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02/12/2009

La haine de la démocratie

La récente et scandaleuse votation contre les minarets en Suisse a fait ressurgir le vieux débat sur la démocratie directe avec des accents rappelant ce qui s’était passé en France en 2005 au moment du débat sur le traité européen. En gros, la démocratie est une chose trop précieuse pour tombée entre toutes les mains, la preuve. Et d’énumérer, entre autres, les élections remportées par le Hamas dans la bande de Gaza il y a quelques années ou bien celles qui virent la victoire des islamistes en Algérie dans les années 80.

 

Dans son opuscule intitulé La Haine de la démocratie publiée en 2005, le philosophe Jacques Rancière rappelait que cette polémique était vieille comme la démocratie, Platon faisant déjà de la démocratie, quelque 400 ans avant JC., la mère de la tyrannie : la démocratie « est proprement le renversement de toutes les relations qui structurent la société humaine : les gouvernants ont l’air de gouvernés et les gouvernés de gouvernants ; les femmes sont les égales des hommes ; le père s’accoutume à traiter son fils en égal ; le métèque et l’étranger deviennent les égaux des citoyens ; le maître craint et flatte des élèves qui, pour leur part, se moquent de lui ; les jeunes s’égalent aux vieux et les vieux imitent les jeunes ; les bêtes mêmes sont libres et les chevaux et les ânes, conscients de leur liberté et de leur dignité, bousculent dans la rue ceux qui ne leur cèdent pas le passage. » (La Haine de la démocratie, page 43, à partir de La République de Platon)

 

Oui mais, cette haine n’est pas le propre des réactionnaires de tout poil, néo ou anciens, et de tous ceux qui s’opposèrent tout au long de l’Histoire à l’expression directe du « peuple ». Proudhon et une partie du mouvement ouvrier révolutionnaire étaient non seulement hostiles au vote des femmes, mais également au principe même du suffrage universel prétextant son utilisation plébiscitaire par Napoléon III. Et comment interpréter autrement l’idée qui surgit au tournant du 19e et du 20e au sein du mouvement révolutionnaire comme quoi le prolétariat ne pouvait accéder de lui-même à la conscience vraie ; qu’elle ne pouvait lui être apportée que de l’extérieur par un parti d’intellectuels « savants ». Quand en janvier 1918 le vote à la Constituante mit en minorité les bolcheviks, le gouvernement soviétique dissout immédiatement la nouvelle assemblée.

 

On connait la formule fameuse de Brecht : « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple. » Mais on sait aussi que c’est parce que son parti était devenu le premier parti allemand en voix qu’Hitler fut choisi par Hindenburg comme chancelier sur l’insistance d’une poignée d’industriels et d’hommes de droite trop heureux de trouver dans cet aventurier un outil pour mater un mouvement ouvrier turbulent. Platon et Lénine, partisans d’une « aristocratie » éclairée, qu’elle fut nobiliaire ou prolétarienne, auraient-ils donc eu raison contre Rousseau et Marx, pour faire court ? Devons-nous, nous qui étions pour une démocratie étendue, nous rabattre sur une démocratie représentative, méritocrate et diplômée et ranger au titre de la fausse bonne idée cette démocratie de l’opinion, « règne du bazar et de sa marchandise bigarrée » (Rancière) ?

 

La démocratie ce n’est pas que le vote. Le vote n’est qu’une information à un moment donné de l’état des opinions. Dans le débat qui nous préoccupe ici au NPA (les régionales), sanctionner par un vote qui en serait le point final, ce n’est pas résoudre un problème mais s’en débarrasser sans considération de ses conséquences, dans un sens ou dans un autre. Dans le NPA, notre démocratie a marché à l’envers. Ce vote en cours sur les trois positions auraient dû intervenir il y a plusieurs mois, avant les premières négociations. Il aurait permis, non pas de figer une position, mais de donner une indication précise à nos délégations sur l’état de l’opinion en interne. Le débat qui aurait eu lieu avant et après et sa publicité aurait fait évolué les positions, renseigné surtout nos partenaires sur les réelles intentions des adhérents du parti (et peut-être même que le vote aurait dû être étendu à nos sympathisants), et non pas celles d’une poignée de « dirigeants ».

 

A quelques mois de l’échéance, alors que tout a déjà été discuté au sommet dans le plus grand désordre, avec des explications illisibles, ce vote va affaiblir notre parti vis à vis non seulement de nos partenaires mais également de tous ceux qui avaient cru que le NPA était réellement un nouveau parti. Une fois encore, quel qu’en soit le résultat, il donnera du NPA l’image d’un parti extrêmement divisé, sans boussole, sans socle commun solide.

Commentaires

Ah, parce que votre NPA est démocratique ? Laissez moi vous raconter ce qui m'est arrivé à Orly.

Durant le récent pseudo référendum sur la "privatisation" de la poste, organisé et soutenu par le facteur qui vous dirige, j'ai tenu à donner mon avis puisqu'on m'en donnait l'occasion. J'ai malheureusement eu le tord de vouloir dire que j'étais pour cette privatisation. Et quand j'ai déposé mon bulletin dans l'urne, l'individu qui se tenait derrière m'a dit : "De toute façon, des bulletins comme le vôtre, on n'en tiendras pas compte"

Alors parlez de chose que vous connaissez et pratiquez, comme la manipulation des masse avec des théories très simplistes (un point que vous partagez avec l'extrême droite aussi nauséabonde que le NPA), plutôt que de démocratie.

Écrit par : KnarfTheDwarf | 02/12/2009

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