Avertir le modérateur

27/07/2009

Sortir du capitalisme : la voie népalaise ! ?

Dans un long article publié dans Marianne, Samir Amin, revisite à grands traits l’histoire du « capitalisme historique ». Rien de neuf dans ce texte. Il reprend le schéma de l’interprétation « classique » chez les « marxistes » de la période comprise entre 1873, où le « capitalisme industriel triomphant du XIXème siècle entre en crise », et la « belle époque »  de 1890 à 1914, « annoncée comme la « fin de l’histoire » par les idéologues en vue de l’époque, [période se terminant provisoirement] par la guerre mondiale, comme seul Lénine l’avait vu », puis se poursuivant « jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale  » et qui sera celle des « guerres et révolutions ».

 

Il applique ensuite ce même schéma à la « nouvelle » période qui suit les belles années de l’après-guerre : « La seconde crise systémique du capitalisme s’ouvre en 1971 […] Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. » Mêmes causes, mêmes effets, la conclusion s’imposant sans discussion possible : « Nous sommes parvenus aujourd’hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d’une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». »

 

Samir Amin n’est pas le seul économiste « anticapitaliste » à nous resservir sans précaution cette vieille thèse qui conduit à remettre au goût du jour la toute aussi vieille « alternative » émise la première fois par Rosa Luxemburg (en s’appuyant néanmoins sur Engels) à la vieille du premier conflit mondial : « socialisme ou barbarie ». Ce qui, soit dit en pensant, ne fait pas de Lénine, comme il est dit dans cet article, le seul « clairvoyant » de l’époque, d’autant que l’idée que l’on allait vers la guerre était alors le sentiment le mieux partagé en Europe. Mais passons sur ces accommodements avec la vérité historique. Contentons-nous de remarquer que, depuis des lustres, aucun courant, se réclamant peu ou prou du « marxisme », n’a varié d’un pouce sur cette vieille thèse qui voudrait que, selon la formule de Jean Jaurès, « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. »

 

Cette thèse, le NPA l’a d’ailleurs incluse dans ces Principes fondateurs, et son théoricien, Daniel Bensaïd en a fait, tout comme Samir Amin, la pierre angulaire d’une grande partie de son œuvre : « la première guerre du Golfe et l’expédition Tempête du désert [n’a été] que le premier épisode d’une logique de guerre avec pour enjeu un nouveau partage du monde et une redistribution des alliances dont la rupture des équilibres d’après-guerre ouvrait la possibilité […] Guerres et croisades sans limites, inégalités abyssales, déchaînement des fanatismes religieux et nationaux : l’horizon est lourdement plombé », expliquait-il déjà dans La lente impatience en 2004.

 

Mon intention n’est pas, du moins ici, de démonter preuves à l’appui cette vision unilatérale d’une Histoire pour le moins arrangée. Quelles furent, au fond, les origines de la Première guerre mondiale ? Bien des historiens sérieux se posent encore la question. Quand à la seconde, il n’est pas prouvé qu’elle ne fût en somme que la conséquence ultime, et nécessaire, de la crise de 1929. Je ne mettrais pas en cause, non plus, leur conclusion. Il me faudrait pour cela reprendre toute l’interprétation qu’ils font de ce « long XXème siècle » – 1873/1990 – qui aurait vu le « déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant […] et celui d’une première vague triomphante de révolutions anticapitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti-impérialistes des peuples d’Asie et d’Afrique. »

 

Je m’attacherai uniquement à poser la question suivante. Si la période dans laquelle nous sommes aujourd’hui est bien encore (et toujours) celle des « guerres et révolutions » : où sont ces guerres et surtout où sont ces révolutions ? Car sur quoi débouche finalement tout ce pathos apocalyptique ? Samir Amin nous donne une réponse, qui par son aspect dérisoire, invalide en quelque sorte sa prétendue démonstration. Evoquant «  Le défi […] auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l’internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique », il suggère : « la construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant [ainsi] la perspective d'un dépassement du capitalisme. »

 

Je sais qu’il est de bon ton désormais dans les cercles de la gauche radicale, faute d’autres expériences plus significatives, de nous faire prendre les avancées de la démocratie sociale en Bolivie ou au Venezuela – avancées relativement limitées et inscrites dans des processus conformes à cette « démocratie bourgeoise » dont ces mêmes cercles ne cessent pourtant de toujours critiquer l’illusion et l’incompatibilité avec une « vraie » révolution –, pour ce qui se fait de mieux aujourd'hui en matière d'anticapitalisme, mais le scénario népalais, ça je ne l’avais pas encore entendu.

 

Plus inquiétant, est le rôle que semble vouloir donner Samir Amin à l’Etat chinois dans cette période : « La stratégie de la Chine se contente d’œuvrer pour la promotion d’une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats-Unis, ni l’Europe ne pensent acceptable. » […] La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l’obstacle majeur au bellicisme de l’OTAN. »

 

Sachant que la nouvelle donne au Népal a consacré la « victoire » des maoïstes sur l’Etat semi-féodal, peut-on en déduire que Samir Amin attribue, dans la période, à cette Chine « capitaliste » et « communiste » à la fois, un rôle « progressiste », comme on disait autrefois ? Certainement, je suppose, grâce à l’apport déterminant de la pensée du « Président Mao », mis au même rang que Marx et Lénine comme grand penseur de l'émancipation sociale.

Commentaires

Une victoire bien relative au Népal dans une démocratie parlementaire bourgeoise...

Écrit par : des pas perdus | 31/07/2009

Vous aviez, je suppose, compris que ma remarque était, oh combien, ironique.

Écrit par : Gilles | 31/07/2009

es tu sûr Cammarade que tu es au NPA, occupé que tu es à taper sur le parti?

Écrit par : Rodimtsev | 02/08/2009

J'y suis depuis quarante ans environ. Et toi ?

Écrit par : Gilles | 02/08/2009

Le temps ne fait rien à l'affaire. Tu as une bien étrange attitude.

Écrit par : thé | 09/08/2009

Attitude, attitude.... Moi j'appelle cela : LE DEBAT DEMOCRATIQUE. C'est vrai que les anciens ont été habitué à discuter la ligne politique de l'organisation par le biais des bulletins internes. Et pas seulement au moment des congrès. Seulement, depuis, internet est passé par là, et les bulletins internes sont visibles pour tout le monde... Pas de quoi fouetter un chat, sauf peut-être pour quelques intégristes de la parole d'évangile délivrée par le haut. Plutôt que de jetter des anathèmes, essayez plutôt de contrer POLITIQUEMENT les arguments de ce camarade.

De toute la littérature produite par le NPA au travers de son site officiel , de son hebdomadaire, ou de ses communiqués de presse bien souvent contradictoires, c'est encore la prose de Gilles qui me convient le mieux. Mais il est vrai que je ne suis plus au NPA !...

Écrit par : Michel | 12/08/2009

Bon débarras!

Écrit par : toto | 20/08/2009

Si le NPA actuel est à l'image de Toto, on peut être inquiet sur la tournure et les orientations de l'extrême gauche en France. Jamais l'insulte ne remplacera le débat d'idées. Du moins, je l'espère....

Écrit par : Michel | 21/08/2009

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu