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22/07/2009

Le « pactole » ou ça explose !

La forte croissance de la création d’entreprises en France depuis plus d’un an a une explication toute simple : faute de retrouver un emploi, on se le créée, la plupart du temps dans des prestations de services. Il suffit d’ailleurs de regarder de plus près qui sont ces nouveaux « chefs d’entreprise » pour comprendre qu’il ne s’agit là que d’un palliatif : plus de 50% n’ont pas le bac ; plus de 40% ont eu précédemment un emploi d’ouvrier ou d’employé ; 30% sont des femmes ; moins de 25% sont des jeunes. Enfin ces créations génèrent peu d’emplois : plus de 90% des entreprises créées ont moins de 10 salariés.

 

Quand on rapproche ces données là, de ce qui se passe pratiquement chaque semaine sur le front social, on finit par avoir une claire appréciation de l’état d’esprit qui règne désormais là où la crise frappe. On ne se bat plus contre les plans sociaux et les licenciements (comme à Molex), mais pour obtenir les meilleures conditions de départ (comme à New Fabris, Nortel ou JLG). A la fois pour pallier le manque à gagner qui va résulter, pendant plusieurs années, de cette perte d’emploi, et pour éventuellement monter sa « petite entreprise ».

 

C’est là, pour tous les observateurs de la chose sociale, une situation inédite. En gros, on ne croit plus aux solutions de relance, celles qui sont prônées par les organisations syndicales et les partis politiques. Pas plus que l’on accorde le moindre crédit au « tous ensemble » qui avait fait les beaux jours des mobilisations de 1995 ou de 2005. Un cas extrême : récemment une quinzaine d’ouvriers se sont battus pour être… inclus dans le plan de licenciements car ils avaient déjà en tête de s’installer à leur compte, et pour cela souhaitaient bénéficier de la « prime de départ ».

 

Cette sortie de secours, les salariés concernés ne l’ont pas choisie. Elle s’impose à eux. Qui peut raisonnablement penser que dans les mois qui viennent la politique économique et sociale du gouvernement pourrait changer ? Qui peut espérer voir tout aussi soudainement les directions confédérales – mais il faudrait qu’elles y soient poussées – rassembler et mobiliser pour préparer une « grève générale ». Qu’ont apporté les mobilisations de l’hiver et du printemps dernier ? Rien. Et qui aurait les moyens d’inverser la tendance ? Personne.

 

Le vote de la nouvelle loi sur le travail le dimanche illustre assez bien la situation présente. Si la gauche politique et syndicale n’en veut pas, les salariés s’en fichent. Bref c’est le divorce entre les représentants et leurs mandants. On l’avait déjà constaté lors des élections prudhommales ; on l’a vu se manifester lors des dernières élections avec des taux d’abstentions record chez les jeunes, les ouvriers et les employés. Mais ce divorce, loin de favoriser une radicalisation qui pourrait bousculer les « vieilles » directions, produit l’effet inverse. Quiconque affirme aujourd’hui que la tendance pourrait se renverser bientôt, à la rentrée par exemple, est un sot.

Commentaires

En lisant ce commentaire, je me disais en moi-même : « Tiens ? Il a oublié de fustiger la direction du NPA !...» jusqu'à ce que j'arrive à la dernière phrase !

Cela faisait déjà longtemps que je me posais ce genre de question dans ma petite tête de soixantehuitard habitué à voir défiler les gros bastions ouvriers de la métallurgie : Renault, Saviem, Rhodiaceta, Michelin, Sud-aviation, etc...

Déjà en 1995 et 2003, les gros bastions furent surtout ceux du secteur public : EDF, SNCF, Transports, France Telecom, Education Nationale, La poste, Hopitaux, etc.. Le secteur privé n'est déjà plus la locomotive des luttes.

Aujourd'hui, même le secteur public commence à être morcellé et attaqué par les privatisations et la sous-traitance. Le travail intérimaire se développe, et constitue un frein énorme dans les grèves. Seules les journées interprofessionnelles et unitaires réussissent à rassembler du monde, mais sur des modalités d'action très limitées. Dans ces conditions, faut-il s'étonner que pour les salariés ce soit un « sauve qui peut » généralisé, chacun essayant de sauver sa peau en décrochant une bonne indemnité de départ, permettant de tenir jusqu'à la retraite ou de rebondir en devenant auto-entrepreneur. Ces entreprises qui poussent actuellement plus vite que le gazon, mais qui dépassent rarement la taille de l'individu !..

Et finalement, à force de voir les patrons partir avec des « Golden Parachutes », pourquoi les salariés n'en feraient-ils pas autant, toutes proportions gardées...
Nous assistons à ce que le capitalisme pouvait rêver de mieux : l'atomisation de la classe ouvrière. Plus la peine de s'attaquer aux syndicats ou aux droits du travail, l'organisation sociale du capitalisme faisant beaucoup mieux que cela. Et je ne parle même pas des menaces de délocalisation ou de fermetures boursières d'usines ...

Alors quand je repense à tous ces discours lénifiants sur le « Grand Soir » ou autre « Mai 68 », je me dis que nos idéologues feraient bien d'y regarder d'un peu plus près, et nous expliquer comment ils comptent s'y prendre pour rassembler et organiser toutes ces micro-entreprises, et tous ces ouvriers-patrons.

Nous ne sommes plus en 1917, 36, ou 68. Ni 95 ou 2003. Nous sommes en 2009 et une nouvelle ère est en train de s'ouvrir dans les rapports sociaux.

Écrit par : Michel | 22/07/2009

Cela fait plus d'un an que j'essaye d'expliquer ça. Alors évidemment quand on a eu à la fin de l'hiver et au début du printemps les mobilisations que tu sais, on m'a dit que cela infirmait ce que j'avais dit précédemment. Je leur ai expliqué qu'ils s'illusionnaient. Alors, quand tout est retombé, ils ont eu recours au bon vieil argument: la trahison des directions syndicales, sans voir le rapport qu'il y a entre la longue tendance à la résignation sociale et le peu d'activisme des directions confédérales. L'orientation nationale c'est que nous allons avoir à la rentrée une crise sociale et ... politique.

Écrit par : Gilles | 22/07/2009

@ Gilles

« L'orientation nationale c'est que nous allons avoir à la rentrée une crise sociale et... politique. »

STP, tu pourrais préciser ? Ton affirmation m'intéresse bien, mais elle me semble contredire (au moins en partie) la dernière phrase de ton billet.

Écrit par : Hopfrog | 22/07/2009

Mais en 2009, il y a bien eu un 29 janvier.
A part trahison, comment qualifier la stratégie des directions syndicales ?

Bah alors les gars, on est pas content, pas content ?
Faut évacuer. On va faire le tour de la ville ensemble. Voilà.
Et on se revoit dans 1 mois et demi pour le suivi. Bonjour chez vous.


Quoi après le 29 ? Un 19 mars. Rien pendant 50 jours.
Ca nous laisse le temps de suivre les 44 jours de conflit en Guadeloupe (20 janvier-5 mars 2009) et de Martinique.

Quoi après la très forte mobilisation du 19 mars ? Rien.
On se revoit le 1 er mai (jour férié). Mais attention, U-NI-TAIRE !
WAAAAAAA !

Et ensuite ?

Et ensuite, rien. Rien, bien-sûr.
Un 26 mai (sans appel à la grêve).

Et pour dire que l'on fait quelque chose en attendant le tour de France.
Un 13 juin. (Samedi. Non ça me dit pas vraiment)


Oui !
Pari réussi. Poisson noyé.


Ca ne peut pas être que de la sottise. Le même scénario a été joué en 2003.
Alors, faut bien avouer qu'il y a un petit soucis, AUSSI, à ce niveau là.

Pourquoi le nier ?

Écrit par : Alain Albert | 23/07/2009

Désolé de revenir si vite. ^^

La lettre de la CGT Goodyear de juin 2009 au secrétaire général de la CGT me semble intéressante à ajouter.
http://www.lariposte.com/Lettre-de-la-CGT-Goodyear-a-Bernard-Thibault-1234.html


Salut et Fraternité.

Écrit par : Alain Albert | 23/07/2009

En tant qu'ex-militant de la CGT, je ne peux que confirmer que ce qui est dit dans la lettre des Goodyear à Thibault, est ressenti par la grande majorité des militants que j'appellerai "intermédiaires". C'est-à-dire, responsables de syndicats, d'UL, ou même d'UD. En-dessous, à la base, c'est la résignation et le découragement par rapport à un enjeu qui est jugé inaccessible. Au-dessus, c'est la haute stratégie qui tend à privilégier l'unité à tout prix. Et donc à se situer sur des actions bien en retrait de ce que la situation exigerait.

Il est vrai que nous avons suffisamment râlé lorsque la CGT nous faisait participer à des journées d'action bidon, où nous étions seuls à appeler, à 2 ou 300 malheureux paumés dans la rue. Il est également vrai que seuls les appels unitaires ont des chances d'être entendus...

Mais qu'attendez-vous au juste des directions syndicales ? Qu'elles mettent tout le monde dans la rue ? En 68 (je rabâche peut-être), Georges Séguy n'a jamais appelé à la grève générale, bien au contraire... Pas plus qu'Edmond Maire ! Les militants des boîtes n'ont pas eu besoin de cela pour se mettre en grève et occuper leurs usines.

En d'autres temps, de telles actions auraient fait tache d'huîle, par-dessus les structures syndicales. On aurait élu des comités de grève, on aurait organisé le « tous ensemble »... Je me souviens de l'année 1979 où toute la ville de Cherbourg était en état de siège pour empêcher la délocalisation d'une petite boîte (Babcok). Toutes les entreprises sont « sorties » spontanément pour prêter main forte et bloquer le départ des chaudières. On n'a pas eu besoin d'un mot d'ordre de la confédération pour cela.

Les grandes manifestations unitaires, si elles ne sont pas la panacée, elles ont quand même leur utilité. Rappellons-nous de celle du 13 mai 68, qui dès le lendemain avait plongé la France dans la grève générale. Mais une, ça va, ensuite il faut passer à autre chose, plus fort, évidemment !...

Je crois que la base ne doit pas tout attendre des directions. Il faut qu'elle les bouscule. Mais se contenter de dénoncer les directions pour dire : « s'il ne se passe rien c'est de leur faute », c'est un peu facile aussi. Pourquoi les 30 janvier et 20 mars, les militants « des luttes » n'ont pas continué dans leurs boîtes à appeler à la grève reconductible ? Voilà une question qu'il serait intéressant de se poser. Et n'allez pas me dire que c'est parce que les directions ont trahi !....

Écrit par : Michel | 23/07/2009

@Hopfrog
« L'orientation nationale c'est que nous allons avoir à la rentrée une crise sociale et... politique. » STP, tu pourrais préciser ? Ton affirmation m'intéresse bien, mais elle me semble contredire (au moins en partie) la dernière phrase de ton billet.

Je résume. Depuis au bas mot un an, le NPA prophétisait une explosion sociale qui n’a pas eu lieu, ce qu’ils ont fini par reconnaître. Ce qui leur permet d’expliquer pourquoi nous avons fait moins de 5% aux européennes et que tout ça c’est la faute aux directions du « vieux » mouvement ouvrier. Air connu. Mais, pour que l’orientation majoritaire tienne, il est absolument nécessaire de la répéter. On explique ainsi que cette fois, c’est sûr, que ça va exploser et qu’en plus nous aurons une crise politique dans les mois qui viennent. Ces affirmations sont de PF Grond et sont authentiques.

Écrit par : Gilles | 23/07/2009

Non, il ne s'agit pas de tout attendre des directions, mais on pourrait en attendre au moins le minimum.

Un 5 février au pire. Mais non.
Après le 29 juin, un appel pour le 19 mars !

Pourquoi pas directement le 13 juin ou encore le 19 mars 2010 ou le 25 décembre 2021 ?
Dans le genre perspectives mobilisatrices, il y a quand même mieux. Battre le fer quand il est chaud, ça a un peu de sens. Et jouer le calendrier et laisser retomber la pression, ça en a aussi.


Grosses différences entre 70 et aujourd'hui, le chômage de masse, la précarité, la désindustrialisation, la glorification du consensus (solidarité avec les camarades au gouvernement mais pas avec les feignasses de chômeurs) et la fin de l'URSS.

Écrit par : Alain Albert | 23/07/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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