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15/07/2009

« Nouveau « Mai 68 » ou Nouveau « Mai 81 » ? Ni l’un, ni l’autre !

Réponse au texte des camarades de la région toulousaine

J’aime bien finalement la façon sans nuance avec laquelle vous posez le problème : « Nouveau « Mai 68 » ou Nouveau « Mai 81 » ? Je vous réponds, tout aussi sans nuance : ni l’un, ni l’autre ! En vérité, il me semble qu’au lieu de regarder devant vous, vous vous accrochez à de vieilles lunes. « Le drame des Français […], comme le disait Marx en septembre 1870 dans une lettre à César de Paepe, à propos des événements parisiens à la veille de la Commune, ce sont les grands souvenirs ! Il faudra une fois pour toute que les événements brisent ce culte réactionnaire du passé ! » Tel est bien le « drame » aussi du NPA (mais aussi de tous les « révolutionnaires ») qui n’arrive pas à tourner la page d’une très longue période, celle qui a vu l’Europe, en proie au chaos, cinq siècles durant, de guerres religieuses en guerres dynastiques, de guerres civiles en guerres mondiales et au final, au cours du dernier siècle, le mouvement social se scinder entre « réforme ou révolution », tandis que, parallèlement, nous assistions à la naissance et à l’expansion d’une économie-monde capitaliste aujourd’hui en phase terminale ou d’achèvement, si nous préférez.

Je ne développerai pas ici ma thèse principale sur laquelle je fonde tous mes propos, ce serait trop long, mais sachez au moins la prendre en compte quand j’affirme que cette longue ère des révolutions est aujourd’hui close, du moins au centre de cette économie-monde, c'est-à-dire de l’Europe à la Russie, dans une grande partie de l’Asie (Chine, Inde, Japon), et pratiquement dans tout le continent américain. Car cette ère, qui a vu l’expansion de cette économie-là à la planète entière, a été aussi celle, conjointement, de l’émergence des Etats-nations jusqu’à leur relative stabilisation à la fin du siècle dernier. Or qu’ont été les « révolutions » (religieuses, dynastiques, politiques et sociales…), sinon des « moments » de crise, limités à quelques décennies (dix, vingt, trente, voire quarante et parfois plus encore), produit de l’édification « interstitielle », chaotique et problématique de ces Etats, jusqu’à ce qu’un point d’équilibre s’établisse après moult tentatives entre les « classes », les « ordres », les différents groupes, ensemble et sous-ensembles « sociaux », « ethniques », « linguistiques », « culturels », etc., autour d’un système politique accepté, bon gré mal gré, par toutes les parties. Ainsi, l’Etat dit « providence » fut la contribution de la classe ouvrière industrielle, la dernière pierre apportée à la construction de cet Etat moderne. Et c’est pourquoi, ayant peu ou prou atteint cet objectif, cette classe-là a épuisé aujourd’hui toutes ses potentialités révolutionnaires. Mais qui dit fin de « l’ère des révolutions » doit convenir aussi « fin des réformes », au sens où cette économie-monde capitaliste ne peut plus, sans remise en cause des rapports sociaux sur lesquelles elle s’appuie, aller au-delà de ce qu’elle a donné comme systèmes politiques, c’est-à-dire cette démocratie inachevée, partielle, « partitocratique », dont les maîtres et leurs serviteurs ne sont qu’une minorité à pouvoir réellement bénéficier.

 Pour autant « fin des révolutions et des réformes », ne signifie pas « fin de l’Histoire », mais entrée dans une autre ère, celle d’où peut naître du vieux monde, un autre monde, un autre mode historique de développement fondé sur de nouveaux rapports sociaux, ce qui n’est pas certain car il n’y a pas de raison et de sens dans l’Histoire. Mais ce qu’il faut admettre d’emblée, c’est que, tout comme il a fallu cinq à six siècles pour que les rapports sociaux salariés deviennent dominants, il faudra beaucoup de temps pour leur en substituer de nouveaux. Plus, autant ou moins, mais certainement pas quelques jours, quelques mois ou quelques années. C’est bien pourquoi, il faut renoncer à cette idée d’une « grève générale » qui règlerait tout et dont Marx et Engels, en leur temps, s’étaient abondamment moqué ou à cette « crise finale », à cette « dernière crise » du capitalisme, que Lénine, Luxemburg ou Trotski avaient cru concevoir théoriquement au moment du ou quelques années avant le premier conflit mondial. Le temps historique est un temps long qui n’a rien à voir avec le temps court de la politique.

Loin de moi cependant l’idée qu’il ne pourrait plus y avoir de crises, cycliques, générales ou systémiques et encore moins des crises politiques ou sociales (et des guerres) dans cette nouvelle ère. Ces crises sont le propre même de cette économie-monde, sa façon très particulière de se régénérer et de « résoudre » momentanément ses « contradictions ». Nul doute non plus que ces « moments » pourront être mis à profit pour commencer à bouleverser les rapports sociaux existants. Ce que je conteste en vérité, ce n’est pas l’objectif, mais les moyens, les outils pour y parvenir. En gros, c’est le schéma qui avait cours jusqu’ici qui me semble définitivement invalide. Je le rappelle, pour mémoire : « Les conditions bourgeoises de production et d'échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d'échange, ressemblent au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu'il a évoquées. Depuis des dizaines d'années, l'histoire de l'industrie et du commerce n'est autre chose que l'histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionne l'existence de la bourgeoisie et sa domination […] Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D'un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives; de l'autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. Les armes dont la bourgeoisie s'est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd'hui contre la bourgeoisie elle-même. » (Le Manifeste communiste)

Ou plutôt, ce qui n’était qu’une présentation succincte, synthétique ou abstraite, pour les besoins de la démonstration et destiné finalement à la résolution d’une situation très précise (n’oublions pas que ce Manifeste était d’abord destiné à la question allemande), s’est finalement rétréci à quelques formules-recettes dont la plus connue est celle qui a fait du prolétariat industriel, le fossoyeur de ce vieux monde, et de la « révolution » violente au cours d’un processus de mobilisation et de radicalisation, le moyen de son renversement. C’est ce schéma là, dans toute sa stupide limpidité, qui est en cause.

Cela signifie en pratique que nous devons revoir de fond en comble notre vision de la « transformation révolutionnaire » de la société, de cette transition nécessairement très longue entre un vieux monde qui est encore debout, et qui reste malgré tout d’une extraordinaire vitalité, et ce nouveau monde auquel nous aspirons mais que nous ne sommes qu’une infime minorité à envisager.

Je prendrai deux données du problème soulevé : celle de la « démocratie » et des « institutions électorales » d’une part ; celle de « l’unité » d’autre part. Quand j’explique que l’ère des révolutions est close, je signifie par là que ces révolutions furent un moyen historique pour construire des Etats-nations avec des systèmes politiques de représentation unifiant la société civile, et qu’une fois ce processus stabilisé, avec l’accord des différentes composantes de cette société civile, il est difficile désormais d’envisager que ces systèmes s’effondrent, même sous l’effet d’une crise politique, sociale, économique, voire d’une guerre. Les Etats qui ont connu un tel sort – condition nécessaire pour qu’une « révolution » puisse en surgir – comme l’Etat bonapartiste en France en 1871 ou l’Etat tsariste en Russie en février 1917, n’étaient pas des Etats-nations stabilisés. L’exemple contraire – mais il y en a bien d’autres – c’est l’Etat français sorti de l’écrasement de la Commune au cours des premières années de la IIIe république. Cet Etat-là qui a connu, en un peu plus de cinquante ans (1914-1968),  deux grandes grèves générales (juin 1936 et mai 1968), deux guerres mondiales et plusieurs guerres coloniales (Indochine, Algérie), même très sérieusement ébranlé (songez à ce que fut la défaite militaire de la France en 1940), ne l’a finalement jamais été suffisamment pour permettre le surgissement d’une « révolution ».

J’entends déjà l’argument : il n’y avait pas de « parti ». Mais il n’y en avait pas en 1871, mais 400.000 fédérés armés face à une armée débandée de quelque 20.000 hommes. Quant à 1917, s’il n’y avait pas eu quelque 2 millions de paysans et d’ouvriers armés n’obéissant plus à leur commandement suite à de lourdes défaites militaire, ce parti, aussi bien préparé fut-il, n’aurait jamais pu s’emparer du pouvoir. En d’autres termes, le problème n’est pas, n’est plus (l’a-t-il été ?), celui du parti mais des conditions préalables et nécessaires à l’effondrement de l’Etat. Or ces conditions, dans notre système interétatique mondial, n’existent plus dans les mêmes termes que dans les siècles précédents.

C’est pourquoi, à mon sens, la question des institutions « électives » devient désormais centrale, décisive, stratégique. Car c’est grâce à ces institutions nationales, supranationales ou internationales que la société civile tient dans cet équilibre instable qu’est l’économie capitaliste. C’est grâce à ces institutions que cet Etat-système étendu au monde entier, par ses actions de régulation ou de dérégulation, selon les moments et les besoins, rend possible le fonctionnement de cette économie. Ainsi la démocratie, c’est-à-dire le type de rapport qu’entretiennent les différentes composantes de la société humaine avec leurs institutions est-elle devenue le point faible de ce système. Ainsi, contrairement à Samy Joshua qui explique que « les élections c’est le terrain de l’adversaire, pas le nôtre », je pense que « le suffrage universel [peut être] transformé […] d’instrument de duperie qu’il a été jusqu’ici en instrument d’émancipation » (Marx – Programme du parti ouvrier français, 1880). D’ailleurs la plupart des grands mouvements politiques et sociaux que nous avons vu s’exprimer ces dernières décennies tournent finalement toujours autour de cette question.

La démocratie ouvre ainsi la possibilité de s’emparer de l’appareil d’Etat. Mais pourquoi faire ? Certainement pas pour s’en servir tel quel, mais bien pour le démembrer et le briser. Ainsi l’alternative n’est plus « réforme ou révolution » ou « la grève générale ou les urnes » ou si l’on veut « nouveau mai 1968 ou nouveau mai 1981 ». Là n’est plus la « ligne de partage ». Mais entre ceux qui entendent maintenir tel quel l’Etat et ses institutions parce qu’ils n’envisagent pas, ou plus, de remettre en cause les rapports sociaux de production, et ceux qui, accomplissant la « révolution démocratique » jusqu’à son terme, construisent les moyens pour préparer et organiser la « sortie du capitalisme ».

L’objectif devient ainsi, non pas d’attendre une explosion sociale, une grève générale et pourquoi pas une guerre et, puisque nous en sommes là, les trois à la fois, qui viendraient tout bouleverser, mais comment construire une force sociale majoritaire à vocation hégémonique associant partis, syndicats, mouvements associatifs qui puisse durablement, mobiliser, appuyer, participer à une transformation radicale, « révolutionnaire », de la société. C’est dans ce cadre là, et à ces conditions, que les institutions « électives » deviennent alors un objectif prioritaire pour le mouvement social de « transformation révolutionnaire ». Un tel processus est évidemment impossible sans luttes sociales, grèves et actions syndicales concertées. C’est à ce titre que la question de l’unité n’est plus simplement une tactique (comme dans le Front unique ouvrier), mais une question stratégique dont l’objectif est de construire ce grand mouvement démocratique d’émancipation sociale.

Pour conclure (tout à fait provisoirement), j’aime bien citer cet extrait d’une correspondance du jeune Marx à l’un de ses amis en 1843 à propos des Allemands et qui résume mon propos : « La dignité personnelle de l'homme, la liberté, il faudrait d'abord la réveiller dans la poitrine de ces hommes. Seul ce sentiment qui, avec les Grecs, disparaît de ce monde, et qui, avec le christianisme, s'évanouit dans l'azur vaporeux du ciel, peut à nouveau faire de la société une communauté des hommes, pour atteindre à leurs fins les plus élevées : un État démocratique. »

Commentaires

Voilà une thèse qui tient la route et que je partage entièrement. Opposer « révolution » et « élections » m'a toujours semblé d'une grande stupidité. Ajouté à cela que le capitalisme n'est plus du tout structuré comme il l'était au milieu du siècle dernier. Où sont les gros « bastions ouvriers » qui ont déclenché la grève générale en mai 68 ? Maintenant, les secteurs qui font le plus de profits, ce sont les banques, les assurances, les laboratoires pharmaceutiques, etc... Les seuls secteurs qui entrent en lutte, ce sont : soit des petites entreprises menacées de licenciements ou de délocalisation, soit le secteur public. Avec ça, on ne mène pas une grève générale victorieuse.

Le NPA, par la voix de Besancenot, son porte parole, explique très bien les méfaits du capitalisme, et la nécessité de se battre pour résister. Mais pour ce qui est du changement radical de société, là il est moins disert, et pour cause... Il faudra bien qu'un jour le NPA ne se contente plus d'être dans la protestation incantatoire, mais nous donne un début d'explication sur le comment il compte faire pour mettre à bas le système capitaliste. Ce que vient de faire Gilles est un très bon début.

Écrit par : Michel | 15/07/2009

Cette thèse est bien étayée, très intéressante mais j'ai peur qu'elle ne soit uniquement très jolie que sur le papier.
ça tombe bien j'adore la science fiction.
Admettons qu'à la suite de larges mouvements protestaires tout à fait classiques et démocratiques rassemblant une large union nationale (syndicats, associations...) des partis de gauche unis accèdent à une majorité à l'assemblée nationale, bien déterminés à en découdre avec cette démocratie fantoche pour créer les bases d'un nouveau monde, et donc d'une nouvelle forme de démocratie.
Ils convoquent une assemblée constituante. Ils modèlent une démocratie exemplaire. Et là ils commencent à voter les lois qui vont reléguer l'ancien monde au rang de vieilleries au musée.
Ils vont voter par exemple : Allez soyons fous ! La transparence des comptes bancaire des sociétés, l'abandon du nucléaire, un arrêt et un moratoire sur les licenciements, une limitation des salaires les plus élevés....
Que va-t-il se passer dans ce vieux monde moribond ?
Je suis comme toi j'aimerais et j'appelle de mes voeux une transformation radicale et progressive de la société mais j'ai peur que certaines personnes ne l'entendent pas de cette oreille.
Crois-tu que tout le pouvoir soit actuellement dans les mains de ceux qui sont élus ou bien dans les mains de ceux qui détiennent l'argent ?

Écrit par : Agnès | 15/07/2009

Il faut raisonner dans le temps long, évidemment. Mais cette perspective n’est ni l’attente de la « crise finale » et d’une grève générale prolongée, ni un changement de majorité au parlement comme en mai 1981. C’est un processus qui vise précisément à enlever au capital son arme principale : l’Etat, en mettant en place de nouvelles institutions totalement différentes. Je te conseille, pour les « mesures », l’excellente intervention de Michel Husson qui ferraille dans un article contre le programme économique du NPA. Husson ayant été longtemps à la LCR (http://www.alencontre.org/Economie/CriseHusson06_09.html)
Mais cela n’empêche pas la lutte au quotidien mais trace un objectif. Tu mentionnes une constituante qui a disparu de notre programme ; mais il y a bien d’autres choses à dire sur la nécessité évidemment de réfléchir sur le fond de ce que pourraient être des mesures de rupture.

Écrit par : Gilles | 15/07/2009

Ce n’est pas exactement le problème. Sans l’Etat, et j’entends par là ce système d’Etats étendu au monde entier, ceux qui détiennent les capitaux sont sans solution. L’Etat étant lui-même une puissance financière qui a en plus une légitimité, ce que n’a pas le capital, et bien évidemment des moyens de coercition dont ne dispose aucun capitaliste au monde.

Écrit par : Gilles | 15/07/2009

"[...]mais comment construire une force sociale majoritaire à vocation hégémonique associant partis, syndicats, mouvements associatifs qui puisse durablement, mobiliser, appuyer, participer à une transformation radicale, « révolutionnaire », de la société.[...]"


Je verrais plutôt la question "sur quoi construire" au lieu de "comment construire".
La question de l'objectif commun, du projet Politique et de ses répercutions concrètes.

L'Oisiveté comme projet de société me semble parfaitement adaptée pour enterrer à la fois Ford et Stakhanov.



Et à propos des grecs, des Marx, de la dignité et de la liberté :


"Les Grecs de la grande époque n'avaient, eux aussi, que du mépris pour le travail : aux esclaves seuls il était permis de travailler: l'homme libre ne connaissait que les exercices corporels et les jeux de l'intelligence.

C'était aussi le temps où l'on marchait et respirait dans un peuple d'Aristote, de Phidias, d'Aristophane; c'était le temps où une poignée de braves écrasait à Marathon les hordes de l'Asie qu'Alexandre allait bientôt conquérir.
Les philosophes de l'Antiquité enseignaient le mépris du travail, cette dégradation de l'homme libre; les poètes chantaient la paresse, ce présent des Dieux:

«Ô Mélibée, un Dieu nous a donné cette oisiveté», Virgile, "Bucoliques".


Christ, dans son discours sur la montagne, prêcha la paresse: «Contemplez la croissance des lis des champs, ils ne travaillent ni ne filent, et cependant, je vous le dis, Salomon, dans toute sa gloire, n'a pas été plus brillamment vêtu.»



Jéhovah, le dieu barbu et rébarbatif, donna à ses adorateurs le suprême exemple de la paresse idéale; après six jours de travail, il se reposa pour l'éternité.

[...]


Et cependant, le prolétariat, la grande classe qui embrasse tous les producteurs des nations civilisées, la classe qui, en s'émancipant, émancipera l'humanité du travail servile et fera de l'animal humain un être libre, le prolétariat trahissant ses instincts, méconnaissant sa mission historique, s'est laissé pervertir par le dogme du travail. Rude et terrible a été son châtiment. Toutes les misères individuelles et sociales sont nées de sa passion pour le travail.


Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, 1880




"Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l'aisance et la sécurité. Nous avons choisi à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n'y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment."

Éloge de l'oisiveté, Bertrand Russell, 1932


Salut et Fraternité

Écrit par : Alain Albert | 15/07/2009

"Sans l'Etat, ceux qui détiennent le capital sont sans solution"
Je trouve que souvent ce que je raconte peut sembler naïf mais là excuse-moi je te retourne le compliment. Il n'y a qu'à voir ce qui se passe au Honduras pour comprendre qu'ils ne resteront pas longtemps sans solution.

Écrit par : Agnès | 16/07/2009

Il est vrai que le Capital ne peut pas se passer du café et de la banane du Honduras. Je suppose que tu plaisantes à propos de ce pays-confetti sans enjeu.

Écrit par : Gilles | 16/07/2009

A propos du Honduras. Allons-nous nous ridiculiser longtemps en faisant de ce Zelaya un apôtre de la résistance à l’impérialisme alors qu’il s’agit de l’un des principaux représentants des propriétaires fonciers et du Medef local. Ce qui se passe au Honduras est un pur conflit interne à la bourgeoisie locale, un peu comme en Iran, même si Zelaya aurait « viré à gauche » depuis quelque temps.

Écrit par : Gilles | 16/07/2009

Non ce n'est pas Zelaya qui m'intéresse dans cette exemple. C'est le recours à la force comme tu le dis entre divers intérêts bourgeois. A mon avis c'est toujours les mêmes qui paient. Il est notable que ceux qui ont des intérêts trouvent toujours une junte pour faire le sale boulot, a fortiori s'il s'agissait d'un processus plus progressiste.

Écrit par : Agnès | 16/07/2009

Voir dans l'affrontement Zelaya-Micheletti une simple copie de la rivalité Ahmanidedjad-Rafsandjani, ça me paraît bien réducteur. Et surtout, ça ne tient pas compte d'un contexte culturel, politique et géographique qui n'a pas grand-chose à voir avec l'Iran des mollahs.

À propos du Honduras, il est bon de lire (pour ceux qui ne l'auraient pas encore fait) l'intéressant entretien avec Hélène Roux mis en ligne sur le site Article XI (« Un affrontement Nord-Sud se joue sur le dos du Honduras »).

http://www.article11.info/spip/spip.php?article499

H. Roux propose un point de vue très fouillé et assez équilibré (quoique peut-être un peu trop favorable à Zelaya). En tout cas, c'est l'un des très rares articles (en français) dignes d'intérêt qu'on puisse trouver sur la Toile, où foisonnent en revanche les inepties et les idées toutes faites sur ce sujet. Et sur bien d'autres.

Écrit par : Hopfrog | 16/07/2009

Et le Chili d'Allende est un meilleur exemple.

Écrit par : Michel | 16/07/2009

Ce texte est un déni de la réalité et de l'enseignement de l'Histoire (et la violence des contre-révolutions). C'est un déni de la lutte de classes, un déni du marxisme, voire plus simplement du socialisme.
C'est au mieux du keynésianisme à coup d'État providence, l'inverse du socialisme. Dans la Critique du programme de Gotha, Marx n'était déjà pas tendre avec ce genre de divagations utopistes ignorant la nature de classe de l'État.

Enfin, l'auteur semble fin prêt à rejoindre le courant de Manuel Valls au PS! :)

Écrit par : toto | 16/07/2009

J’ai déjà raconté ici que des camarades ont vu en Iran la main de la CIA et d’Israël (la thèse du pouvoir iranien) ; les mêmes m’ont également cité en appui, le Honduras. C’est typiquement ce genre de propos que je dénonce, la répétition de situations antérieures, dans un tout autre contexte géopolitique. Que je sache les Etats-Unis ne se sont, cette fois, pas opposé à l’élection de président(e)s de gauche ou centre gauche au Chili, en Bolivie, au Brésil et même au Venezuela (quoique vous en dites). En quoi ces gouvernements pourraient-ils les gêner ?

Écrit par : Gilles | 16/07/2009

@ Agnès

Tu demandes : « Crois-tu que tout le pouvoir soit actuellement dans les mains de ceux qui sont élus ou bien dans les mains de ceux qui détiennent l'argent ? »

Mais ce sont pratiquement les mêmes ! Ou, du moins, ces deux catégories — qui n'ont rien d'incompatible et se renforcent mutuellement au sein d'une étroite symbiose — appartiennent à la même oligarchie dominante. (Certes, celle-ci se décline en plusieurs sous-espèces, en fonction de la zone d'influence à contrôler : politique, haute administration, industrie, finance, médias et « culture »… Mais, quand on se rapproche du sommet de la hiérarchie sociale, tout cloisonnement disparaît et ces différents sous-groupes convergent et fusionnent allègrement.)

Les opposer n'a pas plus de sens que d'opposer le clergé et la noblesse (ou, mieux encore, la noblesse de robe et la noblesse d'épée) du royaume de France dans les années 1780 : c'étaient des facettes complémentaires de la même oligarchie.

En ce début du XXIe siècle, où l'opposition entre États-nations et « grrrrrand capital » n'a strictement plus aucun sens, il serait au fond plus commode d'utiliser un terme comme « État-Capital », ou comme « complexe étatico-capitaliste » (bien que ce dernier terme ait un côté un peu logomachique).

Écrit par : Hopfrog | 16/07/2009

C'est pourquoi des élus de la gauche unie n'appartenant bien évidemment pas à ce complexe étatico-capitaliste, auraient quelques difficultés à imposer leur point de vue, n'est-ce pas ?

Écrit par : Agnès | 16/07/2009

@toto

Je crains, pour toi, que tous ces « enseignements t’échappent » et que tu ne saches pas lire. Exemple à propos de Gotha. Voici ce qu’écrit Marx :

« Puisque le Parti ouvrier allemand déclare expressément se mouvoir au sein de l'« Etat national actuel », donc de son propre Etat, l'empire prusso-allemand, - sinon ses revendications seraient en majeure partie absurdes, car on ne réclame que ce qu'on n'a pas, -le Parti n'aurait pas dû oublier le point capital, à savoir toutes ces belles petites choses impliquent la reconnaissance de ce qu'on appelle la souveraineté du peuple, et ne sont donc à leur place que dans une république démocratique.
Puisqu'on n'ose pas - et on fait bien de s'abstenir, car la situation commande la prudence, - réclamer la République démocratique, comme le faisaient, sous Louis-Philippe et Louis-Napoléon, les ouvriers français dans leurs programmes, il ne fallait pas non plus recourir à cette supercherie aussi peu « honnête » que respectable qui consiste à réclamer des choses qui n'ont de sens que dans une République démocratique, à un Etat qui n'est qu'un despotisme militaire, à armature bureaucratique et à blindage policier, avec un enjolivement de formes parlementaires, avec des mélanges d'éléments féodaux et d'influences bourgeoises et, par-dessus le marché, à assurer bien haut cet Etat, que l'on croit pouvoir lui imposer pareilles choses « par des moyens légaux».
La démocratie vulgaire elle-même, qui, dans la République démocratique, voit l'avènement du millénaire et qui ne soupçonne nullement que c'est précisément sous cette dernière forme étatique de la société bourgeoise que se livrera la suprême bataille entre les classes, la démocratie elle-même est encore à cent coudées au-dessus d'un démocratisme de cette sorte, confiné dans les limites de ce qui est autorisé par la police et prohibé par la logique. »

Comment lire tout cet extrait ? Il n’est évidemment compréhensible que dans son contexte. Or quel est ce contexte ? Les lassalliens (cette polémique est dirigée contre ce courant dominant du nouveau parti) demandent dans leur programme un « Etat libre ». Marx se moque de cette revendication, mais pas dans le sens où il serait opposé à un Etat démocratique (car on pourrait interpréter ainsi cette revendication), mais parce qu’elle n’est même pas au niveau de ce qu’ont « réclamé sous Louis-Philippe et Louis-Napoléon, les ouvriers français dans leurs programmes », c’est-à-dire la République démocratique, revendication que Marx juge « à cent coudées au-dessus d'un démocratisme » du type « Etat libre ». En d’autres termes ce que reproche Marx aux lassaliens c’est de s’arrêter à cette revendication fumeuse sans aucune conséquence pratique, alors que celle d’une « République démocratique » est nécessaire pour que se livre « la suprême bataille entre les classes », ce qui est en définitive précisément cette voie que je propose dans mon texte.

Écrit par : Gilles | 16/07/2009

@Agnès

« C'est pourquoi des élus de la gauche unie n'appartenant bien évidemment pas à ce complexe étatico-capitaliste, auraient quelques difficultés à imposer leur point de vue, n'est-ce pas ? »

Il ne fait aucun doute, du moins pour moi (pour le NPA je ne sais pas), que les dirigeants du PS appartiennent à ce « complexe étatico-capitaliste ».

Écrit par : Gilles | 16/07/2009

Il faudrait également arrêter avec cette terminologie de « gauche » et de « droite », ou alors les blanquistes et les républicains de la majorité de la commune étaient « à gauche » alors que la minorité qui était plus proche de Marx (ceux qui appartenaient à l’AIT) était « la droite » de la Commune. En 1918, Boukharine était à gauche quand il souhaitait enclencher une guerre révolutionnaire alors que Lénine était à droite parce qu’il exigeait de signer un armistice avec l’Allemagne. Voyez à quelles absurdité cela nous conduit.

Écrit par : Gilles | 16/07/2009

@ Gilles

+1 !!!

(pour ta réponse à Agnès)

Écrit par : Hopfrog | 16/07/2009

1 partout la balle au centre !!!!

Écrit par : Agnès | 16/07/2009

En tout cas s'ils n'en faisaient pas partie ils seraient vraiment encore plus c.... qu'on le dit !

Écrit par : Agnès | 16/07/2009

T'as raison arrêtons avec la droite et la gauche faisons comme Valls et Sarkosy brouillons au maximum les cartes !!!

Je ne vois pas en quoi les luttes s'opposeraient à la recherche de plus de démocratie, c'est là que ton discours devient très fumeux.

Je l'ai déjà dit sur ton blog. Sans luttes et sans les continuations des combats pour les idées n'importe quelle gauche (PG / PCF voire même éventuellement NPA certains d'entre eux en tout cas comme toi je suppose) se laisserait vite aller à croire qu'ils font partie du "complexe étatico-capitaliste" de Hopfrog ou en tout cas à une certaine oligarchie dont les privilèges (qui ne tarderaient pas à s'imposer) sont encore à définir.

Écrit par : Agnès | 16/07/2009

Dans cette question droite/gauche, je parle évidemment à l’intérieur du NPA. C’est une facilité de langage pour envoyer, sans arguments, un opposant dans les cordes. S’il est droitier, donc il est réformiste, donc il n’a rien à faire chez nous. Eh bien non, personne n’a le monopole de la vérité anticapitaliste. Quand Marx ferraille contre Bakounine, on peut l’interpréter comme un conflit droite/gauche, autoritaire contre antiautoritaire diraient les anarchistes. Mais on peut donner à ce conflit une tout autre résonnance. Bakounine prônait la grève générale et le « coup de main » (même ça c’est de la caricature) et Marx y était opposé. Belle illustration d’un conflit droite/gauche ! Absurde ! En réalité, il s’agissait plutôt d’un affrontement entre deux orientations opposées. Mais si Marx a été jusqu’à provoqué la dissolution de l’AIT, c’est cette tendance anarchiste devenait en effet majoritaire ou très influente dans certaines sections (Espagne, Belgique, Suisse, etc.). Marx « droitier » ? Pourquoi pas. Je pourrais également te raconter tout le conflit entre la « gauche allemande » entre 1918 et 1921 qui aboutit au livre « La maladie infantile du communisme ». Lénine « droitier » ? Tiens donc. Ou encore Lénine prônant la NEP, etc. On n’en finirait pas. Voilà pourquoi il est désolant de voir des camarades utiliser ces qualificatifs, repris d’ailleurs par la presse, qui a décerné évidemment à Besancenot son brevet d’opposant « le plus à gauche » !

Pour la seconde partie de la réponse, je me cite : "Un tel processus est évidemment impossible sans luttes sociales, grèves et actions syndicales concertées. "

Écrit par : Gilles | 16/07/2009

La révolution, c'est quand le pouvoir échappe à ceux qui le détenaient pour échoir à des gens qui, bien que vainqueurs, ne savent généralement pas trop quoi mettre à la place de l'ordre révolu.

Résultat des courses : bien souvent, et malgré toutes les modifications introduites, le « nouvel » ordre social envisagé offre de fâcheuses similitudes avec celui qu'il prétendait remplacer. La machinerie du pouvoir reste en gros inchangée, seuls changent les dirigeants. Et voilà comment la dictature du prolétariat finit en dictature tout court ; et comment à la bureaucratie des lettrés du Céleste Empire a succédé celle, autrement pesante, du Parti communiste chinois.

Circonstance aggravante : le pouvoir, c'est une patate chaude : dès qu'on l'a, il faut savoir l'exercer — ou faire semblant de savoir (ce qui souvent revient au même). Donc, pour asseoir sa légitimité, tout nouveau pouvoir a tendance à se définir par rapport à son prédécesseur immédiat, que ce soit pour en prendre le contre-pied (Mitterrand en 1981) ou pour placer ses pas dans les siens quitte même à aller plus loin (Mitterrand 1983). Dans un autre ordre d'idées, la Tchéka créée par les bolcheviks reprit très vite l'héritage de l'Okhrana tsariste.
— Oui, objectera-t-on, mais à des fins différentes.
— Certes, mais en politique les moyens ont vite tendance à se substituer aux fins ou, du moins, à influer fortement sur la définition de celles-ci. Car un pouvoir quel qu'il soit n'a aucune chance de transformer la société s'il ne veille pas simultanément (et même, PRIORITAIREMENT) à sa propre conservation.

Et c'est ainsi que l'ex-URSS, depuis Lénine jusqu'à Brejnev et Andropov, en passant par Staline et Khrouchtchev, connut la Constitution la plus libérale, la plus démocratique et la plus humaine que ce pays eût jamais connue, bref une Constitution idéale, à un détail près : elle ne fut jamais appliquée, car le pays ne s'était pas encore engagé assez avant sur la voie glorieuse du communisme. On pourrait faire une remarque similaire à propos de la France sous la Convention.

Écrit par : Hopfrog | 16/07/2009

D'où l'importance de la question de l'Etat. Pas un mot là-dessus dans le programme du NPA. Il est vrai que dans nos rêves les plus fous, il s'effondre de lui-même devant le torrent impétueux de la grève générale.

Écrit par : Gilles | 16/07/2009

Gilles,
voilà il suffit d'expliquer. Je comprends mieux. Et je suis assez d'accord. Si le contenu doctrinal du NPA est déjà établi d'avance c'est vrai que le gain à y participer devient tout à coup moins intéressant.
Il est vrai que l'ouverture d'esprit qui permet d'envisager des hypothèses de réflexion, de travail différentes en s'interrogeant sur l'Etat, sur le risque de dictature, sur le phénomène de "reproduction" des structures identiques etc. c'est déjà un gage, non pas qu'aucune dictature ne pourrait advenir, mais au moins qu'on est entre démocrates.

Écrit par : Agnès | 16/07/2009

« Il est vrai que l'ouverture d'esprit qui permet d'envisager des hypothèses de réflexion, de travail différentes en s'interrogeant sur l'Etat, sur le risque de dictature, sur le phénomène de "reproduction" des structures identiques etc. c'est déjà un gage, non pas qu'aucune dictature ne pourrait advenir, mais au moins qu'on est entre démocrates. »

Certes. Et je serais tenté d'ajouter que certains commentaires (pas les vôtres) postés sur le fil du précédent billet de Gilles me semblaient appartenir davantage au membre d'une secte qu'au militant d'un parti.

L'avantage d'avoir de VRAIES ambitions électorales, c'est que l'on est alors bien obligé d'EXPLIQUER son programme aux électeurs, de leur en MONTRER le bien-fondé ou, sinon, d'accepter leur CRITIQUE : obligations qui n'ont rien que de très démocratique.

Du reste, pourquoi laisser la bataille électorale à la droite*, qui ne manque pas de tirer "légitimité" de ses succès ? Certes, le jeu électoral est biaisé, et il entre forcément une part de simulacre dans le rite électoral. Ce n'est pas pour autant une raison pour abandonner le terrain à la droite* !

Le premier commentaire posté sur ce fil remarque, très justement, je crois : « Opposer "révolution" et "élections" m'a toujours semblé d'une grande stupidité. » En définitive, on voit mal en quoi la participation aux élections serait incompatible avec les « luttes sociales, grèves et actions syndicales concertées » dont ici même parlait Gilles.

Il est même permis de penser que ces deux différents types d'action se renforcent réciproquement et qu'ils entretiennent une relation, heu… dialectique. Pour mettre au point une théorie qui fonctionne (à peu près), rien de mieux que des allers-retours fréquents entre le domaine des idées et celui des faits…

* Pour moi, la droite, ça va du PS (compris) au FN (compris).

Écrit par : Hopfrog | 16/07/2009

@ Gilles

Un énorme merci pour le lien avec l'article — passionnant — de Michel Husson. En prime, ça m'a permis de découvrir l'excellent site alencontre.org, dont je m'étonne que les contenus soient si rarement signalés par un agrégateur (du reste pertinent) comme Rezo.net.

L'article de Husson est effectivement en plein dans le sujet de votre billet : par où commencer pour sortir du capitalisme (= "faire la révolution") ? Eh bien, à ce qu'il semble, surtout pas en faisant des stocks de masques à gaz et de cocktails Molotov. Abandonnons une bonne fois cet idéal romantique (pour ne pas dire folklorique) d'une révolution « métaphysique » et pour ainsi dire tombée du ciel, imitant avec application (et non sans quelque naïveté) ses grandes aînées du XXe siècle.

Une logique de sortie de l'économie capitaliste, affirme Husson, ça se prépare et ça s'enclenche. Comment ? En choisissant pour objectif une revendication bien précise*, et suffisamment claire pour que l'ensemble des travailleurs puissent se l'approprier, mais dont la réalisation soit de nature à modifier fondamentalement le fonctionnement même de l'économie capitaliste.

Plutôt que de poursuivre mon "résumé" (bien maladroit et partiel, j'en suis bien conscient), je cite les deux derniers paragraphes du texte de Michel Husson (les MISES EN CAPITALES sont de moi) :

« La stratégie doit consister ensuite à mettre en avant des revendications justes, à montrer que c’est économiquement possible et que ce sont des intérêts sociaux minoritaires qui s’y opposent. C’est une méthode en somme EXPÉRIMENTALE : demandons ce qui est légitime et possible, mais demandons-le jusqu’au bout et avec énergie. On verra bien si le capitalisme est capable de répondre à nos revendications (nous, nous pensons que non).

Pour sortir du cercle vicieux (le capitalisme n’a rien à offrir, mais comment s’en débarrasser ?), il faut mettre en avant l’idée de contrôle. Comment de toute manière imaginer une irruption dans la propriété sans l’auto-activité des travailleurs décidant de contrôler sur le terrain les licenciements et les embauches ? Comment interdire les licenciements : par une loi tombée du ciel ou arrachée sous la pression des luttes sociales ? Seule la mobilisation peut décrocher une telle avancée, mais penser qu’on peut l’enclencher à partir de MOTS D'ORDRE ABSTRAITS DÉNUÉS DE TOUT OBJECTIF CONCRET est une véritable régression qui redouble l’ossification théorique, tout en s’appuyant évidemment sur elle. Tel est peut-être le fond du débat : faut-il s’attacher au PURISME du mot d’ordre, plutôt qu’à sa CAPACITÉ À ENCLENCHER les luttes sociales et à leur donner un sens et une cible ? Bref, comme le proposaient Marx et Engels dans "L’idéologie allemande", il faut décidément appeler "communisme le mouvement réel qui abolit l'ordre actuel"».

* À titre d'exemple, Husson propose de remplacer les classiques slogans (j'allais dire : les mantras) du type « À bas la propriété ! À bas le capitalisme ! », qui ne vont pas au-delà de la protestation rituelle, par « l’idée de siphonner les dividendes pour financer les emplois créés par réduction du temps de travail, [qui] est une idée juste qui désigne un objectif pratique. » Et il ajoute : « La question de savoir A PRIORI [si cet objectif] peut être imposé au capitalisme ou implique son renversement est d’une certaine façon secondaire. Ce qui compte, c’est la capacité de MOBILISATION et d’INTERVENTION ACTIVE des travailleurs dont un tel mot d’ordre peut être porteur. »

En conclusion, et pour en revenir au billet de Gilles, je remarque qu'une telle mesure (siphonner les dividendes pour financer les emplois créés, etc.) peut TOUT AUSSI BIEN constituer la revendication d'une LUTTE SOCIALE (grèves, occupations d'usines, etc.) que le volet d'un PROGRAMME ÉLECTORAL.

Écrit par : Hopfrog | 17/07/2009

Oui mais quelqu'un de pernicieux pourrait demander : "Comment ?"
Comment syphonner les dividendes sans avoir un contrôle sur les comptes bancaires ? Et comment avoir un contrôle sur les comptes sans mettre fin aux paradis fiscaux ? Et comment mettre fin aux paradis fiscaux ? etc... etc ...

Écrit par : Michel | 17/07/2009

Et c'est là que toutes les doctrines du monde ne nous serons d'aucune aide...
Il faut trouver quelque chose de simple, quelque chose de tellement simple que les capiatlistes puissent même pas imaginer le cataclysme que cela représenterait. Il faut une idée géniale, quoi !

Il y a des exemples dans l'histoire de petites choses qui ont eu certains effets.

Quand Gandhi demande à chacun de tisser lui-même sa tunique ou va chercher le sel de la mer...

Aujourdhui quand les iraniens allument tous les appareils électroménagers pour faire disjoncter la centrale et que la télé s'éteigne, ils font quleque chose de cet ordre.

Il faudrait faire quelque chose comme retirer tout son argent de la banque dès que le salaire arrive, ne plus utiliser de cartes bancaires ou de chèques, par exemple.

QUelque chose de plus simple encore mais qui bloque le système !

Écrit par : Agnès | 17/07/2009

je ne suis pas d'accord. IL faut arreter d'avoir des idées il faut arreter avec les idéologies de manières générales. Il faut accepter le capitalisme. Tout le monde veut voyager, s'acheter des ipod et les dernières fringues à la mode. Tout le monde veut consommer c'est perdre son temps et donc souvent de l'argent public de vouloir construire un autre système

Écrit par : gabriel social gaming | 17/06/2011

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