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22/10/2009

Marx, penseur de l’écologie

On a pu assister hier soir au cours de l’émission de Frédéric Taddeï Ce soir (ou jamais) à l’un de ces débats au final fumeux autour de l’écologie – le thème abordé était : Comment réconcilier économie et environnement ? – où l’on pouvait malgré tout se rendre compte que la foire aux idées nouvelles cache en fait un grand vide, personne n’ayant été capable au cours de ce débat de proposer, ne serait-ce que synthétiquement, une perspective de développement autre que celui dans lequel nous vivons.

 

Il y avait là le photographe Yann Arthus-Bertrand, la journaliste Claude Nora, l’ancien ministre et scientifique Claude Allègre, Jean-Marc Jancovici, ingénieur, consultant pour EDF et Areva et ancien conseiller de Nicolas Hulot, Charles Beigbeder, patron et fondateur du fournisseur privé d'électricité, et Geneviève Ferone de Veolia. Après un échange rapide et infructueux sur la controverse autour du réchauffement climatique, le débat porta très rapidement sur la question des nouvelles sources d’énergie. En d’autres termes comment continuer à produire et donc à consommer alors que les énergies fossiles viendront bientôt à épuisement ?

 

Seul Yann Arthus-Bertrand intervint pour remettre en cause notre mode actuel de consommation. Tous les autres convinrent qu’il n’était pas question, fondamentalement, de le remettre en cause mais de trouver les moyens de le perpétuer à d’autres conditions, à la fois en faisant des économies d’énergie et en en trouvant de nouvelles. L’exemple, souvent mis en avant, des Chinois et de la voiture – si les Chinois avaient un parc automobile identique à ceux des vieux pays industrialisés, que se passerait-il ? – dont Allègre s’empara pour affirmer que tous les Chinois auraient un jour prochain leur voiture personnelle, fit basculer le débat dans la farce.

 

Le plus cohérent dans cette fuite en avant (à la recherche d’un nouvel or noir) fut Claude Allègre. Sa thèse, bien connue, est que la science et la technologie trouveront nécessairement les solutions. On aurait pu lui objecter que ce n’est pas la révolution scientifique et technologique des 19e et 20e siècles qui a fait la révolution industrielle ; qu’en remontant plus loin encore dans le passé ce n’est pas le moulin à haut, et donc l’énergie hydraulique qui fait décoller l’industrie manufacturière (ces technologies et ces sources d’énergie, comme bien d’autres encore, étaient déjà connues sous l’antiquité) mais l’émergence au cours du moyen-âge d’un nouveau rapport social de production.

 

Il était en effet étonnant que pas une seul fois, et puisque l’on parlait d’économie, on ne parla du travail. Ou bien uniquement en affirmant que cette prétendue nouvelle économie (à base d’énergies nouvelles) serait créatrice d’emplois, alors que l’ancienne ne peut plus désormais qu’en détruire (ce qui est vrai). On eut même droit à cette réflexion étonnante d’Allègre, décidément hors concours, concernant la démographie. Je résume : les femmes africaines font trop d’enfants (que l’Afrique n’est pas en mesure de nourrir) ; mettons-les au travail et éduquons-les ; ainsi, comme en Iran, nous passerons de 7 enfants par femme à 1,9 ! On croirait entendre là comme une résurgence des thèses de Malthus. Rien d’étonnant. Allègre s’inscrit dans la lignée de cette économie politique, née au 19e, et dont Marx entreprit de faire inlassablement le procès.

 

Voici d’ailleurs comment, dans son Introduction à la critique de l’économie politique de 1859 il parfait du rapport entre production et consommation : « La consommation crée le besoin d'une nouvelle production, par conséquent la raison idéale, le mobile interne de la production, qui en est la condition préalable. La consommation crée le mobile de la production; elle crée aussi l'objet qui agit dans la production en déterminant sa fin. S'il est clair que la production offre, sous sa forme matérielle, l'objet de la consommation, il est donc tout aussi clair que la consommation pose idéalement l'objet de la production, sous forme d'image intérieure, de besoin, de mobile et de fin. Elle crée les objets de la production sous une forme encore subjective. Sans besoin, pas de production. Mais la consommation reproduit le besoin. » La suite est de la même veine.

Commentaires

Merci pour cette citation de Marx ô combien pertinente! Je m'y remets...

Écrit par : Julo | 22/10/2009

C'est admirable comme nos chiens de garde médiatiques sont incapables de penser qu'économie ne veut pas forcément dire "économie capitaliste". Qu'il y a une économie dite "sociale", etc.
Réconcilier l'économie et l'écologie, c'est favoriser la solidarité, le non-marchand, les circuits-courts, etc. et ça reste de l'économique!

Je suis étonné que Jancovici aie défendu notre modèle productiviste/consumériste. Il est pas célèbre pour son progressisme (notamment sa position sur le nucléaire), mais il est très critique de notre mode de vie, pourtant...

Écrit par : rhizome | 23/10/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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