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04/09/2009

La farce carbone

« Le monde est au bord du  gouffre s’agissant de la protection de l’environnement ! » Cela aurait pu être du Hulot, du Besancenot ou du Royal, mais c’est du Sarkozy. Le président qui avait cru jouer un bon tour aux écologistes avec sa « taxe » carbone se retrouve dans la position de l’arroseur arrosé. De la gauche à la droite, patronat et agriculteurs compris, personne n’en veut. Même les écologistes pour qui « abaisser ce prix à 15 euros la tonne » lui fait perdre « toute efficacité [et] alourdit la facture des plus modestes sans dissuader les comportements les plus énergivores de ceux qui en ont les moyens. »

 

C’est Besancenot qui le premier était monté au créneau contre cette taxe dès juillet. Elle était alors à 32 euros la tonne. Mais c’est Royal qui a déclenché l’hallali, forçant la main en quelque sorte au PS qui s’en serait peut-être contentée. Evidemment du côté du Medef et de la FNESA on ne milite pas contre ce nouvel impôt pour les mêmes raisons. Il n’empêche que ce sont eux qui vont très certainement être les seuls gagnants dans cette affaire. Soit par de nouveaux dégrèvements en compensation, soit parce que, même remontée de quelques euros, la taxe risque d’être peu dissuasive.

 

A vrai dire le problème est de plus en plus complexe. Avec nos économies dévoreuses d’énergie fossile, une simple taxe ne risque pas de modifier radicalement les « comportements » comme ils disent, qu’elle soit à 15 ou 32 euros. Tout au plus peut-elle infléchir légèrement la tendance comme il semble que cela soit le cas en Allemagne et en Angleterre où de telles taxes existent. Mais la pomme d’Argentine vendue en France dans un hyper à bas prix sera longtemps encore moins chère que celle du producteur local, compte-tenu des inégalités de salaires et des charges entre les deux pays.

 

Au fond c’est l’économie mondialisée qui est en cause. Quand les vieux pays industrialisés délocalisent à tout va et se spécialisent sur certains créneaux, financiers par exemple, comme l’ont fait depuis vingt ans les pays anglo-saxons ou quand les produits « bios » vendus en France sont à 80% d’origine étrangère, etc., on marche évidemment la tête à l’envers. Pour être réellement efficace en matière d’écologie, il faudrait changer tout ça, recentrer en partie les économies sur la satisfaction au plus près des besoins locaux. Par exemple réduire la consommation du riz à 99% importés en Afrique de l’ouest pour se remettre à celle du mil ou d’autres céréales locales.

 

Le marché du travail également devrait être revu. Travailler plus près de chez soi et moins longtemps, avec des services publics de proximité, réduirait les temps de transports et donc la consommation d’énergie. De même pour la consommation domestique. Le bois, énergie renouvelable à condition de la gérer convenablement, pourrait remplacer avantageusement, pour certains usages, l’électricité ou le gas-oil. Ce ne sont pas les solutions qui manquent. Mais pour les mettre en pratique, il faudrait que l’intérêt commun prime sur l’intérêt privé. L’inverse, taxe ou pas taxe, ne peut que conduire à la catastrophe.

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