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16/10/2009

Paysans

Les niveaux de revenus entre un céréalier de la plaine d’Aunis (hier gorgé de subventions européennes et qui a investi depuis trente dans la « pierre » à Poitiers après avoir asséché les marais) et le petit exploitant (50 à 60 vaches laitières) doivent être considérables. Le sort de beaucoup d’entre eux n’est pas enviable. La perte moyenne des revenus étant estimée à 10 à 20 %, ce n’est pas peu dire ce que cela peut représenter pour certains d’entre eux. La FNSEA, bien silencieuse dans la crise du lait, tente aujourd’hui de reprendre la main toujours avec les mêmes revendications : des aides supplémentaires et des allègements de charges. Toujours le même système : utiliser la colère des « petits » pour protéger les « gros ».

 

Pour le lait, les médias y ont tous été de la même explication. L’exploitation moyenne française est trop petite et ne peut lutter contre les fermes industrielles du nord de l’Europe. On citait ainsi le cas d’un exploitant allemand qui avait racheté une ancienne ferme d'Etat d’Allemagne de l’Est, possédait deux-cents vaches et employait des salariés polonais… au tarif polonais. Ce qui n’empêchait par le paysan-industriel de se plaindre qu’il n’y arrivait pas. Quant au prix du litre de lait dans les grandes surfaces, jetez-y un œil. Vous verrez qu’il peut varier de plusieurs dizaines de centimes d’une marque à l’autre. Mais lui, il ne baisse jamais.

 

Un autre reportage hier m’a surpris. Il était intitulé : des terres africaines à louer. En l’occurrence il s’agissait de l’Ethiopie. J’ai pour l’occasion découvert ce phénomène que j’ignorais complètement. Dans certain pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du sud, l’Etat concède pour vingt à trente ans des terres à des exploitants étrangers. Dans le cas de l’Ethiopie c’était des ingénieurs agronomes indiens qui pilotaient l'affaire. Les vastes pâturages étaient transformés en terres arables propices à des cultures céréalières (maïs en particulier) destinées au marché international. Evidemment les paysans locaux, des éleveurs de bétail, étaient mis devant le fait accompli. Au mieux, l’ancien éleveur était transformé en ouvrier agricole.

 

Sans rapport ? Au Kenya quelque 4 millions de paysans (10 % de la population) sont touchés par la famine. En cause la sécheresse. Extrait d’un article de Libération : « Après avoir parcouru plus de cent kilomètres en quête d’eau et de pâturages au pied du mont Kenya, ces populations n’ont trouvé que rivières asséchées et paysages désolés. Des centaines de milliers de têtes de bétail ont succombé, laissant les éleveurs sans ressources et contraints de vendre des animaux squelettiques pour des sommes dix à vingt fois inférieures à la moyenne. Tout ça pour acheter de la farine de maïs dont les prix ont doublé voire triplé en raison de la crise financière. »

Commentaires

Beaucoup d'écolos partagent une idée (trop?) simple pour aider les agriculteurs à s'en sortir : se convertir à la bio! C'est tellement évident que même des grandes enseignes (Carrefour par exemple) ont décidé eux-mêmes d'aider quelques agriculteurs à se convertir... C'est la puissance publique qui devrait le faire, et je doute que cela coûte plus cher que les sommes faramineuses déjà dépensées en aides diverses. Cette idée est-elle idiote? Si on produit moins mais mieux, cela aura aussi l'énorme avantage de ne plus étouffer les marchés étrangers avec nos denrées subventionnées, comme cela se passe en Afrique par exemple.

Écrit par : Julo | 16/10/2009

La question n’est peut-être pas de « produire moins ». Pour le lait il y a une part de « surproduction » mais surtout un différentiel de coûts ; et un marché qui dicte sa loi. Personnellement je doute d’un retour à une « agriculture paysanne » (programme du NPA). Ça prête à sourire. En Europe, surtout. Tout n’est pas mauvais dans l’agroalimentaire. En Afrique, c’est autre chose. C’est toute la question de la voie du développement qui est en cause. Les conditions dans lesquelles se passe « l’exode rural » est catastrophique ; car pour les paysans africains qui quittent leur terre, il n’y a pas ce qui s’est passé en Europe au 19e et au 20e, une économie qui peut les absorber. Il n’y a pas surtout des élites ayant un minimum de soucis de leur population. Je ne dis pas que les Etats européens ont été des philanthropes. Ils furent extrêmement durs avec leurs paysans (lire toute cette littérature qui va de Thomas More au 16e à Marx au 19e). Mais il ne se reproduira plus en Afrique ce qui s’est passé en Europe au cours des siècles précédents. Désormais tout se joue avec une économie mondialisée. Voir cet article dans Le Monde intitulée : « L’Afrique pillée » (http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/10/15/l-afrique-pillee_1254326_3232.html)

Écrit par : Gilles | 16/10/2009

J’ajouterai qu’en Afrique, une autre agriculture est possible et nécessaire, bio, vivrière, etc. Là il faut en effet imposer d’autres normes que celle de l’agriculture productiviste pour un marché mondial. C’est le même problème en Amérique latine et certainement en Asie. On en a pas fini avec les paysans.

Écrit par : Gilles | 16/10/2009

Je crois que ce qui manque surtout en Afrique, ce sont des moyens (financiers et techniques) pour cultiver les terres. Les roitelets de ces pays, bien trop préoccupés à s'enrichir personnellement et à détourner les maigres revenus de ces états, n'ont évidemment pas mis en valeur ce qui devrait être le grenier du monde.
Quand on voit ce qu'a fait Israël sur les terres arides du moyen orient, on se dit que peut-être si les indiens ou les chinois font pousser de la nourriture sur des terres qui resteraient en friche, cela ferait peut-être reculer la faim dans le monde. On peut toujours rêver !....

Écrit par : Michel | 16/10/2009

@ Gilles: je souhaiterais une explication à "tout n'est pas mauvais dans l'agroalimentaire". parce qu'à part la tertiarisation de l'économie, si encore ce peut être défini comme un "bien", je vois pas trop l'intérêt.
et ensuite quid de l'agriculture paysanne dans le programme du NPA? Pourquoi doutes-tu de son retour?

En Afrique, pour moi, le problème est assez simple: au lieu de faire de la monoculture d'exportations, il "suffit" de faire de la culture vivrière assez diversifiée. sur un mode plus ou moins agroécologique ou dans le pire des cas, sous la forme d'une révolution verte à l'asiatique.

Quant à chez nous, revenir à une production plus proche des gens, plus respectueuse de la nature, etc., ça n'a qu'un inconvénient: le prix!
C'est à dire qu'on est tellement habitués à payer une misère pour la bouffe (je sais c'est scandaleux, ce que je dis) qu'il va falloir s'habituer à ce qu'elle représente un coût plus important, car se nourrir bien coûte cher: coûts humains et techniques, aléas climatiques, etc.
Une nuance. Cette année, je suis à une amap. c'est assez intéressant de constater que, malgré l'absence de choix relatif aux légumes, il y a de nombreux aspects positifs, notamment: le prix. On a l'impression que c'est cher. Mais on se trompe. Si on fait un "panier équivalent grande surface", on paierait presque double de ce qu'on paie en amap. Si on fait un "panier équivalent bio" (oui légumes bio à l'amap): on les paie quasiment trois fois moins cher...

Mais globalement, comme va falloir sortir de ces industries massives et polluantes, le coût de la bouffe risque d'augmenter, surtout la viande.
Pour le lait, c'est surtout la transition qui va être dure, après, ça se passera mieux.

Écrit par : rhizome | 22/10/2009

C'est très juste tout ce que tu dis : la plupart des produits achetés ne sont pas chers parce que produits dans des conditions détestables, productivistes, polluantes, transgéniques, etc... Mettre dans un programme politique l'abolition de tout cela, c'est fort bien dans un congrès, ou dans des discussions de salon.

Seulement le jour où il faudra annoncer au bon peuple qui nous a mis au pouvoir que dorénavant il faudra qu'il paye son kilo de viande ou de patates deux fois plus cher, il faudra jouer sacrément « serré » pour faire passer la mesure. Je me souviens de la manifestation de 1 million de personnes simplement parce que Mitterand voulait mettre fin aux avantages accordés à l'école privée !... On peut facilement imaginer les manifestations de ménagères tapant sur des casseroles... (ça ne vous rappelle rien ?...)

Bref, tout cela pour dire que pondre des programmes anticapitalistes, c'est facile, mais trouver un programme de transition permettant de passer « sans douleur » d'une économie capitaliste à une économie socialiste, c'est une autre paire de manches !

Écrit par : Michel | 22/10/2009

Cette question d’une agriculture « productiviste » et plus généralement de l’agroalimentaire est une question très sérieuse. J’en ai pris réellement conscience le jour où j’ai travaillé, comme ouvrier, dans une boîte de l’agro. Le retour à une agriculture « paysanne » – ou la perspective d’aller dans cette direction – est en effet une curiosité.
D’emblée on voit d’abord qu’il s’agit là de faire plaisir à toute cette filière (dans laquelle travaille un José Bové) de petits producteurs indépendants. Mais même là, on n’y est déjà plus. Ces petits producteurs (de lait de brebis par exemple) travaillent pour des coopératives qui travaillent elles-mêmes pour des groupes. Ainsi, hormis les petits producteurs de légumes ou de fromages fermiers travaillant pour un marché local, 99 % de l’agriculture travaille aujourd’hui pour l’agroalimentaire et qui plus est dans le cadre d’un marché mondial.
Ensuite, c’est une véritable rupture avec le vieil héritage socialiste (héritage bien oublié). Les socialistes ou les communistes étaient pour la « collectivisation des terres » et l’industrialisation de l’agriculture. Quand Lénine se rend à la nécessité du partage de la terre en Russie, il sait (et on le lui reproche) qu’il va à l’inverse du « sens de l’Histoire ». Ce partage de la terre en des millions de parcelles il ne l’accepte que pour ne pas rompre l’alliance ouvriers-paysans dont le nouveau pouvoir a besoin pour de maintenir. On verra comment cette collectivisation va se faire finalement dans les années 30 ; dans la plus grande violence. L’agriculture soviétique ne réussissant pas malgré cela jusqu’à la fin à être « performante » du moins selon les critères de l’agriculture européenne ou américaine.
Enfin il faut bien avoir en tête que l’industrialisation de l’agriculture (déjà par l’augmentation considérable des surfaces et la mécanisation) a été la réponse à la question de l’alimentation. L’autosuffisance alimentaire passe par là : c’est le cas de l’Europe après guerre ; de la Chine après le Grand bon en avant, etc. Mais l’objectif de l’industrialisation de l’agriculture ne répond pas qu’à la satisfaction des besoins alimentaires d’une population qui est passé d’1 milliard à 6,5 (bientôt 8) en un peu plus d’un siècle. Elle a d’autres objectifs : satisfaire un marché ; produire pour faire des profits ; spéculer, etc. Or ce type d’objectifs a été et reste néfaste pour l’environnement et plus généralement il produit ses propres catastrophes. On produit ainsi de plus en plus de céréales, non pas pour nourrir des hommes, mais du bétail, pour satisfaire à un mode de consommation où les dérivés des produits laitiers et la viande occupe une place disproportionnée, sans pour autant être capable de satisfaire les besoins alimentaires d’au moins 1 milliard d’individus. Mais il n’y a pas que cette industrie qui produit des catastrophes. Le type d’élevage traditionnel dans l’Afrique subsaharienne a sa part dans la désertification de ces régions.
Tout cela pour dire qu’une agriculture industrielle reste une nécessité impérieuse. Mais elle doit être planifiée au niveau mondial et ne plus se faire dans le cadre d’un marché. Pour autant on peut envisager de maintenir des productions locales, répondant à des besoins de proximités, etc.

Écrit par : Gilles | 22/10/2009

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