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18/06/2009

Iran : Etat, religion et élections

La crise iranienne est un modèle du genre. Hier soir, sur Arte, un documentaire relatait l’histoire de l’Iran moderne. Comment, depuis que l’on y découvrit du pétrole en 1908, ce pays fut convoité par les puissances occidentales : l’Angleterre d’abord, puis les Etats-Unis après la seconde guerre mondiale.

 

Résumé : une révolution constitutionnelle en 1906 ; coup d’Etat de Reza Shah Pahlavi (le père du Shah) et première modernisation (interdiction du port du voile, instruction publique, justice enlevée aux religieux…) ; tentative d’émancipation de la tutelle anglaise pendant et après  la seconde guerre mondiale ; débarquement du père par les Anglais qui installent son fils au pouvoir ; un premier ministre Mohammad Mossadegh qui, en 1953, nationalise le pétrole et flirte avec l’URSS, appuyé par un parti communiste local puissant ; nouvelle vague de modernisations ; ce qui est trop pour les Anglais et les Américains qui complotent et obtiennent la tête de Mossadegh.

 

Mohammad Reza Shah Pahlavi met en place alors un régime autocratique, dictatorial et prooccidental qui va tenir vingt-trois ans. Toute opposition civile ayant été détruite, reste le clergé chiite qui finit par canaliser à son profit la révolte populaire qui aboutira au renversement du Shah en 1979. Détail important, le clergé chiite est le plus grand propriétaire foncier du pays. Or la « révolution blanche » initiée dans les années 60 par le Shah prévoit une réforme agraire et d’autres mesures comme le vote des femmes dont les mollahs ne veulent pas.

 

Et c’est ainsi qu’un clergé puissant finit par s’emparer de l’Etat. Trente ans après, cette nouvelle crise montre qu’il est impossible de stabiliser un Etat sur des bases aussi réactionnaires. Dans l’immédiat, la crise semble se circonscrire à une lutte interne au pouvoir, mais les camps adverses de la théocratie n’ont pas d’autres moyens pour faire admettre leur point de vue que d'en appeler aux « masses ». Il est non moins piquant de constater que c’est sur le terrain de la « démocratie » que se déroule cette bataille. Pour tous ceux, qui en France notamment, tiennent pour négligeables les élections, la crise iranienne est une leçon de choses.

Commentaires

J'ai regardé avec émotion cette émission sur Arte. Souvenirs... En 1971, nous sommes partis à 5 en bagnole sur la route de la soie... Passage en Iran où nous avons été accueillis à Téhéran par des gens pauvres mais très hospitaliers. Des étudiants nous ont demandé de témoigner à notre retour sur la répression policière (la SAVAK) qui régnait impitoyablement sous l'emprise du Shah... Mais pas de Gurka ni de Tchaddor comme en Afghanistan. Les femmes se promenaient librement et non voilées... A notre passage dans les campagnes du sud, les gens mendiaient de l'eau.... alors qu'au nord, tous les villages avaient d'immenses jets d'eau à la gloire du shah. L'impression de dictature pesait lourdement dans ce pays où les gens sont par nature joyeux et exubérants (ce sont des persans, l'équivalent des italiens pour nous...).


Pas très politique, ce commentaire...

Écrit par : Michel | 18/06/2009

Puisqu'on parle d'Iran, pourquoi ne pas aborder la question ultra-sensible du voile intégral (Burqa ou Nikab). Premièrement : Loi ou pas loi ?.... Deuxièmement : s'il y a loi, sur quoi doit-elle porter* ? Accessoirement, comment se démarquer de la droite extrême qui saisit là un prétexte pour fustiger une population bien souvent d'origine étrangère et maghrébine.

* la non visibilité de l'identité de la personne me semble être un bon argument, contrairement à légiférer sur le port d'un vêtement. La question du libre choix avancé par ces femmes ne tient pas non plus, car si je décidais de me promener "tout nu", je serais aussitôt arrêté !...

Est-ce un fait culturel ou religieux ? Comment expliquer que selon les pays qui sont de religion musulmane, le rapport au voile n'est pas le même... Ainsi le voyageur qui traverse tous ces pays peut être assez désorienté : Turquie, pas de voile intégral, les femmes sont généralement tête nue. Iran, à l'époque du Shah, pas de voile du tout. Sous les Ayatollah, retour au voile avec une forte coercission. Afghanistan, de tous temps, même avant l'arrivée des talibans, port de la Burqa. J'ajouterai que dans certains pays du maghreb, le voile intégral est même interdit (Tunisie).

Il faut reconnaître qu'en France, ce problème bafoue de plus en plus nos principes de laïcité. Non seulement les femmes d'origine musulmane se mettent à porter le voile alors qu'elles ne le faisaient pas avant, mais en plus, des femmes d'origine française se convertissent à un islalm de plus en plus radical.

Alors quelle est la position du NPA (si elle en a une) sur ce problème. Et ne répondez pas que « la religion étant l'opium du peuple.... » etc... etc... ! Faut-il combattre toutes les religions, oui , certes.... Mais comment ?

Écrit par : Michel | 22/06/2009

que l’Iran n’est pas un État comme les autres. À l’instar de la France de 1789 et de l’URSS de 1917, l’Iran de 1979 a lancé un processus révolutionnaire qui conteste des aspects fondamentaux du modèle « occidental » triomphant ; et il l’a fait à partir d’une foi religieuse. Trente ans plus tard, nous, « Occidentaux », continuons à ressentir la parole du Peuple iranien comme une condamnation morale de notre mode de vie, c’est-à-dire de la société de consommation et de l’impérialisme. A contrario, nous ne parvenons à trouver le repos qu’en nous persuadant que la réalité n’est qu’un rêve et que nos rêves sont la réalité. Les Iraniens aspireraient à vivre comme nous et en seraient empêchés par un affreux clergé enturbanné.
Pour expliquer l’Iran moderne à ceux qui veulent la comprendre, je ne sais par où commencer. Trente ans de propagande ont forgé tant d’images fausses qu’il faut déconstruire une à une. La tâche est grande pour s’extraire du mensonge et le moment ne s’y prête guère. Je voudrais juste soulever quelques observations préalables.
La révolution islamique a accompli de grands progrès : les châtiments corporels sont devenus exceptionnels, le droit à remplacé l’arbitraire, les femmes sont de plus en plus éduquées, les minorités religieuses sont toutes protégées —à l’exception malheureusement des Baha’is—, etc. Sur tous ces sujets, où nous trouvons le régime actuel exécrable, les Iraniens pensent, eux, qu’il est autrement plus civilisé que la cruelle dictature du Shah imposée par Londres et Washington.
La révolution islamique a encore beaucoup à accomplir et doit en outre maîtriser ce système politique si oriental qui, pour donner une place à chacun, multiplie les structures administratives et conduit à la paralysie institutionnelle.
Bien sûr, à l’époque du Shah, il y avait aussi une bourgeoisie occidentalisée qui trouvait la vie plus belle. Elle envoyait ses enfants suivre des études en Europe et gaspillait sans compter aux fêtes de Persépolis. La révolution islamique a aboli ses privilèges. Ses petits-enfants sont aujourd’hui dans la rue. Avec le soutien des États-Unis. Ils veulent reconquérir ce dont leurs familles ont été privées et qui n’a rien à voir avec la liberté.En quelques années, l’Iran a retrouvé le prestige qu’elle avait perdu. Son Peuple s’enorgueillit d’avoir prêté assistance aux Palestiniens et aux Libanais auxquels il a offert la reconstruction de leurs maisons détruites par Israël et des armes pour se défendre et retrouver leur dignité. Il a secouru les Afghans et les Irakiens, victimes de régimes pro-occidentaux puis des Occidentaux eux-mêmes. Cette solidarité, les Iraniens l’ont payée au prix fort avec la guerre, le terrorisme et les sanctions économiques.
Pour ma part, je suis démocrate. J’attache de l’importance à la volonté populaire. Je n’avais pas compris pourquoi il fallait proclamer la victoire de George W. Bush avant de dépouiller les votes des citoyens états-uniens en Floride. Je n’avais pas non plus compris pourquoi, avec la bourgeoisie de Caracas, il fallait féliciter Pedro Carmona d’avoir placé Hugo Chavez en prison, quand le Peuple vénézuélien l’avait élu. Je ne comprends pas pourquoi il faut appeler Mahmoud Abbas, « Monsieur le président », alors qu’il empêche l’élection de son successeur en faisant séquestrer les représentants du Peuple palestinien dans les geôles israéliennes. Je ne comprends pas pourquoi on prépare l’application du Traité constitutionnel européen, sous une autre dénomination, alors que les électeurs l’ont rejeté. Et aujourd’hui, je ne vois pas au nom de quels fantasmes, je devrais encourager la population des quartiers nord de Téhéran à piétiner le suffrage universel, et à imposer Mousavi quand le Peuple a majoritairement choisi Ahmadinejad.

Écrit par : antibenetton | 26/06/2009

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