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29/10/2009

Alliance de raison et compromis boiteux... et refus du PC

L’accord n’est pas encore scellé mais il pourrait se présenter à la fois comme une alliance de raison et un compromis boiteux. Mais pourrait-il en être autrement ? Un solo du Front de Gauche et du NPA serait pour les deux principaux protagonistes prendre un risque considérable. Ni l’un, ni l’autre, ne sont dans ces conditions assurés d’atteindre les 5 % et encore moins les 10 %. Pour le NPA il n’est pas certain qu’il puisse faire l’économie d’une crise interne. Pour le Font de Gauche, il n’est pas sûr qu’il puisse tenir debout face à la pression des élus du PC soucieux d'abord et avant tout de leur réélection. Il est très certainement apparu aux partenaires du PC dans le Front de Gauche que s’ils continuaient à vouloir imposer au NPA, à la fois de rejoindre le Front et de conditionner cet élargissement à entrer nécessairement dans des majorités de gestion, aucun compromis n’était possible.

 

Le compte-rendu qu’a fait la délégation du NPA illustre bien la façon dont a pu s’établir le compromis : « La réunion a débuté par la présentation d’une déclaration du Front de gauche. Elle a de fait constitué la base de discussion de la soirée, mettant de côté l’offre politique du PC et notre proposition alternative. De fait, elle rouvrait la discussion. Cette déclaration constitue à différents égards un élément nouveau et que nous avons apprécié positivement : elle acte le fait que le cadre unitaire ne pourra être le Front de gauche malgré l’insistance du PC sur la nécessité « de l’élargissement du Front de gauche » ; elle ne met plus de conditions de réalisation à un accord national ; elle affirme deux fois l’existence de conditions (à déterminer) pour participer aux exécutifs. »

 

Evidemment l’« ouverture » de la fenêtre n’est pas grande. C’est là que réside le compromis boiteux comme en témoigne cet extrait de la déclaration du Front de Gauche : « Notre volonté est de porter des projets de transformation sociale réelle dans les régions. Si les conditions en sont créées nous pourrons travailler à leur mise en œuvre jusque dans les exécutifs régionaux car la gestion des régions s’envisage  comme un moyen d’atteindre nos objectifs. Notre participation [aux exécutifs] est donc liée aux conditions qui la rendent possible. Il s'agit de la possibilité de mettre en œuvre  les points essentiels de notre programme et du rapport de force permettant effectivement de les appliquer. »

 

La délégation du NPA ne cache donc pas que c’est de la discussion de « la nature des conditions de participation aux exécutifs » que dépendra un accord définitif. Le NPA franchit là un pas décisif (inédit) puisqu’il n’exclut pas a priori de participer à des exécutifs à certaines conditions. Mais ça l’est également pour le PC qui devra donc (en principe) conditionner cette participation à un accord sur un programme. Encore qu’il faille apporter un bémol à cette avancée. Comme le note la délégation du NPA : « Le refus du Front de gauche à engager cette discussion avant que ne soit ou pas accepté ce qu’ils appellent la stratégie, c'est-à-dire l’objectif d’aboutir à des majorités de toute la gauche, souligne leur contradiction. Ils parlent de programme de rupture mais voudraient le défendre avec des forces explicitement libérales, le PS et les Verts. »

 

Heureusement, les autres composantes ont soutenu le NPA dans cette démarche : « il y a eu un compromis sur la tenue d’une réunion exploratoire sur le contenu et le programme. » Et c’est pourquoi le NPA précise : « C’est ce sur quoi il nous faut porter la discussion, le lien entre les alliances et le programme.  Ce programme ne peut pas être que régional et « applicable dans le champ de compétence des régions » comme il est écrit dans la déclaration du Front de Gauche. De fait, dans la discussion le Front de Gauche place la recherche de majorité de toute la gauche avant la question du programme. Nous discutons, nous des alliances en fonction du programme, des exigences des classes populaires face à la crise comme cela était dit dans la première déclaration commune. »

 

Donc, pour l’instant, c’est un compromis fragile et nécessairement boiteux qui s’est institué en ce sens où il ne participe pas d’une volonté commune, impossible en l’état, mais d’une addition d’objectifs différents, voire divergents. Mais dans l’immédiat le NPA et le PC sont condamnés à s’entendre sur cette base. Cette étape est obligatoire  parce que c’est la seule façon de contrer le projet de « centre-gauche » d’Europe-Ecologie à l’heure où il pose de plus en plus de problèmes chez les Verts mêmes (voir les déclarations de Cohn-Bendit). Reste à savoir enfin quel accueil va avoir dans le NPA un tel compromis qui a été bien au-delà de ce qui avait été prévu ? Surtout, cette nécessaire discussion sur un programme de rupture sera-t-elle pour certains d’entre nous, toujours prompts à la surenchère, un moyen de revenir en arrière ?

 

IMPORTANT Il semble que le PC n’accepterait pas le compromis comme le relate cette dépêche AFP : « Aucun accord n'a pu être conclu entre le NPA et le PCF pour une alliance aux Régionales. La secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet a déclaré jeudi à la Réunion que le débat sur la stratégie des régionales était "tranché", constatant que "l'objectif du NPA ne correspond pas" à celui de son parti. Elle a signalé que son parti a "appelé à un Front de Gauche le plus large possible" auquel certains "partis ont répondu", citant le Parti de gauche, la Gauche unitaire et République et Socialisme (mouvement issu du Mouvement Républicain et Citoyen de Jean-Pierre Chevènement). "J'espère que d'autres suivront" a-t-elle ajouté, lors d'un point-presse au Conseil régional de la Réunion où elle a rencontré le président Paul Vergès (Parti Communiste Réunionnais). Interrogé sur la position du NPA à qui le Front de gauche a proposé mercredi de constituer des listes communes au 1er tour, elle a déclaré ne "pas avoir eu des nouvelles de cette réunion". "L'objectif du NPA ne correspond pas" à celui du PCF. »

 

 

Sondage : selon le dernier baromètre Opinion Way pour le Figaro et LCI, l’UMP est crédité de 30 % des intentions de vote au premier tour, devant le Parti socialiste, qui gagne deux points, à 21 %. A cinq mois de l'échéance, le Front national réalise la plus grosse progression, gagnant trois points, à 9 %. Europe-Ecologie recule d'un point, à 15 %, tout comme le Modem (6 %), qui est à égalité avec le Front de gauche (6 %, – 2 points), juste devant le NPA (stable à 5 %).

 

(A suivre)

Commentaires

@ Gilles

Mettre le NPA et le PC sur un pied d'égalité dans la difficulté à conclure un accord unitaire (pour des raisons différentes) ne me semble pas justifié.

Le PC "veut" un accord unitaire tout en sachant que plusieurs régions se présenteront avec le PS.

On ne peut pas faire plus unitaire que le PC, puisqu'il joue sur deux tableaux avec donc des accords unitaires mais avec des partenaires différents. Ce qui n'est pas le cas du NPA.

Écrit par : VERGNES | 30/10/2009

Je ne raisonne pas comme ça. L'objectif du PC a toujours été pour moi d'éliminer le NPA. C'est ce qu'enfin a compris le NPA et, peut-être, que cette insistance du PC à vouloir rejeter le NPA commence à poser problème aux autres. Donc le NPA a raison d'insister. S'il doit y avoir rupture il faut que cela soit clairement compris que ça sera du fait du PC et du PC seul.

Écrit par : Gilles | 30/10/2009

Je précise. Nous avons nous, tout intérêt à conclure un accord, même boiteux. Le PC non, à moins de croire qu'il veut faire des listes autonomes partout. Or il ne le fera que dans les régions où il ne pourrait pas faire d'accord au 1er tour avec le PS. En d'autres termes les intérêts du PG et les nôtres sont les mêmes : contraindre d'une façon ou d'une autre le PC à l'unité.

Écrit par : Gilles | 30/10/2009

Il ne fait quand même pas oublier que dans les faits,il y a 2 déclarations "officielles" du PC.

Celle de son CN de dimanche, et la déclaration commune PC/PG/GU (plus connu sous le nom de FDG.

C'est 2 déclarations sont vraiment différentes.

Et c'est bien là la duplicité de la direction du PC. (sans même épiloguer sur la déclaration assassine de MGB qui s'est pris les pieds dans le tapis, mais qui reflète le fond de la pensée du PC...j'attends avec curiosité ses explications oiseuses sur ce communiqué AFP)

Écrit par : VERGNES | 30/10/2009

En même temps je vous trouve un peu dur. La politique c'est la politique...
Le PCF il joue sa partition, il discute avec la gauche de la gauche pour être identifié à gauche (mais pas trop) et il ira au 2ème tour avec le PS parce qu'il veut gagner le PCF lui contrairement à d'autres...

Et puis quoi on a besoin d'un PCF fort (avec plein d'élus) pour s'opposer au PS s'il a des dérives droitières comme en 83...

Pourquoi le PCF voudrait-il éliminer le NPA ? C'est faux. Tout le monde tape sur le NPA. Non ce que veut pas le PCF c'est ne pas prendre des coups destinés au NPA parce qu'il aurait un accord avec eux, tout en récupérant le plus de voix de ceux qui se positionnent à gauche. Parce que le stock des voix de gauche n'est pas illimité quoi qu'on en dise... Et franchement là on ne peut que leur donner raison...

En fait, quel désespoir si un accord électoral intervenait entre toutes ces forces de gauche (hors PS j'entends) et qu'on ne dépasse apas la barre des 10% voire des 7%... chaque parti servant de repoussoir à une partie des électeurs des autres partis. waouh j'en ai froid dans le dos...

Écrit par : Agnès | 30/10/2009

Tout ça, c'est de la gesticulation inutile où chacun des protagonistes veut montrer ses muscles... Au bout du bout, ce qui compte, c'est que chacun a besoin de l'autre, mais ne veut pas l'avouer. Quoi qu'en dise Gilles, le PC a besoin du NPA car il sait qu'avec le Front de Gauche tout seul, il n'est pas sûr d'atteindre les 5 % (bien que crédité à 6 actuellement). Et le NPA quant à lui, il sait bien que sa position intransigeante jusqu'auboutiste ne passe pas, et il lui faut un accord. On ferait mieux de commencer à discutter du programme, et ensuite on verra mieux qui veut le défendre.

L'attitude de M-G B ne m'étonne pas. Son rôle est de ménager la chèvre et le chou. Elle a déjà réussi à faire admettre à son parti que le Front de Gauche était une meilleure solution qu'une alliance PC-PS (ce qui n'était pas gagné). La prochaine étape va être de convaincre qu'on est mieux à 10 qu'à 3. Même s'il faut abandonner la dépouille du Front de Gauche. D'autant plus que cette carte là elle est plus jouable que la carte FdG pour avoir les 5 % !... C'est quand même une sacré révolution pour le PCF quand on connaît la résistance et les réticences de ces vieux militants tout d'abord nourris au stalinisme, puis à la sauce socio-démocrate !... Faut la bouger, cette carcasse, et je trouve que MGB ne s'y prend pas trop mal pour l'instant.

Écrit par : Michel | 30/10/2009

Michel arrête avec ce genre d’argument : « le NPA quant à lui, il sait bien que sa position intransigeante jusqu'auboutiste ne passe pas. » A juste raison, le NPA, ou tout du moins ses négociateurs, n’ont pas cessé de faire des concessions depuis un mois, à tel point qu’il va y avoir à l’intérieur du NPA un retour de bâton. Que des journalistes disent cela, passe encore. Dans cette partie de bras de fer entre le PC et le NPA, ils ont atteint les limites de leurs compétences. Quoique ! Une journaliste ce matin sur Canal Plus, dans sa grande naïveté a lâché tout net : « Le NPA ne veut pas comprendre que le PC a besoin de sauver ses élus ! » Comme si le NPA ne le savait pas. Comme si ce n’était pas précisément l’enjeu. Et pour cela l’objectif du PC c’est bien de « neutraliser » le NPA, de le discréditer. Ce qui est relativement facile.
La seule façon pour le PC d’avoir des élus s’est de s’allier dès le 1er tour avec le PS. Le Front de gauche est un écran de fumée, un attrape gogo, etc.

Écrit par : Gilles | 30/10/2009

Alors là j'applaudis des deux mains Michel pour ton dernier commentaire...
Enfin on remets les pieds sur terre. J'enlève ce que j'ai dit précédemment de sarcastique pour le coup.
Oui c'est humain et ça se comprend quand t'as milité toute ta vie dans une organisation (on sait quelle énergie ça suppose), que ça a forgé d'une certaine manière une partie de ton identité, qu'enfin t'es là et pas ailleurs pour certaines raisons, ça se comprend que ce soit difficile de s'allier avec d'autres même s'ils disent des choses avec lesquelles on est d'accord, même si on a un sentiment d'urgence (et ce sentiment là on l'a en ce moment).
Parce qu'on a peur d'y perdre ce qu'on a construit, parce qu'on a peur d'y perdre plus que d'y gagner....
C'est un discours réaliste et ça fait du bien de l'entendre plutôt que de s'accuser mutuellement de mauvaise volonté. Ce sont les mêmes forces en jeu dans les réticences des uns et des autres.

Écrit par : Agnès | 30/10/2009

AH non quoi c'est pas cool Gilles.
Michel descends de son cheval pour une fois et toi tu le descends.
C'est vrai que le NPA a un discours jusqu'auboutiste parce qu'il se dit anticapitaliste et que dans ces conditions ça ne peut pas être un discours tiède. Faut assumer.

Écrit par : Agnès | 30/10/2009

Je vais en rajouter une couche. Si l’objectif c’est de faire réélire les notables du PC, non merci ! Je préfère m’abstenir que d’aller voter pour ses carpettes. Mais le Front de Gauche le sait très bien. Dans les régions où le PC va s’allier au 1er tour avec le PS, il ne va pas se gêner pour renvoyer « chier » le PG et la minuscule Gauche unitaire. C’est pourquoi le PG a besoin du NPA, toute comme le NPA a besoin de participer à des listes unitaires. Fondamentalement il n’y a que le PC qui n’y a pas intérêt.

Écrit par : Gilles | 30/10/2009

Le problème, c'est que ce ne sont pas les notables du PCF qui vont se faire ré-élire. Je l'ai déjà dit : la jeune garde est là et elle va bouter les vieux stals hors du parti. Gilles, j'ai le regret de te le dire, mais tu es resté sur tes vieux schémas post-soixantehuitards. Je connais déjà les futures listes qui seront annoncées si l'accord se fait. Et là, il y aura des surprises (je parle que pour ma région, bien sûr).

Écrit par : Michel | 30/10/2009

Je la connais cette "jeune garde" comme tu dis. A La Rochelle, l'un deux vient de se voir offrir une sinécure à la mairie par le maire socialiste. Cette "jeune garde" vote tous les budgets, suit le maire comme son ombre, même Royal les trouve trop mous et somme toute inutiles.

Écrit par : Gilles | 30/10/2009

Le PCF a le cul entre deux chaises, c'est clair... D'un côté, il a besoin de l'unité de la gauche à gauche du PS, de l'autre de s'allier au PS au second tour pour préserver son appareil.

Ce n'est pas la première que le PCF fait des déclarations à l'emporte pièce, vis-à-vis du NPA cette fois-ci, comme du PG (sur la soi-disante candidature de Mélenchon).

Avec un NPA qui ne claque pas la porte et un PG qui veut l'unité de l'autre gauche au 1er tour pour contester le leadership du PS et à terme renverser le rapport de forces à gauche, les déclarations du PCF comme la dernière ne trompent personne... C'est un aveu de faiblesse. Le PCF essaie de jouer sa partition mais il n'a plus les moyens de l'imposer ! D'où les différences par raopport au texte du FDG.

A mon avis, le PCF sera obligé de suivre le PG, le NPA et les autres dans les régions, hormis une demi douzaine.

Comme tu dis, alliance de raison au sommet... j'espère qu'on y arrivera... parce que sur le terrain ça se passe plutôt bien...

Écrit par : des pas perdus | 30/10/2009

C'est effectivement ce que nous constatons : sur le terrain ça se passe plutôt bien. Un exemple : des militants du PC qui animent un journal de quartier. L'un d'eux s'est vu refuser son article parce qu'il cachait son appartenance au PC. Les autres lui ont dit : nous avons des adhérents du NPA dans notre association, si tu veux écrire un article tu le signe en ton nom propre mais tu n'engages pas l'association.

Écrit par : Gilles | 30/10/2009

« Je la connais cette "jeune garde" comme tu dis. A La Rochelle, l'un deux vient de se voir offrir une sinécure à la mairie par le maire socialiste. Cette "jeune garde" vote tous les budgets, suit le maire comme son ombre, même Royal les trouve trop mous et somme toute inutiles. » (Gilles)

l'exemple que tu me cites n'a rien d'étonnant : ces types-là sont élus avec le PS sur un programme PC-PS. Pas étonnant qu'ils soient suivistes du programme du PS... Maintenant, tu me cites Ségolène Royal comme référence ! T'as pas trouvé mieux ?... Je peux te dire qu'un communiste élu sur un programme « gauche radicale » se comporterait autrement, d'autant plus qu'il aurait 7, 8 ou 9 organisations derrière lui pour lui demander des comptes. Sans vouloir t'offenser, je crois que tu fais comme toto qui va chercher des comportements d'il y a vingt ans pour appuyer ses démonstrations. Nous ne sommes plus comme il y a 20 ans. Nous avons tous changé, moi y compris...!

Maintenant, je constate une chose : les négociations entre organisations se passent toujours pas trop mal, et à peine sortis de la salle, ils se précipitent tous vers les médias pour lancer des attaques qu'ils n'auraient jamais osé devant les autres... C'est facile de faire le coq quand on est tout seul... C'est autre chose que de le faire devant les autres coqs...

Écrit par : Michel | 31/10/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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