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07/07/2009

Régionales : un accord NPA/PG qui passe mal

Il a suffi que l’amorce d’un accord potentiel entre le NPA et le Parti de gauche ait été envisagé pour les élections régionales de 2010 – voyez avec quelles précautions j’entoure ce qui n’est en fin de compte qu’un procès verbal de rencontre – pour qu’aussitôt se lèvent, dans le NPA, de la base au sommet, des voix pour s’y opposer.

 

Et en quels termes : « il n'était en aucun cas [question] de s'engager dès maintenant  dans une quelconque politique électorale commune pour les prochaines régionales […] le CE a fait glisser le centre de gravité des préoccupations du NPA du terrain des luttes sur le terrain électoral […] le CE a donné une inflexion électorale, institutionnelle et suiviste à l'égard du PS […] accords politiciens avec le PS […] calculs électoraux […] », avec cette touche finale « les réactions de déception sont vives parmi nos camarades ouvriers » [Toutes ces citations sont extraites d'un texte signé par plusieurs membres du CPN hostiles à l'accord] qui tient lieu de signature – il faut comprendre que les auteurs de ces remarques s’auto-désignent en quelque sorte porte parole des ouvriers « déjà trop peu nombreux dans le NPA ».

 

Je précise que, pour ma part, je me réjouis de cet accord, mais que, pour autant,  je ne me fais pas trop d’illusion sur les suites qu’il lui sera donné. Cependant, sans aller jusqu’à admettre que ces camarades ont raison, je ne puis, tout comme eux, que m’étonner de ce « revirement » du CE quant à notre attitude vis-à-vis du PG. On pouvait en effet lire dans le texte voté par 114 voix au dernier CPN, ceci à propos du Front de gauche : « A noter que pendant la campagne les divergences se sont confirmées. Sur le plan des mobilisations sociales, le front de gauche a collé à la stratégie des directions syndicales sans aucune critique et avec un appui marqué à Thibault. Le soulèvement de la Guadeloupe, la lutte exemplaire du LKP, n’ont pas vraiment soulevé d’enthousiasme Mélenchon et la direction du PG qui ont systématiquement expurgé des déclarations unitaires toute référence à cette grève générale…dans un territoire colonisé par la République française. Enfin, les professions de foi des têtes de lites du parti de gauche ne comprenaient pas les passages communs du front concernant l’immigration et les sans-papiers. » Ce qui, convenons en, n’était pas favorable à un rapprochement avec le PG.

 

Alors il est vrai que le PG ce n’est pas TOUT le Front de gauche. Je veux bien admettre cette subtilité. Il n’empêche que le CE a, en effet, été au-delà de ce que semblait indiquer ce texte et que, formellement, les camarades ont raison de se sentir floués. Je dois cependant leur dire, que ce sentiment là, nous sommes des centaines, voire des milliers dans le NPA, à le ressentir, et depuis très longtemps. Pour moi, cela date du « processus constituant » lui-même. Quand, en 2008, nous nous y sommes engagés, nous étions un certain nombre à souhaiter qu’il soit largement ouvert à plusieurs « hypothèses stratégiques ». Or une seule a été choisie, celle du « parti des luttes », de l’objectif d’une « grève généralisée prolongée », d’une fonction pour l’essentiel tribunitienne des élections (même si des bémols y ont été apportés), etc.

 

Il fallait cependant être un peu naïf pour croire qu’un parti tel que le nôtre, dont il serait difficile de nier qu’il s’est fait plus connaître par ses prestations médiatiques et électorales que par ses participations décisives à des luttes significatives, allait soudainement renoncer aux bénéfices qu’apporte à toute formation politique une bonne prestation électorale. Or, convenons-en, nos scores aux européennes ont été décevants. On comprend mieux, dès lors, que la direction du NPA rectifie le tir pour ne pas se retrouver de nouveaux en position « d’empêcheur de s’unir en rond ». Ce revirement est-il cependant purement tactique ou constitue-t-il un tournant ? L’avenir nous le dira mais je pense que les camarades n’ont guère de soucis à se faire, sur le fond, la direction n’a pas changé son fusil d’épaule, j’ajouterai, malheureusement.

 

 

Je ne développerai pas ici ma position sur le fond, cela nous entraînerait trop loin. Mais cette polémique pose, de nouveau,  la question du fonctionnement interne de notre petit parti. Le choix a été fait, en février dernier, et à une très forte majorité, de reconduire un système qui n’est, ni plus ni moins, celui du «parlementarisme bourgeois » : le nombre fait loi. Or ce système, où la majorité fait bloc, qui écrase les minorités et refuse d’intégrer les divergences, fait problème d’autant plus qu’il est contradictoire avec l’objectif qui était visé primitivement : celui de rassembler et faire cohabiter sous un même toit des courants politiques divers portant des hypothèses stratégiques différentes.

 

Je sais que cet objectif n’a pas été tenu. Que très vite on a voulu constituer une majorité très large avec l’intention maligne d’éliminer ou de marginaliser les courants qui ne se reconnaissaient pas en partie ou totalement dans l’orientation préconisée par cette majorité. Or, en faisant large, on a obtenu le nombre (écrasant) mais pas forcément la cohérence. Et c’est cette fausse cohérence qui craque aujourd’hui, ce qui devait arriver. Ainsi, aussi paradoxal que cela puisse paraître, moi qui, pour la première fois, approuve cette décision de la CE, je n’en trouve pas moins légitime la critique des camarades qui s’y opposent.

 

La question est donc posée : comment fonctionner autrement ? Multiplier les tendances ? Ouvrir la boite aux anathèmes ? Franchement, je ne crois plus en ce système qui fossilise les divergences dans des affrontements stériles et paralyse le débat. Je pense de plus en plus que seuls des débats très ouverts et loyaux permettront d’aller de l’avant. Mais cela implique une condition : que les débatteurs s’écoutent, s’acceptent et s’arrangent, ce qui est loin d’être le cas.

 

Pour me faire comprendre je vais prendre l’exemple de notre participation aux élections. Pour ma part, j’en suis un chaud partisan. Pas seulement pour s’en servir comme tribune, ce qui est le minimum, mais également parce que je pense que la rupture avec les systèmes dominants (politique, économique, culturel…) passeront inévitablement par les institutions, du moins dans nos vieilles démocraties occidentales. Pas exclusivement, mais prioritairement, en les remodelant et en les bousculant. Pour autant, de cette participation, je n’en fais pas une religion et je comprends très bien que l’on puisse, dans certaines circonstances, ne pas y recourir. De même pour les luttes sociales. J’admets volontiers qu’elles soient un élément déterminant de notre orientation, mais je me refuse à les fétichiser.

 

Ainsi devons nous désormais procéder. Réfléchir, longuement s’il le faut, plutôt que juger hâtivement ; s’enrichir du débat plutôt que d’en faire un moyen d’exclusion. Il n’y a pas de raison dans l’histoire mais des opportunités. Ne les gâchons pas.

Commentaires

C'est sur, il y en a beaucoup qui pensent que les luttes sociales c'est aussi de la politique et que les grandes inflexions dans l'histoire se sont bien faites par un très haut niveau d'activité....social.

Actuellement la gauche entière va vers une énorme défaite politique si elle laisse filer une défaite sociale.

La conception qui est de dire il y a d'un côté la politique et de l'autre le social est une conception fondamentalement politicienne, celle du socialisme par en haut, celle qui cimente l'enkistage institutionnel.

C'est vrai que dans le NPA se dégage deux grandes orientations, ceux qui vont vers l'électoralisme (ce qui est fondamentalement diffèrent d'un éventuel succès électoral) comme dimension essentielle de la politique et ceux qui pensent qu'une société, même démocratique, ce n'est pas ça et ça n'évolue pas par là, ceux qui pensent que c'est dans les résistances concrètes au capitalisme de crise que peuvent se faire de bonnes façons de faire de la politique.

La première orientation ,qui a amené à des hésitations par rapport au front de gauche, un angélisme bisounours et honteux, tourne le dos aux aspirations d'une frange radicalisée qui ne comprend pas les alliances politiciennes.

La seconde constitue une chance mais effectivement il faudra que les choses se décantent et que cesse l'unanimisme paralysant.

Discuter enfin du fond, publiquement et clairement.

A noter que c'est quand même bien mieux que dans beaucoup de partis , même les éventuels partenaires, qui n'ont pas eu l'honneur de votes et de débats contradictoires sur les élections...

A côté de ces casernes, le NPA c'est quand même mieux même si bien des choses énervent.

Écrit par : Paco | 08/07/2009

Désolé de te contredire mais dans le NPA il ne « se dégage deux grandes orientations, ceux qui vont vers l'électoralisme (ce qui est fondamentalement diffèrent d'un éventuel succès électoral) comme dimension essentielle de la politique et ceux qui pensent qu'une société, même démocratique, ce n'est pas ça et ça n'évolue pas par là, ceux qui pensent que c'est dans les résistances concrètes au capitalisme de crise que peuvent se faire de bonnes façons de faire de la politique. »
Du côté majoritaire il y a en effet des militants qui perpétuent un idéal révolutionnaire sur la base d’un corpus idéologique assez simpliste en définitive, mais qui a eu son heure de gloire très relatif il est vrai entre 1848 et 1917, et de l’autre une minorité qui cherche d’autres voies de sortie du capitalisme. Ce corpus, je le connais bien pour l’avoir suffisamment étudié et transmis. Quand je dis qu’il est assez simpliste, c’est que lorsque l’on étudie cette période qui s’est en gros achevée à la fin des années 60 et au début des années 70, on s’aperçoit assez rapidement qu’une grande partie de cette histoire a été occultée. Plus globalement, elle n’est d’ailleurs que la fin d’une plus longue période, cinq à six siècles, qui a vu se mettre en place conjointement l’Etat-nation et une économie-monde capitaliste. Des premiers soubresauts de la crise du christianisme aux dernières manifestations d’une classe née au cours de la révolution industrielle du 19e siècle, et en ce sens dernière classe révolutionnaire, se dessine ainsi une ère des révolutions, dont on a retenu que la dernière étape, celle des révolutions dites prolétariennes, mais qui n’ont, nulle part, contribué à la transformation des rapports sociaux, plutôt à la mise en place d’un Etat-nation « social », l’Etat dit providence.
Ce dont je suis sûr, c’est que cette très longue période est close et que nous entrons dans une autre période. Le problème étant de savoir ce qu’il va advenir de cet équilibre très instable de l’économie-monde, équilibre dû en grande partie à l’action conjuguée des Etats-Nations (on en a eu encore une manifestation éclairante dans cette crise). Autre chose dont je suis certain c’est que le prolétariat industriel en déclin irréversible depuis une quarantaine d’années a épuisé toutes ses potentialités révolutionnaires. Ce qui nous pose une nouvelle énigme.

Écrit par : Gilles | 08/07/2009

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