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30/06/2009

Deux plantages et un cas d’école

A Hénin-Beaumont, cette vieille terre ouvrière, la « gauche » joue à se faire peur. Un maire socialiste en prison pour une série de malversations, des partis de « gauche » divisés pratiquant des alliances curieuses (le PC sur la même liste qu’un « morceau » du PS et le MoDem), une droite gouvernementale à 4 % conduite par un candidat de la « diversité » et un FN à près de 40%, ce n’est pas banal. L’abstention, cette fois-ci n’explique pas tout : moins de 40 %. Quant à la situation sociale locale – un chômage autour de 20 % –, ce n’est pas non plus très original dans cette ancienne cité minière.

Ce qui retient l’attention c’est le score du NPA : 2,42 % ! C’est à la fois normal (contrairement au FN, le NPA n’a aucune ambition électorale ; mais alors pourquoi se présenter ?) et inquiétant. On a là un mélange détonnant (discrédit de la « gauche », effets dramatiques de la crise économique, une droite quasi absente…) et pourtant c’est la droite extrême qui ramasse la mise. J’entends les critiques : « Mais tout cela ne peut que les favoriser ! » Mais que faut-il au NPA pour qu’il perce ?

A Perpignan, résultat identique (ici aussi la participation est honorable pour une partielle : 53,82 %). Allié à LO, le NPA totalise 2,46 % des exprimés. Ici la droite gouvernementale  existe bien et dirige la ville, mais elle a été prise la main dans… une chaussette. Il y a également dans cette ville des quartiers populaires et une population importante d’exclus et de salariés à bas revenus. La « gauche » traditionnelle (plus le MoDem) totalise près de 39 % des exprimés et le maire UMP invalidé un peu plus de 40 %. Cette fois-ci, le FN est à son étiage : 9, 42 %. Conclusion, quelque soit le cas de figure, « l’extrême-gauche » reste au fond du trou.

Il ne reste alors pour tout ce beau monde qu’une solution : « faire barrage ! », au FN dans le Nord (voir ci-dessous le communiqué du NPA) et à la droite gouvernementale dans le Sud. En d’autres termes, le NPA pèse des queues de cerise et pas le moindre frémissement à l’horizon. A la mi-juillet, à Aix, une autre partielle sera intéressante à suivre. Pour la première fois, la « gauche de gauche » (NPA, PC, PG) va se présenter unie face à une droite qui a culminé à 44 % et à un PS qui pourrait s’allier avec le MoDem. Un véritable cas d’école ! On verra bien alors ce qui est le plus efficace.

Encore qu’il faille bien se demander ce que veut le NPA ? Lui que l’on donnait il y a un mois comme « le petit parti qui allait en montrer aux gros » apparaît bien pâle des genoux depuis quelques semaines alors qu’en deux élections, les Verts (aux européennes) et le FN (grâce à une seule municipale) ont fait la démonstration, qu’une bonne tactique électorale, ça paye. Le NPA serait-il au-dessus de tout ça ?

Communiqué de presse du NPA sur le second tour des élections municipales à Hénin-Beaumont : Les résultats du 1er tour illustrent le rejet de la gestion de la ville par les équipes qui étaient aux affaires. Mais le Front National à 40% représente un danger. Le Front National n’est pas un parti d’opposition, il dévoie la colère pour s’attaquer aux libertés et à la démocratie. Nous rappelons à ceux des électeurs qui ont voté Front National au 1er tour et à ceux des électeurs qui seront tentés de s’abstenir au second, qu’une victoire du Front National serait la pire des choses pour les travailleurs et les couches populaires d’Hénin-Beaumont. C’est pourquoi même si le NPA n’est pas propriétaire de leurs voix, nous appelons tous les électeurs à empêcher le Front National d’emporter la mairie.

28/06/2009

Quand on me dit que « la catastrophe est imminente », je rigole !

« On entend chaque jour davantage le chœur de ceux qui prédisent une sortie de crise imminente. La crise actuelle, à l’instar de celle de 1929, peut déboucher sur un « rebond » comme celui qui a existé entre 1933 et 1937. Mais plus dure fut ensuite la rechute ! La crise actuelle est une crise historique de la loi de la valeur. L’instrument de mesure de la production et de l’échange de richesse par le temps de travail abstrait produit un désastre social. »

Tel est l’argument « savant » sur lequel s’appuie Daniel Bensaïd, le « penseur » du NPA, pour justifier la politique de sa formation : « Si au NPA notre diagnostic est juste, nous n’assistons pas à une énième crise économique, mais aussi à une crise des solutions à la crise. Quand j’entends parler d’un nouveau New Deal ou de solutions keynésiennes dans le cadre du capitalisme mondialisé réellement existant, je rigole doucement », explique-t-il à un journaliste de Marianne dans un entretien récent.

En résumé, non seulement cette crise sera la dernière, mais elle sera aussi la « crise » de toutes les alternatives qui ne s’inscriront pas dans une démarche de rupture radicale avec le capitalisme. Cet argument, Marx fut le premier d’une longue liste de « prophètes de malheur » à le formuler en 1847 dans un manifeste resté fameux. Bien plus tard, Rosa Luxemburg avant 1914, Lénine, alors que la guerre était déjà là, puis, plus près de nous, Ernest Mandel éminent dirigeant de la VIe internationale,  très précisément en 1974-1975 puis en 1980-1982, le reformulèrent dans des termes approchants. 

A trois nuances près. La première étant que Marx, aux alentours de 1865, l’abandonna, quand il acheva l’écriture du 1er livre du Capital et s’attela à la construction de l’AIT, la 1ère internationale. La seconde, que Luxemburg avait dû « corriger » les schémas du 2e livre du Capital pour en arriver à cette conclusion et qu’enfin Lénine dut reconnaître, après 1920, que le capitalisme ne s’était pas effondré. Finalement seul Mandel a maintenu cette perspective, lui qui avait vu les « solutions keynésiennes » à l’œuvre, puis décliner, relativement, à partir du milieu des années 70.

Il est en fait proprement ahurissant d’envisager l’effondrement, en quelques décennies, d’un mode de production né il y a quelque cinq cent ans (ce qui n’est pas grand-chose à l’échelle de l’humanité) et qui a atteint aujourd’hui un niveau de développement que l’Histoire n'avait jamais connu. Mais quand Daniel Bensaïd parle de « durée » (« Si l’on pense, comme nous, que la crise sera plus grave et plus longue, il faut s’inscrire dans la durée pour reconstruire une gauche musclée et de combat. »), à quoi pense-t-il ?

Evidemment pas à l’horizon de plusieurs siècles. Tout porte à croire que Daniel Bensaïd, et le NPA, continue à s’inscrire dans le court ou moyen terme, celui d’une explosion sociale imminente, conjuguée à une crise politique et à un effondrement de l’Etat, trois conditions minimum pour qu’il y ait « révolution », comme en 1848, voire dans la perspective d’une guerre, comme en 1871 ou en 1917. Moments purement conjoncturels qui n’ont, dans le passé, nullement ouvert la voie à un changement des rapports sociaux, mais à leur restauration.

26/06/2009

Goodbye Charlie !

24/06/2009

Mitterrand III

La seule chose un peu amusante dans ce gouvernement remanié, c’est évidemment la venue à la Culture de l’un de ces purs produits des années Mitterrand. Le neveu chasse l’oncle comme aurait dit Marx. Que l’on ait été le chercher pour ses compétences, qui va le croire. Cette nomination est bien entendu un pied de nez à la gauche, risible et dérisoire, comme si Sarkozy 1er avait épuisé toutes ses ressources en matière d’ouverture. Frédéric M. n’étant ni de droite, ni de gauche, ni du centre, seul le patronyme fait sens.

 

Il en est de même pour l’écologie. Les compétences à rallonge de Borloo sont aussi un signe en direction de la gauche verte : plus « durable que moi, tu meures », dit en quelque sorte le Président à cet électorat qui penche au centre. Dans le même élan, on resserre sur les fondamentaux : à la justice, au travail, à l’Intérieur et à l’économie sont les poids lourds, et l’essentiel en définitive. Et là, on ne rigole plus. Des hommes et des femmes de confiance, la garde rapprochée, prête à tout, et au pire.

 

Que va-t-il se passer dans les mois à venir ? On n’en sait rien. Le mouvement social s’est recroquevillé, le pouvoir d’achat est en berne et les licenciements pleuvent. Sarkozy n’a pas cherché à tempérer. Il a tout intérêt à expliquer que le plus dure est devant nous, et quand bien même il y aurait reprise de l’économie dans les mois à venir. Il a très bien compris que le moment était favorable, qu’il pouvait se permettre, un peu comme Mitterrand après 1982, d’enfoncer un peu plus la gauche sociale, la gauche politique étant muette pour des années.

 

Il a pris un seul risque : cet emprunt qui est en quelque sorte une espèce de référendum. En admettant qu’il fasse appel au public et que ça marche, il aura réussi à légitimer sa politique, rétablissant ainsi la confiance. La reprise aidant, dans une France encore plus divisée entre ceux qui vivent bien et ceux qui coulent, qui pourra lui disputer la victoire en 2012 ? C’est bien connu, les noyés ne votent pas.

18/06/2009

Iran : Etat, religion et élections

La crise iranienne est un modèle du genre. Hier soir, sur Arte, un documentaire relatait l’histoire de l’Iran moderne. Comment, depuis que l’on y découvrit du pétrole en 1908, ce pays fut convoité par les puissances occidentales : l’Angleterre d’abord, puis les Etats-Unis après la seconde guerre mondiale.

 

Résumé : une révolution constitutionnelle en 1906 ; coup d’Etat de Reza Shah Pahlavi (le père du Shah) et première modernisation (interdiction du port du voile, instruction publique, justice enlevée aux religieux…) ; tentative d’émancipation de la tutelle anglaise pendant et après  la seconde guerre mondiale ; débarquement du père par les Anglais qui installent son fils au pouvoir ; un premier ministre Mohammad Mossadegh qui, en 1953, nationalise le pétrole et flirte avec l’URSS, appuyé par un parti communiste local puissant ; nouvelle vague de modernisations ; ce qui est trop pour les Anglais et les Américains qui complotent et obtiennent la tête de Mossadegh.

 

Mohammad Reza Shah Pahlavi met en place alors un régime autocratique, dictatorial et prooccidental qui va tenir vingt-trois ans. Toute opposition civile ayant été détruite, reste le clergé chiite qui finit par canaliser à son profit la révolte populaire qui aboutira au renversement du Shah en 1979. Détail important, le clergé chiite est le plus grand propriétaire foncier du pays. Or la « révolution blanche » initiée dans les années 60 par le Shah prévoit une réforme agraire et d’autres mesures comme le vote des femmes dont les mollahs ne veulent pas.

 

Et c’est ainsi qu’un clergé puissant finit par s’emparer de l’Etat. Trente ans après, cette nouvelle crise montre qu’il est impossible de stabiliser un Etat sur des bases aussi réactionnaires. Dans l’immédiat, la crise semble se circonscrire à une lutte interne au pouvoir, mais les camps adverses de la théocratie n’ont pas d’autres moyens pour faire admettre leur point de vue que d'en appeler aux « masses ». Il est non moins piquant de constater que c’est sur le terrain de la « démocratie » que se déroule cette bataille. Pour tous ceux, qui en France notamment, tiennent pour négligeables les élections, la crise iranienne est une leçon de choses.

16/06/2009

Conservateurs et libéraux

Une partie du « peuple » contre une autre. Les uns, les plus pauvres, les déclassés, enrégimentés et « achetés » par la fraction la plus conservatrice du pouvoir ; les autres, plus éduqués, classes moyennes urbaines, aspirant à plus de libertés publiques, sont les instruments de la fraction libérale du même pouvoir. Voilà résumée grossièrement la situation en Iran. Qui l’emportera ? Vraisemblablement, les plus « durs » ne cèderont pas. Ils ont préparé de longue date leur coup de force. Les libéraux auront l’appui international mais les conservateurs disposent de la force, celle de centaines de milliers de gardiens de la révolution bien entraînés et armés.

 

La fin du pouvoir de la théocratie chiite n’est pas pour demain. Certes, après trente ans de ce régime, une partie de la bourgeoisie iranienne, celle du moins qui préconise plus d’intégration au marché mondial, milite très certainement pour que les religieux lâchent du lest avec le danger de voir les plus radicaux de ces libéraux demander toujours plus, et finalement contester au clergé son pouvoir absolu sur la société civile. Mais dans les interstices de cette lutte interne se glissent des revendications démocratiques Ce sont ces revendications que nous devons soutenir. Elles sont autant de coins à enfoncer dans le corps de ce régime corrompu et corrupteur.

 

Où sont les « forces de gauche » ? Que sont devenus, le mouvement social, les syndicalistes ? Depuis plus de trente ans, la gauche et le mouvement ouvrier ont perdu la main dans le monde entier. Ce fut le cas dans l’ex-URSS et dans tous les pays de l’Est ; en Chine et dans le sud-est asiatique (Birmanie). La crise mondiale, qui en d’autres temps aurait été le ferment de révoltes et de revendications, n’a qu’un effet relatif sur le mouvement social. Ce qui est vrai en France, l’est encore plus dans ces pays où les forces sociales n’ont pratiquement plus de partis pour les représenter.

 

Ceci devrait nous interroger sur le devenir de la gauche en France. Des relookages, même à la mode Front de gauche, et encore moins à la sauce NPA, ne sont pas en mesure d’enrayer ce désastre abyssal dans lequel les revendications « libérales-bourgeoises » (liberté de la presse et de s’organiser) finissent par apparaitre comme le sommet du radicalisme.

14/06/2009

Lutte ouvrière et le NPA se rabibochent

Il ya plus d’atomes crochus entre le NPA et Lutte ouvrière qu’entre le NPA et le Front de gauche. Les programmes et les orientations sont quasi identiques. La concurrence entre les deux formations qui cherchent à se démarquer par n’importe quel moyen – cela fait au bas mot quarante ans et plus que les amis d’Arlette reprochent à ceux de Besancenot d’abandonner toute perspective révolutionnaire –, est de pure forme. Certes, la forme compte pour beaucoup, mais enlevons l’écorce et l’on retrouvera dans les orientations des deux formations les mêmes objectifs.

 

Et n’allez pas croire que le NPA (comme la LCR en son temps) serait plus opportuniste que LO. On a vu récemment aux municipales de 2007 que LO était prête à tout – ralliant des majorités socialistes – pour sauver quelques postes d’élus. Tout au plus faut-il admettre que le NPA souhaite ratisser plus large. La LCR faisait de même. Mais corsetées dans leur seule hypothèse d’une insurrection populaire, elles n’ont dépassé leur stade groupusculaire que lorsque la Ve république est venue à leur secours. La popularité d’Arlette en son temps, puis celle d’Olivier, servent d’écran à une option stratégique commune improbable.

 

C’est bien pourquoi, périodiquement, ces deux formations ayant fait le tour des autres possibilités, finissent toujours par s’unir. L’accord qui vient de se conclure à Perpignan entre LO et le NPA pour les prochaines municipales, suite à l’invalidation de l’élection du maire UMP Jean-Paul Alduy, préfigure-t-il un accord au-delà, c'est-à-dire pour les régionales ? C'est dans l'ordre du possible, le NPA ayant bien compris que le PC et le PG, suite à leurs bons  résultats aux européennes, sont encore moins disposés qu’hier à accepter les conditions que pose le NPA pour réaliser une quelconque unité.

 

Est-ce ainsi que l’on va avancer ? Certainement pas d’autant que du côté du PC et du PG, regonflés, on rêve déjà de concurrencer le PS, voire de le dépasser. C’est en substance, ce qu’a déclaré hier Jean-Luc Mélenchon. Ainsi nous nous trouvons face à une double impasse. Le NPA, qui croyait infliger au Front de gauche une défaire rédhibitoire, l’a paradoxalement relancé et donné corps à ses illusions. Il ne reste plus au NPA qu’à s’allier à Lutte ouvrière pour masquer son échec.

 

 

Une autre façon de concevoir l'unité - Canton d’Anduze (Gard) : la candidate de la Gauche alternative, soutenue au 1er tour par les Communistes unitaires, le Parti de gauche, le NPA, les Verts, les Alternatifs et en tête de toute la gauche, soutenue au 2ème tour par l’ensemble des autres candidat/e/s PCF et PS, a été élue avec 60% des voix face au candidat UMP.

11/06/2009

Le NPA tourne la page

En 2007, en plein vote utile à gauche pour Royal, Besancenot avait recueilli 1.498.581 voix. En 2009, les listes du NPA comptabilisent au total 840.713 voix. Perte : 657.868 voix. Tendance inversée pour le PC, associé au Parti de gauche en 2009. En 2007, 707.268 voix s’étaient portées sur le nom de Buffet ; 1.114.872 voix au total pour le Front de gauche en 2009. Gain : 407.604 voix. La direction du NPA n’en conclut pas moins qu’il s’agit, pour le nouveau parti, d’un résultat satisfaisant.

 

Il faut lire le texte introductif au comité exécutif du NPA du 11 juin tirant les premiers enseignements de ce scrutin. Par la moindre amorce d’une autocritique ; pas le moindre doute sur l’analyse qui nous a conduit à faire cavalier seul. Première cause de l’abstention massive des jeunes et des « couches populaires », ceux qui étaient sensés voter pour nos listes : « une inversion de la courbe ascendante de la mobilisation dont les directions syndicales portent l’essentiel de la responsabilité ». Et voilà pourquoi notre électorat est muet !

 

Mais alors que l’abstention a touché peu ou prou tous les partis, et donc le Front de gauche, pourquoi celui-ci a-t-il réussi néanmoins à gagner quelque 400.000 voix ? « Plus structuré, plus âgé, l’électorat du PCF s’est massivement mobilisé pour le scrutin et a, beaucoup moins que nous, été frappé par l’abstention. » Explication par la sociologie de l’électorat du PC, mais rien sur le caractère politique de cette mobilisation. On passe allègrement sur la concurrence entre les deux formations. Concurrence que nous avons souhaitée, tellement sûrs que nous allions l’emporter sur ces partis compromis dans des gestions social-libérales, toujours prêts à « trahir » à la moindre occasion.

 

J’allais presque oublier « l’événement de cette campagne » : « La poussée verte, forte en France, mais également présente dans d’autres pays de l’Union. » Pourquoi le NPA, qui devait être aussi le nouveau parti d’une écologie radicale, anticapitaliste, n’a-t-il pas profité de « l’émergence de l’écologie comme une des questions fondamentales du XXI siècle » ? Un complot de plus s’est ourdi contre les « vrais écologistes » : « une véritable entourloupe […] C’est le courant le plus libéral, le plus investi dans les institutions européennes, qui capte cette préoccupation en jouant sur une fausse radicalité mais en défendant un aménagement écologique du capitalisme. »

 

Conclusion du rapport : « un gros travail est devant nous de développement d’un mouvement social contre le gouvernement et le patronat, de construction d’une alternative anticapitaliste à la crise et de consolidation et de construction du NPA. » Bref, passons au reste de l’ordre du jour !

10/06/2009

Après le désastre...

Mon camarade François Sabato, ex membre du bureau politique de la LCR et mentor d’Olivier Besancenot, se livre à une première analyse des européennes dans toute l’Europe. Pour lui, nul ne doute que les NPA est sur la bonne voie. Pour ma part, j’en doute beaucoup. Ma réponse.

 

Rien de pire que l’aveuglement. En 1933, le KPD (parti communiste allemand), qui avait amélioré ses scores électoraux, prophétisait un tournant à gauche en Allemagne et la débâcle conjointe des fascistes et des sociaux-démocrates. Mutatis mutandis, François Sabato semble adopter le même raisonnement.  Je le cite: « Cette abstention ne peut donner qu’une vision déformée des rapports de forces réels en Europe. Mais elle confirme la crise de légitimité de l’Union européenne  et des partis de gouvernement qui  inscrivent leur politique dans ce cadre. »

 

Mais quels sont alors les « rapports réels » ? Je cite toujours : « Les résistances sociales, qui n’ont pas débouché encore sur des luttes d’ensemble des salariés et de la jeunesse ne produisent  pas mécaniquement une alternative anticapitaliste. Les PS s’enfoncent dans la crise, libèrent de nouveaux espaces, mais les développements de la gauche anticapitaliste reste inégal. Les débuts pour une série d’organisations sont prometteurs. Il faut maintenant poursuivre dans une politique qui stimule les mobilisations sociales contre la crise économique et écologique et l’accumulation de forces  pour rendre de plus en plus crédibles les solutions anticapitalistes, et cela en toute indépendance  des vielles directions de la gauche traditionnelle. C’est la voie pur construire un pôle anticapitaliste européen. »

 

Donc, si l’on suit bien, ça résiste même si ça ne produit pas « mécaniquement une alternative anticapitaliste ». En d’autres termes, ce « virage à droite » ne serait qu’apparent. En dessous, la « vieille taupe » (Cher Old Mole) creuserait inlassablement ses galeries. Je rappelle que nous disions ça déjà en 1974-1975 lors de la première grande crise systémique de l’après-guerre, puis de nouveau en 1980-1982. En réalité nous avons au bas mot trente ans de reculs et de défaites sociales et politiques cumulés. Ce n’est qu’au prix d’un renoncement à toute politique de réformes sociales et à son revirement « social-libéral » que la social-démocratie européenne a pu arriver et se maintenir au pouvoir, en France, en Espagne, en Allemagne, en Grande-Bretagne, tant bien que mal et parfois faire illusion.

 

Cette nouvelle crise clôt définitivement cette époque. Pour autant l’effondrement de cette gauche-là, qui a encore des ressources, ne « libère » pas des espaces à sa gauche, ou si peu, mais laisse en revanche à la droite, même décriée, des marges de manœuvres incontestables. Il n’y a qu’à voir les scores réalisés par la droite allemande ou italienne pour le comprendre. En somme, pour contrer la crise, abstentionnistes ou votants préfèrent s’en remettre aux « libéraux bourgeois » plutôt que de mettre en selle une gauche radicale dont ils ne perçoivent pas très précisément les solutions. Rien de paradoxal à cela, comme le croit Sabato. C’est un vieux réflexe que l’on a déjà vu dans l’histoire contemporaine se répéter.

 

Avant de conclure, arrêtons-nous un peu sur cette autre trouvaille théorique de Sabato. Je cite : « Les écologistes, avec prés de 60 députés élus,  sortent renforcés du dernier scrutin. Une des percées les plus significatives étant celle d’Europe Ecologie de Cohn-Bendit en France, qui résulte de deux facteurs : la « crise du politique » et la centralité de la question écologique. » Quelle découverte ! Le phénomène écologique est tout, sauf nouveau. « Centralité de la question » ? Où est-elle « centrale » dans notre programme ? Mais est-elle centrale en vérité ?

 

Je ne ferai pas ici le bilan de la participation des écologistes aux gouvernements sociaux-libéraux. La crise de leurs tuteurs les libère en quelque sorte du poids d’avoir à se coltiner des politiques globales incluant l’économie et le social, le plus souvent non conformes à leurs programmes, mais en-dehors de la pression qu’ils peuvent exercer sur telle ou telle politique, que peuvent-ils espérer ? Sarkozy a très bien compris la leçon. Tout comme il s’était emparé des thématiques de l’extrême-droite, il va faire de même avec l’écologie. En vérité, ce thème de l’écologie n’est central que par défaut d’une alternative globale. Celle-là même que nous n’arrivons pas à traduire avec notre anticapitalisme caricatural et simpliste qui n’est qu’en réalité qu’un retour au « syndicalisme révolutionnaire ».

 

Ainsi, je ne peux pas être d’accord avec la conclusion de Sabato que je rappelle : « Les débuts pour une série d’organisations sont prometteurs. Il faut maintenant poursuivre dans une politique qui stimule les mobilisations sociales contre la crise économique et écologique et l’accumulation de forces  pour rendre de plus en plus crédibles les solutions anticapitalistes, et cela en toute indépendance  des vielles directions de la gauche traditionnelle. C’est la voie pour construire un pôle anticapitaliste européen. »

 

Primo, les petits succès de nos listes, ici ou là (Portugal, l’Irlande…) ne sont rien face à la faiblesse générale de nos scores électoraux à l’échelle européenne, la plupart du temps derrière l’extrême-droite. Secundo, le mouvement social, hormis quelques sursauts en France, est tellement bas et résigné qu’il ne faut pas s’attendre dans l’immédiat, et d’autant plus après cette nouvelle défaite politique, à ce qu’il renoue avec les temps anciens, ceux des années 70. Tertio, notre rôle n’est pas en priorité de « stimuler » un mouvement exsangue (comment le pourrait-on ?), mais de construire modestement l’embryon d’une alternative politique qui prenne en compte, à parts égales, les questions, politique – celle de la démocratie (VIe république…) –, sociale (revenus, licenciements…), économique (un grand service publique de la banque…) et écologique.

 

Ce travail d’élaboration, nous devons y associer toutes les formations politiques antilibérales, anticapitalistes, écologistes radicales, quelle que soit leur tentation de nouer au gré des circonstances d’autres alliances. Le refus absolu de toute participation à des gouvernances avec la social-démocratie que nous posons comme préalable à toute alliance avec ces courants est à cet égard une erreur tactique. Que nous le brandissions comme un avertissement, que nous le présentions comme le pas que nous ne franchirons jamais, soit, c’est de la bonne pédagogie pour les militants et les sympathisants de ces formations, mais cela ne doit pas nous empêcher de nouer des alliances, indispensables à la construction d’un rapport de force et d’une dynamique. Les régionales seront un prochain test pour le NPA. Si nous n’avons pas la volonté d’adopter une telle méthode au 1er tour, nous courrons le risque de nous retrouver exclus de cette dynamique. L’honneur sera sauf, mais les résultats tout aussi peu convaincants que ce que nous avons obtenus dans ces européennes.

 

Gilles Suze

08/06/2009

Brave petit soldat de l’anticapitalisme

Mettez-vous bien ça dans la tête. Prenons une commune qui est en soi tout un symbole : La Courneuve dans le 93. Abstention : 71,49 %. La gauche y reste dominante : 21,59 % pour le PS et juste derrière le Front de Gauche avec 20,87 %. L’UMP culmine à 15,03 %, les Verts à 9,85 %, le Modem à 5,18 %, le Front national à 5,18 %... Et le NPA dans tout ça. Tête de liste, Omar Slaouti avec un programme antiraciste, anticapitaliste, écologique et féministe à tout crin. Résultat : 4,64 %, un tout petit peu plus que Dieudonné ! Cruel bilan pour un parti qui axait une partie de son activité sur les quartiers.

 

Des résultats approchants à Saint-Denis, mais aussi à Pantin ou Bagnolet, trois communes où ce sont les Verts qui arrivent en tête, ou encore à Montreuil, et ici dans des proportions (29,08 %) qui illustrent bien ce phénomène – que l’on avait déjà vu avec les scores du Modem en 2007 – qu’une partie de l’électorat de gauche (certes pas le plus « populaire ») cherche une issue hors du PS. Hier via le Modem, aujourd’hui chez des Verts élargis, accessoirement dans ces communes de l’ancienne ceinture rouge avec le Front de gauche, mais qui délaisse un NPA, qui pour sa part est totalement impuissant à mobiliser « son » électorat. Ainsi 73 % des personnes ayant voté pour Olivier Besancenot au premier tour de l'élection présidentielle de 2007 n'ont pas participé à ce scrutin.

 

Et pour cause. Il y a en réalité deux électorats pour le NPA. Le premier « existant », plutôt jeune (mais il y a aussi une bonne proportion de « vieux » dans l’électorat du NPA), révolté, sans attache sociale précise, peu syndiqué. Si le discours d’un Besancenot le flatte, les élections Européennes ne lui apparaissent pas comme un objectif. Et puis il y a l’autre électorat, le « potentiel », le vrai électorat populaire, celui des « quartiers », qui a voté à plus de 60 % pour Royal en 2007. Pourquoi cet électorat, peu politisé et peu syndiqué, exclu d’à peu près tout, irait investir sa confiance dans un parti qui n’accorde aux élections qu’une importance relative et distante ? Le discours du NPA, aussi abscond pour ces gens là que celui de LO qui n’a de succès que lorsque son porte-parole médiatique est à l’avant-poste, n’a aucune chance de le séduire. Il est sans perspective de changements à court terme.

 

Voilà pourquoi, le NPA ne pouvait pas faire d’autres scores dans ces élections sur fond de résignation sociale. L’unité de la « gauche de gauche » n’était pas la panacée, mais elle aurait entrouverte une fenêtre et mobilisé bien plus largement que ce qu’ont pu comptabiliser séparément le NPA, le Front de gauche et LO. Hélas, les premières déclarations de la direction du NPA, s’appuyant sur un parti qui vit majoritairement ce résultat comme s’il était une « forteresse » assiégée, ne sont guère encourageantes. En gros, vu le contexte, « nous nous en tirons pas si mal ! ». L’Europe s’enfonce dans l’abstention, laisse aux oligarchies libérales le soin de gérer la crise à leur manière, et ouvre les bras à l’extrême-droite, mais le NPA du haut de ses 4,9 %, résiste. Brave petit soldat !

Besancenot retourne à la « basse-cour »

Que la droite française exulte, malgré un score somme toute modeste, rien de plus normal. L’Europe capitaliste et libérale, l’Europe du grand marché dérégulé, est en tête pratiquement dans tous les pays. La crise mondiale dont on connait les effets dévastateurs sur tout le territoire n’aurait donc eu qu’un seul effet. En s’abstenant massivement les « classes populaires », faute d’une offre politique alternative, laissent le soin aux oligarchies européennes de traiter cette crise majeure du « système » à leur façon, la pire qui soit.

 

C’est dire le profond déficit de confiance que ces « classes » ont désormais dans les partis et formations qui étaient sensées défendre leurs intérêts. Si cela vaut évidemment pour le PS (et pour pratiquement toute la sociale démocratie européenne), ça l’est tout autant, en France, pour ces trois formations de la « gauche de gauche » (le Front de gauche, le NPA et LO) qui n’ont pas su saisir cette chance historique, en pleine débandage de la gauche social-libérale, et alors même que le « système » vacille, de faire entendre une autre voix, unie, crédible, porteuse d’espoir.

 

Pratiquement muet, hier soir, sur les plateaux de télévision, Besancenot, celui que l’on présentait il y a peu encore comme le principal opposant à Sarkozy, est ainsi revenu à sa juste place, entre le Front de gauche et Lutte ouvrière. Comment le NPA qui envisageait hier d’être le fer de lance de la révolte populaire pourrait-il prétendre désormais à son leadership sur la « gauche de gauche » ? On connait malheureusement la propension des directions de ces formations à masquer leurs échecs. Promis il y a six mois à un bel avenir, le NPA se ramasse ainsi dès la première confrontation politique majeure. D’autres échecs suivront.

 

Comparons ce qui est comparable. En 1999, la LCR avait obtenu avec LO plus de 900.000 voix (5,18 % des exprimés) et plusieurs élus. En 2004, les mêmes formations étaient redescendus à 440.000 voix (2,56 % des exprimés). Aujourd’hui, ces deux formations recueillent au total  un peu plus d’un million de voix dont près de 850.000 pour le seul NPA. Nul ne doute que le NPA va en tirer gloriole. Les « petits » se contentent de peu. Mais ce qui est déterminant dans ce combat interne à la basse-cour de la « gauche de gauche », c’est que le PC (repeint en Front de gauche) que les « trotskistes » avaient enterré, obtient à lui seul un total identique au total de LO et du NPA soit 1.058.450 voix et 4 élus (plus 1 Outre-mer). En fait tout juste un peu mieux qu’en 2004 mais moins que Hue en 1999.

 

Tel est donc à ce jour l’état de la « gauche de gauche ». En 10 ans, sa progression est infime ; le NPA reste derrière le PC et ses alliés ; LO ferme la marche. Toutes ces formations vont évidemment invoquer une abstention en hausse. Mais, cette abstention n’en sont-elles pas principalement responsables ? Comment les électeurs qui attendent d’autres solutions politiques, pourraient-ils investir leur confiance dans ces partis croupions qui, pour deux d’entre eux (le NPA et LO) leur affirment, sans rire, « voter pour nous même si ça ne sert à rien » ?

 

Attendons-nous au pire le 13 juin, journée de mobilisation nationale des confédérations syndicales. Il y a entre les élections et les luttes sociales un rapport étroit. Pourquoi des électeurs démobilisés, voire résignés, iraient-ils, à quelques jours des premiers départs en vacances, « battre le pavé » en masse? Olivier Besancenot, Nathalie Arthaud, Marie-Georges Buffet et même ce pauvre Jean-Luc Mélenchon qui n’en peut mais, enterrent, chacun à leur façon, toujours plus encore le maigre espoir de ceux qui n’en avaient déjà pas beaucoup.

 

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05/06/2009

Europe, morne plaine

Tout laisse à penser que, demain, le paysage politique européen n’aura guère été bouleversé. Une participation électorale en gros conforme aux précédents scrutins ; des scores à peu près identiques pour tous les courants politiques ; seules variables à prendre en considération, mais sans pour autant y attacher beaucoup d’importance, la progression ou la régression de telle ou telle formation, phénomène généralement dû à des enjeux nationaux. Ainsi si l’extrême-droite a progressé aux Pays-Bas, il n’en sera certainement pas de même pour le Front national en France. Mais cela ne changera rien au fait que depuis plus de vingt-cinq ans, ce courant est une donnée relativement stable dans toute l'Europe.

 

Il en est de même pour la gauche communiste, antilibérale ou anticapitaliste. C’est très certainement en France que ce courant va réaliser dimanche son meilleur score cumulé, mais pas de quoi fouetter un chat. En 1999, le PCF avait fait 6,78 %  et LO-LCR 5,18 % : au total, à peu près le même chiffre qui sera réalisé le 7 juin 2009. Idem pour la « gauche » institutionnelle avec ses 21,95 %, les Verts étant alors à 9,72 %, l’UDF de Bayrou à 9,28 %, les deux listes de droite ayant obtenu au total 25,87 %. Bref, dix ans après, on prend les mêmes et l’on recommence. Croissance en 1999 ou crise économique majeure en 2009, même discours, mêmes propositions et mêmes résultats. S’il y a stabilité, c’est que l’offre est restée identique.

 

Et la « gauche de la gauche » ne fait pas, en la matière, figure d’exception. En Allemagne, ce die Linke qui, il y a quelques années, s’est créé face à la coalition CDU-SPD, et que l’on nous a montré comme exemple de ce qu’il faudrait faire en France, combien peut-il espérer obtenir dimanche ? Tout au plus un petit 7 %, finalement bien conforme à ses ambitions bien modestes : servir de caution de « gauche » à un SPD qui, tôt ou tard, voudra reprendre son indépendance et aura besoin d’un allié. Et après ça l’on s’étonnera que l’électeur ne suive pas.

 

Chez les « anticapitalistes », même constat désespérant. Entre le Krivine de 1999 et le Besancenot de 2009, il n’y a certainement pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. Même mirage d’une gauche européenne anticapitaliste en construction, même espérance vaine d’un sursaut social. En quoi l’élection de Krivine et de Laguiller en 1999 aura-t-elle servi les « travailleurs » ? Comment, aujourd’hui, Besancenot peut-il affirmer que l’élection de un ou deux candidats du NPA va  permettre d’installer les luttes sociales au cœur du parlement européen ? Ce n’est pas deux ou trois élus anticapitalistes qu’il faudrait, mais dix, vingt, trente. Et pour cela s’y prendre autrement. Mais il est vrai que les élections ne sont pas notre objectif. Mais alors qu’en attendons-nous et qu’y faisons-nous ?

 

Il y six mois, le NPA prophétisait un embrasement de l’Europe. Parti de Grèce, le « soulèvement populaire » devait tout emporter. On citait pêle-mêle, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ; la jeunesse était partout à l’avant-garde. Faute d’Europe à feu et à sang, on eut la Guadeloupe, puis deux ou trois résistances exemplaires (Continentale, Caterpillar, etc.), deux mobilisations nationales, et puis rien. Mais nul ne doute que la rentrée sera chaude. Jadis, on appelait ça le 3e tour social. Surtout ne changeons rien ; continuons comme avant.

 

 

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04/06/2009

Lutte ouvrière vainqueur par l'absurde

De quelque manière que l’on s’y prendra demain pour analyser les résultats des Européennes, quatre ans après la victoire du « non » au référendum, les listes de droites ainsi que les partis qui auront appelé au « oui » au TCE seront largement majoritaires. Le critère gauche-droite, dans ces conditions a-t-il encore une signification ? De même, va-t-on cumuler les votes de toutes les listes qui se situent en opposition à celle de l’UMP pour tenter d’établir une comparaison avec la présidentielle de 2007 en France ?

 

On peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, avec toute la mauvaise volonté du monde, mais il restera néanmoins ce fait indiscutable que ceux qui iront au parlement européen seront dans une large majorité d’ardents défenseurs de l’économie de marché et que l’Europe social-libérale – et là-dessus droite et gauche peuvent s’entendre – reste le meilleur cadre institutionnel  pour que le système perdure. Faut-il s’en étonner alors que le monde connait une récession économique majeure et que l’Europe n’y échappe pas ?

 

Eh bien non ! Mais cela va-t-il, à ceux qui pensaient que cette crise bouleverserait de fond en comble le paysage politique, sinon clouer le bec, du moins les faire réfléchir ? Encore non. Les « indécrottables » optimistes vont continuer à rêver d’une crise finale, d’un approfondissement des dégâts sociaux, d’un chômage en croissance exponentiel, tous facteurs, pensent-ils, nécessaires pour que la mobilisation se fasse, que les luttes reprennent, pour que l’on arrive enfin à cette grande confrontation entre le Capital et le Travail.

 

Ainsi, même battus, ils n’en persisteront pas moins dans leur aveuglement. A cet égard, le pompon va à Lutte ouvrière qui va très certainement faire l’un de ses pires scores à une élection depuis trente ans. La raison est toute trouvée. Des trois formations de la « gauche de gauche », c’est LO qui, selon une étude récente (voir graphique ci-dessous), a l’électorat le plus jeune, le plus ouvrier et le plus féminin. Précisément trois catégories qui vont le plus s’abstenir dans cette élection. C’est pourquoi, LO ne changera rien à son orientation politique. La même démonstration pourrait être faite pour le NPA, avec d’autres nuances. Comme quoi, on peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, il suffit d’avoir la foi, et dans ce domaine, LO n'en manque pas.

 

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03/06/2009

"Les résultats ne changeront pas notre orientation politique"

Pierre-François Grond (PFG), qui fait office de numéro 2 au NPA et gardien de la ligne, a appris la leçon de ses glorieux aînés, Alain Krivine, Daniel Bensaïd et François Sabato : on ne change pas de ligne politique quels que soient ses résultats. La LCR a maintenu peu ou prou la même orientation durant 40 ans. Reprise après quelques aménagements de pure forme en 2009, par une LCR repeinte en NPA, cette même ligne politique a toute les chances de produire les mêmes effets.

 

Une enquête de Mediapart (disons, pour être gentil, quelques entretiens avec deux ou trois pointures de l’ex-LCR et du nouveau parti, soit 90 % de la direction, un opposant, Alain Laffont, plus la sociologue commise d’office Florence Joshua) tente de faire le point sur l’état de construction du NPA et l’impact que pourrait avoir le résultat des Européennes sur son devenir.

 

Cette enquête ne nous apprend pas grand-chose que nous ne sachions déjà, mais ne nous dit rien en revanche sur ce que nous avions majoritairement constaté lorsque, les 16 et 17 mai, une cinquantaine de représentants du courant oppositionnel « Convergences et alternative » se sont réunis à Paris pour faire un état des lieux dans le NPA, près de six mois après sa création : en l’occurrence que le climat interne au NPA y est pour le moins détestable et que déjà entre 10 et 20 % des nouveaux adhérents l’ont déserté.

 

Le témoignage de Alain Laffont, la figure de prou du NPA à Clermont-Ferrand, tempère certes, dans cet article, cette impression : « Cela restera un joyeux bordel pendant un certain temps encore, car le NPA est toujours un parti en construction. Chez nous, on est passé de 30 à 120 adhérents. Et bien c’est difficile à organiser. On a du mal, mais c’est passionnant. C’est tellement enthousiasmant de construire un machin pareil ! » On oublie simplement de dire qu’Alain Laffont qui fit la campagne Bové en 2007 et que Krivine voulait « briser » pour cette indiscipline, est ultra-majoritaire dans sa ville, tout en étant opposant à la ligne nationale, et qu’il a en plus pour lui un excellent bilan.

 

Or  Clermont-Ferrand est une exception dans le NPA. Ainsi, ce qui est « passionnant », là où les tenants de la ligne Besancenot ont été relégués à la périphérie de la ville (à Issoire à quelque 30 Km de la capitale auvergnate), est éprouvant là où les « majo » sont présents, même lorsqu’ils sont minoritaires. Les seuls responsables de cette « épreuve » sont précisément les tenants de cette ligne majoritaire qui prennent déjà les devants : « Les résultats ne changeront pas notre orientation politique. » Ce qui, en clair, ne peut signifier qu’une seule chose : l’opposition pourra dire ce qu’elle veut, nous n’en tiendrons pas compte. Et connaissant les « vieux trotskistes », nul doute qu’ils ne seront pas à court d’arguments.

 

Enfin, il y a quelque chose qui n’est pas tranché dans cet enquête. Où se situent exactement les clivages ? Entre « vieux » et « jeunes » ? Entre « archaïques et modernes » ? Entre ceux qui auraient une culture « démocratique » et les autres ? La sociologue Florence Joshua dit à ce propos des choses contradictoires. Elle constate, d’une part, que les « nouveaux  arrivés avec le NPA défendent une culture radicalement démocratique » ; d’autre part que «les modèles historiques peuvent paradoxalement se retrouver davantage chez un nouveau qui arrive avec la figure du révolutionnaire en tête, quand des vieux reviennent après avoir quitté la Ligue par rejet de cette figure. » Et qu’il s’agirait, en fait, d’une question de réglage et « d’adaptation des comportements ».

 

Où ces jeunes auraient-ils appris cette « culture démocratique » ? Et qu’est-ce que cette démocratie qui ne retient que la loi du nombre, d’ailleurs dénoncée par Bensaïd dans la « démocratie bourgeoise » [lire à ce propos son article dans Démocratie, dans quel état ? Editions La Fabrique] mais revendiquée dans son parti comme la seule vérité ? « Jeunes » et « vieux », anciens de la LCR et nouveaux du NPA, se répartissent entre « majo » et « mino », car ce n’est pas là que sont les clivages. Mais sur un tout autre terrain : peut-il y avoir débat entre les « archaïques » de l’ex-LCR (Krivine-Bensaïd-Sabato-Besancenot…), qui rêvent toujours d’un nouveau mai 68 et les « modernes » qui pensent que c’est un vœu pieux, que la question de la « révolution » fait débat, que la perspective d’une grève généralisée qui est à la base de l’orientation du NPA est l’hypothèse certainement la moins probable, que le « nouveau mouvement ouvrier » dont Besancenot voudrait être le porte-parole n’est pour l’instant qu’une espérance et que c’est le « vieux » qui aujourd’hui encore mobilise et organise.

 

J’ajouterai que la question de l’unité n’est pas ce qui fait clivage, mais ce qui se cache derrière. Le refus d’admettre qu’aucune autre hypothèse politique que celle que la majorité du NPA professe n’est envisageable, clôt tout débat et formalise la démocratie. La « vieille » LCR n’a toujours pas fait son deuil d’Octobre et attend toujours sa revanche sur Thermidor. Son crime c’est qu’elle a entraîné une nouvelle génération à mener ce combat d’arrière-garde.

Allons voter, NPA, Front de gauche ou LO

Eh bien je vais voter… NPA. Sans enthousiasme, presque par devoir, tout en sachant que ça ne changera rien. Je ne parle bien évidemment pas de l’Europe. Elle restera bien ancrée dans sa bulle libérale et ce n’est pas les voix des quelque millions d’électeurs français qui n’en veulent pas de cette Europe-là, qui pèsera dans la balance.

 

Evidemment je pense à autre chose, à ce quelque chose qui, parti en 2005 d’un référendum sur l’Europe, avait fait se lever l’espoir d’une convergence possible entre différents courants à la gauche du PS, et même à l’intérieur de ce dernier, pour construire une nouvelle force politique, antilibérale, anticapitaliste.

 

Quatre ans après, où en sommes-nous ? Electoralement cette « force » est aujourd’hui bien au-delà des 10 % et est en passe d’atteindre le score que le PC, pourtant déjà diminué, faisait encore à la présidentielle de 1981. Mais la comparaison s’arrête là. Au début des années 80, le PC était une force politique, certes minoritaire, mais écoutée dans le monde du travail ; il dirigeait la CGT ; comptait de nombreuses municipalités, des départements et avait son propre groupe à l’Assemblée.

 

L’agglomérat électoral dont il est question aujourd’hui à la gauche du PS est à peine une promesse. Il regroupe ce même PC, en plein « sauve qui peut », une poignée de dissidents socialistes et deux formations issues du « trotskisme », dont une, le NPA, a cru, un temps, pouvoir à elle seule « ramasser la mise » de la « décomposition » de la vieille gauche « plurielle ».

 

La grande différence entre ce qu’était le PC en 1981 et ce qu’est la « gauche de gauche » aujourd’hui est donc moins une question de programme ou d’intention. Il est dans ce rapport distancié, pour le moins, que cet agglomérat entretient avec un monde du travail qui n’est plus exactement le même que celui des années 70-80. Pour être plus clair encore, globalement, le « monde du travail », n’attend plus grand-chose aujourd’hui des partis qui s’en réclament. Et ce n’est pas cette élection qui va lui redonner confiance. Défait sur le terrain social, que peut-il espérer de cette « gauche de gauche » en morceaux ?

 
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