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05/11/2009

L’hypothèse d’une « gestion de rupture »

Qu’il me soit permis de citer ce long extrait de ce qui sera proposé au vote du CPN les 7 et 8 novembre :

 

« Les régionales auront un double enjeu, local et national. Il s'agira de battre la droite. Mais il faut aussi que les politiques de droite et patronale soient battues et que, en lien avec les mobilisations populaires, des mesures d'urgence sociales, démocratiques et écologiques radicales inédites soient mises en œuvre. Telle est notre ambition, celle d'une gauche antilibérale et anticapitaliste unie, en phase avec les mobilisations populaires sociales et écologiques.

 

Notre alliance est ainsi aux antipodes de la recomposition rose/orange/verte au centre qui s'affirme. Nous ne voulons pas d'une alternance sans changement, nous ne voulons pas gérer le système en nous contentant de le tempérer sur le plan social et écologique. Nous voulons changer les rapports de force. Nous voulons défendre un programme radical permettant de donner des réponses à celles et ceux qui souffrent des conséquences de la crise économique, celles et ceux qui sont inquiets de l'avenir de l'humanité confronté à une crise écologique d'une gravité exceptionnelle. Nous voulons la rupture, pour en finir avec le chômage et les licenciements, contre les privatisations, pour la mise en place d'un grand service public bancaire, pour la défense du pouvoir d'achat, la réduction du temps de travail, le droit à la sécurité sociale et à la retraite, pour la reconversion écologique, la mise en place d'un grand service public de l'énergie, pour le droit à l'éducation pour tous, contre toutes les formes de discrimination et d'oppression.

 

Nous déclinons ce programme de rupture en mesures régionales. Nous tournerons la page des politiques de renoncement qui dilapident l'argent public pour les intérêts privés ce qui suppose de ne pas se laisser enfermer dans le carcan budgétaire et institutionnel qui risque de se durcir encore avec la réforme territoriale annoncée. Il s'agit de mobiliser les fonds publics dans le strict intérêt des classes populaires et dans le cadre d'un plan conséquent de lutte contre le réchauffement climatique. Cela passe par exemple par l'arrêt de toute subvention au secteur privé, aux entreprises, aux lycées privés, à la formation professionnelle contrôlée par le patronat ; par la récupération des fonds publics versés aux entreprises qui ont licencié ; par la mobilisation des fonds publics pour l'emploi public territorial au statut ; pour le développement du service public de formation professionnelle, les lycées publics ; par le développement des services publics de transports gratuits. »

 

A première vue, qui ne souscrirait pas un tel « programme » : « Nous voulons la rupture, pour en finir avec le chômage et les licenciements, contre les privatisations… ». Ou à ceci : « Nous tournerons la page des politiques de renoncement qui dilapident l'argent public pour les intérêts privés… » Je passe sur la « mise en place d'un grand service public bancaire, pour la défense du pouvoir d'achat, la réduction du temps de travail, le droit à la sécurité sociale et à la retraite », même si on se demande bien cependant ce que de telles revendications viennent faire dans un programme régional.

 

Ce qui est frappant c’est la disproportion qu’il y a entre l’état du « mouvement » (j’appelle ainsi toutes les forces politiques ou syndicales qui résistent et luttent) et ces objectifs. On me dira qu’il s’agit de mettre la barre haute pour ne pas se laisser enfermer dans des politiques d’aménagement et d’accommodement. Soit. Mais convenez que l’on est là plus dans l’ordre du discours et de la déclaration d'intention que dans l’élaboration d’un programme concret de rupture s’appuyant sur des réalités régionales et surtout tenant compte des moyens que nous aurons pour, comme on dit, « faire bouger les lignes ».

 

Je ne prendrais qu’un seul exemple, celui des aides aux entreprises. Dans la région Poitou-Charentes, la somme allouée à ces interventions était de l’ordre de 20 millions d’euros, soit moins de 3 % du budget de la région. Sur cette somme, une partie seulement va à des gros groupes qui licencient ou délocalisent, et souvent occasionnellement comme pour Heuliez (3 à 5 millions d’euros je crois). Ces groupes frappant d'ailleurs à toutes les portes : Europe, Etat, région, département, commune...

 

 

Pas de problème pour dire non à ces aides (à condition évidemment de ne pas se mettre les salariés et les syndicats à dos, ce qui n’est pas toujours aisé). Mais 80 à 90 % de ces aides vont à des entrepreneurs individuels, anciens chômeurs, jeunes qui veulent s’installer, repreneur de TPE dont l’ancien patron part à la retraite… Bref, pas de quoi fouetter un chat ; refuser des aides à ces gens constitue-t-il une rupture ? En quoi cela gêne-t-il les capitalistes !

 

La question doit être posée autrement. La région a-t-elle vocation à essaimer le tissu économique ? Sur les 10.000 emplois créés en 2008 dans la région grâce à ces aides, combien en reste-t-il aujourd’hui ? Sûrement pas plus de la moitié, à vue de nez. Et dans quels secteurs ? Pour une bonne part, très certainement dans les services. Mais quelle était l’utilité sociale de ces services ? Etc. Bref cet argent en partie perdu pour pas grand chose (je fais simple) aurait pu être très certainement utilisé plus rationnellement, plus intelligemment, et permettre à ces emplois éphémères de perdurer.

 

Prenons un secteur comme l’aide à domicile où fourmillent les associations. Il y a là un besoin social évident, des emplois à créer, des formations à mettre en place. Doit-on laisser faire le « marché » ou organiser un service public en relation avec les départements et les communes qui assimilerait toutes ces « assos ». Cette méthode est autrement plus efficace, me semble-t-il, que de bomber le torse en proclamant doctement : « pas une aide pour les entreprises ». Mais à l’évidence, on entre là dans une logique de « gestion » du territoire. Une autre gestion, une gestion de rupture. Est-cela que nous voulons, ou souhaitons nous continuer à aboyer ?

Commentaires

La question de l'allocation de ces fonds, dont les exemples symboliques d'entreprises ayant délocallisés après les avoir reçus fait beaucoup débat.

J'en profite pour vous faire part de réflexions qui ont court au PCF.

1°/ Dans un contexte d'une société "capitaliste", mais où l'état aurait néanmoins pour objectif l'intérêt général et non pas l'intérêt des puissants, le rôle d'une région peut être (entre autre) non pas de subventionner directement une entreprise, mais de créer l'environnement qui lui permet de se se dévelloper.
Un exemple issu de mon expérience personnelle : Déployer aux frais de la région un réseau fibre optique pour venir desservir en internet très haut débit une zone d'activité ; ce qui y favorise l'installation d'entreprise, presque toutes ayant aujourd'hui un fort besoin de télécoms. C'est un besoin mineur en Ile de France, majeur dans bien des régions rurales.

2°/ Pour un projet qui contribue -au niveau des régions- à mettre un petit "coin" dans le capitalisme pour commencer -certes modestement mais néanmoins de manière concrète. Il y'a le "crédit sélectif" proposé par le PCF.
Il s'agit tout simplement pour la région de subventionner les intérêts de l'emprunts fait par les PME/PMI aux banques selon "l'intérêt social" du prêt. En clair, si une entreprise veut emprunter pour investir dans du matériel neuf pour son entreprise, la région lui apportera une aide qui fera qu'au lieu d'emprunter à -par exemple 8%- elle empruntera à 3%, la région finançant la différence auprès de la banque. Si l'entreprise veut emprunter pour racheter sa concurrente, fusionner et supprimer du personnel à la place, pas d'aide de la région pour ça.
Ouaih, c'est pas très sexy comme proposition, me diront certains vieux révolutionnaires. Sauf que "en jouant avec les règles du système", on vient perturber la logique financière et capitaliste. Certes, ce n'est pas "le grand soir", mais ça contribue à changer les règles du jeu capitaliste et ça "plombe le système".
Au niveau d'une région, ça n'aura pas d'effet sauf de démontrer la viabilité de l'idée. Maintenant, si ça marche, si on convainc les gens et si ça devient un programme nationale, imaginez qu'une loi disent que les banques ont l'obligation de faire des emprunts à des taux différents selon l'utilité sociale du prêt... Le Capitalisme ne commencerait-il pas à en prendre sérieusement un coup ?

Écrit par : Laurent MELY | 05/11/2009

Je sais que c’est ce qui se fait dans toutes les collectivités locales par la voie de l’aménagement du territoire. Et ça pose problème. Evidemment il ne s’agit pas d’interdire aux entreprises les accès à l’électricité, l’eau, les routes et toutes les technologies nouvelles. Mais j’essaye de raisonner autrement, de faire en sorte que les entreprises qui souhaitent s’implanter et profiter des investissements publiques (c’est la même chose pour la formation qui est « gratuite » en quelque sorte pour ces entreprises) payent le prix. L’idée de la taxe professionnelle c’est cela. Peut-être faut-il revoir les dispositions de cette taxe (qui a déjà été modifiée plusieurs fois) mais pas la supprimer.

Écrit par : Gilles | 05/11/2009

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