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10/06/2009

Après le désastre...

Mon camarade François Sabato, ex membre du bureau politique de la LCR et mentor d’Olivier Besancenot, se livre à une première analyse des européennes dans toute l’Europe. Pour lui, nul ne doute que les NPA est sur la bonne voie. Pour ma part, j’en doute beaucoup. Ma réponse.

 

Rien de pire que l’aveuglement. En 1933, le KPD (parti communiste allemand), qui avait amélioré ses scores électoraux, prophétisait un tournant à gauche en Allemagne et la débâcle conjointe des fascistes et des sociaux-démocrates. Mutatis mutandis, François Sabato semble adopter le même raisonnement.  Je le cite: « Cette abstention ne peut donner qu’une vision déformée des rapports de forces réels en Europe. Mais elle confirme la crise de légitimité de l’Union européenne  et des partis de gouvernement qui  inscrivent leur politique dans ce cadre. »

 

Mais quels sont alors les « rapports réels » ? Je cite toujours : « Les résistances sociales, qui n’ont pas débouché encore sur des luttes d’ensemble des salariés et de la jeunesse ne produisent  pas mécaniquement une alternative anticapitaliste. Les PS s’enfoncent dans la crise, libèrent de nouveaux espaces, mais les développements de la gauche anticapitaliste reste inégal. Les débuts pour une série d’organisations sont prometteurs. Il faut maintenant poursuivre dans une politique qui stimule les mobilisations sociales contre la crise économique et écologique et l’accumulation de forces  pour rendre de plus en plus crédibles les solutions anticapitalistes, et cela en toute indépendance  des vielles directions de la gauche traditionnelle. C’est la voie pur construire un pôle anticapitaliste européen. »

 

Donc, si l’on suit bien, ça résiste même si ça ne produit pas « mécaniquement une alternative anticapitaliste ». En d’autres termes, ce « virage à droite » ne serait qu’apparent. En dessous, la « vieille taupe » (Cher Old Mole) creuserait inlassablement ses galeries. Je rappelle que nous disions ça déjà en 1974-1975 lors de la première grande crise systémique de l’après-guerre, puis de nouveau en 1980-1982. En réalité nous avons au bas mot trente ans de reculs et de défaites sociales et politiques cumulés. Ce n’est qu’au prix d’un renoncement à toute politique de réformes sociales et à son revirement « social-libéral » que la social-démocratie européenne a pu arriver et se maintenir au pouvoir, en France, en Espagne, en Allemagne, en Grande-Bretagne, tant bien que mal et parfois faire illusion.

 

Cette nouvelle crise clôt définitivement cette époque. Pour autant l’effondrement de cette gauche-là, qui a encore des ressources, ne « libère » pas des espaces à sa gauche, ou si peu, mais laisse en revanche à la droite, même décriée, des marges de manœuvres incontestables. Il n’y a qu’à voir les scores réalisés par la droite allemande ou italienne pour le comprendre. En somme, pour contrer la crise, abstentionnistes ou votants préfèrent s’en remettre aux « libéraux bourgeois » plutôt que de mettre en selle une gauche radicale dont ils ne perçoivent pas très précisément les solutions. Rien de paradoxal à cela, comme le croit Sabato. C’est un vieux réflexe que l’on a déjà vu dans l’histoire contemporaine se répéter.

 

Avant de conclure, arrêtons-nous un peu sur cette autre trouvaille théorique de Sabato. Je cite : « Les écologistes, avec prés de 60 députés élus,  sortent renforcés du dernier scrutin. Une des percées les plus significatives étant celle d’Europe Ecologie de Cohn-Bendit en France, qui résulte de deux facteurs : la « crise du politique » et la centralité de la question écologique. » Quelle découverte ! Le phénomène écologique est tout, sauf nouveau. « Centralité de la question » ? Où est-elle « centrale » dans notre programme ? Mais est-elle centrale en vérité ?

 

Je ne ferai pas ici le bilan de la participation des écologistes aux gouvernements sociaux-libéraux. La crise de leurs tuteurs les libère en quelque sorte du poids d’avoir à se coltiner des politiques globales incluant l’économie et le social, le plus souvent non conformes à leurs programmes, mais en-dehors de la pression qu’ils peuvent exercer sur telle ou telle politique, que peuvent-ils espérer ? Sarkozy a très bien compris la leçon. Tout comme il s’était emparé des thématiques de l’extrême-droite, il va faire de même avec l’écologie. En vérité, ce thème de l’écologie n’est central que par défaut d’une alternative globale. Celle-là même que nous n’arrivons pas à traduire avec notre anticapitalisme caricatural et simpliste qui n’est qu’en réalité qu’un retour au « syndicalisme révolutionnaire ».

 

Ainsi, je ne peux pas être d’accord avec la conclusion de Sabato que je rappelle : « Les débuts pour une série d’organisations sont prometteurs. Il faut maintenant poursuivre dans une politique qui stimule les mobilisations sociales contre la crise économique et écologique et l’accumulation de forces  pour rendre de plus en plus crédibles les solutions anticapitalistes, et cela en toute indépendance  des vielles directions de la gauche traditionnelle. C’est la voie pour construire un pôle anticapitaliste européen. »

 

Primo, les petits succès de nos listes, ici ou là (Portugal, l’Irlande…) ne sont rien face à la faiblesse générale de nos scores électoraux à l’échelle européenne, la plupart du temps derrière l’extrême-droite. Secundo, le mouvement social, hormis quelques sursauts en France, est tellement bas et résigné qu’il ne faut pas s’attendre dans l’immédiat, et d’autant plus après cette nouvelle défaite politique, à ce qu’il renoue avec les temps anciens, ceux des années 70. Tertio, notre rôle n’est pas en priorité de « stimuler » un mouvement exsangue (comment le pourrait-on ?), mais de construire modestement l’embryon d’une alternative politique qui prenne en compte, à parts égales, les questions, politique – celle de la démocratie (VIe république…) –, sociale (revenus, licenciements…), économique (un grand service publique de la banque…) et écologique.

 

Ce travail d’élaboration, nous devons y associer toutes les formations politiques antilibérales, anticapitalistes, écologistes radicales, quelle que soit leur tentation de nouer au gré des circonstances d’autres alliances. Le refus absolu de toute participation à des gouvernances avec la social-démocratie que nous posons comme préalable à toute alliance avec ces courants est à cet égard une erreur tactique. Que nous le brandissions comme un avertissement, que nous le présentions comme le pas que nous ne franchirons jamais, soit, c’est de la bonne pédagogie pour les militants et les sympathisants de ces formations, mais cela ne doit pas nous empêcher de nouer des alliances, indispensables à la construction d’un rapport de force et d’une dynamique. Les régionales seront un prochain test pour le NPA. Si nous n’avons pas la volonté d’adopter une telle méthode au 1er tour, nous courrons le risque de nous retrouver exclus de cette dynamique. L’honneur sera sauf, mais les résultats tout aussi peu convaincants que ce que nous avons obtenus dans ces européennes.

 

Gilles Suze

Commentaires

Entre le commerce de la fin du monde et une tendance à la culpabilité sélective, il y a les divertissements apolitiques.
Quand on confond prises de conscience et caprices de saisons, on fait d’un film d’un soir une cause nationale, voire obligatoire.
Entre les opinions biodégradables et les chèques en blanc, autant parier sur le hasard, mais pas sur l’avenir.
La suite ici
http://tiny.cc/itGbf

Écrit par : walkmindz | 10/06/2009

Un des enseignements de la percée écolo, c'est que les Verts ont su dépasser leurs divisions...

Il faut abandonner tout esprit boutiquier à gauche de la gauche.

Écrit par : des pas perdus | 11/06/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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