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13/08/2009

Tout va bien jusqu’ici... mais dans dix ans ?

« La France sort de la récession », titre Le Monde, commentant ainsi une récente déclaration de la ministre de l’économie : « L'économie française est « sortie du rouge »avec une croissance de son PIB de 0,3 % au deuxième trimestre,  a annoncé jeudi 13 août la ministre de l'économie, Christine Lagarde, au micro de RTL. « Après quatre trimestres de croissance négative, la France sort enfin du rouge », a déclaré Mme Lagarde, qui a anticipé l'annonce des chiffres de l'Insee. » Et pourquoi pas ! Au fond, cette légère, très légère reprise ne veut pas dire grand-chose, en premier lieu pour ces centaines de milliers de salariés qui ont récemment perdu leur emploi et qui ne sont pas près d’en retrouver un avant longtemps. Autre chiffre qui vient, apparemment, démentir tous les scénarios catastrophe, la progression de 1,4 % de la consommation en juin.

 

En fait, c’est sur le long terme qu’il faudra juger de l’impact de cette crise, et nous ne disposons dans l’immédiat, et pour cause, d’aucun chiffre statistique pour nous indiquer dans quel état nos économies seront dans cinq, dix ou vingt ans. En d’autres termes, c’est seulement maintenant que nous pouvons apprécier les conséquences des deux grandes crises de 1974-1975 et de 1980-1982. Tout comme la longue crise des années 30, elles ont remodelé profondément nos sociétés. Le travail que devrait fournir nos organisations politiques – j’entends là celles qui ne peuvent se satisfaire du monde dans lequel nous vivons – serait de nous fournir des pistes pour nous en sortir et pas de rester le nez collé à l’actualité immédiate.

 

Car, quel que soit la solidarité que nous devons avoir pour le combat des salariés victimes de tel ou tel plan social, ce n’est certainement pas de leur lutte que les solutions viendront. Se battre contre les licenciements dans l’automobile signifie-t-il que nous sommes pour perpétuer une économie en partie basée sur le « tout automobile » ? Exiger une hausse générale des salaires, et donc le maintient de notre « standing » de vie, est-il compatible avec l’autre combat, celui d’un autre type de développement, plus soucieux des équilibres écologiques ? En vérité, nous restons trop encore dans une unique perspective « productiviste », demandant plus, n’échappant pas ainsi à la logique même du système que nous condamnons.

 

Il est vrai qu’ayant perdu toute idée de ce que pourrait être un autre monde, radicalement différent de celui dans lequel nous vivons, nous ne pouvons imaginer d’autre solution que de rétablir l’ancien ordre, celui d’avant la crise. Ainsi, parlons-nous encore de « partage » du travail et des richesses qu’il produit. Comme si l’on pouvait « traiter la répartition comme chose indépendante du mode de production et en conséquence de représenter le socialisme comme tournant essentiellement autour de la répartition » (Karl Marx, critique du programme de Gotha).

Commentaires

Tiens je m'étais dit en voyant le début du billet, Gilles fait une entorse à sa règle... Pour une fois, il ne va pas taper sur les gauchistes et le NPA.
Zut et zut ! Encore raté !
Après nous avoir parlé de la voie népalaise, Gilles nous décrit une voie, ma foi, fort intéressante... On va choisir la voie où les luttes sont inutiles voire nuisibles à un changement de société. Dans cette voie, on laisse s'opérer la sélection naturelle sans doute. C'est pas le projet capitaliste ça ?
Allez c'est bon quand on ferme la porte, tu rentres par la fenêtre...

Écrit par : JR | 14/08/2009

Le sujet, n'est ni de taper sur les gauchistes, ni sur le MPA... Mais bien de réfléchir sur quelle type de société nous voulons mettre en place, une fois débarrassés du capitalisme. Il est vrai que cela fait longtemps que je m'interroge à ce sujet... En supposant (et là, déjà, il faut faire un gros effort d'imagination), que nous ayons balayé la capitalisme à la suite de je ne sais quels cataclysmes sociaux,... qu'allons-nous faire ensuite ?.... Reproduire les schémas productivistes qui ont amené l'Union Soviétiques aux résultats que l'on connaît, ou bien faire fi de tous les critères économiques et commencer à vivre "selon nos besoins" comme dans le film de Gébé : l'an 01 ?... Le billet de Gilles a quand même le mérite de nous montrer qu'en se plaçant sur le terrain des luttes revendicatives, on est amené à se battre sur ce terrain-là, et de construire un type de société toujours basé sur le productivisme, mais où les fruits de l'effort seraient mieux répartis.

Plus sérieusement, Gilles, plutôt que de nous parler des états d'âme de Mme Lagarde, comment analyses-tu le refus de la CGT de participer aux débats de l'université d'été du NPA ? Côté CGT, ne serait-ce pas la revanche de l'aîle droitière du PCF qui a envie de se venger du Front de Gauche qui leur a été imposé ? Et côté NPA, cela ne va-t-il pas conforter le courant gauchiste qui va avoir beau jeu de dire : "Vous voyez bien, on ne peut rien faire avec eux..."

Écrit par : Michel | 14/08/2009

Jamais Laurel sans Hardy !
Voici que Michel vient au secours de Gilles pour recentrer le débat...
ça c'est sûr ça va être très dur de faire quelque chose avec vous ! J'ai déjà essayé de discuter honnêtement avec vous. Vous agitez un leurre et puis on retombe toujours sur les mêmes accusations qui servent bien tous ceux qui ne veulent surtout pas que les rapports de force bougent.
Mais heureusement vous ne faites ni parti de l'aile droitière du PCF, ni de l'aile gauchiste du NPA. Vous êtes centriste, quoi...
Il faut vite prévenir les syndicats tahitiens qu'ils sont sur la mauvaise pente après leur préavis de grève générale lancée pour le 18 août.
Quant à moi je dirai que c'est encore les DOM TOM qui vont nous montrer la voie !

Écrit par : JR | 14/08/2009

La voie ? Quelle voie ? C'est vrai que maintenant en Guadeloupe, c'est le socialisme ! J'ai dû louper un épisode....

Écrit par : Michel | 14/08/2009

« Nous » (Michel et moi-même) serions contre les luttes ? JR, tu devrais lire correctement ce qu’il y a d’écrit. Ce que je dis c’est que la lutte économique ou syndicale, si tu veux, pour le maintien des emplois dans l’industrie automobile et une meilleure répartition des « bénéfices » par des hausses de salaires n’offre aucune solution pour l’avenir. D’ailleurs ces chiffres sur le maintien conjoncturel de 0,3 % de croissance sont précisément le résultat du plan de relance du gouvernement dans ce secteur. Mais je ne dis pas qu’il ne faut pas lutter. Ce que je critique, en revanche, aussi bien pour la CGT (voir un précédent billet à ce sujet) que pour le NPA (et pour ce dernier c’est encore pus grave), c’est que ça n’offre aucune porte de sortie. Disons pour faire court que la CGT et le NPA se situent sur le même plan. Que le NPA soit plus radical que la CGT ne change rien à l’affaire. Comme le dit Marx on ne peut traiter cette question indépendamment du mode de production. Si ça peut se comprendre pour un syndicat, pour un parti politique qui a pour objectif le socialisme c’est indubitablement une faute.
Michel, sur cette question des rapports CGT/NPA. Le problème c’est que le NPA précisément se place en concurrent de la CGT, comme « super-syndicat » en quelque sorte. D’où le conflit. Le NPA devrait poser la question de l’industrie automobile dans une autre perspective, non-productiviste (ce qu’il ne fait pas). Il se placerait alors face à la CGT sur un tout autre plan. Tu sais que pour moi, l’objectif est justement de mettre fin au partage des tâches entre le politique et l’économique ; de construire au final un mouvement large où syndicats et partis travaillent, chacun dans leur domaine, pour un même but : changer de société. Mais pour cela il faut que le NPA ne se comporte pas en « donneur de leçons », même s’il a parfaitement raison sur le fait que les syndicats n’en font pas assez. Ce n’est pas son rôle. Il est de se situer justement en fonction d’un autre mode de production. Alors il n’y a plus confusion, et je crois alors que la CGT aurait moins d’arguments pour refuser le dialogue.

Écrit par : Gilles | 14/08/2009

Bonjour Gilles,

Si le NPA ne mettait pas au jour l'incompétence de la direction des syndicats, qui d'autre le ferait ? Je peux te répondre "personne" car peu importe les autres partis de gauche, comme le PC, sont trop soucieux de sauvegarder leurs élus, donc ne pas faire trop de vagues.

Je suis convaincuque la majorité des adhérants à la CGT veulent voir leur dirigeant se battre pour eux au lieu d'aller se goinfrer, au frais des imposables, au Fouquet avec sarko.

Jean-Marc

Écrit par : Jean-Marc.fremont | 15/08/2009

Détrompes-toi !... Il n'y a pas que le NPA qui soit critique à certaines orientations de la CGT. Dénoncer les dérives d'un syndicat « de l'extérieur » comme nous l'avons fait depuis 1968 (et à l'époque nous avions des raisons très sérieuses..), est une chose. Mais pas très efficace, et à la limite contre-productive, car cela permet de resserrer des rangs qui s'étaient distandus. Mais combattre « de l'intérieur » les mauvaises orientations ou les directions défaillantes, en est une autre. Or, sur ce point, force est de constater que le NPA ne montre pas beaucoup d'ardeur à inciter ses militants à faire un travail politique de fond dans les syndicats. Ainsi dans ma ville je constate qu'une porte parole du NPA n'est pas syndiquée parce que le syndicat majoritaire (la CGT) est tenue par « les stals », et que le n° 2 du NPA est à FO, on peut se poser la question : « quid de la stratégie syndicale au NPA ?... »

Écrit par : Michel | 15/08/2009

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