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02/07/2009

Sarkozy : « même pas peur ! »

Deux ans après son élection, Sarkozy peut être satisfait. Sa victoire bien que relative aux européennes n’a fait que confirmer ce que nous savions déjà : ni la contestation sociale, et encore moins la contestation politique, n’ont réellement entamé son crédit. S’il y avait une élection présidentielle aujourd’hui en France, nul ne doute qu’il serait réélu sans problème. Mais c’est moins l’habilité du politicien qui est le résultat de cette situation que l’incapacité de ses adversaires à opposer à sa politique une quelconque alternative. Pourquoi ? Les raisons d’un tel désastre sont nombreuses mais pour bien déterminer les responsabilités, il est nécessaire de revenir à la situation de la France avant son élection.

Comment après le septennat, puis le quinquennat pour le moins chahutés (1995, 2003, 2005) de Chirac, la droite a-t-elle pu non seulement vaincre de nouveau mais aussi accroître son score et son emprise politique sur la société française ? A cet égard, l’épisode de 2002 est emblématique de cette période. Entre 1997 et 2002, la « gauche » aux affaires n’a pas été en-dessous de tout. On a beaucoup ironisé à propos du « bon bilan » de Jospin mais il n'était pas si mauvais que ça relativement à ce qu'avait été les dernières années de Mitterrand. Plus fondamentalement, c’est moins son bilan personnel que l’éclatement – façon puzzle – d’un quelconque projet alternatif de gauche qui l’a perdu. La victoire de la gauche en 1997 n’avait été qu’une rémission, tout comme la victoire de Mitterrand en 1988.

D’où en 2002 la dispersion des voix de gauche avec une prime à ceux qui n’étaient pas ou n’étaient plus dans la « gauche plurielle » : Laguiller, Besancenot et… Chevènement ( !). Plus de 15 % (presque autant que Jospin) à eux trois ! Le PC payant (3,3%) sa participation jusqu’à la lie au gouvernement Jospin. Pour autant, ces 15 % ne représentaient pas une réelle alternative. En d’autres termes, l’électorat de gauche courrait dans tous les sens en criant : « Mais elle est où cette gauche ! » Sept ans après nous en sommes à peu près au même point comme en témoignent les élections de 2007 et de 2009.

A quelques nuances près. Faute de projet  clairement identifié à gauche, l’électorat continue à tourner en rond, s’enthousiasme un temps pour une Ségolène, lorgne un peu vers un Bayrou ou Cohn-Bendit, ou s’abstient massivement, mais au bout du compte, rien ne bouge fondamentalement. A titre d’exemple Besancenot est à 4,25% en 2002, à 4,08 % en 2007 (mais gagne en voix) et le NPA est à 4,88% (mais perd des voix) en 2009.  Cette « stagnation » se  voit encore mieux lorsque l’on s’intéresse au mouvement social. Deux graphiques sont à ce titre parlant plus que n’importe quel discours. Le 1er montre la chute vertigineuse des journées de grève entre 1975 et 2005. Le 2e permet cependant de remarquer que la contestation sociale remonte à partir de 1998 mais s’exprime plus rarement par la grève traditionnelle (de deux ou trois jours).

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Cela signifie tout simplement que, dans leur majorité, les salariés ne croient plus dans l’immédiat à un grand mouvement social (avec un débouché politique, comme en 1995-1997) qui viendrait résoudre tous ou en partie leurs problèmes. Echaudés en quelque sorte par la dernière « expérience » de la « gauche » au pouvoir, ils se « rabattent » ainsi sur des luttes très localisées, partielles, défensives : débrayages de quelques heures, pétitions, manifestations… Ce repli sur le local et le « chacun pour soi » est évidemment exploité par les confédérations syndicales qui n’ont même pas besoin de « trahir », puisque le mouvement lui-même est réticent à se lancer dans une aventure dont il craint par avance le résultat.

C’est bien pourquoi la « crise » n’a pas eu les effets que l’on en espérait à la « gauche de gauche » et plus particulièrement au NPA. Sans « biscuits politiques » conséquents le mouvement social veut bien faire un temps la démonstration qu’il existe (29 janvier, 19 mars, 1er mai) mais pas question pour lui de porter au pouvoir une gauche qui n’a plus sa confiance. Ainsi, ce qui est recherché, c’est moins « l’unité de la gauche » ou d’une partie d’entre elle, que quelque chose qui pourrait prendre la forme d’un vrai tournant dans la constitution d'un projet gouvernemental.

L’erreur que commet actuellement la « gauche de gauche » est à cet égard éclairante. Pour les uns (le PG et d’autres) on parie tout sur l’unité. Pour les autres (le NPA surtout) on mise sur le programme, résolument « anticapitaliste ». Mais est-ce que cela suffit ? Les résultats des européennes parlent d’eux-mêmes. On a beau prendre les chiffres dans tous les sens, invoquer l’abstention (qui est précisément la preuve que cette « gauche de gauche », quelque variante ce soit, n’emporte pas l’adhésion), ou se rassurer que la victoire de la droite est finalement relative, rien ne change. Et rien ne changera si chacun pense de son côté que sa stratégie est la bonne et n’aura de cesse de contraindre l’autre à s’y soumettre.

Commentaires

Entre la révolution par les urnes et la révolution par la rue mon coeur balance.
Je galèje...
Positivons un peu, il y a probablement, dans la conclusion lapidaire de ton analyse, la suggestion du début de la queue des prémices d' un aggiornamento stratégique pour les révolutionnaires... mais là, à lire l'histogramme des grèves, c'est sans appel pour l'immédiat...

Écrit par : jean-marc | 03/07/2009

Même pas, hélas ! Ni le NPA et tous les « révolutionnaires », ne sont capables du minimum d’esprit critique ; finalement obtus et passablement incultes – et dire qu’il y a tellement de gens « instruits » parmi eux – ils se contentent de deux ou trois idées simples qui leur servent de « doctrine ». Ça ne vaut pas mieux sur l’autre versant : « la révolution par les urnes ! » Même religiosité. Il a fallu plus de cinq siècles pour que l’économie-monde consolide son expansion au monde entier et combien de crises, de guerres, de révolutions. Et ces gens là croient qu’en un tour de mains, on cassera comme ça la machine ! C’est à pleurer.

Écrit par : Gilles | 03/07/2009

C'est le même système depuis la nuit des temps. Le gros poisson mange le plus petit et je ne vois pas ce qu'il y a de fabuleux là-dedans. Si c'est pour continuer de crises en crises de guerres en guerres. Où est le formidable? Il faut pleurer oui si on n'espère pas autre chose. Il n'y a pas besoin de culture, d'histoire et même pase réflexion pour dire qu'on vit dans le meilleur monde possible. Il faut pleurer oui si jamais on ne traverse le miroir même pas au niveau des idées.

Écrit par : JR | 04/07/2009

Ce qui est à pleurer, c'est de voir que des gens apparement proches au niveau des idées, s'insultent et se traînent plus bas que terre. Je suis allé voir sur quelques blogs voisins (CSP, Bellaciao, etc...) et à voir la haine qui sous-tend la plupart des interventions, je me dis que finalement si on devait mettre ces gens-là au pouvoir, il y aurait du soucis à se faire !...

Autre sujet d'inquiétude, c'est de voir avec quelle facilité des dirigeants, en principe intègres, réussissent à manipuler une organisation, simplement pour faire prévaloir la justesse de leurs théories. Imaginons alors ces gens-là en charge d'un pouvoir quelconque...

Que de garde-fous va-t-il falloir mettre en place !... Et le père Trotski, il n'avait pas à gérer les médias, lui,... ni Internet !

Écrit par : Michel | 04/07/2009

Pourquoi lorsque l' on discute enfin au niveau des idées, il y a toujours quelqu' un qui ne parle que de tactique politicienne ?... Nous nous moquons de ce genre de discours qui ne vise uniquement qu'à occulter l' essentiel. Les gens ne veulent plus de cette forme de réaction.

Écrit par : Georges | 04/07/2009

La pensée unique a été gravement voire irrémédiablement ébranlée ces derniers temps et plus personne à mon avis ne peut prétendre que le libéralisme est le seul modèle viable. Il a produit autant de guerres, de génocides, de catastrophes, de crises diverses que les autres modèles. Je n'ai pas de solution toute faite. Je ne prétends pas qu'un parti est seul à pouvoir remédier aux problèmes qui se posent aujourd'hui. Ce dont je suis presque certaine c'est que l'on a une chance de pouvoir réinventer, réfléchir tous ensemble.
Moi ce qui m'attriste c'est de voir des personnes qui ne sont que des gens qui travaillent comme moi et qui continuent de défendre un modèle fait pour et par une minorité qui profite de toutes les richesses et appauvrit l'ensemble de l'humanité. Alors là oui j'ai envie de pleurer.
Je n'insulte personne. Je ne comprends pas pourquoi on ne voit pas les mêmes choses. Comment la réalité peut-elle être perçue aussi différemment d'un esprit à l'autre.
Alors on me dit que la différence c'est au nom de la liberté qu'elle existe. Mais qui a la liberté ? Pas les enfants qui meurent au Darfour ! Pas les immigrés qui quittent tout pour pouvoir survivre ! Pas les Tchétchènes ! Qui a la liberté de dire j'ai oeuvré ? Qui a la liberté de dire je fais ce que je veux de ma vie ?
Cette liberté qu'on nous vante est quand même très chère, peut-être trop chère !
Il n'est plus question en ce moment de tactique poiliticienne mais bien de trouver la philosophie qui nous permettra d'avancer.

Écrit par : la compagne de JR | 05/07/2009

J'espère quand même que la compagne de JR n'est pas Sue Helen !... (allusion d'un vieil accro de série télé..). Mais comme dans "Dallas", ceux qui parlent de liberté, c'est avant tout de la liberté d'exploiter tranquillement tout ce petit monde qui se chamaille sur des virgules, alors que notre société repose sur une immense imposture : l'accumulation et le partage des richesses. Tout le petit monde médiatique est en train de verser des larmes de crocodile sur la mort de Pierre Louis Dreyfus. Et de parler de la fortune colossale qu'il a accumulée. Et de ne pas parler de son dernier projet de terminal charbonnier à Cherbourg qui nous replongerait dans le monde de Germinal... Ces gens-là qui ont sans arrêt le mot "liberté" à la bouche savent très bien que cette liberté est celle des Versaillais qui ont massacré la Commune, et qui garantit leur mode d'exploitation de l'homme. Mais ce qui est grave, c'est de voir avec quel enthousiasme les exploités eux-même leur emboitent le pas et défendent ce système qui les nourrit -mal- mais les nourrit quand même...

Écrit par : Michel | 06/07/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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