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31/10/2009

« Ni jamais, ni toujours »

La proposition du Front de gauche – c’est-à-dire du PC et du PG – le mercredi 28 octobre a surpris tout le monde. Exit l’offre d’« élargissement du Front de gauche » pour « constituer des majorités de gauche de gestion », telle qu’elle avait été votée (à 80%) le 24 lors du CN du PC ; même pas mis au débat la proposition alternative du NPA. Cette rencontre, qui devait-être la dernière, aura donc relancé le processus unitaire alors que l’on ne s’y attendait plus. Le « coup de gueule » de Buffet, de la Réunion le soir même, montre cependant qu’au PC on est très loin d’être unanime ; certains propos tenus également par Besancenot la veille de la rencontre dans Libération n’étaient pas exactement non plus un signe d’ouverture.

 

Pourquoi ce retournement ? Du côté du PG et de certains membres du PC il apparaît de plus en plus clairement que l’on ne souhaite pas un face à face stérile entre un Front de gauche instrumentalisé par une partie de la direction du PC et un NPA où l’emporterait les tendances les plus hostiles à l’unité. On a vu le résultat d’une telle stratégie aux européennes. C’est Europe-Ecologie qui a fait la percée que la « gauche de gauche » aurait pu faire, crédibilisant un projet de centre-gauche que le PS – divisé par ses querelles internes – semble incapable, en l’état, d’impulser. Refaire le mauvais « coup » des européennes, ce serait de  nouveau laisser ces forces hostiles marquer des points.

 

Un autre élément ne doit pas être négligé. Dans les rangs des militants et des sympathisants de toutes ses formations à la gauche du PS, l’aspiration majoritaire est à l’unité. Si tout le monde a désormais admis que l’indépendance vis-à-vis du PS est absolument nécessaire (il faut mettre au crédit de la LCR, puis du NPA d’avoir mené à peu près seul ce combat de l’indépendance), en revanche, personne ne souhaite que cela profite à la droite. Reste la question de la gouvernance. « Ni jamais, ni toujours », semble-être aujourd’hui la base commune d’un accord possible. Il faut cependant admettre qu’il sera toujours difficile à des élus du PC, habitués depuis toujours à gérer avec le PS, de passer à d’autres pratiques. A l’inverse, les conditions de participation du NPA à des exécutifs sont encore loin d’être réunies.

 

Enfin, en admettant que le principe de listes unitaires indépendantes du PS soit retenu, c’est dans l’élaboration d’un programme commun de « rupture » (NPA) ou de « transformation sociale et écologique » (PG) que l’on verra bien si un tel accord peut tenir. Mais cela ne suffira pas s’il ne se créé pas derrière une dynamique de rassemblement large comme cela avait été le cas en 2005. Si le processus reste uniquement entre les mains des « appareils parisiens » on risque à tout moment le collapsus. Ce qui est l'enjeu aujourd’hui n’est pas la conclusion d'un simple accord électoral, c’est beaucoup plus que ça. C’est l’idée que le processus de décomposition de la gauche est réversible, que tout n’est pas perdu, et que le capitalisme n’est pas le seul horizon possible. Mais ceci est encore une autre histoire.

Commentaires

J'aime bien votre blog , surtout quand il est optimiste. Non encartée mais ayant du respect pour les militants à la gauche du ps , il m'est utile pour voir le sens du vent. Et j'attends fébrilement le vent de l'unité. Bon , si ça se fait pas , on sera déçus.

Écrit par : N. | 31/10/2009

Dans ma région, le Nord-Pas-de-Calais, le PCF a 19 élus régionaux et ne participe pas à l'exécutif régional. Nous n'avons aucune vice-présidence, nous avons plusieurs fois voté contre le budget de la majorité PS-Verts rejointe par les centristes pour faire passer son budget.

Je ne vois donc pas où est le problème à faire une liste autonome Front de Gauche au 1er tour des élections, à faire l'union avec le PS et EE au second tour et à ne pas participer à l'exécutif pour garder notre indépendance. C'est ce que nous faisons depuis 2004 !

Seulement, le Front de Gauche a ses limites. Entre les européennes 2004 et 2009, on perd 1000 voix dans une petite ville, bastion PC où le maire ultra populaire du coin n'est plus sur la liste puisqu'il fallait faire de la place à des candidats des alliés parfaitement inconnus et on gagne 100 voix à Lille où des jeunes antilibéraux ont apprécié la dynamique unitaire. En nombre de voix, on recule... Je ne vois pas ce que le FDG apporte en plus par rapport à une liste autonome et ouverte avec des élus reconnus pour leur travail, des travailleurs et des syndicalistes bien implantés.

Écrit par : David NOËL | 01/11/2009

A mes yeux, la proposition du Front de Gauche n'est pas si éloigné que ça de la proposition du CN.

A mes yeux, une liste commune PG-PCF-GU-NPA-Fédération-Alternatif, c'est bien un "élargissement du Front de Gauche". Après, je comprends que le nom ne puisse pas rester - même si je le trouvais plutôt bien, allusion au Front Populaire. Encore que, si on en trouve un qui s'affiche plus anticapitaliste, je ne serais pas contre non plus. En tout cas, ce n'est qu'une histoire de nom...

Quant aux conditions posées, je cite l'offre du PCF : "si les conditions en sont créées de travailler à leur mise en œuvre, jusque dans les exécutifs régionaux ". L'offre du PCF posait des conditions, sans les détailler.

Pour moi, le texte du Front de Gauche donne plus de détail, fait quelques compromis, mais dans le cadre du mandat donné en ce sens par le CN à la direction nationale.

N'inventons pas de psychodrame là où il n'y en a pas.

Je suis plus inquiet sur les déclarations dans l'huma ou ailleurs de certains membres du PCF du genre "le NPA doit cesser de tenir un double discours" qui n'ont que pour but d'énerver le NPA et de faire échouer les négociations...

Écrit par : Laurent MELY | 02/11/2009

"allusion au Front Populaire" => c'est censé être positif de faire référence à un front de collaboration de classe???????

Un front "de gauche", c'est aussi ridicule qu'un parti "de gauche", ça ne veut strictement rien dire politiquement.

Écrit par : toto | 02/11/2009

Ce que tu dis là est une véritable insulte à la classe ouvrière et à tous ceux qui se sont battus pour obtenir les avantages dont toi, petit bobo gâté, profites actuellement. Pourrais-tu me dire ce que tes « révolutionnaires » non collaborationistes ont obtenu depuis cette époque ?... Proclamer ta pureté révolutionnaire à longueur de ligne devient fatigant pour ceux qui te lisent (si tant est qu'ils te lisent) et qui souffrent de ce système inique.

Pour en rajouter une petite couche, moi aussi le nom de Front de Gauche me plaisait bien. Ainsi que ses affiches, sa couleur et sa symbolique. J'avais plaisir à coller ces affiches qui se voyaient de loin et qui avaient un sens, sans être obligé de s'arrêter à 50 cm pour lire le message. Et là je fais référence à toutes ces affiches inutiles, car illisibles et moches, que j'ai pu coller avec la LCR pendant des années. Et je constate que le graphiste du NPA doit certainement être le même... Des affiches qui ne se remarquent pas, ne méritent pas d'être collées.

Écrit par : Michel | 02/11/2009

Les affiches du NPA sont moches, je te le fais pas dire.
Tu as bien fait d'aller dans un parti qui édite de belles affiches, avec un tout autre budget.

Par ailleurs, quelles sont les avancées de type révolutionnaire en France? A peu près toutes!
Même si l'on oublie toutes celles précédant le XXème siècle. Il n'en reste pas moins celles de la grève générale de 36 (dont congés payés), celles de la libération (dont sécu), celles de 68, etc.
Ou toutes celles obtenues par les luttes des années 70 (IVG, etc).

Peux-tu par contre me dire quelles avancées ont été obtenues par les urnes? Je suis curieux.

Par ailleurs, en matière de boboïsme, je n'ai vraiment pas de leçon à recevoir de ta part. Vraiment.

Écrit par : toto | 02/11/2009

Il me semble que les avancées de 36 ont été obtenues simultanément par les urnes et par la lutte.

Les avancées de 36 ont été rendue possible dans le contexte du Front Populaire, c'est à dire par une victoire dans les urnes, appuyée par une lutte. Mais si les fachistes avaient gagnées les élections en 36, au lieu des congés payés, se sont des balles que les grévistes auraient obtenus.
D'ailleurs, c'est ce qu'ils ont obtenus quelques années plus tard, quand les mêmes fachistesont pris le pouvoir, dissous le PCF et envoyé ses députés en prison... On a appelé ça "le régime de Vichy".

Les avancées de la Libération ont été obtenue dans le contexte du programme du CNR et de la participation de ministres communistes au gouvernement. Certes, c'était notamment pour s'assurer que les FTP rangeraient bien leurs armes au lieu de transformer la Libération en Révolution.
Néanmoins, le poids de ministres communistes au gouvernement et le poids électoral a joué.

La lutte contre l'IVG a été victorieuse parcequ'à un moment, elle a été relayée par la droite, jusque dans l'assemblée nationale.

Mai 68 est le seul exemple réel de lutte dépourvue de soutien électoral et de relais dans l'executif ou le législatif qui a permis des avancées.

Écrit par : Laurent MELY | 02/11/2009

Les congés payés ont été lâchés unanimement par la gauche et la droite (et le patronat, pressé de mettre fin au risque révolutionnaire), et que ça n'a rien à voir avec le front populaire (lui-même une alliance de la gauche et une partie de la droite).

Le gouvernement du front populaire n'a pas non plus hésité à utiliser les balles contre les grévistes et manifestants (notamment des manifs antifa, auxquelles participait pourtant largement le PCF).
Il a de même refusé de soutenir la révolution espagnole. Etc. Des exemples on pourrait en trouver plein. Et ce sera pareil demain dans un gouvernement arc-en-ciel allant du PCF au Modem.

Sur la libération, dois-je comprendre que tu justifies la collaboration de ministres "communistes" avec De Gaulle?
C'est pourtant clairement le rapport de force sur le terrain (FTP, mais aussi grandes grèves) qui a permis les avancées.

Si la lutte POUR l'IVG a été victorieuse, c'est qu'elle a su créer une pression telle qu'elle a forcé la droite à le reconnaître. Tout comme les avancées de mai 68 ont été obtenues par le rapport de force, face à un gouvernement tout sauf progressiste.

L'utilité d'avoir des élus "relais des luttes" dans les institutions, j'en suis persuadé.
Mais ce que nous propose le PCF, ce n'est pas ça, mais au contraire des élus gestionnaires du capitalisme, participant aux exécutifs.

Écrit par : toto | 02/11/2009

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