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13/12/2009

L’hypothèse démocratique, qu’est-ce que c’est ?

On me demande si l’hypothèse démocratique que j’oppose aux hypothèses d’une « grève générale prolongée » (NPA) ou d’une victoire, par les urnes, d’une gauche de « transformation sociale » (Front de gauche), a quelque chose à voir avec les expériences en cours en Amérique du sud. Je dirais non, quoiqu’il faille prendre en compte ces expériences, ne serait-ce que parce qu’elles ont rompu avec les voies de la lutte armée qui dominaient dans les années 60-70. Et qui ont toutes été des échecs tragiques.

 

Chavez d’abord. Rien de nouveau. Sans aller jusqu’à le comparer à Perón, Chavez s’inscrit dans une vieille tradition de « révolution par le haut »  qui au final se termine toujours en défaite pour les pauvres. Et puis sans le pétrole, qui permet un peu de redistribution, que se passerait-il ? Les rapports sociaux sont à peine bousculés et surtout, tout passe par le « caudillo ». Un soutien de masse mais qui ne marche que dans un seul sens, du haut vers le bas, avec la nécessité de maintenir coûte que coûte Chavez au pouvoir jusqu’à sa mort. Une aventure périlleuse sans lendemain. Et puis ses soutiens aux dictatures, iranienne ou autres du même acabit, ça me rappelle quand Castro approuvait l’entrée des chars russes à Prague.

 

En Bolivie, c’est un peu différent. Morales n’est pas un « caudillo » mais la coca remplace le pétrole. Moins radicale, l’expérience de la gauche au Chili va se terminer par une alternance probable à droite. Enfin, la victoire de Tabaré Vasquez en Uruguay. Qu’un ancien guérillero parvienne à la tête de l’Etat par des voies électorales montre que la page « insurrectionnelle » est définitivement tournée pour la gauche sud-américaine Mais il ne suffit pas d’arriver au pouvoir, il faut s’y maintenir.

 

C’est tout le problème posé par la voie de « transformation sociale » par les urnes. Le plus difficile, ce n’est pas gagner les élections, c’est, à partir de là, comment entrer dans un processus irréversible de « transformation révolutionnaire de la société » ? N’oublions pas ce qui est arrivé à cet égard aux Sandinistes, contraints de céder la place à ceux qu’ils avaient chassés du pouvoir par les armes, principalement par le jeu de l’alternance démocratique (je n’oublie pas évidemment les Contras).

 

L’hypothèse démocratique, tel que je la conçois, ce n’est pas une voie parlementaire classique d’accession au pouvoir. Elle nécessite la construction d’un rapport de force permanent ; la fusion du mouvement social et politique dans un même creuset ; les élections n’étant qu’un moment de la mise en branle de ce mouvement d’ensemble et pas un but en soi. Evidemment cela passe par une remise en cause des pouvoirs des appareils au sein même de la « gauche » (je maintiens ce terme même s’il me semble de plus en plus inapproprié), ceux des partis mais également des syndicats.

 

Un exemple actuel. Le 49e congrès de la CGT. Une vraie farce démocratique. Des délégations cooptées, des débats qui n’ont eu lieu que dans les instances, elles-mêmes désignées et formellement élues. Plutôt que de se battre pour un retour à une « ligne de classe » ou d’espérer, vainement que ces directions bureaucratiques soient un jour « débordées » par le mouvement social (thèse dite classique à laquelle nous continuons à croire), exigeons d'abord que les règles de la démocratie soient appliquées à tous les niveaux, jusqu’à la remise en cause des désignations des permanents à vie.

 

Ainsi, dans le programme que j’ai proposé à nos partenaires, il y a : la présence dans les listes d’anciens élus au conseil régional ne doit plus être systématique – en d’autres termes : renouvellement (l’inverse de ce que fait le PS qui a reconduit pratiquement tous ses présidents) ; pas de cumul des mandats ; rotation tous les deux ans dans la liste. J’aurais pu également parler des rémunérations. Plus généralement, devrait être inclue dans notre programme toute une série de mesures visant à remettre en cause les processus de désignation par les partis des candidats aux postes électifs ; la nécessité de faire valider ses désignations par des comités de citoyens (ce qui revient à étendre le système des primaires), bref mener une critique radicale de tout le système d’autoreproduction du personnel politique professionnel : institutions, constitution, modes de scrutins, tout cet appareillage qui concourt au maintient au pouvoir d’une élite. Voilà ce qu’est pour moi, grossièrement, l’hypothèse démocratique, un combat de tous les jours qui lie les luttes sociales aux luttes politiques, qui ne cède ni à « l’illusion de politique », ni à celle du social.

 

Un peu de philosophie, ça ne fait pas de mal. Dans « Alain Badiou et le miracle de l’événement », l’un des chapitres de son ouvrage « Résistances. Essai de taupologie générale » (Fayard, Paris 2001), Daniel Bensaïd écrivait : « La question démocratique est […] remarquablement absence chez Badiou comme elle l’était chez Althusser […] Peter Hallward voit dans cette philosophie de la politique selon Badiou une logique absolutiste et dans son idée de souveraineté le fantôme d’un sujet sans objet. La philosophie pure d’une souveraineté majestueuse dont la décision est fondée sur un rien qui commande le tout et qui relève de la tentation absolutiste par excellence dans la mesure où elle condamne le sophiste au bannissement, efface le multiple, et refuse l’épreuve démocratique. » Mais Bensaïd, farouche partisan de la « claire ligne de partage » au sein du mouvement, ne la refuse-t-il pas également ? Comment l’épreuve démocratique pourrait-elle être compatible avec l'auto-proclamation d’une seule voie « révolutionnaire », celle de la grève générale prolongée ?

Commentaires

"Un exemple actuel. Le 49e congrès de la CGT. Une vraie farce démocratique.", dis-tu ?
Mais quels sont ces militants, qui ont oeuvré dans cette farce ? Uniquement de vieux staliniens ? ...
"Des négociations pour les régionales" : une vraie farce...
L'unité voulue par les militants mais déjouée par les directions, qui elles ne seront pas mise en minorité....
Le NPA coupable de sectarisme : une vraie farce.

Écrit par : JR | 16/12/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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