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27.07.2009

Sortir du capitalisme : la voie népalaise ! ?

Dans un long article publié dans Marianne, Samir Amin, revisite à grands traits l’histoire du « capitalisme historique ». Rien de neuf dans ce texte. Il reprend le schéma de l’interprétation « classique » chez les « marxistes » de la période comprise entre 1873, où le « capitalisme industriel triomphant du XIXème siècle entre en crise », et la « belle époque »  de 1890 à 1914, « annoncée comme la « fin de l’histoire » par les idéologues en vue de l’époque, [période se terminant provisoirement] par la guerre mondiale, comme seul Lénine l’avait vu », puis se poursuivant « jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale  » et qui sera celle des « guerres et révolutions ».

 

Il applique ensuite ce même schéma à la « nouvelle » période qui suit les belles années de l’après-guerre : « La seconde crise systémique du capitalisme s’ouvre en 1971 […] Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. » Mêmes causes, mêmes effets, la conclusion s’imposant sans discussion possible : « Nous sommes parvenus aujourd’hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d’une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». »

 

Samir Amin n’est pas le seul économiste « anticapitaliste » à nous resservir sans précaution cette vieille thèse qui conduit à remettre au goût du jour la toute aussi vieille « alternative » émise la première fois par Rosa Luxemburg (en s’appuyant néanmoins sur Engels) à la vieille du premier conflit mondial : « socialisme ou barbarie ». Ce qui, soit dit en pensant, ne fait pas de Lénine, comme il est dit dans cet article, le seul « clairvoyant » de l’époque, d’autant que l’idée que l’on allait vers la guerre était alors le sentiment le mieux partagé en Europe. Mais passons sur ces accommodements avec la vérité historique. Contentons-nous de remarquer que, depuis des lustres, aucun courant, se réclamant peu ou prou du « marxisme », n’a varié d’un pouce sur cette vieille thèse qui voudrait que, selon la formule de Jean Jaurès, « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. »

 

Cette thèse, le NPA l’a d’ailleurs incluse dans ces Principes fondateurs, et son théoricien, Daniel Bensaïd en a fait, tout comme Samir Amin, la pierre angulaire d’une grande partie de son œuvre : « la première guerre du Golfe et l’expédition Tempête du désert [n’a été] que le premier épisode d’une logique de guerre avec pour enjeu un nouveau partage du monde et une redistribution des alliances dont la rupture des équilibres d’après-guerre ouvrait la possibilité […] Guerres et croisades sans limites, inégalités abyssales, déchaînement des fanatismes religieux et nationaux : l’horizon est lourdement plombé », expliquait-il déjà dans La lente impatience en 2004.

 

Mon intention n’est pas, du moins ici, de démonter preuves à l’appui cette vision unilatérale d’une Histoire pour le moins arrangée. Quelles furent, au fond, les origines de la Première guerre mondiale ? Bien des historiens sérieux se posent encore la question. Quand à la seconde, il n’est pas prouvé qu’elle ne fût en somme que la conséquence ultime, et nécessaire, de la crise de 1929. Je ne mettrais pas en cause, non plus, leur conclusion. Il me faudrait pour cela reprendre toute l’interprétation qu’ils font de ce « long XXème siècle » – 1873/1990 – qui aurait vu le « déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant […] et celui d’une première vague triomphante de révolutions anticapitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti-impérialistes des peuples d’Asie et d’Afrique. »

 

Je m’attacherai uniquement à poser la question suivante. Si la période dans laquelle nous sommes aujourd’hui est bien encore (et toujours) celle des « guerres et révolutions » : où sont ces guerres et surtout où sont ces révolutions ? Car sur quoi débouche finalement tout ce pathos apocalyptique ? Samir Amin nous donne une réponse, qui par son aspect dérisoire, invalide en quelque sorte sa prétendue démonstration. Evoquant «  Le défi […] auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l’internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique », il suggère : « la construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant [ainsi] la perspective d'un dépassement du capitalisme. »

 

Je sais qu’il est de bon ton désormais dans les cercles de la gauche radicale, faute d’autres expériences plus significatives, de nous faire prendre les avancées de la démocratie sociale en Bolivie ou au Venezuela – avancées relativement limitées et inscrites dans des processus conformes à cette « démocratie bourgeoise » dont ces mêmes cercles ne cessent pourtant de toujours critiquer l’illusion et l’incompatibilité avec une « vraie » révolution –, pour ce qui se fait de mieux aujourd'hui en matière d'anticapitalisme, mais le scénario népalais, ça je ne l’avais pas encore entendu.

 

Plus inquiétant, est le rôle que semble vouloir donner Samir Amin à l’Etat chinois dans cette période : « La stratégie de la Chine se contente d’œuvrer pour la promotion d’une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats-Unis, ni l’Europe ne pensent acceptable. » […] La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l’obstacle majeur au bellicisme de l’OTAN. »

 

Sachant que la nouvelle donne au Népal a consacré la « victoire » des maoïstes sur l’Etat semi-féodal, peut-on en déduire que Samir Amin attribue, dans la période, à cette Chine « capitaliste » et « communiste » à la fois, un rôle « progressiste », comme on disait autrefois ? Certainement, je suppose, grâce à l’apport déterminant de la pensée du « Président Mao », mis au même rang que Marx et Lénine comme grand penseur de l'émancipation sociale.

24.07.2009

"Reconquête industrielle " ou luttte contre les licenciements ?

Etrange façon de présenter ces conflits sociaux où les salariés menacent de faire « exploser » leur entreprise si l’on ne répond pas à leurs exigences d’indemnités : « Depuis plusieurs jours, de nombreux médias et le gouvernement essaient de réduire les luttes sociales au seul combat, souvent désespéré pour l’obtention d’indemnités supplémentaires de licenciement. » Etrange parce que venant de la direction confédérale de la CGT, mais somme toute dans l’ordre des choses. Cette médiatisation, il est vrai sélective de ces conflits, ne va pas précisément dans le sens de l’orientation cégétiste de « reconquête industrielle » et de préservation ou de reconquête de l’emploi.

 

La CGT, sur son site, donne ainsi des contre-exemples qui n’ont pas les faveurs des grands médias. Mais qui est responsable de cet état de chose ? La CGT ne manque pas de moyens pour populariser ces luttes comme celle des Molex, de Sonas ou de la SBFM. En outre, on trouve dans la presse de nombreux témoignages de lutte un peu partout dans le pays et pas forcément les plus connues. Quant au gouvernement, il s’en passerait bien de ces conflits qui montrent de quelle façon les grands groupes ont su mettre à profit les milliards d’euros de son « plan automobile », plan auquel participe des dirigeants syndicaux comme Bernard Thibault au travers d’un « Comité stratégique pour l’avenir de l’automobile ».

 

Il est vrai aussi que cet objectif de « reconquête industrielle » a de quoi laisser perplexe les salariés de ces entreprises auxquels on ne laisse plus d’autre alternative que de partir. Qui décide des grands choix industriels, de qui doit partir et de qui doit rester ? Et à quel niveau ces décisions se prennent-elles ? Le sort qui est réservé à la sous-traitance c’est bien de n’en jamais rien savoir. Enfin, ces combats ne sont pas forcément « désespérés » comme semble le dire la CGT.

 

En témoigne ce communiqué des New Fabris : « Réunis en assemblée générale ce jeudi 23 juillet à 13h, les salariés de New Fabris ont décidé de continuer leur mouvement car ils considèrent que les 11 000 euros avancés par M. Estrosi la veille ne sont pas suffisants. Nous exigeons toujours une prime de licenciement de 30 000 euros en plus des indemnités légales. Nous appelons l’ensemble des salariés des entreprises qui, comme nous, sont sous la menace d’une fermeture de leur entreprise ou de licenciements, du bassin châtelleraudais et de toute la France, à nous contacter de façon à coordonner nos luttes et à former un collectif contre les patrons voyous et licencieurs.. »

 

Que la CGT participe à un très haut niveau à ce qu’elle prend pour une « reconquête » de l’industrie automobile mais qui n’est qu’un redéploiement avec son lot de fermetures de sites et de licenciements, pourquoi pas. Encore que l’on se demande en quoi cela peut servir les intérêts des salariés au vu des résultats. Cela ne la dispense pas de toute façon de coordonner toutes ces luttes locales, de leur donner un objectif central, comme le souhaitent les New Fabris. Mais la direction confédérale est-elle prête à une quelconque épreuve de force ? On peut parfois en douter.

23.07.2009

« Que faire du PS ? » ou la « dérive droitière » du NPA ?

Sous la plume de Fred Borras, membre de la direction du NPA, on  peut lire ceci à propos de la crise du PS : « La question est posée : que peut-on faire ou non avec le PS ? » Bonne question en effet dont il faut regretter que le NPA ne se la pose pas sans ambiguïté. Car cette question nous sommes quelques uns à l’avoir déjà posée en ces mêmes termes. Or nous avons eu le droit immédiatement à un tir de barrage. Pour nos contradicteurs, cela revenait à dire que nous étions pour une alliance avec le PS, or, précisait ces camarades, le « NPA ne veut pas se prostituer comme le PCF et le PG ! ». Telle était donc la rhétorique courante, du moins comprise comme telle par de nombreux membres de la majorité.

 

Mais les choses ne sont pas aussi simples. En effet depuis plusieurs années, la LCR, le NPA aujourd’hui, fait une différence « subtile » (ou présentée comme tel) entre la droite – l’UMP, le MoDem… – et le PS. Quand le PS arrive seul en tête (ou allié avec le PC et les Verts) dans une élection au 1er tour (présidentielle, législatives, municipales), nous appelons à « battre la droite », ce qui revient de facto à voter PS, mais sans le dire clairement. Mieux, aux municipales nous proposons au second tour des « fusions techniques » (autre subtilité) avec le PS. En revanche quand le PS est allié avec le MoDem, nous ne donnons aucune consigne de vote ce qui revient dire qu’il n’y a pas d’autre alternative que de s’abstenir

 

Toutes ces « subtilités » ne sont pas sans poser problème et n’éclairent guère notre électorat qui à 80-90% vote à « gauche » au second tour. Ainsi les Verts, dont nous admettions jusqu’ici le positionnement à gauche, où les situons-nous désormais ? Au cours de la campagne des européennes, il semble bien que nous avons qualifié leur liste de « libéral-écologiste » ou quelque chose d’approchant. Je voudrais bien d’ailleurs que l’on m’explique en quoi les Verts seraient aujourd’hui plus « social-libéral » que le PS. Quant au PC, excusez du peu. Quelques décennies de collaboration avec le PS au pouvoir, ça laisse des traces ; sans évoquer notre cher Mélenchon, membre pendant trente ans de ce parti et une fois ministre. Ajouter à ça, cerise sur le gâteau, qu’à deux reprises au moins, en 2002 et 2009 (Hénin-Beaumont), nous avons assez clairement appelé à battre le Front national, donc à mêler nos voix à celles de la droite parlementaire.

 

Alors comment se sortir de ce guêpier ? Fred Borras propose ceci : « Pour conserver une chance de rebattre les cartes, il faut choisir l'indépendance, populariser un projet anticapitaliste et œuvrer ensemble au changement du rapport de forces. Dans la rue, dans les urnes, dans les institutions. » Oui, vous avec bien lu, non seulement dans la rue (orientation classique du NPA) mais aussi dans les urnes, et mieux encore dans les institutions ! Là apparemment, Borras aurait dépassé les bornes. Je sais que, péniblement, nous avons réussi à faire passer dans l’orientation du NPA, des amendements qui vont dans ce sens. Mais beaucoup de membres lambda de la majorité ne l’ont pas entendu ainsi. Pour eux, le NPA c’est le « parti des luttes », point ! Les élections comme « tribune », passe encore, mais « changer les rapports de force dans les institutions », alors là on est en carrément dans une « dérive droitière ». Ça va chauffer dur à Leucate en août et au CPN à la rentrée !

 

Et c’est là que tout ce salmigondis autour de « l’indépendance », « fusions techniques » et autre « mais nous faisons la différence entre le PS et la droite » devient problématique. Car s’il est possible de changer le rapport de force dans « la rue, les urnes et les institutions », je ne crois pas la direction du NPA assez naïve pour croire que ça va se faire sans alliance avec non seulement le PG mais aussi avec le PC et, last but not least… avec certains socialistes (un peu comme en 2005 lors du référendum contre le TCE). Car comment en effet passer de 5, 6 ou 7 % à 15, 20, voire 30 % (nécessaire pour dépasser le PS) si l’on reste accroché, comme l’alpiniste à son rocher, à notre orientation « révolutionnariste ». En d’autres termes comment arriver à réconcilier l’inconciliable ?

 

Pour bien comprendre le problème, faisons un petit retour dans le passé. Jadis, les trotskistes (et les communistes avant qu’ils ne deviennent staliniens) proposaient pour résoudre ce problème ce qu’ils appelaient le « front unique ouvrier ». Décrypté, cela signifiait que dans « les luttes, les urnes et les institutions », ils proposaient aux autres « partis ouvriers » réformistes ou « centristes » (c’est-à-dire hésitant entre la réforme et la révolution) des alliances (de la base au sommet) sur la base d’un programme dit de « transition », pour répondre à la crise sociale et politique du moment.

 

Premier problème, cette tactique-là, ce n’est pas ce que le NPA propose aujourd’hui. Exiger d’éventuels alliés qu’ils s’engagent à « populariser un projet anticapitaliste », c’est, ni plus ni moins leur demander de se rallier à la totalité de notre orientation. Second problème, le PS est-il encore un « parti ouvrier », pas au sens sociologique du terme (le NPA ne l’est pas plus) mais parce qu’il serait encore dans la posture d’un parti défendant en partie les intérêts des classes populaires. On peut en douter. Ainsi, nous ne pouvons pas apparemment appliquer au PS cette bonne vieille tactique du FUO. Trop tard. En revanche, cela pourrait se comprendre avec le PG et le PC. Mais ce n’est pas ce que nous leur proposons.

 

Qu’est-ce qui cloche alors ? Tout simplement les fondements même de l’orientation du NPA, c’est-à-dire tous le « corpus idéologico-politique » qui la sous-tend, en gros la vieille orientation « communiste-révolutionnaire » dont le FUO est l’un des fleurons avec cette « révolution » au bout du bout, ce moment où tout bascule. Cette orientation, en effet, dont le FUO constitue un leurre (pour « plumer la volaille » socialiste, disait-on), est inapplicable aujourd’hui, si tant est qu’elle le fut un jour. En 1983, Immanuel Wallerstein, un historien américain, aujourd’hui très proche de l’altermondialiste et de l’anticapitalisme, et fort réputé, écrivait ceci : « Le communisme se trouve en Utopie, c’est-à-dire nulle part. C’est un avatar de toutes nos eschatologies religieuses […] Ce n’est pas un projet historique, mais une mythologie vivante. Le socialisme, au contraire, est un système historiquement réalisable […] qui maximiserait l’égalité et l’équité d’un système, qui augmenterait le contrôle exercé par l’humanité sur sa propre existence (la démocratie) et qui libérerait l’imagination humaine. »

 

Pensons à ce qu’un tel projet impliquerait dans l’état de la gauche et du mouvement social. Peut-être pourrions-nous y retrouver en partie de ce que propose Fred Bourras dans l’immédiat, mais pas tout, et surtout pas ceci : « Une domination de classe ne peut pas être éliminée par voie de réformes. Les luttes peuvent permettre de la contenir, de lui arracher des mesures progressistes pour les classes populaires, pas la supprimer.  En 1789, la domination de la classe privilégiée de l'Ancien Régime n'a pas été abolie par des réformes. Il a fallu une révolution pour l'éliminer. Il faudra une révolution sociale pour abattre le capitalisme. » [Principes fondateurs du NPA] Avec une telle interprétation de la révolution française – évidemment ça ne s’est pas passé comme ça – et en souhaitant la répéter, on se condamne à l'impuissance. D'où, pour corriger le tir, ces petits aménagements que nous propose aujourd'hui le direction du NPA, au risque d'une dérive « droitière et opportuniste ». Mais ça, ce n'est pas moi qui le dit. J'en laisse le soin à d'autres.

22.07.2009

Le « pactole » ou ça explose !

La forte croissance de la création d’entreprises en France depuis plus d’un an a une explication toute simple : faute de retrouver un emploi, on se le créée, la plupart du temps dans des prestations de services. Il suffit d’ailleurs de regarder de plus près qui sont ces nouveaux « chefs d’entreprise » pour comprendre qu’il ne s’agit là que d’un palliatif : plus de 50% n’ont pas le bac ; plus de 40% ont eu précédemment un emploi d’ouvrier ou d’employé ; 30% sont des femmes ; moins de 25% sont des jeunes. Enfin ces créations génèrent peu d’emplois : plus de 90% des entreprises créées ont moins de 10 salariés.

 

Quand on rapproche ces données là, de ce qui se passe pratiquement chaque semaine sur le front social, on finit par avoir une claire appréciation de l’état d’esprit qui règne désormais là où la crise frappe. On ne se bat plus contre les plans sociaux et les licenciements (comme à Molex), mais pour obtenir les meilleures conditions de départ (comme à New Fabris, Nortel ou JLG). A la fois pour pallier le manque à gagner qui va résulter, pendant plusieurs années, de cette perte d’emploi, et pour éventuellement monter sa « petite entreprise ».

 

C’est là, pour tous les observateurs de la chose sociale, une situation inédite. En gros, on ne croit plus aux solutions de relance, celles qui sont prônées par les organisations syndicales et les partis politiques. Pas plus que l’on accorde le moindre crédit au « tous ensemble » qui avait fait les beaux jours des mobilisations de 1995 ou de 2005. Un cas extrême : récemment une quinzaine d’ouvriers se sont battus pour être… inclus dans le plan de licenciements car ils avaient déjà en tête de s’installer à leur compte, et pour cela souhaitaient bénéficier de la « prime de départ ».

 

Cette sortie de secours, les salariés concernés ne l’ont pas choisie. Elle s’impose à eux. Qui peut raisonnablement penser que dans les mois qui viennent la politique économique et sociale du gouvernement pourrait changer ? Qui peut espérer voir tout aussi soudainement les directions confédérales – mais il faudrait qu’elles y soient poussées – rassembler et mobiliser pour préparer une « grève générale ». Qu’ont apporté les mobilisations de l’hiver et du printemps dernier ? Rien. Et qui aurait les moyens d’inverser la tendance ? Personne.

 

Le vote de la nouvelle loi sur le travail le dimanche illustre assez bien la situation présente. Si la gauche politique et syndicale n’en veut pas, les salariés s’en fichent. Bref c’est le divorce entre les représentants et leurs mandants. On l’avait déjà constaté lors des élections prudhommales ; on l’a vu se manifester lors des dernières élections avec des taux d’abstentions record chez les jeunes, les ouvriers et les employés. Mais ce divorce, loin de favoriser une radicalisation qui pourrait bousculer les « vieilles » directions, produit l’effet inverse. Quiconque affirme aujourd’hui que la tendance pourrait se renverser bientôt, à la rentrée par exemple, est un sot.

21.07.2009

Laisse aller, c’est un Valls !

C’est le feuilleton de l’été. En sommant le député-maire PS d’Evry de se soumettre ou de se démettre, Martine Aubry lui a tendu une sacrée perche. En quelques jours, cet homme politique, dont il serait bien difficile de retenir ce en quoi il se différentie radicalement de ses collègues socialistes, est devenu le courage même, celui qui dit la vérité sur le PS et la gauche. Il n’y a pourtant pas dans ses déclarations de quoi fouetter un chat. Ségolène Royal, il y a encore peu de temps, ou surtout Michel Rocard quand il s’opposait à Mitterrand dans les années 70-80, ont été autrement plus virulents.

 

Mais c’est comme ça désormais au PS, quand on n’a rien à dire, on ouvre sa gueule. Dray, dont on ne compte plus les revirements, englué dans une sale histoire dont il est bien difficile de comprendre les tenants et les aboutissants, vient de faire de même. Jack Lang, qui tout comme Dray ne représente plus que lui-même, c’est-à-dire rien, itou. A qui le tour ? C’est le syndrome Sarkozy : se pousser du col, tirer contre son camp, comploter, s’agiter beaucoup, tout faire et surtout n’importe quoi pour devenir « calife à la place du calife ». Sarkozy avait eu Chirac. Rocard, Mitterrand. Pour Royal c’était déjà devenu problématique, mais du moins avait-elle eu cet insigne honneur d’avoir réussi à se mettre tout le monde à dos. Quel talent ! Valls n’a face à lui qu’un ventre mou.

 

Voir cette « affaire » Valls, comme le dernier épisode du combat gauche-droite à l’intérieur du PS, s’est accréditer l’idée qu’il y aurait encore de la « gauche » au PS. Ce fut la farce du dernier congrès du PS. Elle continue. Mais seule la droite peut tirer profit de ces querelles picrocholines. Si ce que dit Valls est vrai, si le PS est encore (ou trop) « socialiste », pourquoi devrions-nous alors nous en prendre à ce parti, admonester tous ceux qui, à la « gauche de la gauche », pensent encore – comme au PC – que tout n’est pas joué ? « Aubry-Besancenot même combat ! », tel est le message que l’on souhaite faire passer. En d’autres termes, en faisant tout ce foin autour de cette pitoyable affaire, on voudrait nous faire admettre, une bonne fois pour toute, qu’il n’y a de vraie gauche que lorsqu’elle ne peut plus prétendre à rien, et d'autant moins au pouvoir.

20.07.2009

Les ambiguïtés du vote « protestataire »

A Aix-en-Provence, c’est donc l’UMP qui l’a finalement emporté de 187 voix sur la coalition PS-MoDem-Verts. Au-delà de l’anecdote, ce résultat, qui arrive après plusieurs autres défaites de l’opposition, est symptomatique de la conjoncture que nous traversons.

 

Premier enseignement, la crise n’inverse pas le rapport de force électorale droite/gauche qui reste en faveur de la droite au pouvoir depuis un peu plus de deux ans. Il ne faut cependant pas mythifier ces succès de la droite. Ce phénomène est en grande partie dû à l’abstention massive des « classes populaires ». Cette abstention, deuxième enseignement, a une cause connue : qu’elle s’allie ou non avec le MoDem ou avec ses anciens partenaires de la « gauche plurielle » (Verts, PC), la gauche socialiste n’arrive pas à mobiliser. Il faut dire que les atermoiements de la direction du PS, incapable de faire un choix clair d’alliance, ne peut que déboussoler son électorat. Mais, troisième enseignement, même quand elle présente un front uni, la « gauche de gauche » ne fait pas mieux. La crise de la gauche est donc un phénomène profond et général.

 

Cette crise est d’abord une crise de projet. Pour la gauche socialiste c’est une évidence. Les électeurs de gauche sont parfaitement en droit de se demander si cette gauche ferait mieux et plus en leur faveur que la droite si elle était au pouvoir. Pour la « gauche de gauche », en revanche, il est remarquable que l’aspect protestataire de son discours ne suffise pas à enclencher une dynamique. On peut même se poser la question : pourquoi un électorat, certes différent, comme celui du Front national, arrive dans certaines occasions à se hisser électoralement au niveau des partis institutionnels alors qu’il semble inaccessible pour la « gauche de gauche » ?

 

Deux raisons à cela. La première est que ce « front » de la « gauche de gauche » n’apparaît pas acquis. En deux occasions – 2007 et 2009 – il n’a pas été possible. La seconde, qui est la cause de la première, c’est qu’entre les trois principales forces politiques de la « gauche de gauche », on diverge radicalement sur la question de la « gestion » des institutions. Ainsi, non seulement une partie de cet électorat ne voit pas comment cette « gauche de gauche » pourrait « gouverner » sans un minimum d’accord avec le PS, ce que le NPA se refuse à faire ; mais encore, c’est l’attitude qu’adopte le NPA par rapport à ces institutions qui ne peut qu’inciter l’électorat potentiel de la « gauche de gauche » à s’abstenir.

 

Car si le NPA a parfaitement raison de refuser de se retrouver dans une situation de cogestion avec le PS, peut-il cependant raisonnablement écarter l’idée de postuler à la gestion de ces institutions ? L’orientation du NPA – priorité à la lutte revendicative avec pour objectif, à terme, sa généralisation sous la forme d’une grève générale prolongée – ne revient-elle pas, au final, à discréditer toute participation aux processus électoraux ? C’est bien ainsi que l’entendent une partie des militants du NPA et de son électorat. Pour les futures régionales, si cette ambigüité n’est pas levée, grand est le risque de voir se reproduire les mauvais résultats des européennes et de ses élections municipales partielles. A moins que d’ici là, nous ne connaissions un embrasement du terrain social. On peut toujours rêver !

17.07.2009

Une « gauche de gauche » sans ambition

Qui va l’emporter dimanche à Aix-en-Provence ? L’UMP ou la coalition PS-MoDem-Vert à laquelle est venu s’adjoindre le dissident de la droite dont le recours avait fait annuler le scrutin de 2007 ? Si cette coalition, dont les maîtres d’œuvre seraient, selon certaines sources, les « royalistes » de la région PACA, voilà qui invaliderait l’antienne comme quoi la gauche socialiste ne peut vaincre qu’en récupérant son électorat populaire. Il est vrai que cette élection, tout comme en 2007, va se jouer à quelque centaines de voix et que Aix n’est pas à proprement parler une terre d’élection de la gauche.

 

Il n’empêche que nous nous trouvons là devant un cas d’école. Si le NPA croit à ce qu’il dit – que le PS a définitivement basculé dans le camp adverse (ce qui n’est pas nouveau) – et qu'il est juste de ne pas vouloir gouverner avec lui, alors la « gauche de gauche » (NPA-PCF-PG) qui avait obtenu un peu plus de 8 % aux européennes auraient dû selon toute logique faire un bon score dimanche dernier. Or il n’en a rien été puisqu’elle a obtenu un peu plus de 4% des exprimés. Comme quoi, même dans un cas de figure théoriquement favorable, son discours n’arrive pas à mordre sur un électorat populaire qui a manifestement préféré s’abstenir, comme si l’enjeu ne l’intéressait pas.

 

Que le même phénomène se soit produit récemment dans trois élections partielles (Hénin-Beaumont, Perpignan et Aix) montre à l’évidence que la « gauche de gauche » n’apparaît pas dans l’immédiat comme une alternative possible. Et pour cause. Ecartelée entre un NPA qui n’affiche aucune ambition « gestionnaire » et un PC qui s’interroge encore s’il doit encore faire un bout de route avec le  PS ou s’en détacher, en quoi cette « gauche de gauche » pourrait-elle être attractive ? Certes le PG affiche plus clairement son ambition (gouverner), mais elle ne peut devenir crédible que si ces deux autres partenaires s’y rallient. En outre, et ceci est déterminant, le PG (il en est de-même pour le PC) reste essentiellement sur une orientation « électoraliste » et n’affiche pas la même détermination que le NPA à soutenir les luttes et à vouloir les généraliser.

 

En somme, la « gauche de gauche » se refuse à faire cette mue qui la ferait passer de simple coalition électorale en véritable force d’opposition. En continuant, chacune pour leur part, à préconiser des voies non convergentes, les trois composantes de la « gauche de gauche » pérennisent ainsi l’idée que la résolution des problèmes internes au PS est la clé de la situation. Comme si ce qui se passe aujourd’hui dans ce parti était réversible. Comme s’il y avait dans ce parti un appareil qui hésiterait encore entre deux marches à suivre : rompre avec le capitalisme ou s’en accommoder.

 

A Aix, la « gauche de gauche » est contrainte par sa faute à la pire des solutions. Dimanche elle n’appellera pas à voter pour la coalition PS-MoDem-Vert – à juste raison – mais elle n’appellera pas plus « à battre la droite », sinon du bout des lèvres (« Madame Joissains rassemble la droite la plus dure et la plus réactionnaire. Elle est la représentante de la politique de Sarkozy, c’est pour cela qu’il faut combattre cette droite. ») Or, cette configuration a de grande chance de se reproduire à une vaste échelle en 2010 lors des régionales. La « gauche de gauche » va-t-elle prendre ce risque considérable de faciliter la reprise par la droite de plusieurs régions ? Avec les régionales la « gauche de gauche » joue son avenir.

15.07.2009

« Nouveau « Mai 68 » ou Nouveau « Mai 81 » ? Ni l’un, ni l’autre !

Réponse au texte des camarades de la région toulousaine

J’aime bien finalement la façon sans nuance avec laquelle vous posez le problème : « Nouveau « Mai 68 » ou Nouveau « Mai 81 » ? Je vous réponds, tout aussi sans nuance : ni l’un, ni l’autre ! En vérité, il me semble qu’au lieu de regarder devant vous, vous vous accrochez à de vieilles lunes. « Le drame des Français […], comme le disait Marx en septembre 1870 dans une lettre à César de Paepe, à propos des événements parisiens à la veille de la Commune, ce sont les grands souvenirs ! Il faudra une fois pour toute que les événements brisent ce culte réactionnaire du passé ! » Tel est bien le « drame » aussi du NPA (mais aussi de tous les « révolutionnaires ») qui n’arrive pas à tourner la page d’une très longue période, celle qui a vu l’Europe, en proie au chaos, cinq siècles durant, de guerres religieuses en guerres dynastiques, de guerres civiles en guerres mondiales et au final, au cours du dernier siècle, le mouvement social se scinder entre « réforme ou révolution », tandis que, parallèlement, nous assistions à la naissance et à l’expansion d’une économie-monde capitaliste aujourd’hui en phase terminale ou d’achèvement, si nous préférez.

Je ne développerai pas ici ma thèse principale sur laquelle je fonde tous mes propos, ce serait trop long, mais sachez au moins la prendre en compte quand j’affirme que cette longue ère des révolutions est aujourd’hui close, du moins au centre de cette économie-monde, c'est-à-dire de l’Europe à la Russie, dans une grande partie de l’Asie (Chine, Inde, Japon), et pratiquement dans tout le continent américain. Car cette ère, qui a vu l’expansion de cette économie-là à la planète entière, a été aussi celle, conjointement, de l’émergence des Etats-nations jusqu’à leur relative stabilisation à la fin du siècle dernier. Or qu’ont été les « révolutions » (religieuses, dynastiques, politiques et sociales…), sinon des « moments » de crise, limités à quelques décennies (dix, vingt, trente, voire quarante et parfois plus encore), produit de l’édification « interstitielle », chaotique et problématique de ces Etats, jusqu’à ce qu’un point d’équilibre s’établisse après moult tentatives entre les « classes », les « ordres », les différents groupes, ensemble et sous-ensembles « sociaux », « ethniques », « linguistiques », « culturels », etc., autour d’un système politique accepté, bon gré mal gré, par toutes les parties. Ainsi, l’Etat dit « providence » fut la contribution de la classe ouvrière industrielle, la dernière pierre apportée à la construction de cet Etat moderne. Et c’est pourquoi, ayant peu ou prou atteint cet objectif, cette classe-là a épuisé aujourd’hui toutes ses potentialités révolutionnaires. Mais qui dit fin de « l’ère des révolutions » doit convenir aussi « fin des réformes », au sens où cette économie-monde capitaliste ne peut plus, sans remise en cause des rapports sociaux sur lesquelles elle s’appuie, aller au-delà de ce qu’elle a donné comme systèmes politiques, c’est-à-dire cette démocratie inachevée, partielle, « partitocratique », dont les maîtres et leurs serviteurs ne sont qu’une minorité à pouvoir réellement bénéficier.

 Pour autant « fin des révolutions et des réformes », ne signifie pas « fin de l’Histoire », mais entrée dans une autre ère, celle d’où peut naître du vieux monde, un autre monde, un autre mode historique de développement fondé sur de nouveaux rapports sociaux, ce qui n’est pas certain car il n’y a pas de raison et de sens dans l’Histoire. Mais ce qu’il faut admettre d’emblée, c’est que, tout comme il a fallu cinq à six siècles pour que les rapports sociaux salariés deviennent dominants, il faudra beaucoup de temps pour leur en substituer de nouveaux. Plus, autant ou moins, mais certainement pas quelques jours, quelques mois ou quelques années. C’est bien pourquoi, il faut renoncer à cette idée d’une « grève générale » qui règlerait tout et dont Marx et Engels, en leur temps, s’étaient abondamment moqué ou à cette « crise finale », à cette « dernière crise » du capitalisme, que Lénine, Luxemburg ou Trotski avaient cru concevoir théoriquement au moment du ou quelques années avant le premier conflit mondial. Le temps historique est un temps long qui n’a rien à voir avec le temps court de la politique.

Loin de moi cependant l’idée qu’il ne pourrait plus y avoir de crises, cycliques, générales ou systémiques et encore moins des crises politiques ou sociales (et des guerres) dans cette nouvelle ère. Ces crises sont le propre même de cette économie-monde, sa façon très particulière de se régénérer et de « résoudre » momentanément ses « contradictions ». Nul doute non plus que ces « moments » pourront être mis à profit pour commencer à bouleverser les rapports sociaux existants. Ce que je conteste en vérité, ce n’est pas l’objectif, mais les moyens, les outils pour y parvenir. En gros, c’est le schéma qui avait cours jusqu’ici qui me semble définitivement invalide. Je le rappelle, pour mémoire : « Les conditions bourgeoises de production et d'échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d'échange, ressemblent au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu'il a évoquées. Depuis des dizaines d'années, l'histoire de l'industrie et du commerce n'est autre chose que l'histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionne l'existence de la bourgeoisie et sa domination […] Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D'un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives; de l'autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. Les armes dont la bourgeoisie s'est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd'hui contre la bourgeoisie elle-même. » (Le Manifeste communiste)

Ou plutôt, ce qui n’était qu’une présentation succincte, synthétique ou abstraite, pour les besoins de la démonstration et destiné finalement à la résolution d’une situation très précise (n’oublions pas que ce Manifeste était d’abord destiné à la question allemande), s’est finalement rétréci à quelques formules-recettes dont la plus connue est celle qui a fait du prolétariat industriel, le fossoyeur de ce vieux monde, et de la « révolution » violente au cours d’un processus de mobilisation et de radicalisation, le moyen de son renversement. C’est ce schéma là, dans toute sa stupide limpidité, qui est en cause.

Cela signifie en pratique que nous devons revoir de fond en comble notre vision de la « transformation révolutionnaire » de la société, de cette transition nécessairement très longue entre un vieux monde qui est encore debout, et qui reste malgré tout d’une extraordinaire vitalité, et ce nouveau monde auquel nous aspirons mais que nous ne sommes qu’une infime minorité à envisager.

Je prendrai deux données du problème soulevé : celle de la « démocratie » et des « institutions électorales » d’une part ; celle de « l’unité » d’autre part. Quand j’explique que l’ère des révolutions est close, je signifie par là que ces révolutions furent un moyen historique pour construire des Etats-nations avec des systèmes politiques de représentation unifiant la société civile, et qu’une fois ce processus stabilisé, avec l’accord des différentes composantes de cette société civile, il est difficile désormais d’envisager que ces systèmes s’effondrent, même sous l’effet d’une crise politique, sociale, économique, voire d’une guerre. Les Etats qui ont connu un tel sort – condition nécessaire pour qu’une « révolution » puisse en surgir – comme l’Etat bonapartiste en France en 1871 ou l’Etat tsariste en Russie en février 1917, n’étaient pas des Etats-nations stabilisés. L’exemple contraire – mais il y en a bien d’autres – c’est l’Etat français sorti de l’écrasement de la Commune au cours des premières années de la IIIe république. Cet Etat-là qui a connu, en un peu plus de cinquante ans (1914-1968),  deux grandes grèves générales (juin 1936 et mai 1968), deux guerres mondiales et plusieurs guerres coloniales (Indochine, Algérie), même très sérieusement ébranlé (songez à ce que fut la défaite militaire de la France en 1940), ne l’a finalement jamais été suffisamment pour permettre le surgissement d’une « révolution ».

J’entends déjà l’argument : il n’y avait pas de « parti ». Mais il n’y en avait pas en 1871, mais 400.000 fédérés armés face à une armée débandée de quelque 20.000 hommes. Quant à 1917, s’il n’y avait pas eu quelque 2 millions de paysans et d’ouvriers armés n’obéissant plus à leur commandement suite à de lourdes défaites militaire, ce parti, aussi bien préparé fut-il, n’aurait jamais pu s’emparer du pouvoir. En d’autres termes, le problème n’est pas, n’est plus (l’a-t-il été ?), celui du parti mais des conditions préalables et nécessaires à l’effondrement de l’Etat. Or ces conditions, dans notre système interétatique mondial, n’existent plus dans les mêmes termes que dans les siècles précédents.

C’est pourquoi, à mon sens, la question des institutions « électives » devient désormais centrale, décisive, stratégique. Car c’est grâce à ces institutions nationales, supranationales ou internationales que la société civile tient dans cet équilibre instable qu’est l’économie capitaliste. C’est grâce à ces institutions que cet Etat-système étendu au monde entier, par ses actions de régulation ou de dérégulation, selon les moments et les besoins, rend possible le fonctionnement de cette économie. Ainsi la démocratie, c’est-à-dire le type de rapport qu’entretiennent les différentes composantes de la société humaine avec leurs institutions est-elle devenue le point faible de ce système. Ainsi, contrairement à Samy Joshua qui explique que « les élections c’est le terrain de l’adversaire, pas le nôtre », je pense que « le suffrage universel [peut être] transformé […] d’instrument de duperie qu’il a été jusqu’ici en instrument d’émancipation » (Marx – Programme du parti ouvrier français, 1880). D’ailleurs la plupart des grands mouvements politiques et sociaux que nous avons vu s’exprimer ces dernières décennies tournent finalement toujours autour de cette question.

La démocratie ouvre ainsi la possibilité de s’emparer de l’appareil d’Etat. Mais pourquoi faire ? Certainement pas pour s’en servir tel quel, mais bien pour le démembrer et le briser. Ainsi l’alternative n’est plus « réforme ou révolution » ou « la grève générale ou les urnes » ou si l’on veut « nouveau mai 1968 ou nouveau mai 1981 ». Là n’est plus la « ligne de partage ». Mais entre ceux qui entendent maintenir tel quel l’Etat et ses institutions parce qu’ils n’envisagent pas, ou plus, de remettre en cause les rapports sociaux de production, et ceux qui, accomplissant la « révolution démocratique » jusqu’à son terme, construisent les moyens pour préparer et organiser la « sortie du capitalisme ».

L’objectif devient ainsi, non pas d’attendre une explosion sociale, une grève générale et pourquoi pas une guerre et, puisque nous en sommes là, les trois à la fois, qui viendraient tout bouleverser, mais comment construire une force sociale majoritaire à vocation hégémonique associant partis, syndicats, mouvements associatifs qui puisse durablement, mobiliser, appuyer, participer à une transformation radicale, « révolutionnaire », de la société. C’est dans ce cadre là, et à ces conditions, que les institutions « électives » deviennent alors un objectif prioritaire pour le mouvement social de « transformation révolutionnaire ». Un tel processus est évidemment impossible sans luttes sociales, grèves et actions syndicales concertées. C’est à ce titre que la question de l’unité n’est plus simplement une tactique (comme dans le Front unique ouvrier), mais une question stratégique dont l’objectif est de construire ce grand mouvement démocratique d’émancipation sociale.

Pour conclure (tout à fait provisoirement), j’aime bien citer cet extrait d’une correspondance du jeune Marx à l’un de ses amis en 1843 à propos des Allemands et qui résume mon propos : « La dignité personnelle de l'homme, la liberté, il faudrait d'abord la réveiller dans la poitrine de ces hommes. Seul ce sentiment qui, avec les Grecs, disparaît de ce monde, et qui, avec le christianisme, s'évanouit dans l'azur vaporeux du ciel, peut à nouveau faire de la société une communauté des hommes, pour atteindre à leurs fins les plus élevées : un État démocratique. »

14.07.2009

Les « gauchistes » du NPA ne veulent pas de l’accord NPA-PG

En signant avec le PG de Jean-Luc Mélenchon un préaccord pour des listes communes aux futures élections régionales, la Commission exécutive du NPA a déclenché une vague de protestations dans les rangs de SA majorité. Habituée aux discours gauchisants et triomphalistes de sa direction, une partie de cette majorité ne comprend plus que l’on s’accorde désormais avec un parti dont on avait repoussé quelques mois auparavant les propositions d’alliances. Il est vrai qu’entre temps, les résultats des européennes sont passés par là. Mais cette « gauche » [terme de pure convenance] du NPA ne rêve que de luttes, de grève générale et de « renversement du capitalisme ». Elle n’a cure des petits calculs électoraux d’une direction qui vient soudainement de changer son fusil d’épaule. Je publie, ci-dessous, plusieurs de ces réactions qui s’ajoutent à celle d’une dizaine de membres du CPN publiée récemment.

 

1/ Contribution au débat de camarades de la Haute-Garonne

Signataires : Laurent (Colomiers, conseiller municipal, CILT31), Pauline (Jeunes travailleurs, CPN), Patrick (Airbus, CILT31), François (Jeunes travailleurs, secrétariat fédéral 31), Côme (Mirail, secrétariat jeunes national), Fanny (Toulouse Centre, CILT31), Simon (Arsenal, SF 31), Céline (SNCF), Sylvain (Santé), Flora (Colomiers), Ianic (Colomiers), Sébastien (Toulouse Centre), Fanny (Arsenal), Nadia (Colomiers), Ian (Bonnefoy), Sylvain (Toulouse Nord, CILT31), Yann (Bonnefoy)

 

Nouveau « Mai 68 » ou Nouveau « Mai 81 » ? - Nous tenons à exprimer notre inquiétude quant aux récentes prises de position du comité exécutif, notamment l’élaboration de la déclaration commune avec le PG. La précipitation et les divergences politiques qu’occasionne cette déclaration nécessitent une réappropriation large du débat dans l’organisation.

Loin de s’atténuer, la crise s’accentue. Dans tous ces aspects (économiques, sociaux, politiques, écologiques) nous traversons plus qu’une classique crise conjoncturelle. L’idée de la bourgeoisie de réguler le système via des plans de relance s’est soldée par un échec. Dans les différents pays les gouvernements sont repassés à l’offensive (cf. la feuille de route donnée par Sarkozy à Versailles). Pour maintenir le système, les classes dominantes n’ont que deux solutions, accentuer la pression sur les travailleuses et les travailleurs (licenciements massifs, baisse des salaires, casse des services publics…) et mener des offensives impérialistes pour asseoir leur domination (Iran, Afghanistan,…).

 

Une priorité : l’unité dans les luttes ! Acculés par le patronat, les travailleuses et les travailleurs n’ont qu’une solution : se donner les moyens d’inverser le rapport de force. L’urgence est à construire partout, dans les quartiers, les entreprises, les services publics, des fronts de luttes et de dégager des revendications unifiantes. Pour cela, il faut rassembler dans des fronts de lutte, sans exclusive, toutes les composantes de la gauche politique et syndicale pour entraîner l’ensemble de notre camp social. Seul un mouvement d’ensemble, une grève générale, sera en capacité d’améliorer les conditions matérielles de notre classe et de dégager la perspective d’un renversement du capitalisme. La priorité exclusive du moment est d’obtenir une déclaration unitaire sur des objectifs précis avec un calendrier d’action ambitieux et non une déclaration sur la tactique électorale des forces de la « gauche de la gauche » aux régionales. Cela nécessite, pour nous, d’élaborer un véritable plan d’urgence pour la lutte que pourront s’approprier les militantes et militants de l’organisation (droit à l’emploi, interdiction des licenciements, augmentation des salaires, diminution du temps de travail, contrôle ouvrier…)

 

La récente déclaration NPA-PG ne répond pas à cette priorité. La direction de l’organisation a fait le choix de la tactique électoraliste. A ce jeu là, les appareils du PC et du PG auront toujours un train d’avance. Par ailleurs, les anticapitalistes n’ont pas d’illusions sur la possibilité de changement par les urnes comme nous l’avons acté dans nos principes fondateurs. Nous nous présentons aux élections pour diffuser un programme. Si nous avons la chance d’avoir des élus, ils ne sont que les relais des mobilisations de masse et des sentinelles dans les institutions que nous voulons renverser. La récente déclaration PG-NPA pose de ce point de vue deux problèmes : elle sème des illusions sur la nature anticapitaliste du PG/PCF d’une part et elle donne du crédit à la stratégie de « révolution par les urnes » prônée par Mélenchon. Cette révolution par les urnes a déjà eu lieu en Mai 81 quand la gauche arrive aux affaires en prétendant pouvoir appliquer un programme de rupture avec le système dans le cadre des institutions. Sans remonter si loin, il y aurait beaucoup à dire sur le bilan des militants du PG dans les institutions qui n’ont jamais quitté les directions des exécutifs. De même, que sur le rôle des cadres syndicaux du FG au printemps qui ont cautionné la stratégie des directions syndicales.  Il faut continuer à distinguer la nécessaire unité dans les luttes et la participation commune à des échéances électorales !

 

Renforcer le débat démocratique dans l’organisation. Le positionnement politique de la direction ne nous correspond pas. Le positionnement de nos listes au second tour des régionales en faveur de fusions « techniques » mériterait au moins une discussion dans le nouveau parti que nous construisons. Pour conclure, nous ne pouvons nous satisfaire d’une déclaration qui implique un changement d’orientation alors que les structures de base de l’organisation n’ont pas été consultées. Un large débat doit s’ouvrir jusqu’au CPN de la rentrée qui permette à l’ensemble des militantes et militants de s’approprier ces questions et de choisir en conséquence. Ce CPN devrait préparer une conférence nationale à l’automne pour trancher ces questions. Par ailleurs, il est urgent pour nous de préciser notre programme et notre stratégie pour renverser le capitalisme afin de renforcer la cohérence de notre organisation et son utilité dans les confrontations à venir.

 

2/ Mazdak (membre du CPN-département 38) - Ici comme dans d’autres départements, le ton et le contenu de la déclaration commune NPA / PG ont surpris voire choqué un grand nombre de camarades. Précisons qu’en ce qui nous concerne, le débat ne porte pas sur la décision du CPN de rencontrer les forces politiques à la gauche du PS. Cela est juste politiquement que ce soit sur la question des luttes sociales ou sur celle des campagnes électorales. En effet, le NPA n’a pas vocation par principe à camper seul sur des positions anticapitalistes. Nous devons explorer toutes les pistes nous permettant d’être toujours plus nombreux face à « ceux d’en face », cela s’appelle construire un rapport de forces. En effet, si «structurellement »  le NPA est anticapitaliste, il doit porter l’exigence de l’unité de toutes les forces anticapitalistes.

 

Les axes défendus par le NPA et votés au CPN pour les rencontres bilatérales sont justes : un soutien actif au développement, à l’extension et à la coordination des luttes, un programme anticapitaliste avec des mesures phares d’urgence pour les régionales, un positionnement strictement indépendant des listes du PS et écologiste, aucun accord de solidarité de gestion.  En cas d’accord politique avec d’éventuels partenaires, il ne pourrait s’agir pour nous que d’un accord national avec des listes communes dans toutes les régions. Ces axes permettent de mener une bataille pour l’unité tout cela en aidant à la clarification politique. Il nous semble que la déclaration commune PG / NPA devait s’en tenir, sur ces points-là, aux accords et désaccords constatés et à des propositions pour faire préciser ou évoluer les positionnements.


Or deux problèmes apparaissent : le ton très euphorique de la déclaration et la question du deuxième tour des régionales. Par sa tonalité le communiqué, donne l’impression qu’un accord est déjà bouclé ou qu’il est vraiment à portée de main. Il nous semble au contraire qu’il reste pas mal de chemin à parcourir et d’obstacles à franchir : le PG est-il d’accord pour s’engager à soutenir de toutes ses capacités les luttes, à aider à leur extension et à leur coordination ? Cela serait un changement de pratiques intéressant et utile dans les luttes : dans la dernière période, le PG a été soit absent soit a combattu par la voix des différents cadres syndicaux qui lui sont affiliés, toute unification et coordination des luttes !

 

Sur le plan électoral : Quelles mesures d’urgence serait-il prêt à défendre dans le cadre des régionales ? Rien n’est dit sur cette question essentielle (même si personne n’attend de programme complet à ce stade des discussions !). S’engage-t-il à refuser de rejoindre une majorité de gestion avec le PS ? Sur ce point, l’ambiguïté, c’est le moins que l’on puisse dire, plane !  Le communiqué ne permet aucune clarification à ce sujet. Seul point positif : l’accord des deux parties sur « un accord national » en cas de listes communes, chose qui mérite d’être vérifié tout de même.


Sur le deuxième tour, nous n’acceptons pas la position qui a été prise : d’abord parce que, à juste titre,  la résolution du CPN stipulait qu’il ne fallait exclure aucun cas de figure au deuxième tour. Ce qui parait raisonnable : qu’en sera-t-il des luttes sociales, quel sera le rapport de forces ? Quelle aura été l’action des différents partis de la gauche du PS pendant tous ces mois qui nous séparent du scrutin ? Ensuite, le positionnement au deuxième tour est une question tactique et se décide après l’analyse des  résultats du premier tour. Ou alors il ne s’agit plus de tactique mais de stratégie.

Nous sommes étonnés et en désaccord avec la décision de la CE qui, 10 mois avant le scrutin, délivre un positionnement pour le vote du second tour, c'est-à-dire qui clôt un débat qui n’a pas commencé dans le NPA alors que nous avons encore tout à faire pour informer et former l’ensemble des camarades sur l’enjeu des régionales. Nous former et nous informer pour que ces enjeux soient suffisamment clairs pour tous et toutes afin de décider ensemble de notre stratégie pour cette échéance et de notre tactique de deuxième tour. Enfin dans les conseils régionaux dans lesquels le Parti de gauche a aujourd’hui des élus, un bilan de leur positionnement lors des votes du budget ou de subventions doit être fait réellement.

 

Pour finir, nous voulons qu’un débat soit ouvert dans le NPA sur le bilan de toutes les réunions bilatérales dès maintenant afin que les comités puissent se saisir des questions, que l’Université soit aussi un moment d’échanges et de  confrontations des différents points de vue sur la stratégie qui sera la nôtre aux élections régionales, dans le respect des premiers votes du CPN.

 

3/ Comité NPA Charente - Nous sommes désagréablement surpris d'apprendre par la presse et la radio qu'un préaccord en vue des élections régionales est sur les rails avec le PG, et que les modalités d'un accord "technique" avec le PS sont déjà posées et annoncées publiquement dans le communiqué commun PG – NPA !

Il nous semble que la primeur de l'information aurait pu être réservée aux militants du NPA, mais surtout qu'il aurait été nettement souhaitable que le débat sur les régionales ait eu lieu avant dans notre organisation. La résolution du dernier CPN précisait pourtant : « Il s’agit d’une orientation générale qui n’exclut pas l’ensemble des cas de figure qui peuvent se poser (fusion, maintien de nos listes, désistement, abstention…) » et qu’il aurait fallu aussi dire explicitement dans le communiqué avec le PG. Nous ne sommes pas opposés à des rencontres avec d'autres organisations mais les déclarations faites à l'issue de celles-ci et les engagements doivent respecter un préalable démocratique élémentaire : la consultation des militants. D’autant plus que notre comité a décidé que, dès la rentrée de septembre, nous mettons en route des formations sur les Régionales et la politique du NPA, et qu’un stage régional sur ce sujet est proposé pour les 10 et 11 octobre.

 

Nous avions déjà réagi -et protesté- lors des européennes quant à la "désignation" des têtes de liste qui avait été expliquée par des impératifs d'urgence. Mais là, point d'urgence. Ce type de pratiques doit être définitivement banni. Nous demandons la diffusion de notre message à tous les comités NPA.

 

4/ Allaoui, lycéen et membre du NPA. Le NPA va-t-il devenir un énième parti électoraliste ? Une chose est sûre, suite à la décision tout à fait scandaleuse du CE, qui n’a pas hésité à spolier toute forme de débat au sein du parti, une vague d’indignation a ébranlé les esprits de la majorité de mes camarades. Cette réaction, était prévisible. Nous, jeunes militants, en devenant membre du parti, pensions rejoindre la nouvelle gauche révolutionnaire, celle qui est consciente que le peuple ne triomphera pas grâce aux élections dites "démocratiques", étant donné que ces dernières sont contrôlées par la classe dirigeante bourgeoise, celle qui a vocation à rassembler toutes les mouvances d'"extrême" gauche pour construire un front commun et dynamique face au système capitaliste, celle qui milite dans la rue, auprès des salariés, des lycéens, des étudiants, des chômeurs et de toutes les autres personnes qui font face chaque jour à l’oppression impérialiste, et enfin, celle qui applique en son sein la démocratie, bafouée depuis toujours par nos bienveillants dirigeants.

Avec cette prise de décision, le CE change non seulement radicalement la ligne directrice du NPA après seulement 6 mois d’existence, mais offense également tous les militants et militantes qui avaient foi en l’idéal révolutionnaire qui animait ce jeune parti. Moi-même, jeune militant, je ne vous apprendrai rien en vous disant que de nos jours les partis sont perçus d’un mauvais œil auprès de la jeunesse, notamment, celle se réclamant de la gauche anticapitaliste et révolutionnaire. Et bien, au moment même ou nous commencions à défaire ce préjugé et à rallier ce qui devait devenir l’avant garde du parti, et plus globalement, la force vive de l’insurrection à venir,  le CE par cette décision, que nous ressentons comme une véritable trahison, a réussi à conforter très largement cet état d’esprit, et par la même, sème le doute chez ceux pour qui il était évident que sans parti nous n’arriverions à rien.

 

Dans notre région, nous avions enfin réussi à poser, non sans difficultés, les bases d’un comité jeune, nous avions réussi en quelques semaines à rassembler plus d’une vingtaine de militants motivés par l’idéal que diffusait alors le NPA. De jeunes militants déçus par le PS et le PC, d’autres hostiles à l’idée même d’adhérer à un quelconque parti aussi révolutionnaire fut-il, et même des jeunes apolitiques, mais néanmoins révoltés par le système morbide dans lequel nous survivons, nous ont rejoints. Mes camarades et moi avions réussi à instaurer un climat de confiance et de sérénité dans notre petit comité fraîchement crée. C’est alors, qu’à la manière de la bureaucratie bourgeoise, le CE, diffusa une déclaration mettant en évidence notre future alliance avec un parti qui n’a, depuis bien longtemps, plus rien à voir avec la gauche révolutionnaire et anticapitaliste à laquelle nous appartenons tous. Nous n’étions aucunement au courant de ce qui se déroulait dans les coulisses de notre parti, et cette déclaration amorça le lent et douloureux  processus de dislocation qui est actuellement en cours dans notre comité. A présent, tout est à refaire, mais ce n’est peut-être pas perdu.

 

Dans 10 longs mois les régionales auront lieu, pourtant la direction du NPA a déjà fondé une alliance avec un parti réformiste, incarnant à nos yeux une gauche moribonde et désuète, alors même que la crise systémique s’accentue de plus belle. Nous ressentons ce changement de bord comme irresponsable, décevant, et contre tous nos principes démocratiques. Néanmoins, il est encore temps de redéfinir le rôle du parti, de l’utiliser pour ce à quoi il a été créé à la base, à savoir, être une structure stable sur laquelle le peuple pourra compter, un agitateur de conscience, afin d’aider à élever celle des travailleurs et travailleuses, de la sublimer, pour que ceux-ci puissent par eux même créer la révolution par les luttes.

12.07.2009

Cauchemar en Provence

Cette municipale partielle de dimanche à Aix va-t-elle peser lourd dans les stratégies électorales en cours ? Cette élection était un véritable cas d’école. En concurrence, une droite dont l’élection acquise d’une courte tête en 2007 avait été invalidée après le recours d’un autre candidat de droite ; un PS à la tête de la région allié au MoDem ; un écologiste-régionaliste et une « gauche de gauche » (PCF-PG-NPA) pour la première fois unie. Exactement le cas de figure que Mélenchon donnait hier en exemple pour justifier son refus de répondre positivement à l’appel au rassemblement d’Aubry.

 

Le résultat est sans appel. La droite gouvernementale arrive très nettement en tête avec 43,31% des voix. Elle ne pourra cependant pas compter sur un bon report des voix du dissident de la droite (7,08%), celui-là même qui avait contesté le scrutin de 2007. Celui-ci pourrait en effet fusionner avec la liste du PS et du MoDem qui obtiennent un score relativement moyen (34,08%), ce qui leur donne cependant peu de chance de pouvoir l’emporter dimanche prochain puisque l’écologiste occitan, en dépassant un peu plus d’un point la barre des 10 % (11,31%), pourra se maintenir au second tour [Mais qui ne le fera pas, puisqu'il va fusionner avec la liste PS-MoDem]. Quant à la « gauche de gauche », c’est la Berezina : 4,21%, alors qu’elle était donnée à 7 % dans un sondage.

 

Trois élections municipales partielles (Perpignan, Hénin-Beaumont, Aix-en-Provence) et le même échec quelque soit le cas de figure. Dans le premier cas, le NPA était allié à LO : 2,46 % ; dans le second le NPA partait seul : 2,42 %. Pour le troisième, nous étions, pilepoil, dans le cas de figure le plus favorable à l’expression d’une « vraie gauche » ou d’une gauche « résolument anticapitaliste » puisqu’elle se présentait unie face à des socialistes trahissant, par leur alliance avec le MoDem, leur volonté de persister dans une orientation social-libérale.

 

Comment expliquer cet échec cuisant de la « gauche de gauche » ? Une fois de plus, l’abstention est l’accusée. Sans atteindre les records des européennes, elle reste importante, autour de 56 %. La preuve que la « gauche de gauche » ne mobilise pas même lorsque les enjeux sont clairs. Preuve également que l’unité, nécessaire, ne suffit pas. En prime, la « gauche de gauche » se retrouve devant un cas de figure qu’elle avait exclu : être amenée à choisir entre un PS allié au MoDem, et éventuellement à un candidat de droite dissident, et les Verts. En somme un vrai cauchemar. Reste l’abstention, ce qui sera une façon d’avouer que, dans l’immédiat, la « gauche de gauche » ne pèse pas plus sur le terrain électoral qu’elle ne compte dans les luttes.

 

 

Situation quelques jours avant le second tour : La liste PS-Modem d'Alexandre Medvedowsky et François-Xavier de Peretti fusionne avec Aix Ecologie d'Hervé Guerrera (Parti Occitan-Verts), qui a obtenu 11,31%. La liste de la "gauche de gauche" de Nathalie Leconte (PC/NPA/Parti de Gauche) ne donne pas de consigne. Au contraire du divers droite Stéphane Salord qui appelle à voter contre Joissains et pour la liste PS/Modem.

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