Avertir le modérateur

02/09/2009

Soixante-dix ans après

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne attaquait la Pologne. L’URSS allait faire de même le 17 du même mois. Un peu plus de deux ans auparavant le Japon avait envahit la Chine. Quand j’entends aujourd’hui certains d’entre nous affirmer que la crise « systémique » du capitalisme mondialisé pourrait, à terme (mais quand ?), aboutir aux mêmes résultats, je pense que je ne suis pas le seul à trouver ces propos frappés d’anachronisme.

 

On n’y prêterait guère attention s’il ne s’agissait que des déclarations de quelques illuminés vivants hors du siècle. Or cette « analyse » fait partie du socle commun à une bonne partie des courants politiques qui se réclament aujourd’hui de l’anticapitalisme. Ainsi, dans les Principes fondateurs du NPA, on peut lire ceci : « Dans ce cadre de la mondialisation capitaliste, loin d'aller vers la paix, on assiste aussi au surarmement, à l'exacerbation des tensions et des conflits internationaux […] La paix est incompatible avec ce système […] Les ravages de la domination du capital donnent toute son actualité à l'alternative socialisme ou barbarie.»

 

Nul doute que tous ceux qui adhérent aujourd’hui à des partis prophétisant de telles perspectives n’en partagent pas uniformément les conséquences ultimes. Quel serait leur étonnement s’ils savaient que l’orientation politique à laquelle ils adhèrent est bâtie sur de tels fondements ? Dans ces partis ils ne voient qu’une protestation contre le système et la possibilité de lutter le plus efficacement possible, croient-ils, pour en changer. Mais delà à se faire à l’idée que leur combat échouant, le monde tomberait immanquablement dans la « barbarie », il y a là une barrière mentale infranchissable.

 

Les quelques rares adeptes de la guerre permanente seraient bien en peine d’ailleurs de démontrer que les guerres d’Irak ou d’Afghanistan préfigurent une troisième guerre mondiale à venir, même en y ajoutant pour faire bonne mesure les vagues menaces qui visent l’Iran et la Corée du Nord. Alors pourquoi cette rhétorique apocalyptique ? Sinon pour justifier une ligne politique qui se refuse au moindre compromis et au débat sur d’autres alternatives. Car, quand la guerre frappe à la porte, il ne s’agit plus de tergiverser.

 

Quand Rosa Luxemburg quelques années avant le déclenchement de la Première guerre mondiale avait émis une telle perspective, l’un des reproches que lui avait fait Lénine était de n’avoir pas mis ses actes en conformité avec ses idées, en l’occurrence de continuer à mener son combat dans le cadre de la stricte légalité des lois de son pays. Dans les années 70 du siècle dernier, toute une partie de l’ultragauche européenne et japonaise justifia son recours à la lutte armée parce qu’elle était convaincue que le capitalisme était l’antichambre du fascisme et que l’on ne pouvait pas y mettre fin autrement qu’en entrant en guerre ouverte avec un tel système. Ce n’est pourtant pas à suivre une telle voie que Lutte ouvrière ou le NPA nous invitent. « Socialisme ou barbarie » ne serait donc que du vent ?

Commentaires

La barbarie ce n'est pas forcément la guerre. Il y a d'autres formes de barbarie. Par exemple la paupérisation d'une population toujours plus nombreuses par le glissement vers le capital d'une part toujours plus grande des richesses produites. La crise actuelle du capitalisme vient justement de ce "partage" toujours plus inéquitable qui accumule des fortunes supérieures aux PIB de certains états, alors que la grande masse des "consommateurs n'est plus en mesure de consommer, donc de faire marcher le système. A l'extrême, ce sont des populations entières, voire des états, qui sont affamés. Si ce n'est pas de la barbarie, alors qu'est-ce que c'est ?....

Écrit par : Michel | 02/09/2009

D'abord il est très clairement fait référence dans les Principes fondateurs et dans tous les derniers livres de Bensaïd à cet état de guerre permanent qui serait le propre du capitalisme mondialisé. D'autre part, tu as raison de dire qu'il y a d'autres formes de barbarie. Mais elles ne sont pas le propre de ce siècle et de ce système. Exemples : la traite des Noirs ou les famines récurrentes sous "l'ancien régime". Ce que je mets en cause c'est la tendance au "de plus en plus". C'est plutôt l'écart entre ceux qui possèdent tout et ceux qui ne possèdent rien, les inégalités, qui ne cesse de croître. Mais il y aurait bien d'autres points à éclaircir à ce sujet.

Écrit par : Gilles | 02/09/2009

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu