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24/08/2009

Il n’y a de bonne gauche que lorsqu’elle perd

« Il y a une espèce d'union de centre gauche qui va commencer à voir le jour entre ce qui sortira du PS, les Verts d’Europe-Ecologie et le MoDem, plus ce qu'ils pourront grappiller dans la gauche radicale. » Quelle clairvoyance chez Besancenot ! Voilà bientôt deux ans que le NPA n’attend qu’une seule chose : que ses adversaires à gauche réalisent cette grande alliance « arc-en-ciel » qui serait la preuve définitive qu’il n’y a qu’une seule gauche, l’anticapitaliste, seule « vraie alternative », il va de soi, à Sarkozy, plaçant ainsi le PC et le Parti de gauche devant un choix : « avec le NPA ou avec le PS et le MoDem ». Alain Krivine, éternel optimiste, ajoutant : « quel spectacle affligeant, ça va peut-être nous renforcer mais il n'y a pas de quoi se réjouir. »

Passons sur le « ça va peut-être nous renforcer », glissé comme ça, alors que rien ne prouve qu’une grande alliance de centre-gauche serait tout bénéfice pour la « vraie » gauche. Bien au contraire, une telle alliance engendrerait très certainement de nouvelles illusions dans l’électorat de gauche et marginaliserait très vraisemblablement les anticapitalistes. Mais surtout, nous n’en sommes pas là. Nous en sommes même très loin. Ce ne sont pas la forme ou le contenu des alliances qui sont en jeu, c’est d’abord et avant tout la question du leadership dans l’opposition. De Royal à Bayrou en passant par Cohn-Bendit, tous ces gens n’ont qu’un seul objectif, disputer au PS, élection après élection, cette hégémonie qu’il avait conquise à la fin des années 70.

Or c’est malheureusement à ce petit jeu que se prête également mon propre parti. Comme si, sans considération de l’état pitoyable dans lequel se trouve aujourd’hui le mouvement social – sans perspectives, sans force, quasi résigné, le dos au mur –, il était possible d’inverser, à l’intérieur de la gauche, un rapport de force qui reste, malgré tout en faveur du PS et pour longtemps encore, tout affaibli et ébranlé qu’il soit par ses échecs successifs à la présidentielle.

Car, tout comme les européennes, les régionales ne sont qu’un banc d’essai pour la présidentielle de 2012. Et c’est bien là le piège. Si nous continuons, nous aussi, à entretenir l’illusion que l’élection présidentielle reste le seul objectif politique digne de ce nom, alors oui, tout est perdu d’avance. Car, en 2012, seul un candidat ayant le soutien du PS peut avoir quelque chance de l’emporter. Le NPA ne peut donc rien attendre d’une telle échéance. En revanche, avoir des élus dans les conseils régionaux, des députés au parlement, des conseillers municipaux dans les villes, et faire la démonstration, dans ces institutions, que des élus anticapitalistes ça peut servir à quelque chose, implique une tout autre stratégie.

Mettre d’éventuels partenaires – dont nous avons absolument besoin pour nous faire élire – devant la seule alternative : avec nous ou contre nous, cela ne sert pas à grand-chose sinon à les contraindre, comme nous l’avons fait aux européennes, à faire cavalier seul, voire à les pousser dans les bras du PS, faute de mieux. Au contraire, leur proposer un programme d’alliance durable dans ces institutions sur un minimum de mesures (mesures à débattre démocratiquement dans toute la « gauche de gauche »), sans préjuger de leur comportement à venir vis à vis du PS, permettrait certainement de bâtir cet embryon d’alternative qui est à construire et dont le mouvement social a obligatoirement besoin pour reprendre confiance.

En vérité, rien ne change au NPA. Persuadé, contre toute évidence, qu’une explosion sociale arrivera tôt ou tard, et qu’il en aura été le héraut, le NPA continue à n’accorder à ces élections intermédiaires qu’un intérêt relatif. Tout au plus voudra-t-il faire de nouveau la démonstration qu’il n’y a de bonne gauche que lorsqu’elle perd. Car tel est bien ce qui se profile à l’horizon de mars 2010 : une nouvelle défaite de la gauche, l’ancienne et la nouvelle confondues dans le même panier.

Commentaires

Toute l'analyse de ce papier, s'appuie sur une affirmation: "Si nous continuons, nous aussi, à entretenir l’illusion que l’élection présidentielle reste le seul objectif politique digne de ce nom, alors oui, tout est perdu d’avance".

Problème, ce n'est absolument pas la position du NPA. Aucun texte, aucune déclaration va dans ce sens. Bien au contraire, le NPA interpelle la "gauche" en lui rappelant qu'au lieu de débattre de l'organisation de primaires pour la présidentielles, elle ferait mieux de s'atteler à la situation sociale actuelle. Et que sur le plan électoral elle ferait mieux de clarifier ses alliances pour les régionales.

Autre affirmation erronée :"Persuadé, contre toute évidence, qu’une explosion sociale arrivera tôt ou tard, et qu’il en aura été le héraut, le NPA continue à n’accorder à ces élections intermédiaires qu’un intérêt relatif".
Dés fin juin le NPA a commencé à rencontrer toutes les organisations susceptibles de participer à un Front anticapitaliste. Et ce thème occupe une bonne place à l'Université d'été et dans l'ensemble des comités locaux avec déjà de nombreux contacts avec les autre organisations.

De plus le NPA analyse la situation actuelle comme un recul de la mobilisation sociale, et que justement cela nécessite le renforcement de l'unité.

Gilles Suze, être critique vis à vis du NPA c'est légitime et utile, mais sur des faits, non sur des affirmations erronées (volontairement?)

Écrit par : VERGNES | 26/08/2009

Sur la présidentielle « ce n’est pas la ligne du NPA ». C’est évident et je le sais. Mais, dans les faits, nous participons effectivement à entretenir l’illusion que la question du pouvoir passe par là en ne faisant pas des autres élections, législatives, régionales et municipales un enjeu majeur. Et pourquoi ? Tout simplement parce que notre « ligne » c’est d’attendre l’explosion sociale qui réglera tout. C’est bien pourquoi aussi nous traitons la question de l’unité comme s’il s’agissait d’une formalité. Prenons la question du PC. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que pour lui maintenir une alliance avec le PS est déterminant. Pour autant, et on l’a vu avec le Front de gauche pendant les européennes, une bonne partie de sa base aspire à l’unité à « la gauche de la gauche » et ne verrait pas d’un mauvais œil de rompre, ne serait-ce que conjoncturellement avec le PS. Profitons-nous de cette brèche ? Non, parce que ça ne nous intéresse pas. Cela fait d’ailleurs des années que la direction de la LCR puis du NPA pense qu’il n’y a plus rien à espérer du PC. Combien de fois n’ai-je pas entendu Krivine l’affirmer et le réaffirmer. Notre ligne à ce propos est claire. Notre objectif est de construire un « nouveau mouvement ouvrier » prétextant la mort clinique de « l’ancien ». Le problème c’est que le « nouveau » n’existe pas et que c’est le « vieux » qui fait encore le gros des mobilisations.

Écrit par : Gilles | 26/08/2009

Je viens juste de découvrir ce topic, quoiqu'avec un peu de retard, je suis d'accord avec Vergnes pour la volonté d'alliance mais d'alliance constructive du NPA. Perso, je suis écologiste et donc forcément anticapitaliste et antiproductiviste et nous profiter de la brèche avec le PC ?! On peut s'entendre sur la défense de la poste et des services publics soit. Mais nous sommes trop divergents sur l'écologie et la défense de l'environnement qui doit être notre priorité à tous. Le PCF soutient le lobby nucléaire tandis que le NPA veut se tourner résolument vers les énergies renouvelables et tant mieux. Je suis partisane d'un rapprochement avec les écolos antilibéraux, alternatifs, décroissants, et tous ceux qui se revendiquent d'être écolos sans avoir rejoint de courant politique, c'est là selon moi que nous pouvons trouver matière à construire une vraie force. Après ...si le PCF voulait bien commencer à prendre au sérieux les questions environnementales en abandonnant notamment son soutien pro-nucléaire...mais il en est hélas encore bien loin...
La force du NPA c'est sa cohérence au milieu des flots de médisances et autres fausses idées véhiculées dans les médias pour l'empêcher de prendre de l'essor par divers fronts gauche...droite...verts libéraux ou autres écolos abusés et égarés.

Écrit par : Nayha | 21/10/2009

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