NPA : construire à terme avec des mouvements de tous horizons, et pas seulement avec les héritiers de Trotski ou de Lénine, le socialisme du XXIème siècle.

Pour conclure, cette phrase qui illustre bien le changement de ton qu’augure ce texte (après le lettre de Jennar et son dialogue avec Daniel Bensaïd) : " En dépit de ces préoccupations qui rendent de très nombreux militants actuels ou potentiels frileux à votre égard, qu'est-ce qui nous séduit ? Une proposition nouvelle (enfin), nous l'avons dit. Un enthousiasme partagé, notamment dans les catégories populaires, pour les prises de parole d'Olivier Besancenot qui donnent un coup d'air frais à des débats politiques poussiéreux et ronronnants. Une clarté de positionnement : à gauche, pas un peu, pas en tortillant ni en s'excusant, mais franchement. "

Certes demeurent encore bien des réticences, mais la glace est brisée : " Dans ce que vous donnez à voir, il existe des contradictions, des ambiguïtés. Une clarification entre une option visant à cultiver le petit pré carré de l'extrême gauche et une autre à même de jouer grand angle permettrait d'emmener le plus d'énergies possible. Tel est le sens de ce message. C'est un débat politique constructif que nous voulons ouvrir publiquement avec vous. "

Autre signe d'ouverture : le texte des Cual (Collectifs unitaires pour une alternative au libéralisme) publié dans Rouge.

27/05/2008

Au secours ! La « Deuxième gauche » revient

Sur son blog Mélenchon lance un défi à Delanoë  : " Si on lit bien [le livre de Bertrand Delanoë] il s’agit de faire entrer le libéralisme en tant que doctrine dans le corpus socialiste. Et il n’est pas question seulement du libéralisme en tant que courant d’idées anti-conservateur comme on nous le serine à l’envie. Il s’agit bien de la doctrine économique puisque les exemples donnés (compétition et concurrence) concernent l’économie. C’est donc au niveau des principes que cette " révolution " devrait être accomplie. Alors je dis chiche : puisque personne de ses proches n’en a parlé à la commission chargée de rédiger la nouvelle déclaration de principes, et puisque au contraire celle-ci a ramené sur les positions traditionnelles le texte finalement arrêté, pourquoi ne pas soumettre au vote de la prochaine Convention en juin cette idée ? "

Evidemment, il ne le fera pas, ou plutôt, Delanoë qui a de l’audace, mais point trop n’en faut, se défilera, expliquant comme il le fait partout, que le paradigme " libéral " doit être entendu ici dans son acception philosophique et politique. Bref, Delanoë se réclame de l’idéal des " Lumières ". Un peu comme si l’on disait que Marx était " libéral " parce qu’il avait été lié dans sa jeunesse aux jeunes hégéliens. Précisons cependant que le courant " libéral " en politique c’est Burke, Mme de Staël, Tocqueville, Constant, Guizot, Quinet, Taine… c’est à dire l’aile droite de la bourgeoisie montante, celle qui renâcle à poursuivre la révolution et freine des quatre fers, bref pas exactement ce courant dont se réclameront plus tard Jaurès et tous les socialistes.

Mais Delanoë et Mélenchon savent-ils tout cela ? On se le demande ! Delanoë cite Tocqueville pour se justifier, et il croit s’en sortir avec cette pirouette. Tocqueville, justement, qui a été remis à la mode depuis une bonne trentaine d’années par feu la Fondation Saint-Simon (Rosanvallon, Furet…), cette entreprise de démolition de la pensée socialiste (et communiste) venue du cœur même de la gauche et qui avait déjà porté sur les fonds baptismaux la " Deuxième gauche " de Rocard et Delors. Nul doute que Delanoë sait tout cela, mais ce qui était inacceptable il y a vingt ou trente ans est aujourd’hui recevable. Le temps et le bourrage de crâne ont fait leur œuvre : la " Deuxième gauche " est aujourd’hui majoritaire au PS.

C’est pourquoi le défi de Mélenchon est hors propos. Car le libéralisme politique n’est pas un " courant d’idées anti-conservateur " comme il l’écrit sur son blog. C’est au contraire l’expression d’une réaction aux avancées extrêmes de la révolution française, au moment où elle va se poser le problème de la remise en cause de la propriété privée. Cette réaction, qui combat le " maximum " (l’Etat fixant le prix des denrées de base), est bien aussi économique. Comme toujours politique et économie sont liées.

Point n’est besoin donc de chercher à prendre Delanoë en défaut sur son libéralisme en économie (" compétition et concurrence "). En se réclamant, à minima, de Tocqueville, en régurgitant Guizot et ses thuriféraires, cela suffit : il épouse explicitement les thèses de la contre-révolution. A quand la sortie de Jaurès du panthéon socialiste pour crime de lèse-libéralisme ?

22/05/2008

Delanoë, le nouvel esprit du socialisme ?

Tout comme Bernstein (théoricien social-démocrate allemand du début du siècle dernier) recommandait aux socialistes allemands de mettre en conformité leur actes et leurs discours, en somme de s’assumer pour ce qu’ils étaient devenus, des réformistes soucieux de respecter l’économie et la société de leur temps, le maire de Paris suggère aux socialistes français de mettre beaucoup de pensée libérale dans leur brouet socialiste.

Extraits : Pour le maire de Paris la gauche doit adopter " une doctrine de la liberté et de la justice dans une société imparfaite et non une doctrine de la lutte des classes qui nous promet une société égalitaire et parfaite (…) Si les socialistes du XXIe siècle acceptent enfin pleinement le libéralisme, s'ils ne tiennent plus les termes de "concurrence" ou de "compétition" pour des gros mots, c'est tout l'humanisme libéral qui entrera de plein droit dans leur corpus idéologique. Il faut choisir : la synthèse est morte. Voici venu le temps des différences assumée (…) "

A ce titre Bernstein passerait aujourd’hui pour un dangereux extrémiste mais nous sommes en 2008 et la social-démocratie de Jaurès et Kautsky est bien morte et enterrée. Plus d’assise ouvrière et populaire, et surtout plus aucune marge de manœuvre dans le cadre de l’Etat national pour dompter un capitalisme mondialisé. En somme les réformistes ont les mains nues et le seul outil (l’Europe) dont ils pourraient disposer, en théorie, pour assagir la " bête " leur échappe tout autant.

Que leur reste-t-il ? La vague possibilité d’accompagner le changement des mœurs, bref d’être la mouche du coche d’un monde marchandisé. Paris plage et nuits blanches, tout un programme. Tel est le sens de ce " coming out " libéral. Puisque nous ne pouvons rien faire dans ce monde qui nous échappe feignons d’en être les inspirateurs inspirés. Pitoyable ? Non ! Aveu d’impuissance plus certainement.

Valls, Royal ou Delanoë c’est l’enterrement du socialisme réformiste. Tournons la page.

18/05/2008

Alternative à gauche : vouloir n’est pas pouvoir !

55 personnalités viennent de signer dans Politis un appel intitulé " L’alternative à gauche, organisons-la ! ". C’est l’énième appel du genre et il a autant de chance d’être entendu que les précédents. Ce  n’est pas la qualité des hommes et des femmes qui est en cause – la plupart d’entre eux sont des hommes et des femmes sincères – mais l’objectif même de cet appel.

Vouloir une alternative est une chose. Qu’elle puisse se concrétiser en est une autre ! Pour se faire il faudrait que de forces politiques significatives de la gauche de gauche y consentent. Or aucun courant organisé, aucune force politique susceptibles de (ou inviter à) participer à un tel rassemblement ne souhaite, dans l’immédiat, y jeter toutes leurs forces : ni la " gauche " du PS ; ni la " gauche " des Verts ; ni le PC ; et d’autant moins Lutte ouvrière, sauf… et c’est là tout le paradoxe, la LCR. Et c’est justement parce qu’elle est la seule à vouloir changer la donne à gauche en en tirant toutes les conséquences (la dissolution à terme de la LCR) que ce courant a initié seule le projet d’un nouveau parti.

En fait la question centrale qui plombe cette alternative est la même que celle qui avait fait échoué la candidature commune antilibérale en 2007 faute de réponse claire. Y a-t-il à gauche du PS, au sein du PS lui-même, dans le PC, chez les Verts, une quelconque velléité de rompre clairement et définitivement avec la dérive gestionnaire social libérale des socialistes ? Non !

Ou bien ces courants pensent qu’il est encore possible de modifier le rapport des forces entre un social libéralisme dominant et un anti-libéralisme minoritaire. La victoire du " non " en 2005 aurait, soit disant, démontré que cela était possible. Mais c’est négliger un gros détail. Dans un premier temps la majorité du PS s’était prononcé pour le " oui ". Il avait fallu la manœuvre de Fabius, sentant le vent venir et pensant ainsi reprendre l’initiative au sein du PS, pour que les socialistes se divisent sur la question. Il avait fallu ensuite l’apport des votes d’une partie des électeurs de droite et de l’extrême-droite pour que le " non " l’emporte.

Ou bien, et cela est plus grave encore, ces courants ne souhaitent en fin de compte qu’une inflexion un peu plus à gauche du programme du PS, en gros un peu plus de social. On comprend dès lors que des personnalités qui ont participé à la gauche plurielle du gouvernement Jospin puissent signer un tel appel sans se renier. C’est l’emploi avec toutes ses ambiguïtés du terme d’anti-libéralisme qui permet de telles gymnastiques. Mais apparemment ce terme est encore trop fort. Dans cet appel il est non seulement pas question d’anticapitalisme, mais pas plus d’anti-libéralisme. Désormais il ne s’agit plus que de " transformation sociale et écologiste ".

On atteint là un sommet dans le genre sournois. Ainsi, d’appel en appel, on gomme tout ce qui pourrait déplaire. C’est ce qui avait été déjà tenté en 2007, pour séduire le PC, un PC qui ne devait pas aller trop loin lui aussi, pour ne pas rompre les ponts avec le PS… et ainsi de suite. En résumé le PS court après le centre ; le PC et les Verts court après le PS ; et la " gauche de transformation sociale et écologiste " court après tout ce beau monde. Cours toujours, comme dirait l’autre !

12/05/2008

L’huître ouvrière

Lutte ouvrière n’a rien compris. Qu’est-ce au fond que le projet de nouveau parti anticapitaliste de la LCR sinon la prise de conscience, tardive, que tout ce qui a été tenté depuis plus de soixante-dix ans pour construire un mouvement ouvrier de lutte de classe, révolutionnaire et démocratique, a échoué et que d’autres solutions doivent être tentées.

Les occasions auraient-elles manqué ? Evidemment non ! 1936, 1945, 1968, ont été autant de moments de surgissement des " larges masses " sur la scène politique et sociale, moments éminemment propices à susciter des prises de conscience impossibles en d’autres périodes quand le mouvement social est au plus bas. Certes, longtemps (on l’a un peu oublié aujourd’hui), un PCF stalinien, hégémonique dans le mouvement ouvrier, a tout fait, y compris physiquement, pour contrecarrer l’émergence à sa gauche d’une telle force. Mais c’est surtout parce que le PCF donnait alors toutes les apparences d’un parti de classe qu’une telle force n’avait pu se construire.

Pourtant, alors que bien des hypothèques ont été levées – le PC n’est plus que l’ombre de lui-même et le PS a très largement épuiser ses capacités à mobiliser l’électorat ouvrier –, l’extrême gauche peine à sortir de son état groupusculaire, et ce malgré les indéniables succès électoraux obtenus ces dix dernières années. Certes le verrouillage des systèmes électoraux, conçus pour faciliter l’expression du bipartisme, ne joue pas en sa faveur. Mais l’explication est trop courte, surtout pour des courants politiques qui n’attachent qu’un rôle secondaire aux élections.

Plus consistant est l’explication structurelle. Le mouvement ouvrier a subi de plein fouet l’offensive libérale de ces vingt dernières années, d’autant plus quand elle a été accompagnée, sinon conduite, par ses prétendus représentants. Surtout la réorganisation du travail, l’individualisation des tâches (Le " nouvel esprit du capitalisme "), un chômage de masse et la précarisation de l’emploi ont été autant de facteurs de désorganisation et d’affaiblissement du mouvement ouvrier. Malgré quelques rémissions comme en 1995 ou en 2005, difficile de reconstruire dans ces temps de défaite.

Alors autant le reconnaître, c’est le schéma que toute l’extrême gauche " trotskiste " avait en tête, pratiquement depuis son origine, qui est aujourd’hui forclos. En résumé, un jour ou l’autre sous le double impact de la radicalisation (celle des " masses ") et des trahisons (celles des appareils des partis réformistes et stalinien), des " pans entiers " des vieux partis devaient rallier la petite avant-garde qui attendait l’arme au pied. Pure illusion ? Erreur de pronostic ? Toujours est-il que ça ne s’est pas produit et que rien n’indique que cela puisse arriver un jour.

C’est cette leçon que Lutte ouvrière ne veut pas admettre alors qu’elle sait parfaitement dans quel état est le mouvement ouvrier. N’a-t-elle pas en 2007 (au moment des municipales) noirci le tableau en justifiant ainsi son alliance au premier tour avec le PC et le PS : il ne faut pas désespérer la classe ouvrière ! Parce que s’allier avec les fossoyeurs du mouvement ouvrier se serait lui redonner du courage !

Alors, parce que Lutte ouvrière n’a pas de solution viable en vue, hormis ses petits calculs électoraux, elle se referme, comme une huître, sur ce qui n’a jamais marché, en attendant des jours meilleurs.

07/05/2008

Quarante ans après

Ce dont je suis encore ébloui, en pensant rétrospectivement à ce mois de mai 1968, c’est surtout par cette vacance des pouvoirs – le mot flottement serait peut-être plus juste – dont nous avons été témoin pendant quelques jours, quelques semaines. C’est avec émerveillement, et disons le franchement beaucoup de crédulité, que nous avions vu alors ce vieux monde vaciller. Et ce n’était pas seulement l’Etat, son chef, ses institutions qui nous semblaient déstabilisés par nos coups mais tous les autres pouvoirs : celui des vieux partis de la gauche (SFIO, PCF), des confédérations syndicales et plus généralement de toutes les institutions, universitaires, culturelles, médiatiques, sportives même.

Mon souvenir le plus marquant à ce propos c’est quand des centaines de jeunes ouvriers de Michelin (j’étais alors à Clermont-Ferrand) déboulèrent un soir à la faculté des lettres que nous occupions. Eux aussi voulaient participer à ce maelström. Ils voulaient en être, coûte que coûte ! C’était purement spontané mais non sans arrière pensée. Ils nous interpellaient : " Que faut-il faire ? "

Il est possible que nous les avons déçus ce jour là – nous n’avions rien de bien concret à leur proposer – mais très certainement qu’au retour dans leur entreprise, ce sont ces jeunes qui entraînèrent les organisations syndicales dans l’action. Ainsi, contrairement à ce que l’on pu dire par la suite, ce n’est pas nous, les étudiants, qui étions " allés aux masses ", mais " elles ", ou tout du moins leur avant-garde, qui étaient venues à nous. Nous avions entrouvert une brèche, elles s’y engouffrèrent. Quelques jours plus tard ce fut la grève générale.

Il fallut encore quelque temps pour que le vieux monde retrouve ses esprits. Il avait été secoué durement mais il teint bon. La vieille gauche sortit Mendès-France de son chapeau à Charléty. Encore et toujours la troisième voie. Mitterrand tenta lui aussi sa chance. Les communistes, comme d’habitude, feignirent de vouloir un gouvernement populaire, mais rentrèrent dans le rang dès qu’ils purent obtenir du pouvoir à Grenelle de substantiels avantages sociaux et puis de nouveau la routine s’installa : élections, réformes...

Quarante ans après, ce vieux monde est toujours debout Il a même retrouvé une seconde jeunesse. C’est le " nouvel esprit du capitalisme ". Mais l’ancestral rêve d’émancipation que l’on croyait déjà à cette époque bien enterré n’est pas mort, il bouge encore.

30/04/2008

Céder ou résister ?

La cote de confiance des Français en Sarkozy a beau être au plus bas, le président n’en persiste pas moins dans ses " réformes ". Mais pourquoi devrait-il s’en priver ? L’opposition de " gauche " ? Elle n’existe pas ! Les confédérations syndicales ? Elles reculent, repoussant chaque jour l’échéance de l’affrontement dont elles ne veulent manifestement pas. Alors peut-être que, finalement, l’échec de la grève des cheminots en 2007 a été ce tournant que la droite attendait. La France serait donc mûre, mûre pour le dégraissage des acquis sociaux, mûre pour un Etat libre enfin de défaire ce que des générations de salariés avaient réussi à conquérir.

Ce n’est pas si simple. Si manifestement au niveau national la " gauche " semble avoir baissé la garde, à la base il semble bien que l’on commence à relever la tête. La lutte des salariés de la Redoute à Wattrelos est exemplaire à cet égard. Il y a aussi le mouvement de grève de quelque 500 " sans papier ". Et comme ça des dizaines de conflits locaux, pilotés par des équipes syndicales courageuses avec des salariés qui savent qu’ils risquent beaucoup à se battre ainsi, le dos au mur, mais beaucoup plus encore à ne rien faire.

Car désormais, pour le patronat, tout est permis. Belle illustration de cette conduite avec l’affaire de Peugeot Motocycles : " renégociez le temps de travail (sans augmentation de salaire) ou on délocalise ! " Et quand les médias s’emparent de l’info, ils ne s’embarrassent de rien pour trafiquer la réalité. Ainsi sur Europe 1 : " Avec un vote de trois voix "pour" sur quatre, les délégués de Peugeot Motocycles à Mandeure dans le Doubs et à Dannemarie dans le Haut-Rhin ont décidé mardi lors d'un comité central d'entreprise d'accepter le principe d'une renégociation de l'accord sur le temps de travail. " C’est ce que l’on a entendu sur les ondes. Néanmoins, quand on prolonge la lecture de l’article (publié sur le site de la radio) on peut lire : " La CGT (une voix, majoritaire chez les ouvriers), et la CFDT (avis consultatif sans élu titulaire) ont maintenu leur opposition. Elles dénoncent un "inacceptable chantage à l'emploi". FO a également donné un avis défavorable (consultatif). " Cela n’empêche pas cependant radio d’enfoncer le clou et de faire un reportage sur une autre entreprise (Bosch à Vénissieux) où les salariés avaient accepté en 2004 de passer à 36 heures.

Et gare aux récalcitrants. Goodyear donne le ton. La direction du fabricant mondial de pneumatique envisage ainsi de supprimer 402 postes à Amiens, suite au refus des syndicats de signer un accord sur la réorganisation du travail. Et c’est comme ça que, jour après jour, mois après mois, année après année, on fabrique une autre vérité, la seule qui convienne au patronat et à l’Etat : " il faut travaillez plus ", pour la compétitivité des entreprises, pour les retraites, pour la sécurité sociale et les dividendes... Quant aux salaires… ils attendront.

21/04/2008

Radicaux… socialistes

Au PS on aime les blagues. Ne vient-il pas de confirmer solennellement sa nature " réformiste " tout en se voulant porteur " d'un projet de transformation sociale radicale ". Passe encore pour " réformiste " encore que – hormis les 35 heures – on se demande bien à quelle réforme il est fait allusion. Mais " un projet de transformation radicale ", là évidemment on reste bouche bée.

Chacun a en mémoire les dernières campagnes électorales des socialistes. Où et quand a-t-il été question de ce programme ? Dans le programme présidentiel de Ségolène Royal nous n’en avons pas vu la moindre ébauche, mais pas plus dans ceux de ses concurrents malheureux. D’ailleurs, ce texte a été voté à l’unanimité des membres de la commission qui était chargé de le rédiger. Seul Mélenchon s’est abstenu mais uniquement pour un article concernant l’Europe. C’est dire le sérieux de l’entreprise à moins que cette unanimité exprime bien la réalité de ce qu’est le PS : un parti où les divergences sont de pure forme.

Tout aussi significatif est la disparition dans ce texte de toute référence aux " rapports de classes ". Cette omission volontaire rend en effet caduque l’assertion du projet. Historiquement, quand les socialistes et les communistes mettaient en avant leur " projet de transformation sociale radicale ", ils pensaient évidemment à la fin du salariat et à la réalisation d’une société sans classe. Mais puisque la lutte des classes n’est apparemment plus le moteur de l’histoire, comment " transformer radicalement la société " ? Et pour mettre quoi à la place ?

En d’autres termes peut-on à la fois être partisan d’une " économie de marché régulée par la puissance publique ainsi que par les partenaires sociaux " ou affirmer que "  la régulation (…) est un des rôles majeurs de l'Etat pour concilier l'économie de marché, la démocratie et la cohésion sociale " – ce qui existe peu ou prou aujourd’hui – sans s’interroger pourquoi on a assisté ces vingt dernières années à une telle dégradation des " rapports sociaux  " au seul bénéfice du capital ?

La réponse à cette interrogation est en fait contenue dans cette formule retenue par les socialistes : " changer la vie par la loi et le contrat ". C’est avec une telle méthode qu’ont été mis en place les 35 heures avec le résultat que l’on sait : le blocage des salaires et l’annualisation des heures de travail ce qui a eu pour conséquence une intensification des rythmes de travail. Et c'est ainsi qu'une réforme a produit l'inverse de ce pourquoi elle avait été faite.

19/04/2008

Le nouveau parti de Jean-Claude Gayssot

L’ancien ministre de Jospin, pour l’heure vice-président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, explique dans Le Monde d’aujourd’hui qu’il "  il faut rompre avec la conception qui a prévalu à la création du PCF " et construire une nouvelle force " indépendante du PS mais unitaire et constructive ". Selon lui, il ne s’agirait pas d’une aile gauche du PS ni d’une LCR bis mais d’un parti " pour la transformation sociale ", avec les militants du PS " refusant l'alliance avec le MoDem ", " l'extrême gauche unitaire, les altermondialistes, les écologistes de gauche... C'est – conclut-il – le PCF qui doit prendre l'initiative, débattre de cette hypothèse au congrès. Qu'il dise qu'il veut participer à la création de cette force sans que l'étiquette PCF soit un préalable ".

Le profil d’une telle formation n’est pas sans ressemblance avec le " Die Linke " allemand ou avec la coalition italienne " Arc-en-ciel " autour du Parti de la refondation communiste (PRC), dit " Rifondazione " (3 % aux dernières élections). De la part de cet ancien apparatchik de l’ère Marchais, aujourd’hui " huiste ", et comme tel opposé à une candidature commune des antilibéraux en 2007, qui contribua enfin, comme ministre de Jospin, à la privatisation d’Air France, une telle intention ressemble plus à un coup de sonde pour déstabiliser les partisans du statu quo au sein du PC qu’à une véritable intention de construire quelque chose de viable. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Gayssot envisage une telle formation. Il y a un an déjà il avait formulé quasi à l'identique la même proposition soulignant en quoi elle se démarquait du Nouveau Parti Anticapitaliste initié par la LCR, "lié, selon lui, à une stratégie uniquement contestataire et d'isolement." Car il s'agit bien d'un projet concurrent, hostile même.

Mais comme nous l’avons déjà dit ici, une telle initiative ne dépend pas du PC mais de ce que fera la " gauche " du PS à l’issue de son congrès. Or cette " gauche ", divisée, sans leader, programme et stratégie commune, n’a dans l’immédiat nulle intention de quitter le giron du vieux parti qui se solderait par la perte sèche de la plupart de ses élus. En somme, nous avons là une nouvelle preuve qu’une partie de la " gauche de gauche " se raconte une histoire. Qu’il y ait la place en France pour une vraie gauche d’opposition, c’est une évidence mais elle ne passera pas par une décision d’en haut. Le mode de scrutin est le principal frein aux velléités des scissionnistes. Les milliers d’élus du PS ou du PC, fussent-ils de gauche, ne lâcheront pas la proie pour l’ombre. Il ne reste donc plus qu’une seule solution : reconstruire par le bas.

17/04/2008

Ces ouvriers qui votent à droite

Comme en France en 2007, en Italie c’est le vote ouvrier (et employé) qui assure, dans un fauteuil, l’élection du candidat de la droite. Ce vote ouvrier à droite est particulièrement remarquable dans le nord de l’Italie où sévit la formation xénophobe et nationaliste d’Umberto Bossi, la Ligue du Nord.

Dans certaines villes très ouvrières de la Vénétie, la Ligue obtient des score de 20 % à 30 %, frôlant même les 50 % à San Pietro Mussolino. Avec certes moins d’ampleur, c’est le même phénomène en Ligurie et en Romagne. A Cittadella, au nord de Vicence, où le maire, membre de la Ligue, avait pris un arrêté pour refuser les étrangers démunis, elle obtient 42 %. Dans les deux grandes régions du Nord, la Lombardie et la Vénétie, elle fait jeu égal avec le parti de Berlusconi, le Peuple de la liberté (PDL). Dans la deuxième circonscription lombarde, elle obtient 27, 8 % à la Chambre des députés, contre 31,3 % au PDL, en Vénétie 28,2 % dans la 1ère circonscription contre 27,1 % au PDL, 25,4 % dans la deuxième, contre 27,8 %. A Milan, le mouvement d'Umberto Bossi a des résultats à deux chiffres : 12,3 % des voix à la Chambre.

Nous sommes le parti des ouvriers ! ", a pu ainsi déclaré Bossi. Le Pen avait fait la même chose il ya quelques années et Sarkozy s’en est souvenu en 2007. Il ne faut pas être un fin analyste des scrutins électoraux pour comprendre les raisons profondes de cette captation du vote des ouvriers par la droite : la gauche n’a plus rien à leur promettre. Je ne parle même pas des "lendemains qui chantent" – cette gauche là a tué depuis longtemps tout espoir d’émancipation sociale –, mais elle n'a même pas à leur offrir ce minimum syndical que l’on est en droit d’attendre d’elle.

Alors les ouvriers se vengent, comme ils peuvent, prenant pour argent comptant ceux qui leur disent que les responsables de leur malheur ce sont les immigrés ; ou l’Europe ; ou Rome ; ou la gauche, et peu importe qui, il faut un coupable ! C’est un discours identique que leur a tenu en France un Le Pen, puis un Sarkozy. Et ça ne peut que marcher. Car quels sont les premiers à avoir appelé aux lynchage de la gauche sinon la gauche elle-même, celle des Prodi et des Veltroni et bien d'autres avant eux : "n’écoutez pas les " nains " (la gauche de gauche) ! Ils ont fait votre malheur."

En Italie peut-être faut-il également ajouter le traumatisme " des années de plomb " quand une partie de l’extrême-gauche c’est fourvoyé dans le terrorisme urbain tandis que l’autre, celle de Berliguer (le dirigeant de PCI du " compromis historique " entre la droite et la gauche) commençait le travail de liquidation de l’héritage. Le principal ennemi de la gauche, c’est la gauche !

14/04/2008

Le PS sur la voie italienne

Quel contraste entre l’enthousiasme (si, si, vous avez bien entendu, voir Libération) des médias français pour ces élections italiennes réduites à un affrontement factice entre une gauche " hyper recentrée " et une droite " berlusconisée " - vive le bipartisme, disaient-ils - et l’accueil que lui ont réservé les électeurs italiens : une participation en baisse (même si les Italiens votent plus que les Français) et la victoire probable de la honte des chefs d’Etat européens, déjà deux fois au pouvoir avec le succès que l’on sait.

Les deux camps avaient à quelques détails prêts le même programme, mais pour les médias français l’intérêt était ailleurs. Voici, en résumé, comment Le Monde analysait hier l’enjeu du scrutin dans un éditorial : " (…) le paysage politique italien est en mutation. Sous la houlette de Walter Veltroni, la gauche démocratique s'est rassemblée sans s'embarrasser d'alliés dans les différents avatars des rescapés du communisme. Ce refus risque de lui coûter le pouvoir, mais il peut contribuer à faire progresser le bipartisme dans un pays célèbre pour ses coalitions contradictoires et éphémères. Ce serait un immense progrès, qui devrait être consolidé par une réforme de la loi électorale. "

En clair, il s’agissait pour la " gauche " de se débarrasser de tout ce qui de près ou de loin la rattache encore à une gauche sociale. Car c’est comme ça qu’il faut comprendre " sans s'embarrasser d'alliés dans les différents avatars des rescapés du communisme ". La conclusion de l’éditorial est à ce titre sans ambiguïté : " (…) le gouvernement de centre-gauche mené par Romano Prodi n'a pas démérité. S'il est désavoué par les électeurs, c'est au contraire parce qu'il a su engager des réformes courageuses que l'équipe précédente, justement présidée par M. Berlusconi, avait négligées. Il s'est heurté à des intérêts catégoriels et n'a pas pu mener à bien la mue d'un système économique qui a naguère été performant, mais qui est maintenant à bout de souffle. "

C’est dans cette même voie (" courageuse ") que s’est engagé la " gauche " française. Bertrand Delanoë était d’ailleurs venu récemment à Rome pour saluer son ami Walter Veltroni en ces termes : " Le projet de Veltroni est celui d'une Italie du XXI siècle. Son offre est courageuse, c'est une personnalité qui a une dimension morale, ce qui me paraît utile pour l'Italie aujourd'hui. " Il y a deux ans Ségolène Royal avait fait le voyage à Rome avec la même ferveur. Prodi l’avait emporté. Déjà, à l’époque, les médias s’étaient réjoui de l’aggiornamento de la " gauche " italienne, espérant que le PS français en ferait de même. Mais il faut croire que ce n’était pas encore assez. Veltroni a donc poussé plus loin l’éradication du peu qui restait de social dans son programme. La prochaine fois, c’est juré, Veltroni proposera à Berlusconi un gouvernement d’union nationale.

P.S. : Sur RTL plusieurs journalistes, dont un correspondant de journaux italiens, se sont félicité de la défaite de "la gauche de gauche" à ces élections. Pour qui ne connait rien à la complexité du paysage politique italien, voilà qui déjà ne veut rien dire car il n'y a pas en Italie de "gauche de gauche" en construction, sinon récemment ("Gauche critique"). Mais c'est surtout faux. Car c'est l'inverse qui s'est produit, la prétendue "gauche de gauche" (Refondation) s'était noyé dans une grande coalition avec le centre gauche sous la houlette de Prodi. Veltroni, cette fois ci, a procédé différemment, il s'est présenté avec sa seule formation, le Parti démocrate, fusion entre une partie de l'ex parti communiste et la gauche des ex démocrates chrétiens (Margherita), sans plus de succès d'ailleurs. En deux ans, deux tactiques saluées à chaque fois par certains socialistes français comme la voie à suivre, ont abouti à un échec.

09/04/2008

Qui veut de Die Linke ?

Combien sont-ils exactement en France les partisans déclarés d’un Die Linke à la française ? Si l’on en croit Christian Picquet, membre (minoritaire) de la direction de la LCR, qui publie une tribune dans Marianne, ils ne seraient pas légion : " À la gauche du social-libéralisme, bien que les scrutins de mars aient attesté qu'il existait bien en France un espace politique similaire à celui qu'a révélé Die Linke en Allemagne, c'est le statu quo qui menace. On en devine d'ores et déjà les conséquences : la poursuite, au PS, d'une coexistence chaque jour moins lisible, entre les tenants d'une alternance molle et l'aile militante qui, ainsi qu'elle l'a prouvé dans la bataille du "non" de gauche au traité constitutionnel européen, n'a pas renoncé au changement social ; le retour de la direction du PCF à l'immobilisme et à une posture identitaire, au nom de l'illusion selon laquelle ce courant demeurerait la "troisième force" d'un pays qui n'en compte plus vraiment que deux ; la réduction de la visée stratégique de la LCR à la proclamation d'un nouveau parti qui, s'il reste confiné au seul espace de l'extrême gauche, ne disposera pas des moyens de bouleverser le rapport des forces à gauche et d'y disputer l'hégémonie dont jouit par défaut la rue de Solferino. "

Constat amer mais parfaitement exact et qui devrait inciter Christian Picquet à poser la question : " Pourquoi ? " Essayons pour notre part d’y voir plus clair.

Pour la gauche du PS, prétendre comme le fait Picquet qu’une " aile militante, ainsi qu'elle l'a prouvé dans la bataille du "non" de gauche au traité constitutionnel européen, n'a pas renoncé au changement social ", c’est aller vite en besogne. Difficile de mettre Fabius, Emmanuelli, Weber, Mélenchon et Filloche (pour ne citer qu’eux) dans le même panier. Admettons cependant que Mélenchon et Filoche répondent aux critères. Or si Mélenchon évoque bien ici et là l’hypothèse Die Linke, Filloche en revanche y est farouchement opposé.

Passons au PC. L’épisode de la candidature commune à la présidentielle a suffisamment montré que le PC ne visait dans cette opération qu’à phagocyter le mouvement antilibéral et à en prendre la direction. L’échec cuisant qu’il a subi ne l’incitera pas à y revenir. Il faut donc se faire une raison. Le PC restera encore longtemps sous sa forme actuelle, accroché à un PS qui fera tout pour le maintenir à flot dans cette position de vassalité.

Ne reste plus que l’extrême-gauche, et la mouvance alter et antilibérale. Et là encore les partisans d’un Die Linke à la française sont minoritaires.

En fait les conditions d’existence d’un tel parti ne sont pas réunies. En Allemagne c’est le refus du SPD de gouverner avec son aile gauche et l’ex-PC de l’ex Allemagne de l’Est - le SPD préférant s’allier avec la CDU d’Angela Merkel - qui a permis la création de Die Linke. Comme on voit mal dans quelques mois ou quelques années le PS gouverner avec l’UMP, il est fort à parier que les choses resteront ainsi longtemps en l’état.

On se demande donc à quoi peuvent servir, dans ces conditions, les appels comme celui de Picquet ou encore des ex collectifs du 29 mai ? C’est bien pourquoi, quelque périlleux soit-il, seul le projet de la LCR garde une cohérence. C’est même à terme, si la réussite vient, la seule possibilité pour inciter les autres courants à sortir du " statu quo ". Un petit parti de 7.000 à 8.000 membres pèserait en effet beaucoup plus que tous ces prêches dans le désert. Et l’on pourrait, dés lors, parler peut-être plus concrètement de cette hypothèse.

04/04/2008

Quimperlé, capitale de la LCR

Moi, Eric, révolutionnaire et breton... Aux municipales, à la tête d'une liste trotskyste, il a frôlé les 15%. Et tant pis si le maire est désormais de droite. Claude Askolovitch, Le Nouvel Observateur

En décembre 2005, son fils s'est effondré au centre commercial. " Je ne veux rien, ce n'est pas grave ", a-t-il lâché en pleines courses de Noël. Puis il s'est mis à verser des larmes inarrêtables. Eric Rudwill en reste désarmé. " Il avait vu une affichette de "Ouest France " qui annonçait le plan social de Nestlé. On lui a dit que ce n'était pas fichu, que je n'étais pas encore chômeur, et au pire, que sa maman travaillait aussi..."

Révolutionnaire, on a ça dans le ventre, paraît-il. Mais il faut autre chose. Eric Rudwill, 39 ans, révolutionnaire à Quimperlé, Finistère, le sait bien : les larmes de Ritchie, son fils, ont compté dans cette histoire. Et aujourd'hui, les étoiles qui brillent dans les yeux du gosse justifient bien des peines. " Quand je suis entré en politique, ça l'a transformé. Il a 13 ans, il a suivi toute la campagne. Pour lui, Besancenot est un héros..." Et papa ? Papa, l'autre héros, était chef de file de la LCR aux dernières municipales. Recordman de France des listes trotskistes avec plus de 15% au premier tour ! " On était une liste d'ouvriers, les gens nous disaient de ne pas laisser tomber. Rudwill s'est maintenu au second tour. Sa "vraie gauche " n'attendait rien de la liste socialiste, laquelle n'avait pas grand-chose à lui proposer.

C'est ainsi que Quimperlé est passée à droite : un contre-exemple frappant en pleine vague rose ! La faute à des décisions venues de loin, qui ont fragilisé Quimperlé : les menaces industrielles, l'hôpital en peau de chagrin, privé de maternité et de chirurgie, le tribunal d'instance fermé ! Le maintien de Rudwill a donné le coup de grâce : un ouvrier plein de revanche, et qui danse sur les tombes socialistes. " Il ne fallait pas nous mépriser, ni nous envoyer la police municipale quand on distribuait des tracts ! " Quand il parle des socialistes, " la fausse gauche, la gauche molle ", Eric le gentil, a le regard mauvais.

Paysage du tueur. Il travaille chez Nestlé-Purina, fabriquant d'aliments pour animaux domestiques. Marié à Corinne, aide-soignante à l'hôpital, qui accompagne les vieillards saisis par l'alzheimer. Ses parents, retraités de chez Mauduit, une papeterie locale, lui ont transmis un vieil adage : " Tu votes le plus rouge possible, ça aura toujours le temps de déteindre." Longtemps, il n'a pas vraiment compris. Sa rage et le temps qui use, il les conjurait sans militer. Eric avait deux boulots. L'usine le jour, et puis le soir, il faisait le videur en boîte de nuit, pour s'étourdir. Un jour, Corinne lui a demandé d'arrêter. Il a cédé. " Mais la politique, je la garderai, il ne faudra pas qu'elle me demande de choisir." Il a un air grave, sous le visage poupin. " J'ai trouvé ma voie. On se demande toujours à quoi on sert..." Maintenant, il sait. Représenter ceux qu'on ne voit plus : les petites gens, les ouvriers qu'on ballotte. Il pousse devant les journalistes des copains de Smurfit, une usine d'emballage menacée de disparition. Ils sont souriants et timides, tétanisés par la catastrophe attendue. Eric a connu ça, en 2005, à l'annonce de la fermeture de Nestlé. En deux ans de lutte, les ouvriers ont sauvé la moitié du site : on fabrique toujours des croquettes, mais plus de conserves. Les plus de 52 ans sont partis en préretraite. Eric a encore du boulot. Entre-temps, il est entré à la LCR. Parce qu'elle faisait écho à sa colère. Et parce que Besancenot, lui seul, était venu les voir à Quimperlé, et les avait accompagnés, amenant avec lui les caméras et la notoriété salvatrices ! Eric avait repéré le facteur dès 2002. Ils sont devenus potes et un peu plus : camarades.

Quand il rejoint la Ligue, en 2006, Eric Rudwill est seul, dans tout Quimperlé. A désespérer d'être le seul en colère ! Puis quelque chose bascule. Des gens adhèrent. Un copain de boulot, un frère désormais, Fabrice : un géant venu du Midi, ancien du PC, pilier de la CGT, aussi extraverti dans sa colère que lui, Eric, l'intériorise. " En 2002, j'aurais été capable de voter Le Pen, au second tour, juste pour mettre le bordel maxima l", dit Fabrice faisant tonner son accent d'Agen. Tout le monde sait que c'est faux, juste une provoc, " pour qu'on comprenne à quel point on en a marre ! " En juin dernier, Fabrice était candidat aux législatives. La liste aux municipales a suivi. Eric a mené une équipe bringuebalante, faite de copains et d'ouvriers. Ils ont inventé un programme. Il a pensé à la rue Savary, l'artère commerciale de son enfance, aujourd'hui désertée... " On est pour l'ouverture des magasins le dimanche - pas les grandes surfaces, comme les socialistes, mais les magasins de centre-ville ! Sinon, Quimperlé va crever !" Au premier tour, ils étaient 835 à voter pour lui; et 5 11 au second tour, malgré la pression du vote utile.

Depuis, Eric Rudwill est un Besancenot local, une petite star médiatique détestée des socialistes. Il veut construire le nouveau parti d'Olivier. Il bosse à l'usine comme avant. Il regarde Ritchie, et ses yeux brillent, comme si la classe ouvrière allait encore au paradis.

 
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