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06/07/2009

Choses entendues au NPA à La Rochelle

A un camarade qui, las de ne pas trouver dans le NPA des réponses aux questions qu’il se pose, va au Parti de gauche « pour voir », comme il dit, cette réplique : « Si tu n’es pas anticapitaliste, tu es capitaliste », et la meilleure preuve c’est que tu vas au PG car « le Parti de Gauche se dit antilibéral mais en aucun cas anticapitaliste car il croit en un autre capitalisme tout comme le Parti Communiste d'ailleurs. C'est donc croire en un capitalisme moralisé. Le Parti de Gauche et le PC se font par leurs fausses casquettes de "défenseurs des travailleurs", des défenseurs du patronat. »

 

A ce même camarade qui posait la question pertinente : « quid d’un PS largement majoritaire à gauche » ? Cette réponse tout en nuance : « Nous, le NPA, nous ne sommes pas pour nous prostituer avec le PS » A propos de l’Iran : « C’est une tentative de déstabilisation de la CIA et d’Israël » ; « C’est bien joli c’est histoire de démocratie ! Et d’abord a-t-on les preuves qu’il y a eu fraude ? Dès qu’un candidat perd les élections, il en conteste toujours le résultat au nom de la démocratie, comme au Mali dernièrement. »

 

Ces réponses ne proviennent pas d’adhérents à la tendance « Claire », ce petit courant « ultragauche » du nouveau parti mais bien de représentants de la « majorité » du NPA, de ce « noyau dur » qui, droit dans ses bottes, reste parfaitement imperméable à toutes critiques de l’orientation de "son"parti. Les mêmes qui, il y a quelques jours disaient pic que pendre du Parti de gauche (« A noter que pendant la campagne les divergences se sont confirmées. Sur le plan des mobilisations sociales, le front de gauche a collé à la stratégie des directions syndicales sans aucune critique et avec un appui marqué à Thibault. Le soulèvement de la Guadeloupe, la lutte exemplaire du LKP, n’ont pas vraiment soulevé d’enthousiasme Mélenchon et la direction du PG qui ont systématiquement expurgé des déclarations unitaires toute référence à cette grève générale…dans un territoire colonisé par la République française. Enfin, les professions de foi des têtes de lites du parti de gauche ne comprenaient pas les passages communs du front concernant l’immigration et les sans-papiers. » (Vote du dernier CPN pat 114 voix contre 12), s’apprêtent à saluer l’accord que le NPA vient de passer avec l’horrible PG.

 

A vrai dire, ils n’en penseront pas moins. Comme l’avait préconisé un membre de la direction, il s’agit là, surtout, de ne pas apparaître « sectaires », bref de donner l’impression que l’on est unitaire, en espérant secrètement, qu’au final, cette belle unité partira en eau de boudin. Ils sont comme ça, nos « majoritaires ». Nouveaux adhérents, anciens de LO ou de la LCR, ont les reconnaît facilement à cette incapacité de voir plus loin que le bout de leur nez. Le meilleur test à leur faire passer concerne précisément cette question de la démocratie. Ce n’est pas par hasard que je les avais titillés sur cette question. Je m’attendais en effet à des grossièretés. Mais leurs réponses ont été au-delà de ce que j’espérais. Mon intention était de montrer que depuis une bonne décennie, dans plusieurs pays, la question de la démocratie avait autant d’importance, sinon plus, que la question sociale et que le « prolétariat », la « classe ouvrière » (pour employer une terminologie « marxiste »), n’apparaissait pas en pointe dans ce combat. Je n’en tirais pas de conclusion, mais cela me semblait important de le souligner.

 

 Mais, le pire, c’est qu’ils n’ont pas compris le sens de ma remarque. Ou plutôt, puisque ces revendications « démocratiques » n’étaient pas portées par le « prolétariat, ils se sont crus obligés de n’y voir qu’une manœuvre, un « sale coup » de l’impérialisme anglo-saxon et de son allié Israël. Je leur laisse commenter à loisir cet extrait de la correspondance de Marx à l’un de ses amis en 1843 à propos des Allemands : « La dignité personnelle de l'homme, la liberté, il faudrait d'abord la réveiller dans la poitrine de ces hommes. Seul ce sentiment qui, avec les Grecs, disparaît de ce monde, et qui, avec le christianisme, s'évanouit dans l'azur vaporeux du ciel, peut à nouveau faire de la société une communauté des hommes, pour atteindre à leurs fins les plus élevées : un État démocratique. »

Commentaires

"ces revendications « démocratiques » n’étaient pas portées par le « prolétariat",
Le droit de grève est un droit démocratique, remis en cause ici en France par le MEDEF et le gouvernement. Le droit syndical remis en cause par le patronat...Le droit à l'école publique, laïque et obligatoire remis en cause par les politiques libérales... droit à la santé ? Privatisation des hôpitaux...
Et même le libéralisme, dont la stratégie vise à affaiblir l'Etat par les baisses d'impôts, la fin des services publics, le libéralisme vide la politique de son sens...
Alors le prolétariat, il n'a pas de revendications démocratiques ou il n'a que cela ?

Écrit par : JR | 07/07/2009

Salut Gilles,
je suis d'accord avec tes critiques sur la question démocratique dans le npa. En fait je pense que la question qui devrait nous occuper principalement (au npa s'entend) est bien celle-ci. Par contre c'est dommage que tu présentes la position des "majoritaires" par un exemple aussi caricatural. La question a besoin d'être traitée, de façon constructive.

Comment, à ton avis, peut-on à l'intérieur du npa avoir cette discussion?

Charlie

Écrit par : Charlie | 07/07/2009

« Ces revendications « démocratiques » n’étaient pas portées par le « prolétariat ». Là, je parle de l'Iran. En France, quoiqu'on dise, aucune remise en cause mais un perpétuel encadrement. On élime, on rogne comme avec les contraintes sur le service public mais dans "les grandes et vieilles" démocraties, l'objectif est tout autre qu'en Iran. Ce que je voulais dire par là, c'est que la question de la démocratie, au sens plein du terme comme Marx le voyait, est une question centrale que les révolutionnaires ont oubliée. La révolution russe, dont c'était l'un des objectifs, est passé par là et a fait ses dégâts.

Les propos que je rapporte sont véridiques et je pense que de nombreux membres du NPA les approuveraient.

Écrit par : Gilles | 07/07/2009

"En France, quoiqu'on dise, aucune remise en cause "
En 2007, Quand Sarkozy est opposé à S. Royale où est le choix démocratique entre deux projets libéraux ?
Quand Lula accède à la présidence, n'a t-il pas signé, au préalable, un accord avec le FMI. "Une autorisation d'être élu" en quelque sorte. Un truc bien démocratique. Ou un "encadredment" libéral en quelque sorte.

Écrit par : JR | 07/07/2009

Désolé mais la position officielle du NPA sur l'Iran n'a pas tellement l'air d'être celle que vous croyez, on remarque que le NPA de Besancenot et Bensaïd on tenu des discours anti-Ahmadinejad tout a fait semblable a ceux de TF1-Figaro-Libération... Que les militants du NPA se mefient un peu plus de la campagne occidentalo-capitaliste pro-moussavi, moi ça me rassure !

Écrit par : Ramon Mercader | 07/07/2009

Sur l'Iran, je sais bien que les propos que je rapporte ne sont pas la position officielle. Heureusement. Mais je pense néanmoins que de nombreux membres de la majorité pensent ainsi, comme à La Rochelle.

Écrit par : Gilles | 07/07/2009

Sur l'Iran, je sais bien que les propos que je rapporte ne sont pas la position officielle. Heureusement. Mais je pense néanmoins que de nombreux membres de la majorité pensent ainsi, comme à La Rochelle.

Écrit par : Gilles | 07/07/2009

Sur la démocratie.
JR,
J’ai l’impression que tu as une vision un peu étroite de la question. En France et dans bien d’autres pays, le droit d’organisation, de grève, de manifestation, de choisir ses représentants, etc., est reconnu et cette reconnaissance est loin d’être formelle. Cela n’implique pas pour autant que nous nous puissions être automatiquement majoritaires en utilisant ces droits. Devenir majoritaire implique une stratégie de conquête qui passe à la fois par les luttes sociales et les luttes politiques.

Écrit par : Gilles | 07/07/2009

Si beaucoup pensent de cette manière, pourquoi la vision officielle est elle si différente, et si consensuelle, à qui le npa veut-il faire plaisir ? À bhl ?

Écrit par : Ramon mercader | 07/07/2009

Lis mon nouveau "post" et tu comprendras. La majorité s'est construite en opposition à d'autres courants, pour "faire nombre" et sans trop regarder qui, et sur quelles bases, venait renforcer le courant majoritaire. Moralité cette majo est sans cohésion politique et éclate dès que se posent des problèmes concrets. Mais ce n'est qu'un début.

Écrit par : Gilles | 07/07/2009

Moi qui ne suis pas du npa, mon précédent commentaire, avait pour but de te poser cette question : qui décide des communiqués officiels si cette majorité est si diverse, et en fonction de quoi et de qui choisit on cette vision plutôt qu'une autre ?

Écrit par : Ramon | 07/07/2009

La Commission exécutive, une dizaine de personnes.

Écrit par : Gilles | 07/07/2009

Je me rends compte que c'était la deuxième partie de la question qui m'interressait le plus... Mais je te remercie tout de meme de me répondre, c'est agréable et rare...

Écrit par : Ramon | 07/07/2009

Bon faudrait pas crier haro sur le baudet si tôt Gilles.
J'imagine que le NPA n'échappe pas au fait que certains de ses membres soient à la fois bornés et mal informés mais il faut laisser une chance au NPA de prouver qu'il peut mettre en adéquation ses idées et ses pratiques. Moins d'un an c'est cours pour arriver à agir pour surnager dans le paysage politico-médiatique et en même temps structurer un nouveau parti avec des militants issus de divers horizons.
Il est vrai que la tendance minoritaire actuellement "convergences et démocratie" n'a pas pu faire avancer l'organisation sur plusieurs points essentiels mais ne jetons pas encore le bébé avec l'eau du bain. Laissons le temps aux idées et aux pratiques de faire leur chemin.
Ceux qui ont lu Bourdieu savent que des décennies de pratiques politiques n'ont pas été sans créer des "habitus" chez les ex-ligue mais gageons qu'ils sont dépassables parce que c'est incontournable, incontournable.
Faire naître des espérances chez tant de militants de gauche et ne pas leur donnée un débouché démocratique serait un lent et douloureux suicide politique.

Écrit par : la compagne de JR | 08/07/2009

Non ! Tout ça serait vrai si nous étions un mouvement jeune. N’oublions pas que nous sommes les héritiers d’une vieille tradition (par exemple celle des 21 conditions), d’autant plus appauvrie et que l'on ressasse depuis des lustres de vieilles légendes et dont on ne démord pas, quoique l’on puisse faire. Ces gens là n’ont pas encore digéré l’effondrement du « monde communiste ». Regarde comme ils s’accrochent encore au mythe cubain. J’ai entrepris, pour ma part, de tout revoir, et chaque jour je découvre que des pans entiers de l’histoire ont été occultés pour que le mythe perdure.

Écrit par : Gilles | 08/07/2009

Gilles serais-tu un anticommuniste primaire secondaire ou tertiaire ?

Écrit par : la compagne de JR | 08/07/2009

Il me semble au contraire que parmi les philosophies, les idéologies et même les expériences vécues, celles qui tentent d'inventer autre chose que de se soumettre aux principes archaïques du capitalisme c'est ce qui était le plus récent dans l'histoire de l'Humainité mais peut-être me trompais-je ?

Écrit par : la compagne de JR | 08/07/2009

D’abord il est impropre de parler de « principes archaïques du capitalisme » : les rapports sociaux capitalistes dominent le monde et constituent une économie-monde dont l’efficience n’est plus à démontrer. Que l’on y soit hostile, c’est une chose – et j’y suis évidemment – mais ce monde qui a mit cinq à six siècles pour en arriver là n’est pas encore à bout de ressources. Paradoxalement, c’est quand il n’avait pas encore atteint ce niveau de stabilité, quand il cherchait au travers de l’Etat-nation en construction à étendre son pouvoir, qu’il était donc encore extrêmement fragile, qu’est née l’illusion de son renversement violent et rapide par la révolution. Les constructions intellectuelles qui se sont en partie appuyées sur l’activité du mouvement ouvrier (le socialisme, l’anarchisme, le communisme) ont trouvé en effet, dans cette période là (du milieu du 19e à la première moitié du 20e), énormément de matière pour les étayer. Mais depuis le milieu des années 70 de nombreux signes montrent que l’on est irrémédiablement entré dans une autre période historique. Il va falloir imaginer d’autres sorties du capitalisme.

Écrit par : gilles.suze@wanadoo.fr | 08/07/2009

Impropre ou pas, si j'emploie le terme "archaïque" c'est parce qu'il reste indéniable que l'accumulation primaire de richesses qui permet un certain type de croissance capitatiste est fondée sur des formes d'accaparement, que cet accaparement porte sur la main d'oeuvre, les matières premières, les moyens de production c'est toujours un processus où quelques individus détournent à leur seul profit des richesses. En cela, on peut le qualifier d'archaïque car c'est le processus de base, et étymologiquement et historiquement.
Et oui l'histoire avance et les choses ne peuvent pas se reproduire à l'identique et c'est souhaitable aussi. Personne ne rêve de voir se pointer un nouveau Staline aux commandes.
Mais si tu as vu le film de Wagenhofer "Let's get money" tu verras que les processus d'accumulation des richesses n'ont guère changé depuis le commerce triangulaire. Certes on ne vend plus des hommes aux comptoirs colonialistes mais ce qui se passe ressemble beaucoup à une immense spoliation planétaire, du vol organisé, de l'exploitation à tout crin. Alors oui ces processus restent archaïques.
Ce n'est pas perceptible de chez nous où on est quand même bien douillets en train de discuter via Internet mais c'est réel, ça existe.
Sur la question d'inventer quelque chose de nouveau pour se sortir de cette logique. Ben oui, il le faut.
ET aujourd'hui, apparemment il le faut doublement. PArce que des hommes souffrent, ça c'est pas nouveau et ça n'émeut guère ; mais aussi parce que la Terre souffre et ça c'est nouveau et apparemment ça commence à émouvoir parce cette logique archaïque (dont nous bénéficions un peu pour être bien douillets...)est en train de détruire notre maison. Et vu le nombre de planètes habitables aux alentours, ceux qui accumulent des richesses comme ça ont quand même intérêt de ne pas trop détruire la maison commune. ça c'est nouveau. Est-ce que ça va les arrêter, je ne pense même pas. ET en cela aussi on peut qualifier le processus d'archaïque parce que c'est plus fort qu'eux.
Maintenant sur les formes politiques qu'ont pris les tentatives pour rompre avec le capitalisme, on est face au même problème d'accaparement mais cette fois du pouvoir par quelques uns. Et en plus par la force. Mais à chaque fois au départ ce sont des luttes légitimes qui mènent au soulèvement des populations.
La différence avec le capitalisme c'est que les capitalistes sont prêts à laisser même des démocraties exister à condition qu'ils puissent continuer à accumuler des richesses. Par contre si on touche à leur processus archaïque d'accaparement alors là ils peuvent devenir méchants quand même.
Il faut trouver des formes qui empêchent l'accaparement par quelques uns des richesses et du pouvoir quels qu'ils soient.
Aujourd'hui je constate que c'est d'abord le capitalisme qui fait des ravages. Les formes de gouvernances qui subsistent de moments révolutionnaires sont aujourd'hui des formes d'accaparement du pouvoir.
Ce qui avait été inventé pour sortir du capitalisme n'était pas assez fort ou inventif pour échapper à cette logique d'accaparement.
Allez soyons carrément pessimistes ! Peut-on sortir de cette logique d'accaparement ? Peut-être pas. Mais c'est un beau défi de l'espérer et d'essayer de le faire.

Écrit par : la compagne de JR | 09/07/2009

« Ce qui avait été inventé pour sortir du capitalisme n'était pas assez fort ou inventif pour échapper à cette logique d'accaparement. »
En vérité, « on » n’a rien inventé. C’est à partir d’une certaine lecture, un peu hâtive et précipitée de l’histoire du 18e et 19e, que des intellectuels ont cru pouvoir bâtir des modèles de sortie du capitalisme en tentant de reproduire ce qui s’était passé auparavant dans les siècles précédents. On pourrait dégager ainsi 3 modèles : celui d’un développement autonome des « producteurs associés » (coopératives, mutuelles, banques de crédit mutualiste, etc.), dont Proudhon en France est l’un des représentants, mais il n’est pas le seul ; on a des courants de ce type dans pratiquement tous les pays européens, en Angleterre en particulier, qui manifestement prennent pour modèle l’actions des guildes et autres associations de marchands du moyen-âge. Deuxième modèle, qui reprend la première idée mais qui pense que pour être efficace il faut faire entrer dans l’association l’Etat. Ce modèle était celui de Lassalle en Allemagne et dont on pourrait dire qu’il préfigure le courant qui deviendra dominant dans le mouvement ouvrier, celui du « réformisme », avec comme objectif construire un Etat providence. Et puis il y a un troisième courant, celui représenté par Marx qui consiste à s’emparer de l’appareil d’Etat, pour le détruire, et construire une nouvelle société sur de nouveaux rapports sociaux. Evidemment entre ces trois formes « pures », il y a eu perméabilité.

Il va s’en dire que ces trois modèles n’ont pas exactement eu les résultats que l’on attendait d’eux. Et pour cause, c’est que pour le capitalisme, ça ne s’est pas exactement passé comme ils l’avaient interprété. En d’autres termes, pourquoi c’est en Europe que ça c’est passé et pas ailleurs. Tu sais que cette question a taraudé Marx ; qu’il s’est penché sur la question de « mode de production asiatique » pour essayer de trouver des réponses. Tu sais aussi que Marx, avant de s’occuper d’économie et de lui consacrer une grande partie de son travail, était parti de la critique de l’Etat chez Hegel. Et que cette question là l’a poursuivi toute sa vie. Pour résumer, en gros, c’est la désorganisation et la faiblesse des formes politiques, étatiques en particulier, après l’effondrement sur plusieurs siècles de l’Empire romain, qui a « libéré » la société « civile » et qui a permis à des individus, souvent groupés, de prendre des initiatives. C’est donc la faiblesse des Etats féodaux qui est en partie à l’origine de ce mode de développement original issue de la société civile. L’Eglise a cependant en partie comblé le vide politique créé par l’effondrement des structures politiques héritées de l’antiquité. Ces Etats féodaux et l’Eglise se renforçant, brident mais également entendent bien profiter de ces nouvelles richesses créées. Conflits et ententes. Ainsi, dans cette longue période de cinq à six siècles pendant laquelle s’installent et se développent les rapports sociaux capitalistes, les « révolutions » (au sens large donc incluant les guerres et en particulier les guerres religieuses qui ne sont qu’une forme de guerre civile) ne sont que des moments au cours desquels des « classes », des « ordres », des formations sociales diverses, tentent avec plus ou moins de réussite de s’emparer en totalité ou en partie du pouvoir politique pour réguler et s’emparer de cette accumulation extraordinaire de richesses. Mais il y a bien eu des origines à aujourd’hui une large autonomie de l’instance économique.
Donc, les « révolutions » ne sont pas des passages d’un mode de production à un autre, mais s’inscrivent à l’intérieur du développement et d’expansion de cette économie. Ce que je pense c’est que nous sommes à la fin de ce long processus qui a atteint, quoiqu’on en dise (crise systémique, etc.) une certaine stabilité grâce à une collaboration très étroite entre le système interétatique et cette économie et que surtout il n’y a dans l’immédiat aucune force sociale organisée susceptible de le contester réellement, du moins sur le modèle de ce que la classe ouvrière avait pu faire pendant un peu plus d’un siècle (de la seconde moitié du 19e à la première moitié du 20e).
C’est pour cette raison que je me suis beaucoup intéressé à ce qu’a écrit Negri dans L’Empire et la Multitude, sans être convaincu cependant. Mais il y a là à l’évidence des pistes. Mais il y a toujours des pistes intéressantes également chez Marx, mais pas forcément celles qui ont fait florès chez les révolutionnaires. Cette piste c’est celle de la démocratie, c’est-à-dire, la reprise en main par la « société civile » de sa destiné.

Écrit par : Gilles | 09/07/2009

Je n'ai de toute évidence pas ton érudition.
Je suis d'accord sur le fait que la démocratie est un enjeu majeur.

Écrit par : la compagne de JR | 09/07/2009

Bravo Gilles tu es vraiment très érudit. Mais outre le fait qu'il est certainement nécessaire de se battre pour avoir une ligne "juste", penses-tu vraiment que c'est ce genre de discours qu'attendent les milliers de travailleurs touchés par la rapacité des capitalistes, et par la crise qu'ils veulent nous faire payer ?

Nous, au Front de Gauche, nous n'avons pas de phraséologie aussi éloquente. Mais nous pensons que ce dont le peuple de gauche a besoin, c'est d'une stratégie qui prenne en compte leurs besoins immédiats, et qui leur permette d'entrevoir un monde meilleur pour lequel cela vaudrait la peine de se battre.

Pour l'instant le débat n'est pas : privilégier les luttes (NPA) ou privilégier les élections (FdG). Ce que nous attendons, c'est l'émergence d'une organisation ou d'un front qui puisse donner aux luttes éparpillées ici et là une perspective politique garantissant que les acquis sociaux arrachés dans les luttes ne puissent être remis en cause par un gouvernement à la solde des patrons (UMP ou PS).

Or, cette perspective, n'en déplaise à ses dirigeants, ce n'est pas le NPA qui va la leur donner. On le voit bien dans les entreprises, ceux qui dirigent et organisent les luttes ne sont pas au NPA (sauf rares exceptions). Et quand bien même ce serait le cas, le discours du NPA disant : « Nous ne voulons pas participer aux éxécutifs », jette le discrédit sur toute la phraséologie dont ils sont coutumiers.

Ce que les travailleurs attendent, en effet, c'est que leurs luttes ne servent pas uniquement à ce que quelques vedettes politiques viennent se montrer à la porte des usines. Ce qu'ils attendent, c'est que leurs luttes soient consolidées par des prises de pouvoir à tous les niveaux des structures de l'état. S'ils se battent dans leurs entreprises c'est quand même mieux d'avoir la municipalité derrière soi, le département, la région, l'état....

C'est pourquoi votre discours n'est plus crédible, et les tergiversations actuelles faisant croire que vous êtes pour l'unité, mais en mettant suffisamment de conditions pour ne pas avoir à prendre vos responsabilités, ne peuvent qu'irriter et énerver ceux que vous cherchez à conquérir.

Écrit par : Michel | 10/07/2009

Le discours en jette. Mais dès qu'on remet les pieds sur terre, ça fait drôle.
Là il faut s'imaginer en train de dire à un ouvrier des mines à ciel ouvert du Ghana qui voit 98% des richesses de son pays partir en Suisse sans contrepartie pour les habitants du Ghana et qui gagne peut-être 2 dollars de l'heure, 3 le dimanche et les jours fériés, par exemple :
"ce long processus qui a atteint quoiqu'on en dise une certaine stabilité grâce à une collaboration étroite entre le système interétatique et cette économie..."
Il sera ravi l'ouvrier ghanéen d'apprendre que le système est stable et que les états collaborent étroitement assurant ainsi une certaine stabilité au système. Ce que ça signifie pour lui c'est que c'est pas près de changer.
Il sera sûrement aussi ravi d'apprendre qu'aucun autre modèle politique n'est disponible pour le sortir de ce pétrin. Mais il faudra bien lui expliquer que depuis la chute de l'empire romain, les événements qui se sont succédés n'ont eu d'autres ambitions que d'asseoir une large autonomie de l'instance économique, de son expansion et de son développement.
A essayer de trouver une parenté voire une identité commune entre tous les événements qui ont fait l'histoire, on risque vite de trouver que tout se vaut. SI tout se vaut, il faut fermer ton blog et regarder secret story. Et je ne pense pas que ce soit le cas : tout ne se vaut pas.
Parce que certaines ruptures ont amené des changements au niveau des idées qui semblaient auparavant indépassables.
Même si dans les faits, l'accaparement des richesses et du pouvoir est encore le mode de fonctionnement général, ça ne signifie pas que ça le restera partout et toujours.

Écrit par : la compagne de JR | 10/07/2009

Qu'est-ce qui a lentement mais sûrement soufflé sur la petite flamme de la lutte des classes et qui l'a presque éteinte ?
Ne serait-ce pas le passage de la gauche au pouvoir ? Et je pense qu'on peut tous en partager la responsabilité.
On a posé le balluchon des mobilisations, et même celui des idées dans certains cas. On s'est dit (peut-être pas tous mais beaucoup d'entre nous et surtout les syndicats) ne bougeons plus, la gauche est au pouvoir.
Le temps qu'on réalise...
Alors faire reposer le problème du rapport de force uniquement sur la participation aux conseils régionaux ou municipaux, ça ne me dit rien qui vaille.

Écrit par : la compagne de JR | 10/07/2009

Ne confondons pas la lutte quotidienne, la lutte syndicale, voire des échéances électorales ou des combats politiques avec des objectifs à court et moyen terme avec le long et le très long terme. Si tout est lié, il y a néanmoins une autonomie du combat social. Le NPA, un peu comme vous, fait beaucoup de foin autour du combat social, un peu comme si les salariés avaient besoin qu’on leur récite chaque jour l’adage « seule la lutte paye ! » Mais ils le savent trop bien. Ce n’est pas ça dont ils ont besoin, c’est d’une perspective à long terme et c’est là que ça coince. Ils en ont vu des luttes sociales mais derrière ils n’ont eu que les yeux pour pleurer. Le NPA leur dit : il faut refaire mai 68 et cette fois le réussir. Et là ils n’y croient pas, avec raison. Mélenchon leur dit : rassemblons nous, faisons plus de voix que le PS, et la victoire nous est promise. Ils n’y croient pas plus. Tout cela leur apparaît fumeux. Le problème étant non seulement comment sortir de cette crise, mais surtout comment ne pas recommencer comme avant. Or nous avons des partis qui ne leur proposent que des voies qui ont échoué, de vieilles recettes. Ce n’est pas de l’érudition que je vous propose, mais d’essayer d’y voir plus clair dans ce passé. Pourquoi les choses se sont produites ainsi ? Cette économie est-elle à bout de course ? Cet Etat, comment l’investir ? Faut-il le prendre comme tel et le mettre à notre service ou faut-il revoir tout ça de fond en comble, etc.

Écrit par : Gilles | 10/07/2009

Quand Sarkosy veut modifier les institutions pour les lui rendre plus favorables, il n'hésite pas. Mais pour la gauche on dirait que changer les institutions c'est comme nettoyer les écuries d'Augias.
Y'a eu du temps pour mettre plus de démocratie dans nos institutions, y'a eu du temps, y'aurait même eu des idées pour ça.
Non je crois que la seule chose qui a manqué c'est la volonté ! Malheureusement.
Gilles je suis d'accord pour regarder plus loin. Mais ça ne signifie pas que tout ce qui est derrière nous est mauvais. Avoir une vision critique et progressiste (pour ne pas refaire les mêmes erreurs justement) c'est regarder les choses en face sans se voiler la face et partir de ce qui est juste ou qui a marché et pas tout jeter à la poubelle comme tu donnes l'impression de faire à chaque fois.

Écrit par : la compagne de JR | 10/07/2009

Je suis d'accord qu'il faut arrêter les gesticulations.
Les gens n'ont pas voté à gauche aux européennes quoi qu'on en dise.
Bon voilà !
Rome ne s'est pas faite en un jour. On n'a pas encore tous les effets de la politique de droite qui est menée. S'il continue à faire des effets d'annonce et à brouiller les cartes, Sarkosy va être réélu en 2012.
Bon voilà !
Peut-être même que les Irlandais vont voter le traité de Lisbonne en octobre.
Bon voilà !
Et alors ? Tu vas poser ton balluchon ? ET bien pas moi !
Mais sans haine et sans crainte, je continuerai à réfléchir, à discuter, à résister...
S'il m'arrive de douter j'imagine que je suis palestinienne, hondurienne ou iranienne... ça stimule !
Alors oui les organisations c'est forcément réducteur de ce qu'un individu isolé peut penser. Alors oui les discours et les stratégies c'est du déjà vu et c'est pesant, infructueux et même futile parfois. Alors oui ça répond souvent à une logique d'accaparement d'autres diront d'hégémonie.
Mais il va quand même falloir faire avec.

Écrit par : la compagne de JR | 10/07/2009

« Se rassembler, faire plus de voix que le PS », ce n'est pas qu'un slogan électoral servi par le sénateur Mélenchon... C'est ouvrir la voie à une autre façon de mener la lutte. Mais c'est effectivement remettre le PS à l'endroit d'où il n'aurait jamais dû s'éloigner : le bord de la route. Et à partir de là, on peut commencer à parler, et à expliquer autre choses aux travailleurs que seule la désignation du candidat pour 2012 est importante.
Mais pour que ce message soit crédible, il faut au moins être deux, voire plus... Tant que le NPA jouera aux vierges effarouchées, effectivement, on a toutes les raisons de ne pas y croire.

Écrit par : Michel | 10/07/2009

Vous êtes vous, une fois, posez la question, du pourquoi cette chute vertigineuse du projet social-démocrate initial dans toute l'Europe - avec des décalages entre pays - depuis une trentaine d'années. Quand j'entends social-démocrate, je l'entends au sens large, c'est-à-dire, au sens où la gauche s'intalle aux affaires et travaille en profondeur la société. Je pourrais vous citer des chiffres de ces reculs - sans parler de l'effondrement du courant communiste, et vous aurez alors une vision claire de l'état, non seulement des forces, militantes, électorales, mais aussi en termes de solution du mouvement social. Sachez que ces reculs sont du même ordre que celui de la désindustrialisation des sociétés européennes. Il y a entre les deux une relation de causes à effets.

Oui, il faut arrêter les gesticulations (trahison des syndicats, de la gauche institutionnelle, etc.) et essayer de comprendre pourquoi l'objectif du socialisme, d'un autre monde, est très minoritaire.

Écrit par : Gilles | 10/07/2009

Oui c'est vrai. L'environnement politico-médiatique reflète cette situation. ça donne vraiment l'impression que la majorité des gens qui travaillent n'aspirent qu'au rétablissement du capitalisme florissant des trente glorieuses et je pense que c'est vrai. Au fond on y aspire tous parce que penser que nos enfants auront une situation moins enviable que la nôtre malgré les progrès tant techniques que scientifiques ça écoeure un peu.
Et c'est cette grave contradiction que reflètent les faits actuels. Une frange importante de l'électorat prête à croire Sarkosy quand il dit qu'il va restaurer les conditions de la croissance tout en moralisant le capitalisme. Une frange de l'électorat qui ne peut plus faire confiance au PS parce que (on croit peut-être à tort que c'est un sentiment de trahison qui anime les électeurs) mais c'est peut-être seulement qu'ils attribuent à la politique du PS la lente descente de 1981 à 2000 qui est ressenti comme un déclin.
Or il est vrai que le PS a géré le pays sans remettre en cause le libéralisme et c'est là qu'on peut avoir quelque chose à leur reprocher. Et aussi avec ceux qui constituent aujourd'hui le Front de gauche. Je suis désolée d'avoir à le rappeler.
Moi-même qui ne suis ni vierge et que peu de choses effarouchent, je me retrouve à des réunions et je vois des militants du PCF qui détestent plus les militants du NPA que Sarkosy lui-même. Et là je me demande si les militants du PCF ne souhaitent pas tout au fond d'eux-mêmes le retour à la croissance des trentes glorieuses et à cette époque où ils étaient florissants, le temps où on produisait décontracté et à outrance en se fichant bien des conséquences écologiques.
Mais c'était un temps béni. On avait grave l'impression d'avancer...

Écrit par : la compagne de JR | 12/07/2009

On parle de crise mais au fond je pense que c'est plutôt les capitalistes qui reprennent la main sur la société. La mondialisation existe dans les faits et si tous les peuples réclament nos acquis sociaux la part de richesses qu'on peut accumuler va s'amenuiser. Alors il faut réussir à réduire le train de vie de ceux qui vivent à l'aise (comme nous) pour harmoniser les profits sur toute la planète.
Sans parler des lignes politiques de chaque parti, il y a quand même un dilemne. Comment faire en sorte de vivre en sociale démocratie dans notre bulle ?
Le PS qui n'en finit pas d'amorcer son virage sociolibéral est dans une route à lacets à présent, un coup à gauche pour ne pas perdre tout l'électorat de gauche, un coup à droite, parce que si tu veux seulement accompagner le libéralisme c'est à droite qu'il faut conduire. ça ça inquiète moins que la poussée des écologistes.
Avec eux il y a un risque majeur. Comme ces écologistes vont plutôt se positionner centre gauche et plutôt centre que gauche (ratification du traité de Lisbonne, choix d'une irlandaise de centre droit comme candidate à la succession de Baroso...), le risque c'est qu'ils discréditent l'écologie comme levier pour changer la société en profondeur. "Ecologiser" le capitalisme c'est du même tonneau que de le moraliser. ça va être la taxe carbone de nos porte-monnaie.
Mais c'est sûr être anticapitaliste c'est difficile. On a beau se dire que le capitalisme nous mène droit dans le mur, être anticapitaliste c'est difficile. Y'a pas de modèle clé en main. Et ça fait peur. ça évoque un saut dans le vide. Et encore si ce saut s'effectuait dans une grande fraternité universelle, ça serait envisageable. Mais là c'est pas le cas, ça n'a jamais été le cas et ça ne le sera jamais. Ni pour les capitalistes, ni pour les autres non plus d'ailleurs.
Alors faudrait être un peu anticapitaliste, comme un peu écologiste...
Les capitalistes ne sont pas un peu capitalistes eux, ils sont capitalistes et ils organisent aujourd'hui la faillite du système actuel pour mieux pouvoir le refonder plus bas pour nous plus haut pour eux.
ça se mesure concrètement : licenciements, baisse du pouvoir d'achat, libéralisation des services publics, recul de l'âge de la retraite, etc.
Les capitalistes sont capitalistes. Les libéraux sont libéraux.
Mais les gens de gauche se demandent s'il vaudrait pas mieux garder le vieux système capitaliste et libéral et le rafistoler un peu, avec une pincée d'Etat providence, une once d'écologie, un soupçon de protectionnisme...
Mais les capitalistes eux, ils ne veulent pas de quelque chose qui pourrait de près ou de loin changer les bases du capitalisme.
Ils ne pensent pas qu'une loi sur les rémunérations des grands patrons soit une bonne chose. Par contre des lois pour déréguler le marché du travail c'est indispensable. Rendre public les comptes des sociétés, ça c'est inadmissible par contre évacuer tous les indigents de la banque postale car leurs comptes coûtent plus qu'ils ne rapportent ça c'est normal.
On pourrait multiplier les exemples. Alors capitalistes, sociolibéraux, anticapitalistes ça se discute ?

Écrit par : la compagne de JR | 12/07/2009

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