Avertir le modérateur

06/10/2009

Le mépris

La « votation citoyenne » sur la Poste a été un beau succès. Personne pour le contester. Même la droite le reconnait, arguant qu’elle s’est faite néanmoins sur la base d’une « escroquerie », puisque, selon elle, « on » ne privatise pas. Cette « mobilisation » d’un genre particulier s’apparente plus à une grande pétition. Mais elle est plus que ça. Le fait que ce soit un vote lui donne une toute autre légitimité. C’est d’ailleurs ce qui agace la droite et un certain nombre d’éditorialistes qui voient là un détournement du principe fondamental de la démocratie.

 

Ce n’est pas la première fois que cela se produit. En 2005, leur fureur contre cette population qui avait voté majoritairement contre leur avis d’ « expert » avait atteint son paroxysme. On retrouve aujourd’hui ce même mépris. Ils sont, pour autant, obligés de reconnaître que le précédent d’EDF et de Gaz de France fait tache. L’argument le plus vicieux vient de la droite. « C’est la gauche qui a commencé », disent-ils. Et en effet, on ne peut que leur donner raison.

 

Mais l’essentiel n’est pas là. Il est plutôt dans la façon dont cette « votation » s’est mise en place avec des comités regroupant les organisations syndicales, des associations et toute la gauche, des socialistes au NPA. Certes la « gauche radicale » a été très active dans ce mouvement mais il faut noter que ça c’est mobilisé bien au-delà, dans les petites agglomérations surtout. Faut-il voir là la préfiguration d’un mouvement « citoyen » ou « démocratique » rompant avec la vieille division entre social et politique ? La construction en germe d’un grand rassemblement des « mécontents » passant outre les querelles byzantines des partis ?

 

Combien apparaît, à cet égard, dérisoires les polémiques actuelles autour du rassemblement de la « gauche de gauche ». Non qu’il faille faire fi des divergences. On voit bien là quel rôle d’entrainement a pu jouer le PS dans ces privatisations en cours et c’est pourquoi le NPA a parfaitement raison de faire de la question de l’indépendance vis-à-vis du PS une question clé. Mais ce qui importe c’est bien le rassemblement au final. C’est ça qui fera que les prochaines élections ne se réduiront pas à savoir qui de Royal, Bayrou ou Cohn-Bendit l’emportera pour devenir, eux ou d’autres, le challenger de Sarkozy.

 

Cette « votation » c’est en quelque sorte le meilleur antidote à la course à la présidentielle. La réappropriation par la population de la démocratie pour d’autres fins que celles des carriéristes de la politique. La « gauche de gauche » devrait y réfléchir. Sans le savoir, elle vient de trouver la seule voie possible pour construire une alternative.

Commentaires

Le probléme de la course à la présidentielle n'ayant jamais été la préoccupation de la gauche radicale (surtout en ce qui concerne NPA et LO), je ne vois pas pourquoi nous aurions besoin d'un antidote.

Avec ou sans la votation, la course à la présidentielle au sein du PS demeure un objectif encore lointain qui lui évite surtout de s'atteler aux tâches du jour.
Qu'il y est course ou pas le Ps n'a toujours pas l'ombre d'un programme.

Et il me parait un peu simpliste d'affirmer que la réussite de la votation est la seule voie possible pour construire une alternative (ou alternance??). D'autant plus que même des électeurs de droite ont voté NON.

Tout cela est très confus...

Écrit par : VERGNES | 06/10/2009

La route de nos défaites est pavé de succès: manifs historiques, ....avec la votation s'il n'y a pas de suite la gauche et les syndicats auront apporté une nouvelle preuve qu'il ne ne sert à rien d'agir....

L'ennemi marche à notre tête comme disait je ne me souviens plus qui.

La bataille( démocratique et sociale) pour un référedum est vitale mais je doute que les syndicats et le PS (+PCF) aient vraiment envie de l'engager.

La journée d'inaction d'aujourd'hui voilà où nous a conduit " l'unité syndicale "...l'écoeurement général à défaut de la grève générale.

Écrit par : veriane | 07/10/2009

La vie politique française est polluée par la présidentielle. C’est un lieu commun. Laguiller et Besancenot en ont très largement usé. On a beau être « contre », non seulement on fait avec, mais la présidentielle a contribué largement à la popularisation de nos idées. Je ne m’en réjouis pas. Ça beau être une tribune « formidable », c’est un piège. Cette « votation » a permis de revenir à une autre conception de la politique, en se passant de la « classe politique » et des ressorts habituels de la politique (le leader qui parle, passage télé, radio, etc.), en associant les gens à une action, un combat. Ça a un tout autre impac. La remarque « même des électeurs de droite ont voté NON », est symptomatique à ce propos. Parmi les électeurs de droite il a plus d’ouvriers que de bourgeois. En 2007, les ouvriers ont même voté majoritairement pour Sarkozy

Écrit par : Gilles | 07/10/2009

"En 2007, les ouvriers ont même voté majoritairement pour Sarkozy" : c'est un peu secondaire, mais c'est faux. Les ouvriers ont majoritairement voté Royal.

Écrit par : toto | 07/10/2009

Les ouvriers et les employés qui ont voté ont bien voté majoritairement (à plus de 50%) pour la droite ; en revanche, dans la population d'origine immigrée, on a voté jusqu'à 70 % pour Royal. Ce sont les actifs qui ont majoritairement voté à gauche. "Actifs", c'est beaucoup plus large qu'ouvriers et employés. Il y a toute la fonction publique, mais aussi les techniciens et les cadres, etc.

Écrit par : Gilles | 07/10/2009

Je me demande jusqu'à quel point l'activisme militant peut remplacer ou se substituer, (ou être en partenariat) avec l'Etat et ses tentacules... Enfin, je veux dire, j'ai l'impression que nous sommes en train de créer un monde séparé du monde. Les citoyens, militants, etc., ont pris à bras le corps la question de la poste, et ont organisé une votation. C'est pas un référendum. Je suppose même que le gouvernement s'en fout, vue l'amnésie programmée sur tous les sujets "citoyens".
Donc nous on se gargarise, mais sans effet.
C'est un truc entre nous. alors il faut s'organiser entre nous pour agir et vivre différemment.
Problème de logements? réquisition par des assos de "squatteurs" (jeudi noir, mais elles sont nombreuses et dans toutes les "grandes villes").
problème de vêtements? friperies gratuites dans un grand nombre d'assos.
Problème de transport? réparation et vente de vélos à prix modiques dans plein d'assos. ou assurance contre les prunes entre usagers de transports publics.
(y'a des garages participatifs, aussi, pour ceux qu'aiment la mécanique)
Problème de nourriture? AMAP, GASE, etc. ou récup' dans pas mal de squats.
problème de santé? y'a des herboristes apothicaires un peu partout, et s'il n'y en a pas, il faut favoriser leur développement.
On pourrait presque faire société à part avec une législation promouvant l'autogestion. Si ce n'était la question de la santé/éducation qui à certains égards nécessite plus d'investissement/compétences.
Petit-à-petit va se poser la question, puisque l'on vit dans un monde de plus en plus dur, de vivre organisés à l'écart en suivant nos propres règles: un monde dans un monde. l'économie solidaire pourrait rentrer dedans.
et se pose la question de la marginalité, et du rapport entre la "norme", l'Etat, l'économie dominante, et les "alternatifs"...
Jusqu'à quel point peut-on vivre différemment dans notre société? Ne devrions-nous pas organiser des réseaux entre tous les acteurs alternatifs sur les besoins sociaux pour que le choix d'une autre vie soit directement possible?
En dehors des jalons du travail, de la reconnaissance "d'état-civil", etc.
Et on aurait notre poste alternative. régie par les usagers, pour les usagers...
Mouais, c'est de l'utopie bricolée, tout ça...

Écrit par : rhizome | 07/10/2009

"C'est un truc entre nous" (rhizome)

Non ! Justement. J'ai participé à trois "bureaux de vote". Qui votait ? Beaucoup de femmes, personnes âgées, salariés, immigrés... moins de jeunes en revanche, mais c'est la population qui va à la Poste qui se sent concerné au premier chef.

"s'organiser entre nous pour agir et vivre différemment." (rhizome)

C'est une vieille idée du mouvement ouvrier du 19e : les mutuelles, les bourses du travail, les coopératives. ça n'a pas marché faute de relais politique. ça ne peut qu'avoir une fonction militante momentanée mais ça peut aider à mobiliser à condition qu'il ait une suite. Dans les pays sous-développés ces coopératives existent (dans la pêche en particulier avec des programmes de préservation de l'environnement, en Afrique, en Amérique du sud...). ça fait effectivement partie de toute construction d'une alternative.

Écrit par : Gilles | 07/10/2009

"C'est une vieille idée du mouvement ouvrier du 19e : les mutuelles, les bourses du travail, les coopératives."

C'est vrai! j'y pensais pas en l'écrivant, mais j'avoue avoir été retourné par ma rencontre avec Jean-Louis Laville qui travaille sur ces thèmes là. Et je serais tenté de dire que beaucoup de chercheurs, dont cette éminence grise, tentent de réactualiser pour notre temps ce modèle qu'il appelle "associationnisme".

et vous?

Écrit par : rhizome | 07/10/2009

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu