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11/12/2009

Droit d'expérimentation

Certains membres du courant auquel j’appartiens demande, dans ces prochaines régionales, un « droit d’expérimentation ». De quoi s’agit-il ? D’œuvrer, là où c’est possible et sur les bases que Convergences et Alternative (C&A) a défendues dans la motion C, à la mise en place de listes unitaires au premier tour, même si le NPA présente dans la même région une liste sous son seul label. Je n’ai aucune objection de principe à cette proposition. Il faut bien en convenir, il n’y a pas un NPA mais trois au moins . Les Principes fondateurs n’ont pas tenu un an au principe de réalité. Moi-même je ne les ai pas votés, et je suis du reste un des seuls dans mon courant à ne pas l’avoir fait. Oui donc au principe. Et que l’on ne m’objecte pas la discipline de parti, ce dont je me suis toujours moqué.

 

Oui, mais... Un grand MAIS qui est une sérieuse objection. Il y a d’abord l’attitude de nos partenaires. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne nous facilitent pas le travail. Aujourd’hui, on peut même parier, les négociations nationales ayant échoué, que ces partenaires ne souhaitent plus qu’une seule chose : la mise à mort du NPA. Certains diront qu’ils avaient toujours eu ce projet en tête. J’ai défendu moi-même cette thèse ici. Néanmoins, si nous nous étions mieux pris autrement, si nous avions il y a trois mois affiché une volonté réelle d’aboutir en ne faisant pas de la clause de non-participation pour tous aux exécutifs, une limite infranchissable, il est possible que nous n’en serions pas là.

 

Mais on ne refait pas l’histoire. Mes camarades de C&A ne pourront à eux-seuls renverser un processus aujourd’hui totalement compromis : en Bretagne, en Languedoc-Roussillon où l’on était au bord de l’accord, c’est bien le FG qui revient sur ses engagements. En Poitou-Charentes, leur silence à nos propositions parle de lui-même. Peut-être n’y aura-t-il aucun accord au final. Pour exercer le droit d’expérimentation, il faut être deux au minimum. Le PC, même celui qui semblait le plus proche de nos thèses, s’accroche à son Front. J’éviterai ici de polémiquer avec le PG ou GU, de plus en plus quantité négligeable. Et que dire de la FASE ! En vérité, ils voient tous là une opportunité d’imposer à la gauche de la gauche leur propre projet politique, scellant ainsi la défaite du projet concurrent du NPA (le mien – le projet originel – et celui des autres auquel je m’oppose farouchement)

 

Il y a une autre raison, pour moi plus sérieuse encore, à ne pas vouloir tenter ce droit d’expérimentation. En admettant que nous trouverons des partenaires pour tenter cette aventure, quel objectif poursuivrons-nous ? Certains s’interrogent ici sur ma rage pour arriver à imposer l’unité. Je l’ai dit à plusieurs reprises je n’ai et n’ai jamais eu aucun rapport avec UNIR et la tendance Picquet. En d’autres termes je ne m’inscris pas dans le projet nostalgique et anachronique d’une reconstitution d’une gauche plurielle en miettes. Je suis d’accord là-dessus avec Badiou sur sa critique acerbe de notre ancien slogan : 100 % à gauche. Seul point de départ pour moi : la gauche a vécu. Son histoire se referme. Réforme ou révolution n’a plus lieu d’être. Nous sommes dans une nouvelle période dont il s’agit de définir précisément les grandes tendances et de déterminer qui en sera les acteurs.

 

En résumé. Le cycle de quelque cinq siècles de révolution est clos. Le prolétariat a achevé son œuvre de civilisation de l’Etat-nation. Plus de place ni pour la réforme qui devait permettre un passage pacifique au socialisme, ni pour la révolution comme accoucheuse aux forceps d’un nouveau monde. Reste une seule hypothèse : l’hypothèse démocratique, un grand mouvement de fond de sortie du capitalisme, utilisant tous les ressorts de la démocratie – droit d’association, suffrage universel, luttes économiques, politiques, culturelles… –, rompant avec la vieille division entre partis et syndicats, mouvement social et politique, se nourrissant des points de vue divergents qu’il y aura obligatoirement dans un tel mouvement. Plus de claire ligne de partage mais le bouillonnement des idées. Plus de partis enfin avec leurs états-majors omniscients mais le pouvoir de la multitude.

 

Or, ce projet grossièrement résumé, à l’évidence, ne peut se suffire de quelques alliances de circonstance pour se mettre en branle. Il vise le long, très long terme. Il a besoin d’un travail théorique puissant pour briser la gangue dans laquelle est tenu en laisse le mouvement. C’est comme ça que j’avais conçu pour ma part le NPA : un rassemblement large, transcourant, ouvert à tous les vents, flottant, dont l’objectif aura été la remise en cause des vieux projets obsolètes. C’est ce que laissait entendre certains textes de Daniel Bensaïd ; c’est ce à quoi nous invite Negri dans Empire et Multitude ; ou Badiou dans L’hypothèse communiste. Ce fut hier cette même quête que poursuivirent tout au long de leur vie André Gorz ou Castoriadis. Ce travail là de réflexion est devenu aujourd’hui obligatoire. Il n’y a plus d’échappatoire possible.

 

PS. : il y aurait finalement un accord en Bretagne mais confirmation de la rupture en Languedoc-Roussillon. Et ici, c'est bien le Front de gauche qui a pris l'initiative de la rupture.

 

Commentaires

@ TOUS
"Mise en place de listes unitaires au premier tour, même si le NPA présente dans la même région une liste sous son seul label"
ça c'est du grand n'importe quoi. Ce n'est pas démocratique.
Il y a un accord en Bretagne... Dans les grandes lignes, c'est la gauche de la gauche, qui y gagne, parce que c'est un accord clair...
Le PCF vit un moment schyzophrénique... D'un côté ses notables, qui s'accrochent au PS mais qui ne voudraient pas que cela se voie... De l'autre des militants PC élevés dans la peur de ne pas avoir d'élus... mais qui se rendent compte que leur absence d'indépendance c'est le déclin.
Face à cela, le NPA ne doit pas se précipiter et se jeter à leurs pieds mais rester ferme.
Ce n'est pas forcément un question de A, B ou C. C'est une question de clarté et de fermeté.
Alors s'il n'y a pas d'accord, alors ne nous battons pas la coulpe...

Écrit par : JR | 12/12/2009

Je veux dire pour faire l'unité, il faut être au moins deux.

Écrit par : JR | 12/12/2009

Sinon, je suis militant de la CGT. Au cours du 49ème congrès Thibaut a été réélu. A aucun moment je n'ai été consulté... Je me pose la question. Par qui a-t-il été élu ? Et comment ont été désignés ceux qui ont voté pour lui ?
Voilà, si vous êtes comme ça : téléphonez-moi.

Écrit par : JR | 12/12/2009

@JR
Il n'y pas que le PCF qui vive une crise de shyzophrénie, le NPA aussi.
En gros il est partagé en 2.

D'une part, il y a ceux qui principalement autour du texte B( mais aussi pour certains avec quelques nuances autour du A) veulent un parti d'avant-garde encore plus restreint stratégiquement que la LCR, un parti qui considérerait les élections comme une simple tribune, se contentant d'attendre que le capitalisme crève de ces contradictions tout seul espérant lors de cette crise révolutionnaire combler miraculeusement l'absence d'implantation et de légitimité qu'à inévitablement un petit groupe M-R pour poser les bases d'une société socialiste.

D'autre part, il y a ceux qui sont pour un parti large principalement autour du texte C (mais aussi en partie autour du texte A) implanté dans la classe, qui considérerait les élections et les institutions non pas comme une tribune mais comme de vrais champs de bataille sur lesquels il serait nécessaire de nouer des alliances ponctuelles pour acquérir et maintenir des positions pour être en mesure de renverser le rapport de force en notre faveur sans attendre un hypothétique grand soir où toutes les cartes seraient rebattues.

Nous n'avons pas tranché et nous sommes dans l'impossibilité de trancher aujourd'hui d'autant plus que la position sectaire du PCF et du PG par rapport à nous ne facilite pas la tâche des plus "unitaires" du NPA, obligés de choisir entre rentrer dans le rang et faire campagne avec leur parti et faire campagne avec le FdG en se mettant à la remorque des directions du PCF et du PG un peu comme la GU.

Moi, je ferai la campagne du NPA, espérant un meilleur score possible pour ne pas injurier l'avenir et faire en sorte que nous sortions de ces élections le moins affaiblis possible.
Je ne suis pas inquiet par les sondages régionaux notamment celui de l'IdF (il y en a 2 Gilles et tu ne prends que celui qui nous donne à 2 et qui est le plus improbable, l'autre nous donnant à 3,5, notre score des européennes).
Le dernier sondage national nous donne à 4% comme le FdG qui perd 2 points.

Il faudra par contre que Besancenot prenne ses responsabilités. Il a défendu jusqu'au bout la ligne de la direction majoritaire. Il doit aujourd'hui être tête de liste en IdF. On sera sûr ainsi de faire un peu plus que ce que nous donnent les sondages actuels.

Mais attention. Le NPA n'est pas en campagne et il n'y a pas un congrès fondateur qui nous permet de caracoler dans les sondages comme en février (tout beau, tout nouveau !). LO va baisser inévitablement, sa campagne sera inaudible et nous allons peut-être monter un peu.
La campagne du FdG qui a pourtant tout pour réussir par rapport à nous bien sûr connait des ratés.
Et quand nous serons en ordre de marche, je suis sûr que les choses s'arrangeront un petit peu.

Pour ce qui est de la CGT, ça dépends beaucoups des secteurs. Les Ags qui élisent les délégués ne rassemblent qu'une très petite minortité de syndiqués et si les cadres ne font pas le travail de battre le rappel, de nombreux syndiqués en particulier les plus isolés ne sont même pas mis au courant de la tenue des AGs.
Pour info, il y avait 10 ou 11 camarades du NPA délégués (pour 1000 délégués ce qui fait 1%) au congrès ce qui n'est pas si mal compte tenu de l'écrémage.

Écrit par : langue-rouge | 12/12/2009

« Nous n'avons pas tranché et nous sommes dans l'impossibilité de trancher aujourd'hui. » (langue-rouge)

Et j’ajouterai que ce n’est pas nous qui allons trancher mais les faits, la pratique, l’histoire. Le très gros problème que nous avons avec les camarades de la B et plus généralement avec tous ceux qui restent sur le schéma de la « grève générale prolongée » c’est qu’ils se refusent à toute analyse « concrète d’une situation concrète », comme disait l’autre. Comment ce qui était déjà problématique du temps de Marx et d’Engels, qui fit débat dans les années 1910 en Allemagne, qui n’eut finalement de traduction pratique que très rarement et sans que cela débouche sur une « transformation révolutionnaire de la société » (1936, 1968, ne serait-ce qu’en France, mais on pourrait prendre d’autres exemples) – attention de ne pas prendre 1917 comme la conclusion d’une grève générale de masse – peut-il être admis comme un axiome, un point de départ qui ne se discute pas, comme la seule hypothèse excluant toutes les autres. Tant que ces camarades raisonnent ainsi, le débat n’est pas possible et le NPA est condamné à l’immobilisme.

Écrit par : Gilles | 12/12/2009

JR tu dis de rester ferme, mais sur quoi ? Mes camarades de la A et de la B ne proposent rien, ne participent pratiquement pas aux rencontres unitaires et attendent que le CPN tranche évidemment dans leur sens. J’ai fait un projet de programme, polémiquer avec le PC sur le Front de gauche, la A et la B font silence radio. La représente de la B explique même par téléphone à nos partenaires que pour elle tout est terminé. Il faut bien comprendre qu’il n’y a plus un seul NPA mais plusieurs.

Écrit par : Gilles | 12/12/2009

@ Langue Rouge
Tout d'abord la schizophrénie dont je parle au PC n'es pas identique à celle celle du NPA... Au PCF dilemne "lutte des classe" "lutte des places"
Au NPA, une coupure en deux : mais de même nature.
Même si je partage les craintes des NPA "B"... je suis conscient qu'ils nous faut répondre aux attentes que les électeurs (Aux Européennes, on a quand même fait autant que le Fde G à nous tous seuls sur une ligne assez sectaire et arrogante), des militants de tous horizons aussi, placent en nous, en s'inscrivant dans des dynamiques claires... çà vaut la peine d'y regarder à deux fois... Alors j'ai voté "C" et je ne le regrette pas...
Il y a donc des schyzophrénies, qui sont mortifères et d'autres qui peuvent cohabiter.
@ Gilles et JJR
En même temps, il nous faut rester fermes sur les axes programmatiques de "l'unité" de l'autre il ne faut pas se laisser trimbaler par un Front de Gauche, qui est incapable de dire quelquechose de simple sur la fusion des liste avec Georges Frèche...
Il faut à la fois être unitaire et garder une boussole

Écrit par : JR | 12/12/2009

@ Langue Rouge erratum
Tout d'abord la schizophrénie dont je parle au PC n'es pas identique à celle celle du NPA... Au PCF dilemne "lutte des classe" "lutte des places"
Au NPA, une coupure en deux : mais PAS de même nature.

Écrit par : JR | 12/12/2009

Intéressante thèse quant au cycle...

Quand tu évoques l'hypothèse démocratique, tu penses aux expériences actuelles en Amérique latine?

Écrit par : des pas perdus | 12/12/2009

"Je ne sais pas ce que vaut cette information."
Exactement ce qu'elle vaut.

"[notamment dans la volonté pas assez affirmée de tout faire pour battre la droite]"
Freche a l'étiquette divers gauche, le PS ne présentera pas de liste contre Freche, donc Freche n'est pas à droite, donc...

:D

De l'extérieur, j'imagine que si le FdG pose clairement que la liste Freche est à droite, tout devient possible...




La politique c'est une affaire de tripes, c'est pas une affaire de tête, c'est pour ça que moi quand je fais une campagne, je ne la fais jamais pour les gens intelligents. Des gens intelligents, il y en a 5 à 6 %, il y en a 3 % avec moi et 3 % contre, je change rien du tout. Donc je fais campagne auprès des cons et là je ramasse des voix en masse.

Écrit par : Alain Albert | 13/12/2009

"Quand tu évoques l'hypothèse démocratique, tu penses aux expériences actuelles en Amérique latine?" (des pas perdus)

Non, pas exactement. Mais ce qui se passe là peut y être adjoint. mais je ne vois pas en quoi Chavez ou l'alternance au Chili (la droite va chasser la gauche au pouvoir) est très nouveau.

Écrit par : Gilles | 13/12/2009

Michel Sapin : Je sais bien qu'il est possible de défendre le même slogan, .... Ni le NPA, ni Le Front de gauche ne vous suivent, Jacques Nikonoff. ...

Écrit par : gite de france languedoc roussillon | 02/06/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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