Avertir le modérateur

31/05/2009

Mélenchon, tribun communiste

Ne nous y trompons pas. L’embellie du Front de gauche (donné à 7 %, 1 % devant le NPA selon un dernier sondage) ressemble à une réactivation du vieil électorat communiste dormant. Ce n’est pas seulement dû à l’alliance au sommet entre le PC et les dissidents socialistes du PG, mais parce que Mélenchon incarne autrement mieux que Besancenot la tradition du vote communiste, sa fonction tribunitienne. Un vote protestataire de gauche bien ancrée dans l’espérance que des urnes peut surgir une autre politique.

 

Espoir totalement vain, comme le passé nous l’appris et comme l’avenir en apportera une preuve supplémentaire. Mais sevré depuis longtemps d’une victoire électorale, cet électorat bien plus âgé que celui du NPA, n’en a cure. Avant de mourir, il voudrait bien, une dernière fois, retenter l’aventure. Rafraichissons-lui la mémoire : en 1981, le vote communiste tournait autour de 15 %, en gros le total du vote de la « gauche de gauche » aujourd’hui. Ainsi, pas de quoi pavoiser. D’autant que le NPA « gauchiste » avec ses 6 % (LO étant à un peu plus de 2 %) fait jeu égal désormais avec l’ancien « parti de la classe ouvrière ».

 

L’erreur d’analyse du NPA, c’est d’avoir cru que ce qui restait du vieux mouvement ouvrier avait définitivement passé l’arme à gauche alors qu’électoralement il est encore présent. Double erreur, puisque le NPA pensait lui substituer un jeune mouvement ouvrier qui n’existe pas encore. Car les jeunes ouvriers, dans leur majorité (autour de 80%) ne votent pas, se syndiquent peu et se considèrent comme étrangers au jeu politique.

 

C’est pourquoi, pendant quelque temps, il va falloir faire avec ce vieux mouvement ouvrier, en attendant que le jeune prenne le relai.  C’est pourquoi, également, la question de l’unité n’est pas qu’une simple affaire de comptabilité. Des listes unitaires de la « gauche de gauche » à plus de 15 % auraient eu un effet d’accélération de la prise en considération du politique par les jeunes générations. A moyen terme une alliance durable permettrait enfin de combler le vide (une génération) entre les ouvriers qui ont connu les luttes offensives des années 70 et ceux qui découvrent aujourd’hui l’âpreté du combat syndical, ses incertitudes, et surtout ses échecs.

 

Le NPA s’est donc trompé en faisant de la question du PS la ligne de partage des eaux entre ceux qui sont « résolument » anticapitalistes et les autres, qui parce qu’ils continuent à penser en terme d’alliance avec le PS, auraient un pied dans le social-libéralisme. Tant qu’il ne s’agit pas de construire une coalition « arc-en-ciel », du type de ce qui s’était fait en Italie, tant qu’il ne s’agit pas de soutenir un gouvernement majoritairement « social-libéral », cette question est secondaire et ne peut être un prétexte suffisant pour rejeter une alliance.

30/05/2009

« On va se les bouffer ! »

« Nous allons nous faire bouffer, usine par usine ! » Vraie ou apocryphe, cette déclaration d’un syndicaliste de Tyco dans l’Eure, décrit assez bien la situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les salariés du privé. Pour le Capital, cette crise est une magnifique occasion pour faire le ménage, vendre et acheter, couper les « branches mortes », s’attaquer aux acquis sociaux. Deux exemples illustrent à merveille ce savoir-faire : la vente par General Motors d’Opel à un groupe canadien et l’intention de Hewlett-Packard d'étendre la baisse des salaires mise en place dans sa branche française, après avoir annoncé la suppression de 5 700 emplois en Europe.

 

Bref le Capital mondial accélère sa réorganisation pour la prochaine reprise. Cette reprise, il paraît qu’elle pointe déjà aux Etats-Unis. Il est vrai qu’outre-Atlantique on ne s’embarrasse pas des moyens. Le licenciement « sec » et massif comme gestion du personnel est ancré dans les mœurs et les syndicats coopèrent à la « casse » sans états d’âme. Au Japon, on dit que c’est également reparti au prix d’un chômage à 5 % (pour 7,6 % aux Etats-Unis et 7 % en Grande-Bretagne), ce qui, là-bas, est important. Mais le salarié japonais est un travailleur discipliné.

 

Quant à l’Europe qui devait « nous » protéger du pire, on entend ici et là que la crise y serait plus profonde et plus longue. Mais il en est toujours ainsi dans les crises. Elle ne touche pas chaque pays de façon égale. C’est, pour le Capital mondial, une excellente chose. Ainsi, est mis à profit son « développement inégal et combiné. »  On est donc loin, mais alors très loin de l’effondrement du système, ne serait-ce que de sa remise en cause. N’en déplaise à la petite coterie des intellectuelles anticapitalistes, Badiou en tête, qui avait accueilli cette crise comme une promesse. « Promesse mon cul ! », comme aurait dit Zazie. C’est toujours les autres qui meurent.

29/05/2009

L’homme à la tête de rat

Une fois n’est pas coutume. J’abandonne mon sujet de prédilection, la gauche, les luttes et le NPA, et je me paye l’autre, le petit con à tête de rat. Rien de plus gonflant que de le voir s’agiter de nouveau sur le thème rabâché de la violence et de l’insécurité. Tout a été dit sur cette question : le caractère grossier de la manœuvre ; le fait que le « rat » est détenteur du dossier depuis au moins sept ans ; qu’enfin, bien loin d’être violentes, nos sociétés prospères sont extrêmement policées et que globalement la violence y est en régression depuis un siècle.

 

Qu’à cela ne tienne, il y aura toujours une pelletée d’aboyeurs médiatiques pour vous seriner le contraire. Et il paraît que ça marche, ce dont je ne suis pas sûr d’ailleurs car personne ne l’a réellement  mesuré. Mais il fallait bien un sujet pour faire la preuve que le « nuisible » était encore à la manœuvre, qu’il était toujours prêt pour nettoyer la France et que l’on verra ce que l’on verra. Remarquez que tout ceci n’a rien à voir avec l’Europe et que le sujet le moins traité dans cette campagne, du moins pour ce qu’il en remonte dans les médias, c’est la crise économique.

 

Il faut donc comprendre le « rat ». Qu’aurait-il à rajouter sur le sujet ? Rien de rien. Il a tout essayé, or, le chômage, comme l’annonce aujourd’hui le Premier ministre n’est pas prêt de décroître et qu’il faut s’attendre au pire. C’est donc que ça ne marche pas, que tous les efforts consentis l'ont été en pure perte. Alors le « rat » se rabat sur ce qu’il connait le mieux, la démagogie sécuritaire, les quartiers, les trafiquants, les zoulous, les jeunes, et tout ce salmigondis devant un aréopage de préfets et de chefs d’établissements le doigt sur la couture du pantalon.

 

Et de détailler « 148 établissements sensibles » et « 25 cités à reconquérir », un vrai plan de guerre avec rappel des réservistes et nouveau paquetage (portiques de sécurité, vidéo surveillance…). Nul doute que le « rat » sait y faire. Car il y a cette phrase qui fait lien entre la crise économique et son sujet : « La délinquance ne procède que très rarement de la souffrance sociale, mais simplement de l'attrait de l'argent facile. » L’argent facile, ce n’est pas dans le système bancaire qu’il se situe, mais dans les bas-fonds ! Le « rat » est un artiste de la diversion.

27/05/2009

Explosion !

Vers 4 millions de chômeurs à l’horizon 2010, près de 600.000 emplois détruits, qu’il faut ajouter aux seniors dispensés de recherche d’emplois et aux salariés en chômage partiel, soit une prévision de 900.000 chômeurs de plus cette année, voilà ce qui nous attend. Les responsables, cette semaine, Goodyear, Altis, ABB ou EDA, Nortel, demain d’autres encore. Pas de petites PME mais des groupes qui « vidangent » leur surpoids de salariés, comme des tankers leurs citernes. Les victimes sont principalement les travailleurs temporaires, les jeunes, les salariés peu qualifiés et les seniors, en fait tous ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre.

 

S’en inquiète-t-on ? Oui et non. Tant que ça ne casse pas, tant que le fameux système social français sera en capacité d’amortir les effets les plus dramatiques de cette récession (vers 3 points de PIB en moins ?), politiques et syndicalistes continueront à ronronner. Ce n’est pas un « mai 68 » qu’il faudrait – hors de portée – mais  une révolte qui tourne à l’émeute, comme en 2005 avec les banlieues, avec des affrontements frontaux avec la police ; des dizaines de séquestrations ; des occupations ; des destructions de préfectures et autres lieux symboliques du pouvoir. Peut-être alors entendrons-nous une autre chanson. L’élite ne comprend que la castagne qui lui est étrangère.

 

Mais même  le travailleur français, qui est très certainement le moins docile de toute la planète, a du mal à se résoudre à de telles méthodes. Et quand, dans un conflit qui ne cesse de durer, comme celui de Caterpillar dans l’Isère, les plus radicaux s’en mêlent, ils deviennent aussitôt la cible des aboyeurs du patronat. Il faut lire cet extrait d’un article publié récemment dans Les Echos pour comprendre ce qu’est la haine sociale quand elle s’exprime. Extraits : « Chez Caterpillar, il s'est formé une noblesse ouvrière de la mécanique qui côtoie avec méfiance des dirigeants « rigoristes, pratiquant un management à l'anglo-saxonne ». Il existe « un fossé entre les cols bleus et les cols blancs », souligne Jean-Pierre Gilquin. Un clivage qui s'est vérifié durant tout le conflit. Dès l'instauration du chômage partiel, fin octobre 2008, le directeur de Caterpillar France a voulu associer à sa démarche les représentants du personnel. En vain.

 

Tandis que les sites belges ou américains du groupe ont déjà entamé leur restructuration, Grenoble reste dans l'impasse […] Nicolas Polutnik a même envisagé, devant la gravité de la situation, de porter à 1.000 le nombre de suppressions d'emplois […] Face à lui, une intersyndicale déchirée par des luttes internes […] A l'instar de Patrick Cohen, élu CGT, ses membres reconnaissent « n'avoir jamais eu la main dans ce conflit ». Au point de signer un accord un jour, à Bercy, sans être en mesure de le faire approuver le lendemain à Grenoble. Qualifiés de « traîtres » et de « vendus aux ors de Bercy », les représentants syndicaux vont vite tourner casaque et s'aligner sur les plus durs, très actifs au sein du comité de grève. Des ultras que la CGT utilise au début du conflit pour faire monter la pression et créer un rapport de forces favorable […]

 

 

A entendre les témoins, au-delà du désespoir des salariés et des maladresses de la direction, c'est peut-être là que la violence inédite du conflit Caterpillar s'est cristallisée. Car ces « gros bras » seraient devenus rapidement incontrôlables. N'ayant rien à perdre parce que proches de la retraite ou trop récemment embauchés, ils ont pour seule stratégie l'augmentation de la « prime à la valise ». Issus pour la plupart des programmes d'intégration sociale, récemment sortis de prison pour certains, ils ont piloté le conflit à leur manière, dans la surenchère permanente. » [Fin des extraits]

 

Ipsos pronostique une abstention record, autour de 60 % le 7 juin. Il ne faudra pas aller chercher très loin pour en trouver la raison. La surenchère sécuritaire à laquelle se livre aujourd’hui le gouvernement n’est plus seulement de la rhétorique électorale ; c’est aussi une façon de prévoir le pire. Il va bien falloir que ça pète !

26/05/2009

Politique fiction

Si les sondages se vérifient, Bayrou tirera donc au soir du 7 juin, une fois de plus, les marrons du feu, se positionnant comme l’homme clé de la présidentielle de 2012. L’Europe, il est vrai, tout le monde s’en fiche un peu. A l’issue de ce scrutin, elle restera bien ancrée à droite, dans le sens du tout libéral.  Ceci précisé pour tous ceux qui s’imaginaient qu’une crise pouvait suffire à bousculer des rapports de force bien ancrés à droite dans toute l’Europe et à déstabiliser des pouvoirs solidement installés.

 

Mais là où il faut se chatouiller un peu pour se dire que l’on n’a pas rêvé, c’est que les listes du MODEM ne sont créditées finalement que d’un petit 14 %, soit un chiffre égal ou inférieur au total de la « gauche de gauche ». Ainsi, s’il y avait eu des listes unitaires à la gauche du PS, elles auraient très bien pu disputer la 3e place au Modem, et largement suclasser les Verts.

 

Au soir du scrutin on n’aurait parlé que de ça. Et les jours suivant aussi. Bien sûr un tel résultat aurait renforcé le camp de ceux qui pensent qu’une gauche unie pourrait battre Sarkozy en 2012, à condition que la « gauche de gauche » lâche un peu de lest. Bien sûr, le NPA aurait eu raison de refuser toute alliance qui n’aille pas dans le sens d’une rupture franche avec le capitalisme. Mais le PS aurait été alors placé devant un choix cornélien : ou l’alliance à droite, ou l’alliance à gauche.

 

Au lien de quoi, demain, dans un an ou trois ans, le NPA continuera à agiter son hochet d’une grève générale impossible ; le Front de gauche mendiera à un PS ségolinisé à moins qu’il ne soit strausskanisé ou hollandisé, quelques strapontins aux régionales et aux législatives ; et l’électorat reconduira majoritairement Sarkozy à la magistrature suprême. Mais bien sûr, il ne s’agit là que de politique fiction mais sommes nous si loin de la réalité ?

24/05/2009

Tout peut changer, si...

Les sondages se suivent et se ressemblent. C’est pourquoi il n’est pas prématuré de tirer un premier bilan de ces européennes, quinze jours avant le scrutin.

 

Premier enseignement, la crise aura un faible impact sur le vote. La gauche (du PS à Lutte ouvrière) est créditée de 33 % des intentions de vote. Tout au plus peut-on voir s'amorcer un rééquilibrage entre un PS à 21 % et une « gauche de gauche » à 12 % ; ce rééquilibrage aurait eu un tout autre impact si le NPA et le Front de gauche avaient fait cause commune. Si l’on ajoute à cela des Verts à 9 %, il est probable que l’on y verra plus clair en 2010 lors des régionales. Pour le PS, ces élections sonnent comme une alarme. Ces partenaires sont en mesure désormais de contester son hégémonie sur l'électorat de gauche.

 

Second enseignement, l’Europe libérale – dont on aurait pu attendre qu’elle soit tenue en partie responsable de cette crise – n’est pas remise en cause. Si, pour la majorité de l’électorat qui s’abstiendra, tout comme pour ceux qui iront voter, l’Europe libérale n’apparaît pas comme  l’outil le plus efficace pour agir sur la crise, elle ne constitue pas pour autant une cible : l’ancien camp du « non » au TCE réunit à peine 26 % des intentions de votes (12 % pour la « gauche de gauche » ; 14 % pour les « souverainistes » et l’extrême droite).

 

Troisième enseignement, la victoire de Sarkozy en 2007 n’a pas effacé les divergences qui traversent le camp de la droite. L’UMP qui a rallié à elle la majorité des élus centristes (l’ex UDF) ne réalise qu’un petit 26 %. Avec un FN à 7 %, un MODEM à 14 % et une « droite de droite » à 7 %, le parti du président est loin d’avoir écrasé la contestation dans son camp. Si, comme il est fort probable, les régionales se déroulent sur fond de crise aggravée, l’UMP aura fort à faire en 2010 pour rassembler son camp. Tout comme le PS, son hégémonie sur son camp est fragile.

 

En conclusion, si rien ne change, tout peut changer. Pour sauver son projet libéral qui reste toujours son objectif à terme, la droite s’accroche désormais à ce qui reste du « modèle social français » qu’elle n’a eu de cesse de dévaluer et de démembrer, aidée en cela par la gauche sociale libérale. Bayrou, la « droite de droite » et l’extrême-droite n’ont pas grand-chose à lui opposer. C’est pourquoi, Sarkozy peut voir venir 2012 sans trembler.

 

A gauche, en revanche, le PS a du souci à se faire. Ses ex-partenaires vont lui donner du fil à retorde. Mais Verts et PC-PG ne tirent pas dans le même sens. Pour les Verts, la meilleure des configurations reste de reconduire l’ancienne gauche plurielle en donnant plus de place à l’écologie et à ses partisans. En outre, les Verts ne feraient pas d’obstacle à des alliances de circonstance avec le MODEM.

 

Pour le PC-PG il en va tout autrement. Une alliance avec le MODEM serait un casus belli. Dans ces conditions, ce qui va être déterminant, c’est ce que va faire le NPA. Ou celui-ci persiste à faire obstacle à tout rassemblement de la « gauche de gauche » ; ceux qui au PC et au PG continuent à penser que le moindre mal consiste à s’allier avec le PS, trouveront là une justification à leur « trahison ». Ou bien, le NPA lâche du lest sur son « révolutionnarisme » et construit une alliance durable avec ces deux partis, entraînant l’ensemble de la « gauche de gauche », alors tout est permis.

20/05/2009

La droite pavoise... pour l'instant

Qui l’eut cru ? A moins de deux semaines du scrutin des Européennes, la droite est sur un nuage. Clos, ou presque, le conflit dans les universités ; aucune mobilisation nationale des salariés avant juin ; Continental, Caterpillar et autres conflits « phare » des dernières semaines en voie « d’apaisement » (en gros le patronat a laissé passer l'orage) ; à l’hôpital, la réforme Bachelot va passer après quelques aménagements...

 

Reste les gaziers et les électriciens, mais là c’est « l’honneur » de la CGT qui est en jeu. Après la privatisation d’EDF et de GDF, il s’agit de montrer, avec l’apport de SUD, que l’on a encore du ressort dans cet ancien bastion. Mais la multiplication des coupures intempestives – du jamais vu depuis des décennies dans ce secteur – suffiront-elles pour faire plier la direction ? D’autant que le pouvoir ne va pas se priver d’utiliser ces actions pour discréditer une lutte juste.

 

Un détail, mais qui en dit long. Après application de la réforme de la représentativité syndicale, premier accrochage entre syndicats. Ça se passe à la SNCF et devant la direction qui se marre. A ce train là, la belle unité du mouvement syndical au sommet risque de ne pas tenir longtemps encore. Et pendant ce temps là Olivier Besancenot, pris à partie par un socialiste devant des salariés en lutte, rêve encore d’un mai 68 !

 

Mais tout n’est pas perdu. La crise est encore là pour quelque temps. Une réorientation des perspectives est nécessaire à la rentrée. Il faudra d’abord tirer un bilan de ces élections. La droite sera en tête, certes, mais nul ras de marée à l’horizon. Tout au plus une confirmation que sans alternative politique qui tienne la route, Sarkozy peut encore voir venir. Quant au mouvement syndical, il lui faudra se donner des objectifs et ne pas se contenter de vagues protestations. Une journée de grève nationale serait parfaitement réalisable. Y renoncer serait une faute lourde de conséquences pour des confédérations qui ont tout à perdre au statu quo.

19/05/2009

Le NPA en passe de renflouer un PC moribond

Ces élections européennes auront au moins montré une chose : après plus de six mois de crise, le paysage politique français ne change pas. Selon les sondages, la gauche, du PS à Besancenot, réaliserait un total d’environ 35% ; la droite, de Sarkozy à Le Pen, également ; resterait quelque 35 % à se partager entre les Verts et le MODEM. Classer le MODEM dans l’opposition, comme le font certains, ce qui relativiserait la « victoire » déjà claironnée de l’UMP, se tient, si l’on fait abstraction du programme de ce parti, tant au niveau français qu’au niveau européen, qui est bien un programme de droite.

 

Pour les Verts, si leur longue alliance avec le PS les classe encore à « gauche », on peut difficilement prendre en compte leur relatif antilibéralisme d’opportunité. Bref, l’impact de la crise sur le vote est nul pour l’instant. Et ça ne risque guère de bouger d’ici juin. Et tout ça sans prendre en compte qu’il ne s’agit que de pourcentages et pas de voix exprimées. Avec plus de 50 % d’abstentions, il est certain que tout le monde va y perdre. C’est la rançon de la « partitocratie »

 

Pour mon parti, le NPA, c’est évidemment une sacrée claque, car ce résultat invalide toute son orientation. Cette dernière déclaration de Pierre-François Grond, membre de la direction du NPA, illustre bien le côté pathétique de l’explication qui va être bientôt donnée aux militants de ce parti que l’on aura finalement trompés : « les sondages disent tout et leur contraire » ; l'important, c'est la « mobilisation des électeurs abstentionnistes ». Ainsi, en quelques mois, on est parti d’un vote sanction anticapitaliste contre l’Europe libérale à la « mobilisation des abstentionnistes » !

 

Panique à bord au NPA. Besancenot, hier principal opposant à Sarkozy, contraint à grappiller quelques voix pour ne pas être relégué au statut de Poulidor de la « gauche de gauche ». Mais c’est avant qu’il fallait réfléchir. Tout le monde savait que les abstentionnistes seraient majoritaires dans cette élection. On pouvait se douter aussi que la crise n’aurait pas nécessairement un effet d’entrainement immédiat. Quelque trente années de défaites sociales et politique ne se remontent pas comme ça à coups d’incantations anticapitalistes.

 

Ainsi l’orientation suivie par la direction du NPA va-t-elle aller à l’inverse de ce qu’elle avait prévu. Elle va peut-être même permettre, ce qui est un comble, à un PC moribond, grâce surtout à Mélenchon avec ses trente années de PS au compteur, de se refaire une petite santé. Bravo ! Ce n’est certainement pas un tel résultat, s’il se vérifie, qui va inciter le PC et le PG à rompre définitivement avec le PS. Ce qui augure très mal aussi de ce qui va se passer pour les régionales en 2010. Mais peut-être qu’alors, assisterons nous à un retour de l’alliance entre Lutte ouvrière – bien à la peine – et l’ex-LCR devenue NPA. Il ne faut jurer de rien.

18/05/2009

L’effet Besancenot s’essouffle

Même en temps de crise, dur, dur, d’être un « gauchiste ». Besancenot croyait que la crise « systémique » du capitalisme allait lui donner des ailes. Quand Mélenchon et Buffet lui proposèrent une alliance, il repoussa l’offre : Nous ne nous présentons pas aux Européennes pour faire un « coup », expliqua-t-il en substance, et puis, précisa-t-il, vous vous refusez à rompre durablement avec le PS. Ajouté à ça que vous persistez à croire au nucléaire et à une « rupture avec le capitalisme » par les urnes. Bref, le NPA choisit d’y aller seul, pour rassembler les anticapitalistes européens. Ça eut pu marcher, du moins sur le papier, mais l’explosion sociale attendue à l’horizon et qui aurait « boosté » le vote, ne vint pas.

 

Deux sondages illustrent l’erreur fatale de la direction du NPA. Le premier national (Le Parisien et Aujourd’hui en France) donne désormais le NPA à… 5 %, le Front de gauche (PC et Parti de gauche) à 4 % (les deux étant à égalité, 6% chacun dans un autre sondage pour Libération) et LO à 2 % : donc entre 11 % à 13 ou 14 % au total pour la « gauche de gauche ». Ce qui n’est guère brillant. Le second (Europe 1), qui concerne la région parisienne, est pire encore, surtout pour le NPA : 3 % pour la liste où Besancenot est le troisième candidat contre 5,5 % pour le Front de gauche. Ce qui est remarquable, pour cette circonscription, c’est que l’UMP culmine à 33 % et que la liste menée par Cohn-Bendit arrive en 3e position, dépassant le MODEM.

 

Les sondages ne sont pas l’élection, certes. Mais l’absence d’unité de la « gauche de gauche », alors que les programmes des uns et des autres se ressemblent étrangement, assorti à un mécontentement social sans débouché, a brisé l’élan anticapitaliste et antilibéral. Désormais, c’est toute la gauche, d’Aubry à Besancenot, qui courent à l’échec, tandis que Sarkozy, dont on peut douter de la popularité, va, contre toute attente, s’en tirer avec tous les honneurs. Impensable il y a un mois, mais prévisible.

 

La constitution au sein du NPA, ce weekend à Paris, d’un courant intitulé « Convergences et alternative » vient ainsi à point nommé. Rassemblant en partie ceux qui s’étaient au congrès de fondation du NPA retrouvés sur une proposition de listes unitaires pour les Européennes, mais désormais bien au-delà, tous ceux qui doutent désormais du bienfondé d’une orientation politique axée pour l’essentiel sur une prévision « d’explosion sociale » à court terme, ce courant a fait un premier bilan de l’état du parti.

 

Ce que certains subodoraient il ya déjà plusieurs mois s’avère exact. Après un départ sur les chapeaux de roue, le NPA marque le pas, se recentrant sur un noyau militant de quelque 6.000 à 7.000 membres, bien que nous ne disposions pas à l’heure actuelle de chiffres vérifiables. Surtout la campagne électorale mobilise peu. Enfin, le climat commence à se tendre entre ceux qui croyaient que tout était possible et ceux qui en doutaient. L’heure d’un premier bilan approche.

14/05/2009

Les luttes ou les urnes ?

Selon un dernier sondage (IFOP, réalisé les 6 et 7 mai auprès de 886 personnes, pour Paris Match), l’écart entre le NPA et le Front de Gauche (Parti de gauche et PC) s’amenuise. Selon l'IFOP, le Front de gauche aurait rattrapé son retard sur le Nouveau Parti anticapitaliste (6,5 % pour le premier, 7 % pour le second). Au total « la gauche de gauche », avec LO, totalise plus de 15 % des intentions de vote. Parallèlement, le PS est crédité de 21,5 % des voix.

 

Le chiffre le plus remarquable est néanmoins le total à droite (54 %), obtenu en additionnant les intentions de vote pour l’UMP, les 13,5 % à la droite de la droite et les 13,5 % du MODEM. C’est dire que nous sommes loin, mais très loin, de cette « radicalisation » que le NPA espérait traduire dans les urnes. En gros, le NPA va très certainement obtenir un bon score mais qui n’aura aucune répercussion sociale. D’autant plus s’il obtient un score à quasi égalité avec celui du Front de gauche.

 

De toute évidence cela illustre la double erreur du NPA. En premier lieu d’avoir cru que la crise, bien réelle, aurait pour effet de mobiliser comme une trainée de poudre de larges secteurs du salariat. En second lieu que sa « stratégie de rupture » « siphonnerait » à son profit le réservoir de voix à la gauche de la gauche. Toutefois, les jeux ne sont pas faits, mais cet échec relatif du NPA, s’il y a lieu, pourrait avoir des effets bénéfiques. Si tout du moins, le NPA accepte d’en débattre. Ce qui n’est pas certain. Les 40 ans d’échecs réitérés de la LCR n’ont conduit à aucune remise en question.

 

Le plus pénible, si la tendance persiste, c’est que ce combat de coqs entre NPA et Front de gauche, ajouté au naufrage d’un PS sans perspective, va peser lourdement sur un mouvement social déjà ralenti par l’attitude pour le moins timorée de ses directions syndicales. Ainsi comme en 1974-1975 ou en 1984-1985, le capital pourrait sortir grand vainqueur de cette crise.

 

« Protester utile », comme le dit ne NPA n’est peut-être pas ce que recherche aujourd’hui les salariés. Ils attendent autre chose, de plus consistant, une vraie sortie de crise, sociale mais surtout politique. Les appels de Besancenot à la grève générale, puis à une marche des licenciés, enfin à un mouvement des salariés de la filière automobile, épuisent à chaque fois qu’ils sont prononcés le potentiel de protestation de leur auteur.

12/05/2009

La crise ? Quelle crise ?

Et l’on reparle d’Al Qaeda. Ajouté à ça Cannes et ses paillettes, Gasquet tombé dans la coke, le Pape en Palestine, Dati qui joue à cache-cache avec ses électeurs, les réformes de l’hôpital et de l’université qui n’en finissent pas d’être contestées mais qui passeront quand même, Hadopi revotée, Tapis qui fait reparler de lui, Val à Radio France et dans quelques semaines les Européennes… Voilà la crise reléguée aux brèves et aux communiqués.

 

Elle est pourtant bien là, cette crise. La production manufacturière a chuté de 17,8% au 1er trimestre. D'un trimestre à l'autre, la baisse est de 8,3%. Sur le seul mois de mars, elle s'élève à 1,1%. Des chiffres qui laissent présager une forte contraction du produit intérieur brut au premier trimestre. Selon les données corrigées des variations saisonnières publiées par l'Insee, la production industrielle française s'est repliée de 1,4% en mars. Cette baisse, la septième d'affilée, est près de trois fois plus importante qu'anticipé par les économistes (-0,5% selon le consensus des économistes interrogés par l'agence Bloomberg).

 

La production manufacturière (hors énergie) ne fait pas mieux et s'inscrit en baisse de 1,1%. Qui plus est, la baisse de février a été revue en forte hausse, à -0,8%, contre -0,1% annoncé il y a un mois. Une forte déception puisque cette quasi stabilisation avait été perçue par certains comme la première éclaircie d'un horizon bouché depuis des mois. Au final, le premier trimestre se solde par une baisse de 8,3% de la production manufacturière par rapport au quatrième trimestre 2008 et de 17,8% sur un an.

 

Ces chiffres laissent présager une forte contraction du produit intérieur brut. Dans la foulée, le gouvernement doit officialiser une nouvelle prévision de croissance pour 2009, avant de détailler ses prévisions macroéconomiques dans les jours qui suivront. François Fillon et Christine Lagarde ont déjà indiqué qu'un repli de l'économie française de 2,5% cette année était "probable", alors que la prévision officielle prévoit une baisse de 1,5%. La Commission européenne table sur un recul du PIB de 3% dans l'Hexagone.

 

En mars, la production des industries agricoles et alimentaires a diminué de 0,6%. Les activités de cokéfaction et raffinage ont, elles, régressé de 2,1%. La production d'équipements électriques et électroniques et autres machines s'est également repliée de 1,7%. La production de produits informatiques et électroniques a fléchi de 2,8% et celle des autres machines de 1,5%.


Dans les matériels de transport, la production est en revanche restée en hausse (+1,3%) : elle a augmenté de 3,1% dans les autres matériels de transport (constructions navale, aéronautique et ferroviaire) mais elle a continué de se replier dans l'industrie automobile (-1%). La production d'autres produits manufacturés a reculé de 1,5% : la baisse touche l'industrie chimique (-3,0%), les filières caoutchouc, plastique et autres produits minéraux non métalliques (-2,9%) et les industries du bois, papier et imprimerie (-2,8%) et du textile, habillement, cuir (-1,6%). En revanche, l'industrie pharmaceutique a rebondi (+2,4%).

 

Et quand la crise s’installe et que l’on s’achemine à petits pas vers deux enterrements syndicaux en mai et en juin, le patronat frappe. Et il frappe dure. Ainsi, à Caterpillar, le plan initial de 733 licenciements sur les sites isérois sera intégralement mise en œuvre. Or, tandis que les salariés apprenaient la nouvelle, Bernard Thibault était l’invité à Grenoble d’un grand raout social-libéral sous la houlette du club Rosanvallon. Thème : la république des idées ! Il parait que le grand manitou de la CGT n’a même pas été salué ses camarades.

09/05/2009

Le NPA craindrait-il de passer pour « sectaire » ?

A moins d’un mois des Européennes, le NPA aurait-il peur de faire un mauvais score ? Craint-il de se retrouver à quasi égalité avec le Front de Gauche, voire même d’être devancé par l’alliance entre le Parti de gauche et le PC ? Ce qui constituerait un premier échec, surprenant, pour la « ligne » Besancenot. Toujours est-il que depuis quelque temps, le NPA tente de s’expliquer sur la conduite qui l’a amené à faire cavalier seul dans cette campagne.

 

Principal extrait : « Au moment où il se crée, le NPA veut rompre avec la trop longue succession des lendemains qui déchantent et des victoires électorales qui se terminent en échecs politiques, sociaux et écologiques. Créer les conditions d’une unité qui permettent de ne plus décevoir, telle est notre préoccupation.

 

Elle impose de s’interdire des « coups électoraux » porteurs d’illusions mais sans effets sur la réalité d’un système qui exploite les humains et la planète. Elle oblige à sortir de l’ambiguïté et de l’aléatoire. Pour ces raisons, les congressistes du NPA ont choisi un cadre pour des négociations. Il précise l’unité que nous voulons construire avec d’autres. Un rassemblement durable dans les luttes et dans les élections.

 

Une unité sur un contenu réel qui développe les raisons toujours actuelles à l’origine de notre refus du traité constitutionnel européen, qui couvre à la fois les questions sociales et écologiques, tout comme les questions démocratiques. L'unité doit porter un projet anticapitaliste au contenu précis en rupture avec le système.

 

Une unité qui doit se retrouver sur le terrain, dans les luttes sociales et écologiques, contre la casse sociale, contre le démantèlement du droit du travail et des services publics, contre le productivisme, la marchandisation du vivant, pour la sortie du nucléaire. La démarche électorale seule ne pourra résoudre la crise du capitalisme exploiteur et productiviste.

 

Une unité qui ne soit pas un cartel électoral sans lendemain, mais qui s’inscrive comme un instrument durable pour les luttes des travailleurs. Une unité qui ne se limite pas aux élections européennes, mais s'étende aux élections qui suivent, toujours dans l’indépendance vis-à-vis du PS. La crise et Sarkozy seront, hélas, encore là au lendemain du scrutin européen. »

 

Critique : En vérité, la LCR, puis le NPA, n’ont jamais cru un seul instant qu’il serait possible de réaliser des listes unitaires pour les Européennes. Persuadée qu’elle détenait la vérité quant à la seule orientation anticapitaliste possible – processus qui accorde aux luttes sociales le premier plan, reléguant le combat politique pour investir les institutions au second plan –, la direction du NPA utilise les élections avec un seul objectif en tête : « écraser » électoralement toutes les autres formations à la gauche du PS ; s’imposer comme la seule alternative au PS.

 

S’inscrire dans un processus unitaire aurait été pour elle admettre qu’elle n’avait pas raison à 100%, que d’autres hypothèses étaient possibles. D’ailleurs cette majorité a agi en interne dans tout le « processus constituant » exactement de la même façon. Rejetant comme « droitiers » tous ceux qui combattaient leur objectif d’un « mai 68 réussi » et leur conception d’un « parti des luttes », elle a constitué une majorité « idéologique » sur quelques principes simplistes, imperméable à la critique et au dialogue, profondément sectaire. Une fois passée l’euphorie du succès médiatique de la « petite entreprise », le réveil risque d’être rude quand viendra l’heure des comptes.

 

 

05/05/2009

Un sondage et deux enterrements (provisoires)

Pas de grève générale, même de 24 heures, avant les congés. A moins d’un « dérapage », toujours possible localement au cours d’une « séquestration » de patrons ou d’une occupation d’usine – qui peut exclure que pendant les vacances on n’assistera pas à quelques plans de licenciements spectaculaires ? – Sarkozy et ses amis du Medef peuvent tranquillement attendre la rentrée.

 

Bien difficile d’évaluer la portée d’une telle décision de l’intersyndicale. A leur décharge, la crise sociale n’est pas encore générale. Tous les secteurs ne sont pas touchés au même niveau. Dans l’industrie, en tête, l’automobile, groupes multinationaux et sous-traitance, et des secteurs marginaux comme l’industrie nautique. L’immobilier évidemment, l’intérim ou certains services commerciaux connaissent un ralentissement certain de leurs activités mais on est encore loin de la catastrophe annoncée.

 

Idem sur le plan du chômage qui est encore loin d'atteindre les pics des années 80-90. Il est donc plus probable que le pire est devant nous. Ainsi La Commission européenne anticipe une forte hausse du taux de chômage cette année et l'année prochaine, avec des prévisions de 9,9% de la population active dans la zone euro et 9,4% dans l'Union européenne en 2009 puis de 11,5% et 10,9% en 2010.  Des taux qui rappellent le chômage de masse auquel l'Europe a été confrontée dans les années 70 après les deux chocs pétroliers, puis dans les années 80.

C’est bien pourquoi les confédérations syndicales peuvent encore se permettre de tempérer leurs « troupes » d’autant que le « bruit » médiatique autour d’une « base » soi-disant de plus en plus influencée par la l’extrême gauche tient plus du fantasme que de la réalité. Enfin, il est peu probable que les salariés se saisissent des élections européennes pour sanctionner leur gouvernement respectif. Pour qu’il y ait sanction, il faudrait des oppositions non compromises dans les politiques libérales menées en Europe depuis une vingtaine d’années. Comment les socialistes français, espagnols ou britanniques pourraient-ils prétendre à un tel titre ?

 

Bon gré, mal gré, les salariés sont donc obligés de s’en remettre à leurs organisations syndicales. C’est ce qu’illustre un dernier sondage. Ainsi dans leur majorité écrasante, 80,1% les Français estiment que les syndicats ont un rôle important à jouer en cette période de crise, même s'ils sont en « perte de vitesse » et « pas assez représentatifs » pour négocier, selon un sondage Obea pour France Info/20 minutes publié dimanche. Mais quelque 63,2% de Français estiment cependant qu'ils sont en perte de vitesse et 47% qu'ils défendent mieux les intérêts de certains salariés (public), contre 39,3% qui pensent le contraire et 14% sans opinion.

 

Alors, partie remise, ou fin de partie ? Les estimations les plus optimistes d’un début de reprise d’ici mi 2010, laissent encore de la marge pour une riposte d’ensemble.

02/05/2009

Mélenchon peut-il faire de l’ombre à Besancenot ?

Que cela soit clair, je ne partage pas les orientations politiques de Jean-Luc Mélenchon. Surtout deux d’entre elles : celle qui impose, d’une part, une stricte séparation entre le combat politique et la lutte sociale ; celle qui voudrait, d’autre part, que l’on pourrait s’engager dans une voie de transformation révolutionnaire de la société uniquement par la voie parlementaire. D’ailleurs ces deux options sont liées. La division des tâches entre organisations syndicales et organisations politiques a été très certainement à l’origine de l’abandon par la gauche social-démocrate des objectifs révolutionnaires du mouvement ouvrier.

 

Mais il y a bien d’autres zones d’ombres dans le programme de Mélenchon. Que signifie précisément sa ligne de rupture avec le capitalisme ? « Un monde est fini », affirme-t-il en parlant de la crise dans un entretien au Monde. Ce n’est qu’une formule. Une crise, aussi violente soit-elle, ce n’est pas la fin du capitalisme. D’ailleurs, les deux principales revendications du mouvement syndical, ce sont un plan de relance par la consommation et des actions permettant une ré-industrialisation du tissu économique français. Rien sur la réduction du temps de travail ; pas plus sur les nationalisations des banques. En d’autres termes, comment pourrait-on rompre avec le capitalisme « par les urnes », alors que dans le mouvement syndical on ne propose rien pour entamer son règne.

 

Là où Mélenchon pourrait marquer des points, en revanche, c’est sur la question de l’unité de tous ceux qui sont prêts à s’engager dans cette voie de « rupture ». Non pas pour constituer une majorité électorale alternative à celles des sociaux-libéraux du PS et de leurs probables alliés du centre, mais bien plutôt pour commencer ce que ne pourra jamais faire le NPA enfermé dans son « révolutionnarisme », ce travail de dialogue interne au mouvement social sur les solutions anticapitalistes à la crise. Des solutions qui ne seraient pas seulement économiques mais également politiques comme la revendication de la proportionnelle intégrale dans toutes les élections et d’une rupture avec les institutions de la cinquième république.

 

C’est à ces conditions que Mélenchon pourra contraindre le NPA à la raison. Car, à l’évidence, à moins d’une défaite électorale aux Européennes (moins de 5%), le NPA n’est pas prêt de céder sur une orientation, qui bien que vouée à l’impasse, lui assure, dans l’immédiat, la sympathie d’une majorité du « peuple d’extrême-gauche ».

 

 

PS. : Dimanche, Mélenchon à Canal plus a dû se demander ce qui lui valait cette agressivité de la journaliste qui l’interrogeait après un reportage où le NPA était mis en valeur en contrepoint de la campagne du PS. En revanche aucun reportage sur la campagne du Front de gauche et sur son programme. Le moins que l’on puisse dire c’est que le Front de gauche ne bénéficie pas d’une couverture médiatique complaisante.

01/05/2009

« Radicaux » et « réalistes »

Après le Figaro, c’est au tour du Monde et de Libération d’alimenter la rumeur de l’influence grandissante de la « gauche de gauche » dans les luttes sociales, comme si les salariés menacés par un plan social, et leurs organisations syndicales, avaient besoin du secours d’un Besancenot ou d’un Mélenchon (Eh, oui, même Mélenchon a le droit dans Libé de figurer parmi les « radicaux » du mouvement social !) pour savoir ce qu’ils ont à faire.

 

Il y aurait donc « derrière la façade du 1er mai unitaire », opposition entre « radicaux » et « réalistes » (Libération). Passe encore que l’on mette le petit syndicat « rouge » SUD-Solidaire (moins de 5% aux prudhommales) parmi les « radicaux », mais FO, au prétexte que le POI trotskiste (Schivardi, moins de 1% à la présidentielle) y serait influent ( ?), c’est un comble. FO, dans les entreprises, c’est le plus souvent le syndicat le moins actif, le plus réactionnaire, le plus proche du patron.

 

Et pour boucler le tableau, il y a ça : « Les organisations syndicales font face à la pression d'une partie de leur base… » (Le Monde). Si elle n’existait pas, la « base », il faudrait l’inventer. A Continental, ce n’est pas la « base » que conseille le militant de Lutte ouvrière qui passe, là bas, pour celui qui a imaginé les méthodes radicales des « Conti », mais le leader CGT de la boîte.

 

Enfin, comment peut-on prendre au sérieux cette proposition d’un Besancenot d’une « marche nationale sur Paris de licenciés ». Même au NPA, qui a découvert par la presse cette proposition de son « porte-parole », on n’y croit guère. Et que va-t-il faire Besancenot en Guadeloupe ? Parfaire son éducation auprès du LKP ? Tout cela confine à la farce. Le poids réel de la « gauche de gauche » parmi les salariés ne permet pas aujourd’hui d’envisager « convergence » et « grève généralisée » dans un mouvement social qui est encore paralysé par l’absence de perspective politique. A ce  titre, le résultat des Européennes, permettra de mesurer cette prétendue influence. Il est possible qu'il faille, après ces résultats, réviser certaines orientations.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu