Avertir le modérateur

29/12/2009

Le NPA exerce son droit à l’expérimentation

Mon blog n’est pas fait pour plaire. « Je ne suis pas pour les adeptes, je n'ai jamais habité au lieudit La Grenouillère ... », écrivait André Breton dans Pleine marge. On dit, qu’en écrivant ces vers, il pensait à la Franc-maçonnerie. Mais, ces vers pourraient sans nul doute être adressés à tous ceux qui ont « l’esprit de parti ». Il poursuivait : « Sans doute y a-t-il trop de nord en moi pour que je sois vraiment l'homme de la pleine adhésion […] Je n'ai jamais été porté que par ce qui ne se tenait pas à carreau ». J'espère n'avoir jamais dérogé à cette règle de vie, ici comme ailleurs.

 

Plus prosaïquement, il y a quelques semaines, le CPN du NPA annonçait que, sauf exception, là où le PC avait décidé de s’allier dès le premier tour avec le PS, le NPA présenterait ses propres listes. Or, selon un dernier pointage établi par l’un de nos « correspondants » sur ce blog, le NPA continue de discuter dans pas moins de 13 régions, avec soit la totalité des formations ou certaines d’entre elles. Le NPA n’irait donc seul, pour l’instant, uniquement dans 8 régions. Une fois de plus la majorité du CPN semble en porte-à-faux avec le parti réel.

 

Ceci montre à l’évidence qu’il y avait d’autres solutions que celle qui a prévalu lors du dernier CPN. Mais sur quelles bases négocie-t-on précisément dans ces régions ? Avec qui ? Où en sommes-nous exactement à un mois et demi du dépôt des listes. Mystère. J’ai pour ma part contacté plusieurs fois le « national » pour en savoir plus, silence radio : la » direction » du NPA est aux abonnés absents. Bref : « démerdez-vous les gars ! » Comme si l’on ne souhaitait qu’une seule chose : l’échec.

 

Un parti tel que le nôtre ne peut-il avoir comme seule raison d’être l’échec de l’unité de la « gauche de la gauche » ? Peut-il se retirer de la « bataille de l’unité » à la moindre escarmouche ? Les régions qui négocient encore ont-elles cédés au vent mauvais de la « collaboration » avec ceux qui seraient prêts à se jeter à la moindre occasion dans les bras des « sociaux-libéraux » ? Si c’était vrai, alors les trois-quarts du NPA seraient dans l’erreur et tourneraient le dos à la rupture avec le capitalisme.

 

A la sortie du dernier CPN, le courant « Convergences et alternative » évoquait la possibilité d’un « droit à l’expérimentation ». Finalement, cette proposition a été remisée lors de sa rencontre nationale. Mais c’est pourtant aujourd’hui la majorité du NPA qui s’est emparé de ce droit, dans la confusion la plus totale, sans aucune coordination, sans les moyens d’exercer un quelconque contrôle sur ce qui se passe au niveau national avec le Front de gauche et ses alliés. Combien faudra-t-il encore d’expériences aussi débilitantes que celle-ci pour la raison l’emporte ? Bis repetita docent.

 

Le point

13 régions où des négociations existeraient encore, soit avec tout le monde, soit avec certaines formations : Champagne-Ardenne, Bretagne, Languedoc-Roussillon, Poitou-Charentes, Pays-de-la-Loire, Aquitaine, Basse-Normandie, Bourgogne, Lorraine, Centre, Auvergne, Limousin, PACA.


8 régions où le NPA irait seul : Ile de France, Franche-Comté, Alsace, Rhône-Alpes, Picardie, Nord-Pas-de-Calais, Haute-Normandie, Midi-Pyrénées.

25/12/2009

Mise au point

A deux mois et demi des régionales, la « gauche de la gauche » est en capilotade. Il a d’abord eu ce marathon de réunions unitaires qui est passé complètement à côté du grand public, les médias ayant eu un mal de chien à rendre compte des enjeux obscurs de la bataille à laquelle se sont livrés les deux principaux protagonistes de l’affaire : le NPA et le PCF. Le prétexte a été cette question de la participation ou non aux exécutifs. En réalité il s’agissait de savoir qui pouvait prétendre au leadership dans cette gauche de la gauche : un PCF ayant depuis longtemps un pied dans la tombe ou un NPA qui après moins d’un an d’existence connait déjà une crise interne majeure.

 

Et puis il y a le troisième larron, Mélenchon, avec son PG, qui aimerait bien profiter de l’aubaine. Parti il y a quelque mois avec quelques centaines de socialistes dissidents, il rêve, comme Perrin Dandin dans L’huitre et les plaideurs, de s’approprier pour lui seul les bénéfices de la querelle. S’il exige, sans le dire ouvertement, la tête de liste en Ile-de-France, c’est qu’il pense pouvoir ainsi ravir à un Besancenot désormais sans majorité le titre de premier opposant de France. Sauf qu’un Mélenchon en costume cravate, s’il fait de l’effet dans les meetings du Front de gauche, n’est pas prêt d’égaler sur ce terrain-là le porte-parole du NPA dont la cote de popularité reste intacte.

 

Plus déterminant est ce qui se passe à la « base », dans les régions, là où le processus unitaire n’est pas encore clos. Peut-être y aura-t-il au final peu d’accords mais il aura été fait la démonstration que bien des choses auraient été possibles si l’on s’y était pris autrement. Hélas il faut savoir que tout se fait sans concertation et coordination. De mon Poitou-Charentes où je suis impliqué jusqu’au cou dans le processus, je suis un peu – parce que j’y ai un ami – ce qui se passe en Aquitaine mais je n’ai aucun contact avec la Bretagne ou les Pays-de-la-Loire ou tout autre région où l’on continue à travailler à l’unité.

 

Dans ces conditions, le NPA ne nous sert à rien. Pis, c’est devenu un obstacle. Non seulement parce que la direction nationale se moque totalement de ce que nous faisons ici, mais aussi parce que ses dernières prises de positions sont utilisées localement par certains camarades « majoritaires » (sic) comme prétexte pour faire échouer le rassemblement. Leurs meilleurs alliés « objectifs » : ceux parmi les communistes hostiles à des listes indépendantes au 1er tour. L’alliance de la carpe et du lapin en quelque sorte.

 

Et là encore, comment la presse, les médias pourraient-ils rendre compte d’un tel imbroglio ? Conclusion : alors que la droite et la gauche « social-libérale » sont déjà pratiquement en campagne et que les têtes de listes sont connues, « la gauche de gauche » ne sait toujours pas comment elle va se présenter, avec qui et sur quel programme. Le nom même de la liste choisie par le Front de gauche, la FASE et les Alternatifs (« Ensemble pour des régions à gauche, solidaire, écologique et citoyenne ») montre l’ampleur du désastre électoral prévisible.

 

Non parce qu’il y manque antilibéral et anticapitaliste, mais parce que depuis que l’on songe à rassembler cette « gauche de la gauche », on en est encore à une bataille de sigles sensés unir mais qui sont en réalité l’expression de projets concurrents. Nul ne songe en revanche à savoir quel impact toute cette préparation négative va avoir sur notre électorat. Je l’avais déjà relevé ici : depuis 2002, cet électorat s’amenuise d’élection en élection. Et pendant ce temps là le chômage progresse et les luttes reculent. Et quand un mouvement comme celui des conducteurs de RER s’engage dans une grève dure, il finit par s’arrêter dans l’indifférence générale. Quel gâchis !

21/12/2009

Solidarité avec les grèvistes de la faim de GRDF

Le NPA se retrouve aujourd’hui dans une situation pour le moins paradoxale. Si les négociations ont été définitivement rompues au niveau national  avec les autres membres de la « coalition » (FD, FASE, Alternatif, etc.), dans une bonne dizaine de régions les négociations continuent. Y participent des membres de la « C » mais également de la « A ».  Je peux en témoigner pour ma région où des comités majoritairement « A » ne s’opposent plus désormais à la constitution d’une liste unitaire. Dans mon propre comité le « porte parole » de la « A » est également dans ce cas. Il est vrai à ma grande surprise. Ce « retournement » est essentiellement dû au fait que ces camarades, pour certains syndicalistes, se sont aperçu qu’il existait une dynamique unitaire qu’ils ont pu constater de visu dans plusieurs rencontres syndicales.

 

Evidement ceux qui ne sont pas dans cette « dynamique » ou qui la sous-estiment ou qui s’en moquent, crient aujourd’hui au complot. Le grand manœuvrier serait Yann Cochin membre de la CE du NPA et de « Convergences et alternative ». Or Yann suit à Paris plus de 12 jours une grève de la faim avec deux autres responsables de SUD-Energie pour réclamer l’arrêt des sanctions disciplinaires à l’encontre des grévistes du printemps dernier, la réintégration de Nordine et le respect du droit de grève. Voici un exposé de la situation décrite par un syndicaliste de SUD :

 

 

« Circulez, y’a rien à voir. C’est en substance le message que transmet la direction de l’antenne GRDF de la rue Pétrelle (Paris 9e) à toute personne venue rendre visite aux trois syndicalistes grévistes de la faim, vendredi 18 décembre. Soutiens, camarades, collègues, proches ou journalistes, tous sont logés à la même enseigne et trouvent portes closes. La direction n’aurait pas apprécié la visite, dans la matinée, d’Olivier Besancenot (NPA) et de Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), qui ont apporté leur solidarité.

Vers 14h30, pour protester contre leur isolement forcé, René-Michel Millambourg, syndicaliste SUD-Energie Ile-de-France en grève de la faim depuis lundi, s’allonge en travers de la rue, à même le sol. Il fait -1°C. Autour de lui, un médecin s’affaire et quelques personnes lui parlent et apportent des couvertures. Au bout d’une heure, la direction pointe le bout de son nez. A la demande d’aide « pour me relever », l’un des deux cadres répond sèchement, les mains dans les poches : « Vous marchiez très bien ce matin… » Finalement, peut-être dérangé par l’appareil photo et la caméra qui filme la scène, il acceptera de le soutenir, une fois dans l’enceinte de l’établissement. Mais personne ne sera autorisé à le suivre.

Avec Yann Cochin, de SUD-Energie, en grève de la faim depuis cinq jours, rejoint depuis la veille par un responsable SUD de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, René-Michel Millambourg exige la réintégration de Nordine Mahroug (qui, pour raisons médicales, a dû se réalimenter), licencié après sa participation au mouvement de grève du printemps, ainsi que la levée de toutes les sanctions à l’encontre des grévistes. Pas moins de 240 procédures disciplinaires sont engagées, allant de la rétrogradation jusqu’à la mutation d’office ou au licenciement ! Le mouvement, l’un des plus importants qu’ait connus l’entreprise, réclamait entre autres une hausse des salaires et l’arrêt des réorganisations incessantes. Les directions d’EDF et de GDF n’avaient rien lâché. »

 

Pour rendre visite aux grévistes de la faim de GDF-EDF, rendez-vous au 16-20 rue Pétrelle, Paris 9e. Signer ici la pétition.

 

16/12/2009

« Obscurantisme »

Changeons de sujet sans en changer vraiment. Dans le parti circule actuellement une pétition à propos de jeunes femmes ayant adhéré récemment au NPA. Certains camarades s’étant émus que ces jeunes femmes portaient des foulards, d’autres ont répliqué par une pétition dont je vous livre le texte ci-dessous. Hier soir dans mon comité, ce débat a été mis à l’ordre du jour. J’ai défendu une position qui a, non seulement pas fait l’unanimité mais qui a provoqué bien au contraire quelques vives réactions.

 

Mon point de vue était simple. Le port du foulard et par extension du voile n’est pas à proprement parlé un signe religieux, mais d’abord lié à une tradition pour certaines femmes dans certaines régions. Il n’est d’ailleurs pas propre à la tradition musulmane. Autrefois, une cinquantaine d’années, beaucoup de femmes françaises dans les campagnes portaient encore des « fichus » et se couvraient quasi systématiquement la tête lorsqu’elles entraient dans une église. Mais dans le cas présent, il ne s’agit pas de cela. Pour ces jeunes femmes (j’insiste : non seulement jeunes mais françaises de la deuxième ou de la troisième génération), le port du foulard est un signe politique.

 

Encore faut-il bien l’interpréter, en saisir les nuances. Il peut être une simple manifestation d’une singularité encore que, lorsqu’il devient collectif, il ne s’agit plus d’un acte de « révolte » individuel mais plus souvent de rattachement à une idéologie, plus ou moins radicale : l’islamisme. Je posais donc la question : est-il possible d’accepter dans notre parti des personnes qui se revendiquent d’un courant de pensée dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne fait pas très bon ménage avec les idées que nous défendons.

 

Que n’avais-je pas dit ? Je passe sur le fait que je discriminais des femmes croyantes. Mais j’ai surtout été accusé de reprendre un vieux discours « néocolonial ». Comme si le fait de porter le voile ou le foulard pouvait être la manifestation d’une lutte contre l’oppression postcoloniale de l’ex-empire français ? J’ai répliqué par un premier point d’histoire, expliquant que dans les années 20, des milliers d’Egyptiennes placées en tête d’une manifestation contre la présence des Anglais dans leur pays, après avoir fait reculé la troupe, avaient jeté leur voile pour manifester leur joie d’avoir vaincu l’ennemi. Cette anecdote était racontée récemment par un intellectuel arabe sur France Culture.

 

En deuxième point, je rappelais à mes camarades que lors d’une manifestation locale de protestation contre l’entrée de l’armée israélienne dans la « bande de Gaza », nous avions tous noté la forte présence d’une délégation de jeunes filles portant le voile, bien encadrées par des garçons. Première manifestation, à notre stupéfaction, de la présence d’un courant islamiste organisée ici à la Rochelle. Enfin je mentionnais à mes camarades que ma compagne, française d’origine algérienne était de tradition musulmane. Tout comme sa mère, fervente croyante, elle refusait toute ces signes distinctifs qu’elles attribuaient, l’une comme l’autre, très clairement comme la soumission de ces femmes à ce qu’elles appellent les « barbus ».

 

Evidemment, rien n’y fit. On parla du voile en général, à l’école en particulier. Ce qui n’était pas la question. Bien plus tard, dans la nuit, un peu secoué par ce refus de reconnaître ce qui est pour moi l’évidence, me vient à l’esprit le mot « obscurantisme ». Vieux mot pour désigner l’église, toutes les églises, et le danger qu’elles représentent lorsque l’on finit par ne plus faire la différence entre ce qui appartient au domaine du privé (que des membres du NPA croient en un dieu quelconque ne me dérange pas) et une idéologie réactionnaire, d’autant plus lorsqu’elle accorde aux femmes la place que nous savons. Pourquoi cet aveuglement ? J’ai une réponse, mais ça sera pour une autre fois.

 

Pour une laïcité d'ouverture, qui respecte les sensibilités et les diversités de chacun-e

 

Nous, militant-e-s anticapitalistes, attaché-e-s aux valeurs et aux principes de la laïcité, refusons que des camarades anticapitalistes de confession religieuse soient discriminé-e-s au sein de notre parti et/ou que des camarades ne soient pas traité-e-s comme des militant-e-s à part entière

Nous affirmons clairement que nous acceptons et respectons les choix philosophiques et religieux ainsi que les pratiques et les cultes de chacun-e au sein même du NPA comme dans la société.

L'idée d'un groupe composé de 3 ou 4 militant-e-s ayant comme objectif d'interroger une camarade avant d'accepter son adhésion dans certaines régions, nous paraît discriminante, non laïque et inacceptable dans la mesure où elle n'est pas appliquée en général : cette procédure a été spécifique sur la forme et le fond (suspicieux en raison des convictions musulmanes de la camarade exprimées par le port du foulard) contraire aux rencontres d'ouverture pratiquées pour se connaître avant l'adhésion... Nous tenons pour allant de soi que des camarades adhérant au NPA en soutiennent les objectifs et les valeurs fondatrices, et que personne n'a à être "testé/es" spécifiquement à l'entrée.

De même, l'envoi d'un courrier demandant de clarifier les positions et les points de vues de certain-e-s militant-e-s et pas d'autres ne nous paraît pas un traitement égalitaire.

Nous comprenons les réticences et les inquiétudes de certain-e-s camarades, nous connaissons le rôle et les horreurs des institutions religieuses dans l'histoire de l'humanité ainsi que le rôle et les luttes des militant-e-s pour l'émancipation des peuples. Nous nous inscrivons dans cette démarche et nous appelons tous militant-e-s en accord avec nos statuts, nos textes fondateurs, et notre programme à nous rejoindre et à lutter avec nous contre les ravages du système capitaliste. Mais nous pensons que la laïcité ne doit pas exclure, la laïcité doit être un espace où les diversités et les sensibilités peuvent cohabiter dans le respect et la tolérance des uns et des autres.

Nous appelons tous les camarades anticapitalistes en accord avec nous à signer cet appel et à militer ensemble pour un NPA ouvert à toutes et tous, quelle que soit leur confession ou leur croyance. Ne laissons pas une vision étriquée de la laïcité produire de la discrimination et nous diviser.

 

Envoyez un mail à ajcrev@hotmail.fr pour être signataire de cette motion

 

13/12/2009

Défaite du NPA, victoire du Front de gauche et l’appel de Cochin (CE)

J’ai toujours présenté ici le NPA et le Front de gauche comme deux projets concurrents. J’ai également toujours affirmé que ces deux projets étaient anachroniques, historiquement dépassés, et n’avaient, ni l’un, ni l’autre, la moindre chance de réussir à terme [voir ci-dessous L'hypothèse démocratique]. Mais dans l’immédiat, reconnaissons que le Front de gauche vient de porter un sérieux coup au NPA : tout à la fois à la tête, au foie… et au bas ventre. Il est vrai que tous les coups sont permis dans ce combat obscur et que l’arbitre (l’électorat), pour l’instant, n’a rien vu. Ah, s’il y avait la vidéo !

 

Le Front de gauche, d’abord. En réussissant à rassembler sous son label la totalité de la « gauche de gauche » (moins le NPA, évidemment, et LO qui est désormais dans la troisième dimension), ce que Buffet n’avait pu faire en 2007, ou Mélenchon en 2009, il coupe l’herbe sous les pieds d’un NPA dont c’était également l’ambition. Seulement, cette victoire du Front n’est qu’un épisode de plus dans la lente agonie d’une « gauche de gauche » incapable de construire une alternative un tant soit peu crédible face à celle des sociaux-libéraux dont on peut, sans se tromper, prédire désormais la victoire totale en mars 2007.

 

Le pire c’est que la direction du NPA s’en félicite. Elle voit là la confirmation de sa clairvoyance. Ainsi est établie la « claire ligne de partage » entre les « authentiques anticapitalistes » (le NPA) et « les réformistes honteux » du Front de gauche, désormais en ordre de bataille pour « aller à la soupe » et « capituler » devant le social-libéralisme. Evidemment j’emploie à dessein tout ce vocabulaire qui sent bon la troisième période. « Ces gens » en sont restés là.

 

Quid des authentiques « unitaires » du NPA, du Front de gauche, à la FASE, chez les Alternatifs ? Devront-ils se plier devant ces appareils croupions ? Certainement pas. C’est dans l’adversité, quand la cause est apparemment perdue, que l’on reconnait les vrais combattants. Je cite ici Le Monde d’aujourd’hui : « Pour Yann Cochin, du courant Convergences et Alternative, [le vote intervenu ce weekend] montre que « le CPN n'est pas représentatif » des militants. Et d' « appeler tous les unitaires de tous les partis (PCF, Parti de Gauche et les autres) à se battre bec et ongles dans l'ensemble des régions et dans leur parti » pour l'unité, déplorant que « les appareils (aient) repris les choses en main pour en découdre les uns contre les autres […] La direction du NPA s'est pris les pieds dans le tapis sur la question stratégique de l'unité » et cela crée de « l'incompréhension » chez les adhérents, assure-t-il. M. Cochin, qui ne fera « pas campagne pour le NPA », anticipe le « départ de nombreux militants » et le « raidissement » de certains autres. »

 

J’applaudis des deux mains à cette déclaration et, pour ma part, je continuerai jusqu’au 18 décembre à œuvrer au rassemblement. S’il échoue, j’adopterai la même attitude que Yann Cochin. Comme aux européennes, je m’abstiendrai de participer à la campagne du NPA. Mais cette fois, je ne pense pas que j’irai voter. Adoptant ainsi la saine attitude du prolétaire désabusé. A quoi bon offrir à l’un ou à l’autre un vote qu’il ne mérite pas. Dixi et salvavi animam meam.

 

Gilles Suze

 

Puisqu’un chefaillon du NPA de Bordeaux me reproche de publier des insanités sous le couvert de l’anonymat (ce qui est faux, mon nom apparaissant clairement sur mon blog), je signerais désormais tous mes billets, même s’il m’en coûte.

L’hypothèse démocratique, qu’est-ce que c’est ?

On me demande si l’hypothèse démocratique que j’oppose aux hypothèses d’une « grève générale prolongée » (NPA) ou d’une victoire, par les urnes, d’une gauche de « transformation sociale » (Front de gauche), a quelque chose à voir avec les expériences en cours en Amérique du sud. Je dirais non, quoiqu’il faille prendre en compte ces expériences, ne serait-ce que parce qu’elles ont rompu avec les voies de la lutte armée qui dominaient dans les années 60-70. Et qui ont toutes été des échecs tragiques.

 

Chavez d’abord. Rien de nouveau. Sans aller jusqu’à le comparer à Perón, Chavez s’inscrit dans une vieille tradition de « révolution par le haut »  qui au final se termine toujours en défaite pour les pauvres. Et puis sans le pétrole, qui permet un peu de redistribution, que se passerait-il ? Les rapports sociaux sont à peine bousculés et surtout, tout passe par le « caudillo ». Un soutien de masse mais qui ne marche que dans un seul sens, du haut vers le bas, avec la nécessité de maintenir coûte que coûte Chavez au pouvoir jusqu’à sa mort. Une aventure périlleuse sans lendemain. Et puis ses soutiens aux dictatures, iranienne ou autres du même acabit, ça me rappelle quand Castro approuvait l’entrée des chars russes à Prague.

 

En Bolivie, c’est un peu différent. Morales n’est pas un « caudillo » mais la coca remplace le pétrole. Moins radicale, l’expérience de la gauche au Chili va se terminer par une alternance probable à droite. Enfin, la victoire de Tabaré Vasquez en Uruguay. Qu’un ancien guérillero parvienne à la tête de l’Etat par des voies électorales montre que la page « insurrectionnelle » est définitivement tournée pour la gauche sud-américaine Mais il ne suffit pas d’arriver au pouvoir, il faut s’y maintenir.

 

C’est tout le problème posé par la voie de « transformation sociale » par les urnes. Le plus difficile, ce n’est pas gagner les élections, c’est, à partir de là, comment entrer dans un processus irréversible de « transformation révolutionnaire de la société » ? N’oublions pas ce qui est arrivé à cet égard aux Sandinistes, contraints de céder la place à ceux qu’ils avaient chassés du pouvoir par les armes, principalement par le jeu de l’alternance démocratique (je n’oublie pas évidemment les Contras).

 

L’hypothèse démocratique, tel que je la conçois, ce n’est pas une voie parlementaire classique d’accession au pouvoir. Elle nécessite la construction d’un rapport de force permanent ; la fusion du mouvement social et politique dans un même creuset ; les élections n’étant qu’un moment de la mise en branle de ce mouvement d’ensemble et pas un but en soi. Evidemment cela passe par une remise en cause des pouvoirs des appareils au sein même de la « gauche » (je maintiens ce terme même s’il me semble de plus en plus inapproprié), ceux des partis mais également des syndicats.

 

Un exemple actuel. Le 49e congrès de la CGT. Une vraie farce démocratique. Des délégations cooptées, des débats qui n’ont eu lieu que dans les instances, elles-mêmes désignées et formellement élues. Plutôt que de se battre pour un retour à une « ligne de classe » ou d’espérer, vainement que ces directions bureaucratiques soient un jour « débordées » par le mouvement social (thèse dite classique à laquelle nous continuons à croire), exigeons d'abord que les règles de la démocratie soient appliquées à tous les niveaux, jusqu’à la remise en cause des désignations des permanents à vie.

 

Ainsi, dans le programme que j’ai proposé à nos partenaires, il y a : la présence dans les listes d’anciens élus au conseil régional ne doit plus être systématique – en d’autres termes : renouvellement (l’inverse de ce que fait le PS qui a reconduit pratiquement tous ses présidents) ; pas de cumul des mandats ; rotation tous les deux ans dans la liste. J’aurais pu également parler des rémunérations. Plus généralement, devrait être inclue dans notre programme toute une série de mesures visant à remettre en cause les processus de désignation par les partis des candidats aux postes électifs ; la nécessité de faire valider ses désignations par des comités de citoyens (ce qui revient à étendre le système des primaires), bref mener une critique radicale de tout le système d’autoreproduction du personnel politique professionnel : institutions, constitution, modes de scrutins, tout cet appareillage qui concourt au maintient au pouvoir d’une élite. Voilà ce qu’est pour moi, grossièrement, l’hypothèse démocratique, un combat de tous les jours qui lie les luttes sociales aux luttes politiques, qui ne cède ni à « l’illusion de politique », ni à celle du social.

 

Un peu de philosophie, ça ne fait pas de mal. Dans « Alain Badiou et le miracle de l’événement », l’un des chapitres de son ouvrage « Résistances. Essai de taupologie générale » (Fayard, Paris 2001), Daniel Bensaïd écrivait : « La question démocratique est […] remarquablement absence chez Badiou comme elle l’était chez Althusser […] Peter Hallward voit dans cette philosophie de la politique selon Badiou une logique absolutiste et dans son idée de souveraineté le fantôme d’un sujet sans objet. La philosophie pure d’une souveraineté majestueuse dont la décision est fondée sur un rien qui commande le tout et qui relève de la tentation absolutiste par excellence dans la mesure où elle condamne le sophiste au bannissement, efface le multiple, et refuse l’épreuve démocratique. » Mais Bensaïd, farouche partisan de la « claire ligne de partage » au sein du mouvement, ne la refuse-t-il pas également ? Comment l’épreuve démocratique pourrait-elle être compatible avec l'auto-proclamation d’une seule voie « révolutionnaire », celle de la grève générale prolongée ?

11/12/2009

Droit d'expérimentation

Certains membres du courant auquel j’appartiens demande, dans ces prochaines régionales, un « droit d’expérimentation ». De quoi s’agit-il ? D’œuvrer, là où c’est possible et sur les bases que Convergences et Alternative (C&A) a défendues dans la motion C, à la mise en place de listes unitaires au premier tour, même si le NPA présente dans la même région une liste sous son seul label. Je n’ai aucune objection de principe à cette proposition. Il faut bien en convenir, il n’y a pas un NPA mais trois au moins . Les Principes fondateurs n’ont pas tenu un an au principe de réalité. Moi-même je ne les ai pas votés, et je suis du reste un des seuls dans mon courant à ne pas l’avoir fait. Oui donc au principe. Et que l’on ne m’objecte pas la discipline de parti, ce dont je me suis toujours moqué.

 

Oui, mais... Un grand MAIS qui est une sérieuse objection. Il y a d’abord l’attitude de nos partenaires. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne nous facilitent pas le travail. Aujourd’hui, on peut même parier, les négociations nationales ayant échoué, que ces partenaires ne souhaitent plus qu’une seule chose : la mise à mort du NPA. Certains diront qu’ils avaient toujours eu ce projet en tête. J’ai défendu moi-même cette thèse ici. Néanmoins, si nous nous étions mieux pris autrement, si nous avions il y a trois mois affiché une volonté réelle d’aboutir en ne faisant pas de la clause de non-participation pour tous aux exécutifs, une limite infranchissable, il est possible que nous n’en serions pas là.

 

Mais on ne refait pas l’histoire. Mes camarades de C&A ne pourront à eux-seuls renverser un processus aujourd’hui totalement compromis : en Bretagne, en Languedoc-Roussillon où l’on était au bord de l’accord, c’est bien le FG qui revient sur ses engagements. En Poitou-Charentes, leur silence à nos propositions parle de lui-même. Peut-être n’y aura-t-il aucun accord au final. Pour exercer le droit d’expérimentation, il faut être deux au minimum. Le PC, même celui qui semblait le plus proche de nos thèses, s’accroche à son Front. J’éviterai ici de polémiquer avec le PG ou GU, de plus en plus quantité négligeable. Et que dire de la FASE ! En vérité, ils voient tous là une opportunité d’imposer à la gauche de la gauche leur propre projet politique, scellant ainsi la défaite du projet concurrent du NPA (le mien – le projet originel – et celui des autres auquel je m’oppose farouchement)

 

Il y a une autre raison, pour moi plus sérieuse encore, à ne pas vouloir tenter ce droit d’expérimentation. En admettant que nous trouverons des partenaires pour tenter cette aventure, quel objectif poursuivrons-nous ? Certains s’interrogent ici sur ma rage pour arriver à imposer l’unité. Je l’ai dit à plusieurs reprises je n’ai et n’ai jamais eu aucun rapport avec UNIR et la tendance Picquet. En d’autres termes je ne m’inscris pas dans le projet nostalgique et anachronique d’une reconstitution d’une gauche plurielle en miettes. Je suis d’accord là-dessus avec Badiou sur sa critique acerbe de notre ancien slogan : 100 % à gauche. Seul point de départ pour moi : la gauche a vécu. Son histoire se referme. Réforme ou révolution n’a plus lieu d’être. Nous sommes dans une nouvelle période dont il s’agit de définir précisément les grandes tendances et de déterminer qui en sera les acteurs.

 

En résumé. Le cycle de quelque cinq siècles de révolution est clos. Le prolétariat a achevé son œuvre de civilisation de l’Etat-nation. Plus de place ni pour la réforme qui devait permettre un passage pacifique au socialisme, ni pour la révolution comme accoucheuse aux forceps d’un nouveau monde. Reste une seule hypothèse : l’hypothèse démocratique, un grand mouvement de fond de sortie du capitalisme, utilisant tous les ressorts de la démocratie – droit d’association, suffrage universel, luttes économiques, politiques, culturelles… –, rompant avec la vieille division entre partis et syndicats, mouvement social et politique, se nourrissant des points de vue divergents qu’il y aura obligatoirement dans un tel mouvement. Plus de claire ligne de partage mais le bouillonnement des idées. Plus de partis enfin avec leurs états-majors omniscients mais le pouvoir de la multitude.

 

Or, ce projet grossièrement résumé, à l’évidence, ne peut se suffire de quelques alliances de circonstance pour se mettre en branle. Il vise le long, très long terme. Il a besoin d’un travail théorique puissant pour briser la gangue dans laquelle est tenu en laisse le mouvement. C’est comme ça que j’avais conçu pour ma part le NPA : un rassemblement large, transcourant, ouvert à tous les vents, flottant, dont l’objectif aura été la remise en cause des vieux projets obsolètes. C’est ce que laissait entendre certains textes de Daniel Bensaïd ; c’est ce à quoi nous invite Negri dans Empire et Multitude ; ou Badiou dans L’hypothèse communiste. Ce fut hier cette même quête que poursuivirent tout au long de leur vie André Gorz ou Castoriadis. Ce travail là de réflexion est devenu aujourd’hui obligatoire. Il n’y a plus d’échappatoire possible.

 

PS. : il y aurait finalement un accord en Bretagne mais confirmation de la rupture en Languedoc-Roussillon. Et ici, c'est bien le Front de gauche qui a pris l'initiative de la rupture.

 

Ça sent le sapin pour la gauche de la gauche

Les premiers sondages sont mauvais pour le Front de gauche et plus mauvais encore pour le NPA. Le Front de gauche n’arrive jamais à 10 % sauf en Languedoc-Roussillon (où une alliance FG-NPA semble possible), quant au NPA il est même parfois devancé par Lutte ouvrière, navigant entre 2 à 3 %. Donné à 9 % plusieurs mois avant les européennes, le NPA n’avait pas dépassé nationalement les 5 % au final. Pour le Nouveau parti anticapitaliste c’est donc la chute irrémédiable. Il a beau encore proclamé qu’il reste dans la course avec « 8.000 cartes placées », c’est l’anonymat qui lui est promis. 

 

Mais pour le Front de gauche, ce n’est guère plus brillant, le PC risquant de perdre la plupart de ses élus dans cette affaire. Le NPA survivra – comme LO survit à la retraite d’Arlette – mais le Front de gauche aura-t-il encore un avenir si tout cela se vérifie dans trois mois ? Et Mélenchon (donné à 7 % en Ile-de-France) qui se voyait déjà candidat à la présidentielle en 2012, amusera-t-il encore la galerie de ses facéties ? Quel gâchis ! « Triste, triste était mon âme ; à cause, à cause d’une femme », disait le poète. Le couplet des Feuilles mortes seraient plus approprié : « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle… » Etc.

 

La triplette Mélenchon, Buffet, Besancenot aura fait du bon boulot. Chacun dans son registre aura bien mérité de la patrie. Un PS remis en scelle, des Verts requinqués et même pas besoin d’un MoDem dans leurs pattes pour nous consoler. Car l’autre perdant de ces futures régionales c’est à coup sûr le parti croupion de la buse des Pyrénées. Mais eux, ils trouveront certainement un arrangement. Pour le PC, le PG et le NPA ça sera une autre histoire. Ayant dilapidé en cinq ans leur capital de sympathie à coup d’anathèmes et de paris idiots, ils sont voués à n’être plus que des buttes témoins de l’Histoire qui aura tôt fait de les oublier.

 

Sinistre présage ? Commet espérer de ces incompétents un sursaut. Vous voyez, vous, un rabibochage de dernière minute ? Vous allez voir ce que va donner le prochain CPN du NPA : l’une de ces déclarations abscondes, écrite en mauvais français, filandreuse et lâche. A gerber ! Comme disait le poète allemand Schelling : « Contre les imbéciles, même les dieux ne peuvent rien ! »

10/12/2009

Quel nom pour une liste unitaire ?

Poitou-Charentes - Deux textes, deux positions sur le nom à donner à la liste unitaire, s’il y a accord entre le NPA et le Front de gauche ainsi qu’avec la FASE et les Alternatifs. Le premier texte est d’un militant communiste. L’autre est ma réponse.

 

Pourquoi le fait de changer le nom de la liste pose problème...

... et proposition pour sortir par le haut de ce débat

 

1. Les mots sont porteurs de sens : en une expression ramassée et efficace il y a les notions de résistance, de solidarité, de dynamique ...et le fait que ce front a vocation à s'élargir et à perdurer. Effectivement, il porte un projet qui va bien au delà de l'élection régionale. Et c'est certainement là que le bât blesse : le front de gauche n'est pas une alliance de circonstance, il a vocation à changer les rapports de force à gauche et à devenir majoritaire. C'est l'attente des nombreux militants et citoyens de tout poils qui en ont assez et aspirent à voir une alternative à ce bipartisme qui s'installe et qui, si on ne fait rien, bloquera pour longtemps la vie politique et les perspectives de changements. Le refus des militants du NPA est à mon avis révélateur d'un désaccord de fond sur cette question. Veut-on prendre le pouvoir le plus vite possible, sur des contenus de rupture, pour le redonner ce pouvoir au peuple et changer réellement la vie de tous ceux qui souffrent? Sommes-nous prêt à faire front dans l'unité, et dépasser nos divergences pour y arriver? C'est ça l'attente et c'est la question de fond !

 

2. Au lendemain des européennes, nous avons fait l'analyse du vote et il a été très clairement établit que là où nous avons pu faire connaître le Front de gauche, il a gagné des voix. Repartir avec un déficit d'image, déjà que l'on va partir avec du retard, pas d'accord. Nous voulons gagner et mettre tous les moyens de notre coté. De plus le Front de gauche est une appellation nationale qui a maintenant percé. Dans les médias on parle du « front de gauche », le nom est utilisé et commence maintenant à être connu. Expliquer que la liste qui porte un autre nom est en fait celle du front de gauche mais qu'elle a un autre nom ici que là, etc.... il n'y a que les initiés pour comprendre un truc tordu comme ça. Je comprends que le NPA et les alternatifs veuillent un autre nom mais maintenant s'ils veulent nous rejoindre ils doivent prendre le train en marche plutôt que d'essayer de le stopper pour monter dedans (et ainsi de le ralentir)?

 

3. Je réfute l'idée que le front de gauche est assimilé au PG ou au PCF et que si le NPA le rejoint on ne les verra plus. Ou alors c'est que le NPA n'a pas l'audience qu'il prétend avoir!!! Je reprends donc l'argument de Gilles : l'apport du NPA aurait effectivement un retentissement. Si le NPA rejoint le front de gauche, il va effectivement renforcer l'image de pluralité et amener un plus. Personne ne pourra contester que c'est une pluralité de forces qui s'unissent pour dépasser leur division et offrir une alternative politique crédible, le débouché aux luttes tant attendu. Les militant du NPA qui ont peur de voir leur parti « disparaître » (il y a d'ailleurs les même craintes exprimées au PCF) ont tord : cette démarche leur donnera de la force et leur permettra de retrouver une nouvelle dynamique.

 

4. Le concept et le nom ont été approuvés par un vote des communistes, et vous savez très bien que ça a été une bataille ardue. Pas question de remettre en cause ce qui a été validé nous ne sommes pas des girouettes qui changent de stratégie au gré des vents. Le vote a bien montré que les communistes ne sont pas des moutons qui suivent aveuglément leur direction. Les communistes n'accepteront pas encore un changement de stratégie...

 

5. Si on fait une alliance pour la remettre en cause demain et re-éclater en forces diverses, je ne suis pas pour. Rien ne garantit que le Front dure mais le rejoindre est un acte qui engage effectivement à essayer de s'entendre sur une durée qui dépasse l'élection. Nombre d'électeurs disent « pourquoi êtes vous toujours divisés » et dans cette formulation il y a bien un reproche d'être inefficace et finalement de ne rien faire pour changer réellement. Donc effectivement, j'aurais tendance à penser « si le NPA ne nous rejoint pas, tant pis il en payera le prix et sera condamné à de scores médiocres et donc inefficaces politiquement ». J'ai bien dit en intro lors de la réunion de Niort « faire la maximum pour que le NPA nous rejoigne mais pas à n'importe quel prix ». En particulier, je ne suis pas prêt à jeter une stratégie patiemment construite et défendue, qui enfin débouche sur un résultat tangible.

 

6. Le nom proposé : « Pour une Alliance anticapitaliste, écologique et antilibérale » n'est pas bon : il est long, négatif (« anti... ») et ne porte pas le même sens (d'ailleurs je me suis toujours demandé pourquoi la LCR avait abandonné le beau nom de « communiste » que personnellement je défend). On peut par contre, comme l'a proposé le PG86 compléter le nom par une formule mais leur proposition « Ensemble pour une région écologique et solidaire » me paraissait elle aussi « faiblarde » (désolé). Pour en sortir Je propose que tout le monde soit sous la bannière « Front de Gauche » et que sur tous les logos, supports de communication... il apparaisse de façon claire et lisible les logos des différentes forces qui en font partie. Les logos des différentes forces font en quelque sorte partie du Logo du Front de Gauche. Comme ça pas de doute possible et tout le monde peut s'en réclamer. Je propose même qu'on tire au sort l'ordre dans lequel logos apparaissent.

 

Quel nom pour « l’alliance » à la gauche du PS ? Ma réponse

 

J’ai bien lu ton texte « Pourquoi le fait de changer le nom de la liste pose problème...et proposition pour sortir par le haut de ce débat ». Oui, comme tu le soulignes il y a sur ce problème une très grosse divergence. Nous avons deux projets différents. Je ne le nie pas d’autant plus que c’est ce que j’avais déjà noté dans mon précédent texte « Régionales – Quel nom pour l’alliance ? ». Je me cite : « le Front de gauche, en tant que tel, c’est […] un projet politique auquel n’adhère pas le NPA… » Et quand je dis le NPA, ce n’est pas seulement l’ex-majorité (la direction) ou les plus hostiles chez nous à l’unité, mais nous également qui faisons le maximum pour arriver à ce que nous présentions une liste commune en mars 2010.

 

Mais en disant cela, je ne dis pas pour autant que je considère votre projet comme un obstacle à l’unité. La seule condition que je mets à la concrétisation de cette alliance, c’est que vous ne nous imposez pas votre projet. Que dirais-tu si nous faisions de même ? Si nous vous demandions un « ralliement » au NPA, au prétexte que nous sommes arrivés légèrement devant vous dans la région aux européennes ? Ou que c’est à notre initiative que ce sont tenues ces réunions unitaires régionales ? Entre parenthèses quand tu dis que nous devrions « prendre le train en marche », c’est un peu fort de café. Régionalement c’est nous qui avons été les premiers à proposer ces rencontres, et tu le sais.

 

En d’autres termes nous ne pouvons pas accepter une méthode que nous avons combattue dans notre propre parti. Je résume. Notre direction nationale souhaitait que le Front de gauche accepte, en autres choses (mais c’était le principal), de ne jamais entrer dans les exécutifs, sauf si nous étions, ensemble, majoritaires. Par cette clause de non participation qui n’était pas anodine, notre direction exigeait de vous que vous vous soumettiez à son propre projet politique. Nous avons dit dans le NPA que cette clause était un obstacle majeur à l’unité. Nous avons donc proposé une solution médiane : nous, NPA, nous ne postulerons pas à des postes dans les exécutifs, mais nous laisserons à ceux qui le souhaitent, y aller, à la seule condition qu’ils s’engagent à respecter le programme sur lequel ils auront été élus.

 

Pourquoi, ce que nous avons refusé en interne, à notre propre direction, l’accepterions nous en externe, pis pour se rallier à un projet qui n’est pas le nôtre ? D’une certaine façon, tu fais comme si, définitivement, votre projet l’avait emporté et que nous n’aurions plus d’autre solution que de l’admettre et de nous y rallier. Ce n’est pas parce que vous avez fait un point de plus que nous aux européennes qu’il faut crier victoire. Vous êtes encore loin du compte. Le NPA a nationalement commis la même erreur. Parce que Besancenot avait fait plus de 4 % à la présidentielle et que Buffet et Bové n’avaient pas dépassé les 1 %, la LCR puis le NPA ont cru que désormais tout était possible, qu’ils avaient emporté le morceau. Quelle erreur !

 

Sur le fond en quoi nos deux projets sont différents ? D’abord, je te le dis clairement, le projet actuel du NPA, celui de l’ex-majorité, n’est pas le mien. J’étais, je reste partisan d’un grand rassemblement anticapitaliste, écologiste, antilibéral, large, qui était notre projet initial et qui a été « détourné ». Je m’oppose donc à toute solution de recentrage du NPA sur des bases « révolutionnaristes ». Il n’y a pas pour moi de « claire ligne de partage » entre anticapitalistes, antilibéraux et écologistes radicaux. Nous avons tous un objectif commun à terme. Mais, reconnaissons le, nous ne sommes pas encore actuellement d’accord sur les moyens pour y parvenir. Vous, au Front de gauche, vous pensez encore pouvoir infléchir vers la gauche, par le rapport de force, la position du PS. C’est votre droit de le penser. C’est tout aussi légitime que ceux qui pensent, comme certains de mes camarades, que tout passera par la grève générale prolongée. Nous sommes certains à penser, et j’en suis, que ce sont des illusions. Mais pour l’instant, personne ne peut dire : « J’ai raison et seul mon projet est le bon. » Il va falloir vérifier tout ça, en débattre, et batailler ensemble. On verra bien dans un, deux ou trois ans, plus encore, de quel côté penchera la balance. Nous n’en sommes pas là.

 

Comment s’en sortir ? En s’acceptant tels que nous sommes. Gardez votre projet. Je garde le mien. Les autres le leur. Mais n’en faisons pas un prétexte pour nous diviser. Chacun doit faire des sacrifices ou alors nous serons tous perdants. Le nom que j’ai proposé Alliance anticapitaliste, écologique et antilibérale n’est qu’un exemple. Il permet à tous de s’y retrouver. Faisons d’autres propositions. Mais pour mettre provisoirement un point final à ce débat, je reprends ce que j’avais dit précédemment : nous devrons partager équitablement entre nous les bénéfices d’une alliance. Pas plus le Front de gauche que le NPA n’aura à se les attribuer en propre, sous aucun prétexte.

 

 

09/12/2009

« Il suffirait de presque rien… »

… comme dit la chanson. L’opinion publique, si tant est qu’elle s’intéresse de près à nos querelles intestines, va avoir un mal de chien à s’y retrouver pour savoir exactement ce que veut le NPA. Pour un parti qui entendait parler clair et fort : « Caramba, encore raté ! » On va encore m’accuser de jeter de l’huile sur le feu, d’exagérer, de caricaturer. Relisez ce que j’ai écrit il y a six mois ou tout juste après le congrès. Nous étions alors en plein « triomphalisme ». Ils (les autres) allaient voir ce qu’ils allaient voir. Il y a deux mois j’intitulais l’un de mes billets : « Le NPA au bord de la crise… de nerf ! » Eh bien nous y sommes.

 

D’une certaine façon, le pire sera peut-être évité. Un NPA « en ordre de marche », « seul contre tous », comme les braves petits soldats de Lutte ouvrière… sans Arlette, aurait été une catastrophe. Peut-être allons-nous aller vers des solutions modulées, région par région. Ça ne va très certainement pas favoriser une bonne communication nationale, mais au moins aurons-nous sauvé l’essentiel et, si par aventure la fortune, comme dirait Machiavel, nous est propice, peut-être cela nous servira-t-il de leçon pour la prochaine fois. Rien de mieux qu’un sondage en grand (les résultats des élections) pour vérifier par la pratique qui aura eu tort et qui aura eu raison.

 

Eh bien oui, comme le PC (voir une analyse intéressante sur le site Réformer aujourd'hui), le NPA n’est pas fait d’un bloc. Ses Principes fondateurs, ce bricolage de poncifs anticapitalistes à mon goût, sont à revoir. Ils n’ont jamais été le fruit d’un consensus. On nous a forcé la main. Mais avant de nous y replonger, que tout le monde, A, B et C, admettent qu’aucune des positions n’est désormais majoritaire, qu’il serait inacceptable d’imposer sa loi à l’autre. J’ai mon point de vue, et je continuerai à le défendre, mais je n’accepterai pas que l’on m’en impose un autre sous prétexte que 20 à 30 % d’à peine 4.500 adhérents pensent que leur solution est la meilleure.

 

Seul moyen pour trancher : l’examen de situations concrètes locales. C’est comme ça que l’on s’aperçoit d’ailleurs que l’on peut se passer des conseils de nos « dirigeants » (je n’aime pas ce terme). Il est vrai aussi que des accords locaux sont dépendants de ce qui se passe dans le PC. Je le vois bien ici en Poitou-Charentes. Un PC de Charente-Maritime qui tente d’imposer aux autres départements un ralliement sans principe à Royal. La base, bien cornaquée par des dirigeants d’autres départements, qui se rebiffent. Hier, un adjoint au maire de Niort qui déclare dans la presse après le coup de Royal en direction du MoDem : « Tout accord avec Royal est impossible ». Un autre qui dit en réunion unitaire : « Notre programme (il s’agit du programme que nous devons élaborer ensemble) n’est pas négociable. Fusion technique pour battre la droite. » Que demande le peuple !

 

Si après ça nous ne sommes pas capables de passer un accord avec eux, c’est que nous sommes les derniers des cons. L’un de nos camarades de la A disait l’autre jour : « Ce programme doit-être réellement anticapitaliste ! » Camarades de la A, tirez les premiers. J’attends encore. Dans mon précédent billet, j’ai donné un exemple de ce que pourrait-être un programme anticapitaliste, écologique, antilibéral. Pour l’instant personne ne m’a encore dit qu’il n’en était pas un. « Il suffirait de presque rien… »

08/12/2009

Minorité de blocage au NPA

Comme il fallait s’y attendre, et contrairement à ce que laissaient entendre certains camarades de la position B, les négociations ne seront pas reprises nationalement avec le Front de gauche qui d’ailleurs n’attend plus rien de notre part. Seule porte ouverte par l’ex-majorité, la possibilité de conclure des accords locaux, mais essentiellement là où le PC va au premier tour avec le PS comme en Bretagne, en Basse-Normandie, en Lorraine, ou en Languedoc-Roussillon mais pour d’autres raisons. Ce qui signifie, comme le dit Pierre-François Grond que « le NPA devrait partir seul dans deux-tiers des régions », oubliant au passage de mentionner la possibilité de conclure d’autres accords comme en Poitou-Charentes où les élus du PC étaient pour une alliance avec le PC tandis que leur base la refusait.

 

Car en effet la situation interne à la gauche du PS n’est pas aussi limpide que la présente l’ex-majorité du NPA. Il y a des communistes très unitaires qui sont contre tout accord de gestion avec le PS comme il y a des camarades du PG de Mélenchon prêts à l’accepter. Soit parce qu’ils considèrent qu’ils seront mieux placés pour défendre leurs idées ou parce qu’ils pensent, en cas de refus du PS d’accepter des accords « techniques », qu’en se maintenant au second tour (si la liste fait au moins 10 %) il y a le risque de faire passer la droite.

 

Mais le principal obstacle à l’unité n’est pas là. Il est indubitablement dans les rangs du NPA ou 50 % des adhérents en gros (soit 2.500 camarades en tout et pour tout) sont hostiles à l’unité quelles qu’en soient les raisons. Leur argument est simple : « Nous sommes les seuls anticapitalistes révolutionnaires conséquents ». En d’autres termes, selon eux, les autres, y compris ceux qui dans le NPA ne sont pas sur leur orientation, sont prêts au pire à « aller à la soupe » ou tout du moins à céder aux exigences du PS, bref à « se coucher ». Or cette argumentation est fallacieuse et légèrement injurieuse.

 

En vérité parmi ces opposants au rassemblement on trouve des camarades pour lesquels les élections sont un terrain miné d’avance, qu’entrer dans les institutions électives c’est prendre le risque de se « salir les mains », et que de toute façon il n’y a pas d’autre voie pour sortir du capitalisme que la grève généralisée et prolongée jusqu’à ce que l’on puisse mettre en place un gouvernement « réellement », comme ils disent, anticapitaliste. Position que l’on peut entendre mais qui pose le problème suivant : à partir du moment où ces camarades excluent tout autre hypothèse, rejetant toutes les autres comme non-conformes, il est pratiquement impossible de s’entendre avec eux sur des solutions de compromis. C’est ce qu’avait tenté la position A, bien mal lui en a pris.

 

Or de telles solutions existent. L’erreur de la A c’est, depuis la création du NPA, d’avoir mis de côté cette question de fond sur les hypothèses. Pour conforter son pouvoir à la tête du parti, le « noyau dirigeant » de l’ex-LCR a passé une alliance au sommet avec ces « irréductibles » à l’hypothèse « insurrectionnelle ». Disons très clairement que l’ex-majorité leur a cédé beaucoup. L’objectif il y a un an était de pousser vers la sortie l’ancienne tendance unitaire (UNIR) de Picquet. Ce qui a été fait sans ménagement et avec l’acceptation tacite des « picquétistes ». Oui mais les unitaires ce n’était pas seulement Picquet et ses amis.

 

Surtout, après l’échec relatif des européennes, il y avait pour l’ex-majorité nécessité de redresser la barre. On ne pouvait pas descendre trop bas électoralement parlant. D’où la tentative de renouer avec le PC et le Parti de gauche qui, de leur côté, avaient commencé à engranger quelques bénéfices de leur orientation plus unitaire. Dès que l’ex-majorité réorienta sa position, elle dût immédiatement faire face à ceux qui l’avaient jusqu’ici soutenue comme la corde soutien le pendu : « Camarades, lui ont-ils signifié, vous allez trop loin ! »

 

Ainsi, une fois encore l’ex-majorité va céder à la pression de son aile « gauche » minoritaire. Oui mais les autres, que deviennent-ils ? Vont-ils encore être obligés de céder comme ils ont dû le faire aux européennes ? Vont-ils devoir répondre au Front de gauche et aux autres comme en Poitou-Charentes, alors qu’un accord est possible : « Désolés, un accord était possible, mais nos camarades n’en veulent pas, ça sera pour une prochaine fois. » Y aura-t-il une prochaine fois ? Et quand le NPA aura fait entre 3 % et 4 % et que le Front de gauche en sera déjà à 6 % ou 7 %, que dirons-nous ? A titre personnel j’ai écrit hier un projet d’accord en Poitou-Charentes. Je ne sais pas encore ce que mes camarades en pensent (et peut-être que je ne le saurai jamais) et j’attends la réponse de nos partenaires. Je pose la question : ce projet est-il un projet de capitulation ?

07/12/2009

Le NPA ingouvernable

Communiqué du NPA

« La consultation des membres du NPA s'est achevée dimanche 6 décembre. Près de 4500 militants s'y sont exprimés sur 8.000 membres recensés à ce jour. La prise de cartes se poursuit. En ce qui concerne cette consultation, trois positions dites A, B et C étaient soumises au vote. La position A a réuni 36,3% des suffrages exprimés, la position B 28,5%, la position C 31,5%. Le Conseil Politique National du 13 décembre définira à partir de ces résultats la position nationale du NPA qui sera présent dans toutes les régions soit par le biais de listes NPA ouvertes à des partenaires locaux, soit en soutien à des listes unitaires plus larges. »

 

Commentaire :

Il n’y a plus de majorité au NPA. Le parti est désormais ingouvernable. Pour s’en sortir il va falloir « recomposer » mais dans quel sens ? A « droite » ou à « gauche ». Evidemment j’emploie à dessein des termes qui ne veulent rien dire. Disons plutôt dans le sens du rassemblement ou en lui tournant le dos. Comme la position A n’est pas homogène politiquement, les additions ne serviront à rien. C’est à l’intérieur de la A, c'est-à-dire au sein du noyau dirigeant, que se situe la clé en partie de la résolution de ce problème. Je dis en partie, parce que la recomposition ne pourra être dans l’immédiat que tactique. C’est en s’attelant au fond – ce qui n’a pas été fait jusqu’ici – que l’on arrivera à trouver une vraie solution à terme. Elle passera par des débats de fond sur la question des institutions, de ce que pourrait-être un « processus de transformation révolutionnaire de la société », sur la « révolution » elle-même comme processus (et non comme idée fixe) et sur d’autres hypothèses écartées lors du processus constituant pour faire plaisir aux « gauchistes ». Quant à ces derniers, il va falloir qu’ils apprennent à débattre et à argumenter : psalmodier ne se sert à rien. Je précise que « gauchiste » n’est pas une insulte mais une caractérisation politique, celle employé par Lénine. A moins qu’ils préfèrent celle de Engels : « Les éléments brutaux de la révolution » (1845) dont il craignait qu’il la conduise à une défaite et à un Thermidor.

Tous écolos !?

Je me souviens. C’était tout juste après mai 68, à Clermont-Ferrand. Dans la mouvance gauchiste étudiante large à laquelle j’appartenais (j’étais néanmoins déjà la Ligue) il y avait un étudiant singulier, à nos yeux « folklorique ». Pas deux ou trois, un seul. Il roulait à vélo, pratiquait le recyclage tous azimuts, c’était l’archétype de l’écolo-baba-cool tendance « année 0 », « on arrête tout et on réfléchit ». Nous nous moquions gentiment de lui. Au milieu des années 70, élu au conseil municipal, il mourut dans un accident de voiture.

 

Quand je dis que cet étudiant était le seul écolo de la ville, ce n’est pas tout à fait vrai. Nous connaissions également un vieux syndicaliste de chez Michelin, d’origine québécoise, élevé – après un rapt d’origine familial – par les Indiens dans sa prime enfance. Il était sympathisant de la Ligue. Auprès de lui nous avons appris ce qu’était l’écologie pratique, quotidienne. Dans sa « résidence secondaire », il vivait sans électricité, ni au courante.

 

Nous, les « révolutionnaires » d’alors, étions encore trop plongé dans une idéologie productiviste et consumériste. Nous étions très loin de penser que l’écologie allait prendre cette importance qu’elle a aujourd’hui. Ainsi avons-nous laissé s’installer cette écologie politique qui sert aujourd’hui trop bien à brouiller les pistes. Pour les anticapitalistes, reprendre la main dans ce domaine est très certainement un enjeu majeur.

 

Car il ne faut pas se le cacher. Un capitalisme « raisonnable » est une voie de sortie possible pour un capitalisme postfordiste en crise. Il n’est, dans l’immédiat, qu’un outil de communication, une façon habile de faire diversion mais le capitalisme a tout intérêt à se précipiter dans la faille. A nous de faire la démonstration que rien ne sera possible sans changement des rapports sociaux. A cet égard, nous devrions être les premiers à mettre en avant la réduction du temps de travail comme outil à la fois pour résorber le chômage et vivre autrement, moins soumis à la double pression du travail et de la consommation. C’est en filigrane dans notre « programme », mais ce n’est pas ce qui nous a fait connaître.

06/12/2009

La perche Royal et « l’axe central »

En réponse à « l'arc central » pour l'alternance suggéré par François Bayrou, Ségolène Royal a proposé publiquement samedi au Modem une alliance de premier tour aux régionales, en lui garantissant « cinq places éligibles » en Poitou-Charentes. Pour ce qui en doutait encore, toute « majorité de gestion » avec le PS – objectif recherché par la direction du PC – implique nécessairement l’acceptation d’entrer dans des exécutifs aux côtés des amis de Monsieur Bayrou. Même si, comme il fallait cependant s’y attendre, le MoDem a répondu par la voix de Jean-Luc Benhamias « C’est tout? », voilà qui devrait faciliter le rassemblement à la gauche du PS sur des bases saines.

 

Evidemment – et la réponse du MoDem est à ce titre éclairante – chacun a en tête de dépecer l’autre. Les Verts et le MoDem visent les voix des électeurs socialistes ; le PG et le PC celles du NPA ; les NPA celles du Front de gauche et de Lutte ouvrière, cette dernière faisant office de voiture balai, chacun s’illusionnant sur ses capacités propres à convaincre qu’il est le meilleur dans son genre. On a vu aux européennes ce qui en a résulté. L’UMP, bien qu’en perte de vitesse, est resté le premier parti en voix et en sièges. Mais ceci n’est que la première étape des recompositions en cours.

 

Sauf à considérer que l’ambition de Royal à rassembler bien plus large encore jusqu’aux « aux communistes, à un certain nombre de Verts, à la société civile » réussisse du premier coup, nul doute que l’on n’est pas encore à la fin de ce processus. On a vu en Italie que le même projet a pour l’instant échoué. Mais la tendance lourde est bien à ces recompositions quoiqu’il en coûte. On comprend mal, dés lors, l’aveuglement d’une partie du NPA a ne pas voir qu’il y là une chance historique de construire une force anticapitaliste et antilibérale alternative à cet « arc central » social libéral. Paradoxalement, l’invitation de Royal à Bayrou, c’est une perche tendue au NPA, mais elle peut nous revenir dans la figure si nous ne la saisissons pas.

 

Or, pendant ce temps là, le NPA prépare sa retraite du champ de bataille de l’unité à la gauche du PS. Une retraite désordonnée qui traduit l’extrême division d’une formation qui était partie sur de toutes autres bases il y a un an quand tout lui réussissait. Il faut bien convenir que nous ne sommes plus aujourd’hui dans une phase où il est possible de faire la fine bouche. Nos partenaires ont pratiquement réussi jusqu’ici un parcours sans faute. Contrairement à ce que nous avions escompté, le Front de gauche ne s’est pas trop désuni et a reçu l’assentiment de la base du PC.

 

Ainsi la FASE va s’adjoindre à eux. Quant aux Alternatifs, ils s’interrogent encore mais s’il advenait qu’ils nous rejoignent qu’aurions-nous prouvé ? Quel impact aura sur l’électorat populaire ce nouvel élan brisé ? Comment allons-nous justifier une fois encore notre refus de nous rassembler ? Les « unitaires » du NPA vont-ils être poussés vers la sortie comme le souhaitent au fond d’eux mêmes les « irréductibles gaulois » de la B et ceux qui se cachent dans la A ? Dans ma région, un accord est toujours possible ; la majorité de la gauche de gauche le souhaite. Faudra-t-il, pour ne pas briser le NPA en morceaux, y renoncer ?

04/12/2009

Pessimisme de l’intelligence et optimisme de la volonté

Je devais participer hier à l’assemblée générale des adhérents du NPA de la Charente pour y défendre la position C. Je ne suis pas arrivé à bon port, l’embrayage de mon automobile ayant rendu l’âme à quelque 30 km d’Angoulême. Une fois n’est pas coutume j’avais préparé mon intervention. Elle était conçue pour tenter de briser une hostilité que je savais, ici, quasi générale à nos thèses. Je ne me faisais guère d’illusion quant à la possibilité de rallier beaucoup de voix, mais au moins aurai-je montré que l’on peut débattre sur le fond de cette question de l’unité en évitant les clichés et les invectives gratuites.

 

Je voulais commencer comme ça : «  Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté », disait Romain Rolland. Gramsci, au fond de sa prison, avait fait sienne cette devise de l’écrivain pacifiste. Rapporter à la situation présente dans le NPA et plus globalement partout là où l’on cherche à construire une alternative de rupture, que signifie une telle ligne de conduite ? D’abord que l’intelligence, c’est-à-dire l'appel à la raison et à l'étude objective des faits, ne peut que nous inciter à penser que la crise que l’on dit systémique n’a pas produit les effets que nous escomptions il y a un an.

 

C’était prévisible. Vingt-cinq ans de défaites accumulées par le mouvement social ont plombé durablement l’horizon politique de la gauche. Certes des rémissions peuvent se produire de temps à autre comme en 1995-1997, en 2004-2005 ou encore récemment comme en janvier et février dernier, en Guadeloupe surtout. Mais la tendance lourde est principalement encore à la résignation et à la décomposition. Ce long cycle de défaites puise ses racines dans un phénomène beaucoup plus profond et que l’on pourrait résumer ainsi : l’alternative réforme ou révolution ne marche plus. Nous sommes dans une double impasse historique. Mais l’examiner ici nous entraînerait trop loin.

 

Mais, même vu sous ses seuls aspects conjoncturels, naviguer à contre-courant de cette tendance malgré toute la bonne volonté du monde en s’appuyant sur quelques ilots de résistance, c’est immanquablement se leurrer, s’illusionner. Comment un petit parti comme le nôtre pourra-t-il à lui seul l’inverser ? Mais l’intelligence nous permet aussi de ne pas succomber totalement, à l’instar de nos camarades de LO lors des dernières municipales, dans la dépression chronique. Parallèlement ou conjointement à cette résignation qui mine le corps social, il existe un sentiment fort qui traverse toutes les formations politiques, syndicales, associatives.

 

Ce sentiment c’est celui du bon sens : nous serons toujours plus forts unis que divisés ; le rassemblement, même sur des bases minimales ça marche, ça crée des dynamiques, des débats, ça ouvre des portes et des fenêtres. C’est en nous appuyant sur ce sentiment partagé bien au-delà de la simple militance que nous pouvons passer du pessimisme à l’optimisme, d’une volonté impuissante à une volonté constructive. Mais il  y a deux façons d’aborder cette question de l’unité.

 

La première, c’est celle de la direction du PC. Elle consiste à utiliser ce sentiment pour défendre ses intérêts égoïstes d’appareil. Peut-être même y a-t-il dans la démarche de Mélenchon et de certains de ses amis – on ne passe pas innocemment une bonne partie de sa vie au PS au plus haut niveau sans que ça laisse des traces – cette idée qu’il y a présentement une bonne opportunité : un PC un pied dans la tombe et une extrême-gauche qui, malgré la popularité de ses porte-parole (d’abord celle d’Arlette Laguiller, puis celle d’Olivier Besancenot), n’arrive pas à se sortir de son ghetto d’idées reçues pour passer à la vitesse supérieure.

 

Comme vous le voyez je n’ai, ni moi ni la C, la moindre illusion sur la bonne volonté du PC et j’ai pas mal de doute sur la réalité des intentions de certains membres de la direction du PG, surtout lorsque Mélenchon, entre deux facéties, rend un vibrant hommage au gouvernement de Jospin dont il fit partie. Mais ce n’est pas eux qui nous intéressent ; ce n’est pas eux qu’il faut convaincre. Mais ceux qui attendent que se construise à la gauche du PS une alternative de rupture avec le système. Ceux-là sont plusieurs millions. La rupture, ils ne nous ont pas attendu pour la souhaiter et l’envisager. Peu ou prou, ils y sont déjà acquis, à leur façon, antilibérale, altermondialiste, écolo-radicale, anticapitaliste, et peu importe ce qu’ils y mettent, c’est la direction qui compte. Mais, cette rupture pour lui donner forme, pour la concrétiser, la crédibiliser, ils ont besoin d’un levier, d’un outil. Quel peut-il être ?

 

Ainsi passons-nous du pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté. Cette volonté se donne une vision à long terme : renverser les rapports de force, d’abord à gauche, puis avec la droite. Mais immédiatement, elle a besoin, pour tenir vent debout et ne pas flancher, de résultats, palpables, visibles. Les élections nous donnent une occasion de vérifier l’efficience de cette démarche, même si elle reste embryonnaire et de guingois, avec comme premier objectif contrecarrer l’autre alternative en cours, celle du PS et d’Europe-Ecologie et de ses futurs alliés du MoDem. Cette vision là de l’unité est d’une toute autre nature que celle de la direction du PC. Elle ne vise pas le court terme ; elle n’est pas égoïste, calculatrice et politicienne. Elle est ouverte et généreuse, elle vise loin. C’est un investissement pour l’avenir. Ainsi exige-t-elle des sacrifices, des compromis. Quels pourraient-ils être ?

 

Au point où nous en sommes, inutile de se la cacher l’opération de la direction du PC de marginalisation du NPA et d’utilisation du sentiment unitaire à ses propres fins d’appareil est en train de réussir. Nous n’y sommes pas pour rien. Si, il y a trois mois, avant même que nous entamions le marathon des négociations, nous avions consulté nos adhérents comme nous le faisons aujourd’hui, nul ne doute que nous aurions adopté une position plus ouverte, mais également plus ferme – parce que s’appuyant sur un parti moins divisé – que celle qui est sortie du CPN, nous évitant ainsi de naviguer à vue, et paradoxalement sans lisibilité. Or qu’avons-nous proposé ? Nous exigions de nos partenaires qu’ils n’entrent pas dans les exécutifs alors que le PC voulait nous imposer d’y entrer. Deux positions irréconciliables.

 

Ce chantage du PC, il fallait le refuser clairement il y a trois mois. Surtout pas par un chantage inversé, mais par une autre argumentation. Parce que, comme le souligne la A dans sa motion, ce en quoi nous acquiesçons, en l’état des rapports de force, l’hypothèse haute d’une « gauche de gauche » entre 15 et 20 % voire plus est improbable. Et qu’en conséquence, la possibilité d’entrer, dans ces conditions, dans les exécutifs sous domination « social-libérale ne nous permettait pas de commencer à construire une alternative de rupture. Restait qu’une seule hypothèse, basse. C’est cette hypothèse-là qui justifiait alors notre refus d’entrer dans ces exécutifs, non par principe, mais par simple pragmatisme.

 

Cette argumentation nous aurions dû la faire connaître publiquement, en précisant, que si par aventure, à l’issue du premier tour, nous nous rapprochions plus de l’hypothèse haute, il serait toujours temps alors d’en rediscuter. Mais dans l’immédiat, inutile de faire de cette question des exécutifs, certes importante, un obstacle à nous rassembler pour le premier tour. Discutons et entendons-nous plutôt sur un programme et nous verrons bien ce qu’il en sortira. Enfin, si, malgré tout, certains de nos partenaires envisagent dès maintenant, et de toute façon, d’entrer dans des « majorités de gestion » avec le PS , libre à eux, mais qu’ils nous laissent toute liberté de faire un choix inverse.

 

C’est cette démarche que nous aurions dû avoir il y a trois mois ; c’est ce que la C propose aujourd’hui encore. Ce n’est en rien une capitulation devant le PC. Pas plus que la A ou la B nous ne sommes pour nous plier au chantage du PC. Peut-être cependant que cette ultime ouverture arrivera trop tard ou que le PC la rejettera. Mais l’alternative est la suivante : ou nous répondons encore à ce sentiment unitaire ou nous lui tournons définitivement le dos en choisissant l’isolement. Cette dernière solution est celle de la facilité mais elle a un prix autrement plus coûteux que celle qui consiste à se battre pied à pied, même en lâchant un peu, avec des partenaires qui ont autant besoin de nous que nous avons besoin d’eux. N’oublions pas que c’est le long terme que nous visons.

03/12/2009

Faut-il [se] « coucher » pour s’allier ?

Je sors tout juste de l'AG de mon département consacrée aux régionales et je me dis qu’au fond, il va être de plus en plus difficile de militer longtemps ensemble dans ce parti dans les conditions présentes. Pourtant la position que j’y ai défendue, la C, est arrivée en tête malgré, à la fois, le départ ces trois derniers mois de près d’une dizaine d’adhérents dont cinq au moins étaient sur mes positions et le découragement d’autres, votant à contrecœur pour la A, argumentant qu’ils étaient désormais trop tard pour renégocier avec un Front de gauche qui ne voulait pas au fond de nous.

 

Trois raisons me rendent particulièrement pessimiste sur les possibilités en l’état de remettre ce parti sur de bons rails : la tentation de plus en plus forte de l’isolement et le sentiment fort d’être rejeté (« ce sont eux qui ne veulent pas faire l’unité ») très nettement affirmés dans plusieurs interventions ; l’affirmation que chercher le rassemblement c’est accepter de se « coucher » (répété à satiété) en acceptant de « gérer les régions avec le PS » ; que les divergences programmatiques avec le PC et le PG sont telles qu’aucune alliance n’était possible.

 

Notons que les camarades de la A et de la B qui affirment de telles inepties boycottent pour la plupart les réunions unitaires régionales qui continuent à se tenir en Poitou-Charentes et qui portent précisément sur cette question d’un programme commun possible. Enfin pourquoi la A et la B et pas une seule position commune, tellement il est difficile de faire la différence entre elles, du moins dans mon département, toutes les deux réservant uniquement leurs critiques à la C, seule position se déclarant encore partisane de poursuivre les négociations. La seule remarque que la A a pu faire à l’endroit de la B, c’est de regretter précisément qu’elle se soit déclarée, l’accusant de l’avoir fait uniquement pour se compter.

 

Que peut-il se passer désormais ? La position C va très certainement faire un bon score au-delà des 30 %. Evidemment ça ne suffira pas pour faire basculer la majorité dans le sens d’une reprise des négociations même en tenant compte qu’il existe, comme ici, certains votes A plus proches de la C que de la B. En conclusion, sauf miracle c’est-à-dire la reprise par le Front de gauche de la proposition de compromis contenue dans la position C, il est improbable que l’unité se fasse. Comment dans un parti où le sentiment est majoritairement au « seul contre tous » pourrions-nous faire une campagne commune avec des partenaires qui sont vus désormais comme des adversaires au même titre que le PS ? Je me vois mal, a contrario, mener la campagne du NPA, seul « parti authentiquement révolutionnaire et anticapitaliste », sur de telles bases.

 

 

Autres résultats :

Sud-Deux-Sèvres (Niort) : 6 pour le C ; 2 pour la A ; 1 pour la B

Haillant-Saint-Médard-Mérignac :  20 pour la A ; 15 pour la C ; 1 pour la B

02/12/2009

La haine de la démocratie

La récente et scandaleuse votation contre les minarets en Suisse a fait ressurgir le vieux débat sur la démocratie directe avec des accents rappelant ce qui s’était passé en France en 2005 au moment du débat sur le traité européen. En gros, la démocratie est une chose trop précieuse pour tombée entre toutes les mains, la preuve. Et d’énumérer, entre autres, les élections remportées par le Hamas dans la bande de Gaza il y a quelques années ou bien celles qui virent la victoire des islamistes en Algérie dans les années 80.

 

Dans son opuscule intitulé La Haine de la démocratie publiée en 2005, le philosophe Jacques Rancière rappelait que cette polémique était vieille comme la démocratie, Platon faisant déjà de la démocratie, quelque 400 ans avant JC., la mère de la tyrannie : la démocratie « est proprement le renversement de toutes les relations qui structurent la société humaine : les gouvernants ont l’air de gouvernés et les gouvernés de gouvernants ; les femmes sont les égales des hommes ; le père s’accoutume à traiter son fils en égal ; le métèque et l’étranger deviennent les égaux des citoyens ; le maître craint et flatte des élèves qui, pour leur part, se moquent de lui ; les jeunes s’égalent aux vieux et les vieux imitent les jeunes ; les bêtes mêmes sont libres et les chevaux et les ânes, conscients de leur liberté et de leur dignité, bousculent dans la rue ceux qui ne leur cèdent pas le passage. » (La Haine de la démocratie, page 43, à partir de La République de Platon)

 

Oui mais, cette haine n’est pas le propre des réactionnaires de tout poil, néo ou anciens, et de tous ceux qui s’opposèrent tout au long de l’Histoire à l’expression directe du « peuple ». Proudhon et une partie du mouvement ouvrier révolutionnaire étaient non seulement hostiles au vote des femmes, mais également au principe même du suffrage universel prétextant son utilisation plébiscitaire par Napoléon III. Et comment interpréter autrement l’idée qui surgit au tournant du 19e et du 20e au sein du mouvement révolutionnaire comme quoi le prolétariat ne pouvait accéder de lui-même à la conscience vraie ; qu’elle ne pouvait lui être apportée que de l’extérieur par un parti d’intellectuels « savants ». Quand en janvier 1918 le vote à la Constituante mit en minorité les bolcheviks, le gouvernement soviétique dissout immédiatement la nouvelle assemblée.

 

On connait la formule fameuse de Brecht : « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple. » Mais on sait aussi que c’est parce que son parti était devenu le premier parti allemand en voix qu’Hitler fut choisi par Hindenburg comme chancelier sur l’insistance d’une poignée d’industriels et d’hommes de droite trop heureux de trouver dans cet aventurier un outil pour mater un mouvement ouvrier turbulent. Platon et Lénine, partisans d’une « aristocratie » éclairée, qu’elle fut nobiliaire ou prolétarienne, auraient-ils donc eu raison contre Rousseau et Marx, pour faire court ? Devons-nous, nous qui étions pour une démocratie étendue, nous rabattre sur une démocratie représentative, méritocrate et diplômée et ranger au titre de la fausse bonne idée cette démocratie de l’opinion, « règne du bazar et de sa marchandise bigarrée » (Rancière) ?

 

La démocratie ce n’est pas que le vote. Le vote n’est qu’une information à un moment donné de l’état des opinions. Dans le débat qui nous préoccupe ici au NPA (les régionales), sanctionner par un vote qui en serait le point final, ce n’est pas résoudre un problème mais s’en débarrasser sans considération de ses conséquences, dans un sens ou dans un autre. Dans le NPA, notre démocratie a marché à l’envers. Ce vote en cours sur les trois positions auraient dû intervenir il y a plusieurs mois, avant les premières négociations. Il aurait permis, non pas de figer une position, mais de donner une indication précise à nos délégations sur l’état de l’opinion en interne. Le débat qui aurait eu lieu avant et après et sa publicité aurait fait évolué les positions, renseigné surtout nos partenaires sur les réelles intentions des adhérents du parti (et peut-être même que le vote aurait dû être étendu à nos sympathisants), et non pas celles d’une poignée de « dirigeants ».

 

A quelques mois de l’échéance, alors que tout a déjà été discuté au sommet dans le plus grand désordre, avec des explications illisibles, ce vote va affaiblir notre parti vis à vis non seulement de nos partenaires mais également de tous ceux qui avaient cru que le NPA était réellement un nouveau parti. Une fois encore, quel qu’en soit le résultat, il donnera du NPA l’image d’un parti extrêmement divisé, sans boussole, sans socle commun solide.

01/12/2009

« Nous ne voulons pas d'un refus de principe à la participation à des exécutifs ! » (Le Parti de gauche)

Une alliance large à la gauche du PS est-elle encore possible ? Certains, sur la base de la résolution du Bureau national du PG, pensent que oui. Je n’en suis pas si sûr. Plus on s’approche de l’échéance (après le vote des militants du NPA qui devrait-être clos le 6 décembre) et plus les marges de manœuvre pour bâtir cet accord se restreignent. Le NPA ayant, dès le début des négociations, très clairement mis l’accent sur la question des exécutifs, le PC ayant fait de même, c’est toujours sur ce problème épineux que ça coince. Du programme que pourrait mettre en œuvre une autre majorité (hypothèse haute) ou du travail que pourraient effectuer des élus de la gauche « radicale » ou « autre » gauche dans ces institutions en position minoritaire (hypothèse basse), il n’en a été pratiquement jamais question. Pas plus, de l’impact que pourrait avoir cette alliance électorale sur le mouvement social.

 

 

Bien qu’entourée de toute une série de précautions oratoires, la proposition du PG n'ouvre aucune nouvelle fenêtre susceptible de déboucher sur un compromis : « Sous peine de confusion politique qui ne servirait personne, ces accords devront être clairs et francs. Nous ne pourrions accepter des formules ambigües ou des compromis de vocabulaire sur la question des exécutifs. Nous ne voulons pas d'un refus de principe à la participation à des exécutifs avec le PS et les Verts ! » Et pour ceux qui n’auront pas encore compris, il précise encore : la délégation du NPA « a nettement indiqué le 10 novembre sa traduction politique lors de la dernière réunion du Groupe de Travail : « pas de majorité de gestion avec le PS et les Verts ». Nous ne sommes pas d'accord avec cette exclusive. » Mais en quoi s'agit-il d'un refus de principe ? Le PG oublie de préciser que le NPA a reconnu avoir fait un compromis sur cette question : « tout dépend des rapports de force politiques et sociaux ».

 

En d’autres termes, le NPA serait bien susceptible d’entrer dans des « majorités de gestion » avec le PC et EE mais à condition que la gauche anticapitaliste et antilibérale y soit majoritaire, ce qui, en l’état, est plus qu’improbable comme l’explique le NPA : « nous considérons que ces rapports de force ne permettent pas de participer à des gouvernements régionaux dont la politique est dominée par le PS et Europe Ecologie ». Or le PG suggère que ce rapport de force pourrait être inversé. Sur quels éléments probants se base-t-il pour émettre une telle hypothèse ? Aucun. Et pour cause, il n’y en a pas. Tout ce que peut donc espérer cette gauche-là c’est au mieux de commencer à construire face à l’alliance majoritaire PS-EE-MoDem une alternative de rupture. Comment cette alternative pourrait avoir une quelconque crédibilité, si on acceptait avant toute négociation, avant surtout d’avoir mesuré le différentiel réel entre ces « deux gauches », d’entrer dans des majorités de gestion avec des partis qui y seront forcément majoritaires ?

 

Il n’y a donc qu’une seule possibilité pour sortir de cette impasse : que les deux parties acceptent de ne pas faire de cette question des exécutifs un préalable à une alliance au premier tour ; qu’elles laissent ensuite aux élus leur liberté de vote. C’est ce que dit très clairement la motion C du NPA : « Aucun des partenaires ne peut ainsi exiger que le NPA participe à des exécutifs contre sa volonté, et de son côté le NPA ne fait pas d’une éventuelle participation conditionnée de certains de ses partenaires à des exécutifs où le PS et Europe Ecologie seraient majoritaires un motif de rupture. Les élu-e-s du NPA conserveront leur indépendance et leur complète liberté de vote dans les conseils régionaux, sans participer aux exécutifs dominés par le PS ou Europe Ecologie. »

 

Le PG et PC seraient-il prêts à accepter un tel compromis ? Si oui, qu’ils le disent et vite. Mais il y a peu de chance qu’ils s’y rallient. Le PC n’a jamais caché qu’il entendait bien coûte que coûte faire alliance avec le PS et EE après le second tour, à l’exclusion du MoDem, exigeant que le NPA accepte lui-aussi, pour ces élus, une telle solution tout en sachant que c'est impossible. Le PG fait semblant de l’ignorer. Comme dit le poète, tout le reste est littérature.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu