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30/11/2009

Serions-nous « sectaires » ?

Il y a d’abord ce « nous » qui nous colle à la peau, comme si le NPA était « un » et indivisible. Or nous savons, nous et quelques autres dans la « gauche de la gauche », qu’il n’en est rien, que certains d’entre nous sont plus proches de certains alternatifs ou communistes unitaires que de certains nos propres camarades de parti. Mais la reconnaissance de la pluralité du NPA ne dépasse pas les frontières étroites du microcosme militant de cette gauche. Et pour cause. Bien que nous ayons définitivement rayé de nos statuts le principe du « centralisme démocratique » (entre autre sur ma proposition lors du processus constituant), quand Besancenot parle à la radio, à la télévision ou s’explique dans la presse, jamais il ne lui viendrait à l’idée de rendre compte de cette diversité. C’est toujours le point de vue majoritaire, ou supposé tel, comme si la majorité devait être toujours majoritaire, qui parle en son nom.

 

En interne, il en est de même. Si les « minorités » sont acceptées, les unes le sont plus que d’autres. Celle qui est la plus soucieuse d’unité à la gauche du PS est soupçonnée d’intentions centrifuges. On m’a ainsi clairement signifié à plusieurs reprises « d’aller voir ailleurs ». Les autres minorités, celles qui expriment un point de vue radicalement inverse, bénéficient en revanche de la plus grande mansuétude. Ne disent-elles pas à leur façon, brute de décoffrage, la seule vérité possible pour le NPA, son radicalisme par rapport aux autres courants à la gauche du PS ? Un radicalisme irréductible à toutes autres hypothèses, certes tempéré « tactiquement » par la majorité mais qui n’en partage pas moins, au fond, l’essentiel avec ces minorités. D’ailleurs le NPA ne fut-il pas en partie le produit d’une alliance au sommet entre ces courants et le noyau dirigeant de l’ex-LCR ? Enfin, dans la LCR n’oublions pas que les scissions se sont toujours faites sur la « droite » et jamais sur la « gauche ».

 

Il n’est donc normal que pour l’opinion publique et les médias il ne puisse y avoir qu’un seul point de vue au NPA, une seule posture possible. Il est même impensable qu’il en soit autrement. Penser un NPA pluriel se serait finalement mettre en cause sa raison d’être. Or, lors de sa création le NPA n’a jamais cessé de jouer sur une ambiguïté : il s’est voulu à la fois séparatiste et fédérateur. Affichant officiellement une volonté de dépasser les anciens clivages de l’extrême-gauche il a joué la carte de l’ouverture. D’où le succès de la formule à laquelle tout le monde s’est laissé prendre, jusqu’aux médias qui ont accueilli favorablement cette mue. Mais dans le même élan il n’a cessé, en interne, d’exclure de cette ouverture tout ce qui n’entrait pas dans le sens d’un consensus défini préalablement, avant même que le débat s’ouvre. Dire aujourd’hui que le NPA souffre de ce processus constituant bricolé un peu rapidement est hypocrite. Je mets au défi quiconque me montrera qu’il existe des différences majeures entre les Principes fondateurs du NPA et ce qui était auparavant la ligne de la LCR.

 

C’est bien pourquoi aujourd’hui le NPA se retrouve dans une situation délicate. Plus personne ne croit à sa volonté d’ouverture. Les faits ont montré qu’il était plus soucieux de monter ses différences que ses convergences. Le principe séparatiste l’a emporté sur le principe fédérateur. En cela le NPA est un échec. Que l’on me comprenne bien. Je trouve parfaitement admissible qu’il puisse y avoir dans le NPA des courants qui considèrent que participer aux élections ne sert à rien ; tout au plus à nous faire entendre ou que la grève générale prolongée et le contournement-débordement des institutions est seule voie possible. Mais circonscrire l’orientation du NPA à cette seule hypothèse et se refuser à reconnaître, en son sein, que d’autres voies sont tout aussi fondées et qu’elles sont donc discutables, c’est évidemment donner un signal de fermeture à l’extérieur.

 

Quand je formule en opposition à l’orientation officielle « l’hypothèse démocratique » comme voie de sortie du capitalisme, je n’entends pas lui opposer ma position, ou celle de mon Courant (qui est lui-même pluraliste sur cette question), en espérant qu’elle devienne majoritaire. J’exprime par là un souhait de voir le NPA se positionner comme un parti où il n’existe pas une majorité et des minorités mais un débat ouvert en permanence en interne et vers l’extérieur. Si je suis unitaire ce n’est donc pas que je cède à de quelconque sirènes antilibérales ou électoralistes, c’est parce que je pense qu’il n’y pas d’autre possibilité de vérifier la validité ou la crédibilité d’une orientation qu’en la confrontant à la pratique. C’est ce que signifiait Marx dans sa deuxième thèse sur Feuerbach : « La question de savoir s'il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n'est pas une question théorique, mais une question pratique. C'est dans la pratique qu'il faut que l'homme prouve la vérité, c'est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. La discussion sur la réalité ou l'irréalité d'une pensée qui s'isole de la pratique, est purement scolastique. »

28/11/2009

Pour des listes unitaires à la gauche du PS

POUR DES LISTES UNITAIRES DES FORCES ANTILIBERALES ET ANTICAPITALISTES (POSITION C)

 

Texte soumis au débat et au vote des militant-e-s du NPA à l’occasion de la consultation nationale sur la stratégie électorale. Proposé par Aguirre (CPN 75), Anne (CPN 93), Anthony (CPN 51), Christian (CPN 23), Danièle (CE, 93), Edouard (CPN 75), Fanny (CPN 75), Flavia (CPN 75), France (CPN 75), Julie (CPN 94), Karel (CPN 59), Leila (CE, 75), Maël (CPN 75), Mireille (CPN 26), Monique (CPN 92),Morand (CPN 54), Olivier (CPN 63/93), Philippe (CPN 75), Régis (CPN 44), Robert (CPN 34), Roxane (CPN 75), Stéphanie (CPN 94),Yannick (CPN 75), Yann (CE 92).

 

Le NPA réaffirme sa volonté d’aboutir à des listes unitaires de la gauche antilibérale et anticapitaliste lors des élections régionales de mars 2010, à l’échelle nationale comme à l’échelle régionale. Il existe aujourd’hui, dans la population, une volonté forte d’infliger une défaite politique à Sarkozy et à son gouvernement, mais sans pour autant cautionner la politique du Parti socialiste et d’Europe Ecologie. Cette dernière se résume en effet à vouloir limiter les excès du libéralisme plutôt que de proposer une réelle politique alternative basée sur la satisfaction des besoins sociaux et écologiques de la majorité de la population et une autre répartition des richesses. Une division des forces à la gauche du PS, dont la population attend qu’elles répondent à cette aspiration, serait incompréhensible, d’autant que dans plusieurs régions et départements, souvent en lien avec la participation commune à des mobilisations unitaires comme celle contre la privatisation de la Poste, les rencontres unitaires ont abouti à des déclarations communes et au constat que des bases politiques existent pour un accord. Les discussions qui se mènent depuis plusieurs mois entre le Front de gauche, les Alternatifs, la Fédération, le FSQP, le PCOF, le MPEP et le NPA ont fait grandir l’espoir d’aboutir à l’unité. Les diverses déclarations de la direction du PCF prétendant de construire des listes sans le NPA ne doivent pas nous amener à abandonner la perspective de listes unitaires avec lui et toutes les forces de la gauche antilibérale et de la gauche anticapitaliste.

 

Le NPA s’adresse à l’ensemble de ces forces politiques pour reprendre les discussions et lever les derniers obstacles à la constitution de listes unitaires. Des points d’accord significatifs ont d’ores et déjà été enregistrés:

 

  • sur la nécessité de défendre des revendications qui répondent aux exigences portées par les mobilisations et aux aspirations du plus grand nombre ;
  • sur la constitution de listes indépendantes du Parti socialiste et d’Europe Ecologie au premier tour ;
  • sur la fusion démocratique des listes au second tour permettant de battre la droite et de représenter nos listes à la proportionnelle ;
  • sur le refus de toute liste commune au second tour en cas de présence du Modem ou d’un autre parti de droite.

 

La question de la participation à des exécutifs dominés par le Parti socialiste et Europe Ecologie a constitué jusqu’alors un point de blocage. Il a cependant été possible de s’accorder sur le fait qu’une participation à des exécutifs régionaux dépendrait des rapports de force politiques et sociaux ; qu’il était en tout état de cause exclu de le faire avec le Modem ; et que la participation n’était pas envisageable si ces exécutifs décidaient de mener des politiques d’accompagnement du libéralisme contradictoires avec les exigences défendues pendant la campagne et sur la base desquelles nos candidat-es auront été élu-e-s.

 

L’objectif qui guide la constitution de listes unitaires est de tout mettre en œuvre, dans les mobilisations comme dans les institutions, pour que les travailleur-se-s et les classes populaires puissent imposer leurs exigences. Des appréciations différentes peuvent exister quant à la façon de peser sur la politique menée dans les régions. Cela implique de garantir la liberté de vote et de parole de chacune des composantes de la liste unitaire au sein des conseils. Aucun des partenaires ne peut ainsi exiger que le NPA participe à des exécutifs contre sa volonté, et de son côté le NPA ne fait pas d’une éventuelle participation conditionnée de certains de ses partenaires à des exécutifs où le PS et Europe Ecologie seraient majoritaires un motif de rupture. Les élu-e-s du NPA conserveront leur indépendance et leur complète liberté de vote dans les conseils régionaux, sans participer aux exécutifs dominés par le PS ou Europe Ecologie. Les militant-e-s du NPA mandatent la direction nationale, en lien avec les directions régionales, pour reprendre ou poursuivre les discussions à l’échelle nationale et dans le maximum de régions avec l’ensemble des forces politiques se situant en indépendance et à gauche du Parti socialiste pour aboutir à un accord.

 

a) Sur quelques mesures que devrait mettre en œuvre un conseil régional pour rompre réellement avec la politique libérale de remise en cause de l’ensemble des acquis sociaux et des droits démocratiques, mesures que porteraient nos listes unitaires, illustrant une claire alternative aux listes du Parti socialiste et d’Europe Ecologie.

 

  • Tourner la page des politiques de renoncement qui dilapide l’argent public pour les intérêts privés ce qui suppose de ne pas se laisser enfermer dans le carcan budgétaire et institutionnel qui risque de se durcir encore avec la réforme territoriale annoncée.

 

  • Mobiliser les fonds publics dans le strict intérêt des classes populaires et dans le cadre d’un plan conséquent de lutte contre le réchauffement climatique.

 

b) Acter qu’une participation à des exécutifs, qui ne peut être envisagée avec le Modem ou si les dits exécutifs envisagent une politique contradictoire à l’orientation défendue par les listes unitaires au premier tour, sera discutée au soir du deuxième tour. Chacune des composantes estimera alors si les conditions sont réunies pour participer ou non à un exécutif avec le Parti socialiste et Europe Ecologie (mais cette question ne pourra constituer un préalable pour aucun des partenaires). Et dans tous les cas, l’indépendance des élue- s du NPA et leur totale liberté de vote doivent être garanties.

 

c) Sur la répartition des têtes de liste et sur un protocole d’accord technique garantissant à chacune des composantes d’être représentées dans les conseils régionaux en fonction de sa réalité en cas de fusion avec la liste du Parti socialiste, ou d’Europe Ecologie, arrivée en tête au premier tour.

27/11/2009

Les exécutifs, le vrai-faux problème

Le NPA… et le PC ont fait de la question de la participation ou non des antilibéraux et des anticapitalistes aux exécutifs le point clé des négociations unitaires. Pour le PC (et Mélenchon, que j’ai écouté dernièrement) il s’agit bien de recommencer l’aventure de la « gauche plurielle » mais en position de force. Pour le NPA, il s’agit d’empêcher que se reconstitue autour et sous hégémonie du PS une majorité de « gauche » incluant la « gauche radicale ». Ces deux voies parce qu’elles sont irréconciliables constituent deux impasses pour le « mouvement » anticapitaliste et antilibéral.

 

La première entretient l’illusion qu’une majorité, ou tout du moins une forte opposition antilibérale et anticapitaliste serait possible à la gauche du PS en l’état du « mouvement social ». Mieux qu’elle pourrait infléchir très sensiblement l’orientation du PS et de ses alliés. C’est évidemment une supercherie. Quand le PC était encore à 15 %, qu’il tenait d’une main ferme la CGT et de nombreuses villes et départements, c’est-à-dire juste après 1981, il n’a rien pu faire, ou n’a rien fait, pour contrer l’abandon par le PS alors « aux affaires » de tout ce qui avait été négocié dans le Programme commun alors qu’à cette époque le mouvement social était autrement plus mobilisé et combatif qu’il ne l’est aujourd’hui.

 

La seconde voie, celle proposée par le NPA, est l’image renversée de la première. Elle croit possible, sans passer de compromis avec ceux qui s’illusionnent sur la possibilité – électoralement essentiellement – de renverser des rapports de force considérablement dégradés, de construire une nouvelle force politique et sociale alternative à celle des « sociaux-libéraux ». Rappelons que cette orientation du NPA est bien celle qui avait été définie en février 2009 dans les Principes fondateurs, le NPA se donnant alors pour objectif de construire ex nihilo un « nouveau mouvement ouvrier », puisque la vieille gauche était devenue, selon ces principes un champ de ruines. Mais, n’est-ce pas, nous étions alors au bord d’une crise sociale d’une ampleur inégalée avec, au bout du bout, un nouveau « mai 68 », réussi cette fois-ci.

 

Sans revenir en détail sur les épisodes précédents, notons juste que le NPA (alors encore LCR, mais c’est la même chose) a cru après la présidentielle de 2007 que son heure était arrivée. Les scores de Buffet et de Bové semblaient lui donner raison. En persistant dans cette voie, il a laissé le Front de gauche se constituer, pensant qu’il irait à l’échec. Pis, en ne faisant rien pour participer à des listes unitaires de la « gauche de gauche » aux européennes, il a laissé le champ libre à l’opération Europe-Ecologie. Aujourd’hui, en se réfugiant sur son Aventin, il va offrir à la gauche institutionnelle une occasion inespérée de se rétablir, momentanément.

 

Ceux qui ont cru un temps que le NPA allait après ce double échec revenir à plus d’humilité, en seront de nouveau pour leurs frais. D’une certaine façon, « céder » à l’unité s’est pour la majorité du NPA remettre en cause les fondements mêmes ce sur quoi il s’est construit. Le plus troublant c’est que tout part, comme pour le Front de gauche, d’une illusion ; que tout est encore possible ; qu’il suffirait de presque rien pour que ça reparte du bon pied ; pour les uns, d’une victoire électorale ; pour les autres d’une vague de luttes ; mieux encore, des deux à la fois.

 

Quid du Programme ? Pas d’un plan d’urgence (NPA) ou de vagues intentions de rupture (Front de gauche), mais d’un vrai programme : Que voulons-nous ? Quelles institutions ? Quelle société ? Avant de débattre de cette question des exécutifs – comme s’il n’y avait plus qu’à passer au dépeçage de l’ours libéral et capitaliste – c’est de cet objectif qu’il faudrait commencer à discuter. Ça lèverait bien des ambiguïtés, permettrait de rassembler bien plus large que les seules forces militantes et obligerait très certainement tous ces minuscules appareils et ces partis sans troupes à se comporter autrement.

 

Voilà pourquoi ce débat sur les exécutifs est prématuré et ne sert finalement que de paravent aux uns comme aux autres pour justifier deux orientations politiques anachroniques, toutes les deux inscrites dans un passé révolu. Ce qui se passe au PC où, semble-t-il, les adhérents manifestent apparemment une volonté d’indépendance du PS, contre leurs élus et leur direction, est de bon augure. Apparemment, ce qui n’était pas prévu, inquièterait nos « gauchistes ». Cet élan unitaire de la base communiste serait dirigé, selon eux, non contre le PS mais… contre nous. Parfois, je me demande ce que je fais encore avec ces gens-là.

 

Merci, Monsieur Besancenot !

Les jeux sont-ils faits ? Le NPA ira-t-il seul aux régionales ? Serons-nous moins intelligents que les communistes de la région Poitou-Charentes qui, malgré la volonté de leur direction régionale de rallier la liste de Ségolène Royal au premier tour, se sont majoritairement déterminés pour présenter une liste indépendante du PS ? Nous connaissons l’enjeu de ces élections. Poussé dans ses retranchements, impuissant face à la crise, à la montée du chômage, persistant dans ses choix libéraux, le pouvoir joue sa dernière carte : l’insécurité, l’immigration, l’identité nationale.

 

Face à cela une première opposition regroupant Europe-Ecologie, le PS et le MoDem. Son objectif, réaliser à terme un large rassemblement de centre-gauche. On connait la tendance. Selon les derniers sondages, cette « opposition » obtiendrait autour de 43 % des suffrages exprimés (21% pour le PS, 15 % pour EE, 7 % pour le MoDem). C’est elle qui a aujourd’hui, relativement, le vent en poupe. Elle n’est pas encore, à elle seule, majoritaire. Mais dans la mesure où elle n’est pas, dans l’immédiat, contestée par la seconde opposition, antilibérale et anticapitaliste, elle peut à l’issue de ces élections espérer l’emporter. D’autant plus que le pouvoir voit ressurgir à son extrême droite le spectre d’une remontée électorale du Front national donné dans certaines régions à 9 %.

 

Quid donc de cette seconde opposition ? Toujours selon les sondages elle se présente ainsi : 7 % pour le Front de gauche, 4 % pour le NPA, 2 % pour LO. Si l’on en restait là, seul le Front de gauche pourrait prétendre « marchander » ses voix contre une inflexion plus à gauche des politiques régionales. Sans la présence à la gauche du PS des anticapitalistes du NPA, en l’état hors course, on sait déjà ce que cela donnera : un ralliement dans la plupart des cas à cette majorité de centre-gauche. N’ayons en effet guère d’illusion quant à l’obstacle du MoDem. « Ils » trouveront bien un arrangement. Et voilà comment, la majorité du NPA aura fait, par l’absurde, la vérification de sa juste analyse.

 

En conclusion, en manœuvrant de telle façon qu’elle aura empêché toute possibilité d’une unité de la gauche antilibérale et anticapitaliste au premier tour, la majorité du NPA va offrir à ses adversaires à « gauche » une totale liberté de manœuvre permettant que se consolide ce contre laquelle elle s’était érigée : une alternative de centre gauche au pouvoir. Pis, cet échec annoncé va ouvrir au sein du NPA une crise interne dont on connait déjà les premiers effets : démobilisation massive, départ de nombreux adhérents, perte de crédibilité parmi tous ceux qui espéraient encore de cette « gauche » là. Reste un dernier recours : le vote des militants.

 

Mais qu’adviendra-t-il si une majorité au sein du NPA se dégageait pour renouer les fils d’une renégociation d’un accord électoral ? La majorité actuelle, avec tous ceux qui se sont désormais exprimés résolument contre toute alliance, acceptera-t-elle le verdict des urnes sans broncher, changeant brusquement son fusil d’épaule ? J’ai de la peine à y croire. Ainsi, dans quelques mois, Aubry, Cohn-Bendit, Bayrou, Buffet et leurs amis pourront à l’unisson proclamé : « Merci, Monsieur Besancenot ! » En contribuant par son incompétence et son aveuglement à l’échec d’un rassemblement de la « gauche radicale », il aura, lui et ses amis, offert sur un plateau à cette « gauche » que l’on disait perdue à jamais, cette chance inespérée de se refaire une santé, effaçant d’un trait tous les bénéfices engrangés par la « gauche radicale » depuis 2002.

 

PS. : Ayant pu enfin rétablir ma ligne Internet, je vais pouvoir reprendre mon dialogue avec vous et l’alimentation de mon blog. J’ai vu, qu’en mon absence, vous avez cependant bien ferraillé. Il est vrai que l’essentiel avait déjà été dit.

07/11/2009

"Le NPA prêt à partir seul aux régionales" (Le Monde)

Curieux article dans Le Monde d'aujourd'hui. Selon Zappi les "espoirs" d'un accord avec le reste de la "gauche de la gauche" sont "maigres". Ainsi contrairement à ce que nous tous ici pensions, Besancenot, Krivine et Sabato avec leurs alliés venus de Lutte ouvrière auraient emporté le morceau, rejetant les bases d'un accord. Personnellement je n'y crois pas. S'il advenait qu'il en soit ainsi, il y aurait vraisemblablement une crise majeure au NPA; ce serait même la fin du NPA comme parti de masse, et un retour au groupuscule d'extrême-gauche.

06/11/2009

Le jour où le Mur est tombé

Comme beaucoup de mes contemporains, quand la RDA s’effondra, je fus pris de court par la rapidité avec laquelle les événements s’enchaînèrent. Journaliste alors dans une revue de sciences politiques, je suivais pourtant depuis longtemps avec une équipe de chercheurs ce qui se passait à l’Est de l’Europe. Nous avions été ainsi les premiers à réaliser en janvier 1989 un sondage donnant Boris Eltsine gagnant haut la main aux premières élections libres en URSS. Malgré tout nous restions septiques sur les évolutions des régimes en place. Même nos correspondants à Berlin n’avaient rien vu venir. Jusqu’à la réunification nous fûmes toujours en retard sur l’événement. Plus tard, il en fut de même avec la guerre civile en Yougoslavie.

 

Ayant vu hier soir à la télévision certains de ces observateurs, dont certains correspondants de presse en place à l’époque, revenir sur ces événements, je ne m’étonne plus aujourd’hui de notre incrédulité d’hier. Nous étions tous prisonniers d’un système de pensées pour lequel il était impossible que ces Etats s’effondrent uniquement sous les coups d’un mouvement démocratique spontané. A moins de dix ans d’écart, il se reproduisait là ce qui s’était passé en Pologne, mais cette fois sans le recours d’une opposition organisée, qui plus à large base ouvrière. En RDA puis dans pratiquement tous les pays de l’ancien « glacis », ce sont les « citoyens » sans aucune distinction de « classe » qui se manifestaient pacifiquement mais résolument.

 

Par là, je ne veux pas dire qu’ils avaient suffi que les « gens » sortent dans la rue. Les événements polonais, puis la « Glasnost » et la « Pérestroïka », en résumé le changement de cours initié par la direction soviétique, avaient largement préparé le terrain, mais nous pensions plutôt à des réformes à court ou moyen terme qu’à une révolution. Car ce qui s’est passé ces années là fut bien une révolution. Pas l’une de ces révolutions politiques « antibureaucratiques » comme nous l’avions toujours espéré où l’on garderait le « meilleur » du socialisme comme on dit au NPA. Mais une révolution démocratique ou « l’utopie consumériste capitaliste » l’emporta sans coup férir. Le premier acte de ceux qui franchirent le Mur ce jour là ne fut-il pas de se précipiter aussitôt dans les grandes surfaces de Berlin-Ouest. Quelle claque !

 

Pendant quelques temps j’ai cru à la résistance de la bureaucratie. Je l’avais même dit dans un éditorial. Mes observateurs avouaient hier à la télévision qu’ils n’avaient toujours pas compris pourquoi il n’y avait pas eu, à ce moment là, un coup d’Etat en Russie avec un scénario à la Tienanmen en RDA. Et puis la « classe ouvrière » allait-elle se laisser ainsi déposséder de son Etat, tout bureaucratisé et déformé fut-il ? Ce dernier sursaut eut lieu… en Roumanie. Plusieurs milliers de mineurs fondirent sur Bucarest pour chasser les « démocrates » à coups de bâton. Pauvres mineurs, dernier rempart du « socialisme réellement existant ».

 

Si la gauche se décompose aujourd’hui, la « chute du Mur » n’y est évidemment pas pour rien. Mais le ver était dans le fruit depuis bien plus longtemps. Je me souviens avoir écouté religieusement au début des années 70, Mandel nous raconter par le menu, dans le bruit et la fureur des combats, les premiers pas de la révolution allemande comme si nous y étions. Elle avait commencé un 9 novembre 1918 par la mutinerie des marins de Kiel. Soixante-et-onze après, ce même 9 novembre, un cycle se refermait : celui des révolutions européennes.

 

On ne construira pas un nouveau projet d’émancipation tant que l’on n’aura pas fait un bilan sérieux de ce long cycle tragique. Ceux qui croient pouvoir s’en passer se trompent eux-mêmes. Le jour où le Mur est tombé la révolution est devenue « un concept vide ».

 

 

Dernier billet avant travaux - un déménagement. A bientôt.

05/11/2009

L’hypothèse d’une « gestion de rupture »

Qu’il me soit permis de citer ce long extrait de ce qui sera proposé au vote du CPN les 7 et 8 novembre :

 

« Les régionales auront un double enjeu, local et national. Il s'agira de battre la droite. Mais il faut aussi que les politiques de droite et patronale soient battues et que, en lien avec les mobilisations populaires, des mesures d'urgence sociales, démocratiques et écologiques radicales inédites soient mises en œuvre. Telle est notre ambition, celle d'une gauche antilibérale et anticapitaliste unie, en phase avec les mobilisations populaires sociales et écologiques.

 

Notre alliance est ainsi aux antipodes de la recomposition rose/orange/verte au centre qui s'affirme. Nous ne voulons pas d'une alternance sans changement, nous ne voulons pas gérer le système en nous contentant de le tempérer sur le plan social et écologique. Nous voulons changer les rapports de force. Nous voulons défendre un programme radical permettant de donner des réponses à celles et ceux qui souffrent des conséquences de la crise économique, celles et ceux qui sont inquiets de l'avenir de l'humanité confronté à une crise écologique d'une gravité exceptionnelle. Nous voulons la rupture, pour en finir avec le chômage et les licenciements, contre les privatisations, pour la mise en place d'un grand service public bancaire, pour la défense du pouvoir d'achat, la réduction du temps de travail, le droit à la sécurité sociale et à la retraite, pour la reconversion écologique, la mise en place d'un grand service public de l'énergie, pour le droit à l'éducation pour tous, contre toutes les formes de discrimination et d'oppression.

 

Nous déclinons ce programme de rupture en mesures régionales. Nous tournerons la page des politiques de renoncement qui dilapident l'argent public pour les intérêts privés ce qui suppose de ne pas se laisser enfermer dans le carcan budgétaire et institutionnel qui risque de se durcir encore avec la réforme territoriale annoncée. Il s'agit de mobiliser les fonds publics dans le strict intérêt des classes populaires et dans le cadre d'un plan conséquent de lutte contre le réchauffement climatique. Cela passe par exemple par l'arrêt de toute subvention au secteur privé, aux entreprises, aux lycées privés, à la formation professionnelle contrôlée par le patronat ; par la récupération des fonds publics versés aux entreprises qui ont licencié ; par la mobilisation des fonds publics pour l'emploi public territorial au statut ; pour le développement du service public de formation professionnelle, les lycées publics ; par le développement des services publics de transports gratuits. »

 

A première vue, qui ne souscrirait pas un tel « programme » : « Nous voulons la rupture, pour en finir avec le chômage et les licenciements, contre les privatisations… ». Ou à ceci : « Nous tournerons la page des politiques de renoncement qui dilapident l'argent public pour les intérêts privés… » Je passe sur la « mise en place d'un grand service public bancaire, pour la défense du pouvoir d'achat, la réduction du temps de travail, le droit à la sécurité sociale et à la retraite », même si on se demande bien cependant ce que de telles revendications viennent faire dans un programme régional.

 

Ce qui est frappant c’est la disproportion qu’il y a entre l’état du « mouvement » (j’appelle ainsi toutes les forces politiques ou syndicales qui résistent et luttent) et ces objectifs. On me dira qu’il s’agit de mettre la barre haute pour ne pas se laisser enfermer dans des politiques d’aménagement et d’accommodement. Soit. Mais convenez que l’on est là plus dans l’ordre du discours et de la déclaration d'intention que dans l’élaboration d’un programme concret de rupture s’appuyant sur des réalités régionales et surtout tenant compte des moyens que nous aurons pour, comme on dit, « faire bouger les lignes ».

 

Je ne prendrais qu’un seul exemple, celui des aides aux entreprises. Dans la région Poitou-Charentes, la somme allouée à ces interventions était de l’ordre de 20 millions d’euros, soit moins de 3 % du budget de la région. Sur cette somme, une partie seulement va à des gros groupes qui licencient ou délocalisent, et souvent occasionnellement comme pour Heuliez (3 à 5 millions d’euros je crois). Ces groupes frappant d'ailleurs à toutes les portes : Europe, Etat, région, département, commune...

 

 

Pas de problème pour dire non à ces aides (à condition évidemment de ne pas se mettre les salariés et les syndicats à dos, ce qui n’est pas toujours aisé). Mais 80 à 90 % de ces aides vont à des entrepreneurs individuels, anciens chômeurs, jeunes qui veulent s’installer, repreneur de TPE dont l’ancien patron part à la retraite… Bref, pas de quoi fouetter un chat ; refuser des aides à ces gens constitue-t-il une rupture ? En quoi cela gêne-t-il les capitalistes !

 

La question doit être posée autrement. La région a-t-elle vocation à essaimer le tissu économique ? Sur les 10.000 emplois créés en 2008 dans la région grâce à ces aides, combien en reste-t-il aujourd’hui ? Sûrement pas plus de la moitié, à vue de nez. Et dans quels secteurs ? Pour une bonne part, très certainement dans les services. Mais quelle était l’utilité sociale de ces services ? Etc. Bref cet argent en partie perdu pour pas grand chose (je fais simple) aurait pu être très certainement utilisé plus rationnellement, plus intelligemment, et permettre à ces emplois éphémères de perdurer.

 

Prenons un secteur comme l’aide à domicile où fourmillent les associations. Il y a là un besoin social évident, des emplois à créer, des formations à mettre en place. Doit-on laisser faire le « marché » ou organiser un service public en relation avec les départements et les communes qui assimilerait toutes ces « assos ». Cette méthode est autrement plus efficace, me semble-t-il, que de bomber le torse en proclamant doctement : « pas une aide pour les entreprises ». Mais à l’évidence, on entre là dans une logique de « gestion » du territoire. Une autre gestion, une gestion de rupture. Est-cela que nous voulons, ou souhaitons nous continuer à aboyer ?

03/11/2009

Demandez le programme !

Souvent évoquée dans les débats (surtout entre le PC et le NPA), la « théorie des deux gauches » n’est connue que par sa traduction pratique. Pour le NPA, en effet, s’il existe deux gauches, l’une « radicale », l’autre « social-libérale », c’est que ces  deux projets sont irréconciliables. D’où, pour le NPA, la proposition de construire aux régionales des listes indépendantes du PS et son refus de participer aux exécutifs, du moins dans la mesure où ceux-ci seraient dominés par la « gauche social-libérale » (PS et Europe-Ecologie).

 

Mais est-ce si simple ? Notons que le PG lui-même se positionne comme faisant partie de l'« autre gauche » ; notons aussi que le PC se revendique de « l’anticapitalisme » alors que le PS ne jure que par « l’économie de marché », tandis que toutes les autres formations à la gauche du PS – Alternatifs, Communistes unitaires, Fédération, etc. – choisissent de se situer dans une mouvance « antilibérale » dont se revendiquent aussi de nombreux militants écologistes ou socialistes.

 

Ainsi chacun admet qu’il y a bien plusieurs gauches, les unes s’accommodant du capitalisme et de l’économie de marché, les autres pas. Quant au caractère « irréconciliable » des projets, ce n’est pas seulement le NPA mais également tous les dirigeants socialistes qui le disent. Pas plus tard que dimanche soir, sur RTL, Pierre Moscovici, nouvellement converti au « réformisme radical », refusait l’idée que le PS puisse « gouverner » avec le NPA. Non seulement parce que le NPA ne le souhaitait pas, mais parce que, pour Moscovici, il y avait entre les deux partis deux projets « radicalement » différents, irréconciliables en quelque sorte.

 

Si le PS reconnait qu’il y a bien deux gauches pourquoi le PC se refuse à l’admettre ? Pourquoi le PG, les Alternatifs, les Communistes unitaire, etc., tout en soulignant le fossé qui existe entre les socialistes et eux, font comme s’il existait encore une dernière possibilité de faire revenir le PS dans le giron de la « vraie » gauche ? Est-ce purement tactique, ce que l’on peut comprendre, ou considèrent-ils que les frontières entre les « deux gauches » ne sont finalement pas si imperméables et infranchissables que le dit le NPA ?

 

Qu’il y ait là une question tactique, c’est l’évidence. Tout le monde, y compris le NPA, prend bien soin de faire la différence entre la direction du PS et sa base (militants, sympathisants et électorat) plus encline à faire l’unité avec Besancenot qu’avec Bayrou comme l’a révélé un récent sondage. Mais qu’espère-t-elle, cette base ? Certainement pas que le programme « radical » de Besancenot devienne celui de toute la gauche mais plutôt que ce « brin » de parcours ensemble infléchisse le programme du PS dans un sens plus social, moins libéral.

 

En préconisant, au second tour d’élections de tout faire pour « battre la droite », de fusionner avec les listes du PS et d’Europe-Ecologie, le NPA ne procède pas autrement. Il admet volontiers que l’on peut se retrouver côte à côte avec les socialistes dans certaines luttes comme celle contre la privatisation de la Poste. Il considère ainsi que, bien qu’irréconciliables, ces « deux gauches » ont un adversaire commun : la droite.

 

Il n’y a pourtant guère de différences entre cette gauche sociale libérale, la droite centriste et la droite sarkozyste : même dévotion au marché, aux institutions, à l’Etat, à la propriété privée. S’il y a donc bien deux « projets », l’énoncé de leur caractère irréconciliable ne suffit pas à tout résoudre. La majorité du salariat est très loin d’être acquise à l’anticapitalisme. Elle a surtout bien du mal à reconnaître dans le « projet » des anticapitalistes une alternative. Ce n’est pas sans raison. Une déclaration de principe (« transformer révolutionnairement la société ») ne fait pas un programme.

 

Telles sont les limites, en l’état, de l’anticapitalisme militant. Tout au plus peut-il surenchérir, avec un succès tout relatif, sur un syndicalisme défaillant en préconisant des « mesures d’urgence ». Mais au-delà, il tombe très vite dans une rhétorique tournant à vide. Ce dont profitent les « conciliateurs » qui ont alors tout loisir d’opposer à ce « tout ou rien » impuissant des anticapitalistes radicaux leur politique du « moindre mal ». Comment sortir de ce qui reste une impasse ? Car le « moindre mal » c’est ce qu’a pratiqué le PC depuis des décennies avec l’insuccès que l’on sait. Certainement pas en se refugiant de nouveau dans un « tout ou rien » aussi vain comme l’on fait depuis plus d’un demi-siècle les révolutionnaires de tout poil, toujours dans l’attente d’une nouvelle catastrophe : une crise finale, une guerre…

 

La grande faiblesse de cette théorie des « deux gauches », c’est qu’elle ne peut opposer aux accommodements « réalistes » de la « gauche » social-libéral qu’un « projet » sans programme. Aussi faudrait-il, une bonne fois pour toute, que « l’autre gauche » ou la « gauche radicale », antilibérale et anticapitaliste, reconnaisse que ce « projet » alternatif est à construire de bout en bout ; que c’est par la discussion, la délibération, le débat public, qu’elle y parviendra. Nous n’en sommes pas encore là, mais peut-être n’en sommes nous plus si loin désormais.

 
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