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01/10/2009

La Chine capitalo-communiste

La Chine commémore aujourd’hui le soixantième anniversaire de sa révolution. Devenue ces dernières années l’un des plus solides piliers de l’économie mondialisée, ne serait-ce qu’en étant l’un des principaux bailleurs de fonds des Etats-Unis, le Chine présente ce visage très contrasté d’être à la fois un pays d’économie mixte à très forte croissance, avec de grandes inégalités sociales, en particulier entre la campagne et les villes et d’être dirigé par un Etat omnipotent lui-même tenu d’une main ferme par un parti unique. Si la Chine fait donc encore rêver, ce n’est plus parce qu’elle serait encore « communiste », mais parce qu’elle propose au capitalisme une voie originale.

 

D’autant plus remarquable, qu’à population et à ressources humaines comparables, la Chine fait beaucoup mieux que sa voisine l’Inde, la « plus grande démocratie » du monde. L’un des tours de force de cet étrange pays, c’est qu’il est devenu un champion de l’exportation de produits à bas coûts, tout en élevant le pouvoir d’achat d’une partie de sa population – essentiellement dans les villes. Comment ? En gros, en vendant à perte sur le marché intérieur et en se rattrapant sur le marché mondial. En d’autres termes, le parti communiste chinois tient le capitalisme en laisse, impulsant son développement mais lui interdisant en Chine même de faire la loi.

 

Tout cela tiendra-t-il longtemps ? Très certainement des dizaines d’années encore. En fait nous avons là l’une des clés du devenir du capitalisme. Tant que l’Etat tient ferme la barre, tant qu’il peut mobiliser des ressources considérables – songeons aux milliards versés pour renflouer le système financier mondial – pour venir en secours d’une économie de marché défaillante, le capitalisme aura encore de beaux jours devant lui. Et que fut la révolution chinoise sinon une révolution pour l’Etat. On comprend mieux dès lors pourquoi les Chinois n’entendent pas céder un pouce sur les revendications autonomistes de certaines régions et populations. La démocratie est en effet incompatible avec un tel système.

 

Quels enseignements en tirer, pour nous, qui avons le capitalisme… et la démocratie ? D’abord que nos Etats, même adossés à la démocratie, ne sont pas des Etats « faibles » pour autant. La grande différence avec la Chine, c’est que le capital a réussi ses trente dernières années à se libérer, ici, des règles et des contraintes qui lui avaient été imposées après la crise de 29 et la guerre. Qu’il a, en partie, transformé cet « Etat-providence » en « Etat prédateur ». C’est particulièrement vrai aux Etats-Unis, mais aussi en France. Que ceux qui ont investi cet Etat et s’en servent à leur guise ne sont pas prêt de laisser la démocratie lui reprendre ce qu’il lui a arraché. On voit bien les difficultés d’un Obama à rendre universel le système de protection sociale aux Etats-Unis.

 

Nous n’avons donc rien à attendre de ces Etats, mais tout à espérer de la démocratie, à condition de l’enlever des mains de ceux qui nous l’ont confisquée.

Commentaires

je vois plutôt une voie à la fin de règne franquiste, par chez nous... Question de culture "occidentale"...

Écrit par : rhizome | 01/10/2009

La Chine, un bel exemple d'altercapitalisme. Francis Parny et le FDG doivent adorer! :)

Écrit par : toto | 02/10/2009

C'est quand même super-intéressant que les médias, dans leur quasi-totalité parlent d'un paradoxe chinois.

Dans les mentalités de quasiment tout le monde, on ne peut être capitaliste ET communiste.

C'est donc une très bonne chose de trouver ici quelqu'un qui dise qu'il n'y a pas de paradoxe. C'est excellent parce que règle du rasoir d'ockam oblige (je m'en sers sauf quand ça me dessert): il y a les deux, c'est un constat, et par conséquent, ceux qui prétendent qu'il y a paradoxe sont des idéologues pour lesquels capitalisme=démocratie (procédurale)= droits civiques, civils, sociaux= occidentalisation des coutumes et des moeurs. et je suis sûr qu'ils seraient capables de dire qu'ils assument entièrement leurs amalgames...

Et puis le capitalisme n'est pas un régime politique, le communisme, si.
Et puis le capitalisme (néolibéral) a toujours prétendu défaire les liens qui soumettaient l'économique au politique pour inverser les rapports de force par l'autonomisation de plus en plus grosse de la sphère économique.
Donc on peut avoir un communisme partiel qui intègre un capitalisme financier. D'un point de vue de l'élite, c'est même probablement un des systèmes politiques économiques et sociaux les plus perfomants: autorité, discipline, stabilité, compétitivité, etc.
La faillite des systèmes démocratiques va faire oublier les revendications droits-de-l'hommistes et on va pouvoir continuer à faire du business sans que les gueux s'en mêlent, et ils travailleront sans pleurnicher.
La Chine, c'est l'avenir.
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Sur cette réflexion empreinte de connerie, je retourne au boulot...

Écrit par : rhizome | 02/10/2009

En quoi la Chine est-elle "communiste"???????

Je sais bien que des dogmatiques comme LO défendent que la Russie d'aujourd'hui est toujours un État ouvrier (bien que très très très dégénéré), mais la Chine "communiste", c'est juste de la propagande capitaliste occidentale.

Écrit par : toto | 02/10/2009

Vaste débat que la question de la nature de feu l’URSS et de la Chine d’aujourd’hui, dans lequel tout le monde s’est un peu mélangé les pinceaux. Nul ne doute qu’en URSS, la propriété privée des moyens de production n’existait plus. Mais les rapports salariés, si. Il y avait surplus, mais y avait-il plus-value ? Etc. Déjà, dans les années 20, Lénine rechignait à ce que l’on qualifie l’URSS comme pays socialiste ; il essayait tant bien que mal de qualifier l’Etat, comme une forme hybride, ouvrier bureaucratisé mais dont la tâche était de réaliser l’accumulation primitive dont avait été incapable le capitalisme russe. Certains ont été jusqu’à parler de « capitalisme d’Etat ». Ce qui était faux. La bureaucratie si elle absorbait une partie des surplus de la production, ne pouvait que la consommer, et pas l’investir comme le capitaliste fait avec la plus-value.
En Chine, la majorité de l’économie est encore nationalisée ; mais il y a bien des capitalistes. Toutefois que l’on se situe dans le domaine de l’économie socialisée ou dans celui de l’économie capitaliste, nous sommes toujours dans des rapports salariés, et donc toujours encore dans des rapports sociaux anciens. C’est d’ailleurs le point que soulève Gorz dans « Adieux au prolétariat ». Comment passer de l’ancien au nouveau. Question déjà soulevée par Marx dans le Livre III du Capital quand il évoque le « règne de la liberté ». En gros il explique que même sous la « dictature du prolétariat » le travail sera encore nécessaire et qu’il faut, pour aller vers le « règne de la liberté », réduire considérablement le temps de travail.
Enfin en Chine, l’Etat n’est pas aux mains des capitalistes, mais bien dans celles de la bureaucratie communiste. Ce qui ne fait pas de la Chine un pays communiste. Ce n’est pas pour autant que la Chine soit un pays capitaliste à 100 %. Très complexe tout ça.

Écrit par : Gilles | 02/10/2009

A vrai dire, la thèse de LO ne porte pas sur l'URSS mais sur la Russie ACTUELLE ce qui est beaucoup plus risible.

Sur la Chine, on peut s'étendre sur la nature du régime actuel (ultracapitaliste? pas totalement capitaliste? etc), mais ce qui est sûr c'est ce qu'il n'est pas et n'a jamais été : communiste! De même qu'il a toujours été bureaucratique! (et n'a donc pas eu besoin de "dégénérer")

Écrit par : toto | 02/10/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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