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31/05/2009

Mélenchon, tribun communiste

Ne nous y trompons pas. L’embellie du Front de gauche (donné à 7 %, 1 % devant le NPA selon un dernier sondage) ressemble à une réactivation du vieil électorat communiste dormant. Ce n’est pas seulement dû à l’alliance au sommet entre le PC et les dissidents socialistes du PG, mais parce que Mélenchon incarne autrement mieux que Besancenot la tradition du vote communiste, sa fonction tribunitienne. Un vote protestataire de gauche bien ancrée dans l’espérance que des urnes peut surgir une autre politique.

 

Espoir totalement vain, comme le passé nous l’appris et comme l’avenir en apportera une preuve supplémentaire. Mais sevré depuis longtemps d’une victoire électorale, cet électorat bien plus âgé que celui du NPA, n’en a cure. Avant de mourir, il voudrait bien, une dernière fois, retenter l’aventure. Rafraichissons-lui la mémoire : en 1981, le vote communiste tournait autour de 15 %, en gros le total du vote de la « gauche de gauche » aujourd’hui. Ainsi, pas de quoi pavoiser. D’autant que le NPA « gauchiste » avec ses 6 % (LO étant à un peu plus de 2 %) fait jeu égal désormais avec l’ancien « parti de la classe ouvrière ».

 

L’erreur d’analyse du NPA, c’est d’avoir cru que ce qui restait du vieux mouvement ouvrier avait définitivement passé l’arme à gauche alors qu’électoralement il est encore présent. Double erreur, puisque le NPA pensait lui substituer un jeune mouvement ouvrier qui n’existe pas encore. Car les jeunes ouvriers, dans leur majorité (autour de 80%) ne votent pas, se syndiquent peu et se considèrent comme étrangers au jeu politique.

 

C’est pourquoi, pendant quelque temps, il va falloir faire avec ce vieux mouvement ouvrier, en attendant que le jeune prenne le relai.  C’est pourquoi, également, la question de l’unité n’est pas qu’une simple affaire de comptabilité. Des listes unitaires de la « gauche de gauche » à plus de 15 % auraient eu un effet d’accélération de la prise en considération du politique par les jeunes générations. A moyen terme une alliance durable permettrait enfin de combler le vide (une génération) entre les ouvriers qui ont connu les luttes offensives des années 70 et ceux qui découvrent aujourd’hui l’âpreté du combat syndical, ses incertitudes, et surtout ses échecs.

 

Le NPA s’est donc trompé en faisant de la question du PS la ligne de partage des eaux entre ceux qui sont « résolument » anticapitalistes et les autres, qui parce qu’ils continuent à penser en terme d’alliance avec le PS, auraient un pied dans le social-libéralisme. Tant qu’il ne s’agit pas de construire une coalition « arc-en-ciel », du type de ce qui s’était fait en Italie, tant qu’il ne s’agit pas de soutenir un gouvernement majoritairement « social-libéral », cette question est secondaire et ne peut être un prétexte suffisant pour rejeter une alliance.

Commentaires

Melenchon c'est l'opportuniste dans toute sa splendeur..Besancenot c'est la starlette "extrême-gauche" qui sert de marionnette à Sarko...
Si le Front de Gauche semble représenter une certaine classe ouvrière, disons plutôt une aristocratie ouvrière, le NPA c'est les bobo, les bourgeois qui joue à la révolution pour faire peur à papa-maman du 16eme, comme le fit la LCR d'ailleurs..
Un point commun crucial entre les deux, la caution et la légitimité qu'ils donnent au système capitaliste et bourgeois en se présentant aux élections...et en cela, malgré qu'ils se prétendent contre le système, ils en font le jeu..

http://futurrouge.wordpress.com/2009/03/03/le-npa-et-le-%c2%absocialisme-du-21eme-siecle%c2%bb/

Écrit par : Romain | 01/06/2009

Le changement par les urnes peut avoir lieu. Certes, tu dis avec raison "1981", mais je te répond moi "Bolivie, Equateur, Venezuela".

Dans ces trois pays, le suffrage universel a porté au pouvoir trois gouvernements se réclammant du "Socialisme du XXIème siècle". Ces trois pays ont dans les années récentes changée de constitution, et veulent ouvertement rompre avec le modèle libéral.

Donc oui, le changement par le urne est possible. Mais comment ? Je vais parler du pays que je connais le mieux, la Bolivie.

La victoire d'Evo Moralès n'est pas la victoire d'un "vieux" parti qui aurait soudain trouvé les mots pour convaincre. C'est la victoire de l'union de forces politiques anciennes et du "mouvement social".
On peut caractériser le MAS comme étant une fédération. Dans le MAS, il y'a des partis politiques, mais il y'a aussi des syndicats et des associations.

Pour faire un parallèle, c'est comme si en France, on créait une alliance électorale réunissant non pas le PCF et le PG, mais le PCF, le syndicat SUD et l'association de consommateur UFC-Que Choisir.
Et si on avait comme tête de liste aux européennes le secrétaire général de la CGT et le président de l'UFC que choisir...

Le MAS, c'est à peu prêt quelque chose comme ça.

Donc oui, le changement par les urnes est possible, mais à condition d'une union très large. Une union des forces politiques, mais aussi des forces syndicales et associatives, du mouvement social.

Une union à la fois dans la lutte et la grève, mais aussi une union qui perdure au moment d'aller voter. Le jour où une intersyndicale appelera non pas à faire grève une journée dans la rue, mais à aller voter en donnant unitairement une consigne de vote, croyez moi, la démocratie changera de visage...
Si tous les gens qui sont descendus dans la rue le 19 mars s'engageaient unis sur une élection, ça ferait bouger les lignes...

C'est ce qui s'est passé en Bolivie, c'est ce qui peut se passer en France.

Cet exemple, Mélenchon le connait mieux que moi encore, et je pense qu'il l'a dans un coin de la tête. Le Front de Gauche n'en est que l'ébauche, mais quand je vois que oui, des syndicalistes, des artistes, des dirrigeants d'associations le soutiennent, j'ai le fol espoir que ce soit le prémice d'un "MAS" français...

Écrit par : Pingouin094 | 02/06/2009

Bien vu ! C'est aussi l'impression que j'ai eue en voyant Mélenchon. Malgré son "passé" dans le gouvernement Jospin, (qui n'a pas fait d'erreurs dans sa vie ?), j'y crois, et les vieux communistes que j'ai vu y croient aussi... Le NPA influence les jeunes sans expériences sociales, bien souvent non syndiqués. Le Front de Gauche, rassemble les vieux militants qui ont laissé tomber suite aux échecs du PCF. Les deux sont complémentaires, et pourraient ratisser très large. Un bon score de la gauche antilibérale aurait pu faire naître des espoirs auprès de tous ces jeunes.

Mais rien n'est encore perdu. Au lendemain du 7, il faudra tirer le bilan et partir sur de nouvelles bases... avec le NPA, et montrer qu'une autre alternative que le tendem PC-PS est possible aux régionales.

Écrit par : Michel | 02/06/2009

Bonjour
Je trouve votre commentaire ci-dessus tout à fait perspicace.

Quant aux élections actuelles, oui, la formule d'une unité des antilibéraux me paraît la plus sérieuse, celle qui porte le plus de potentialités. Pour l'instant, le Front de gauche est la bonne équation. J'espère qu'aux lendemains des Européennes, le N.P.A réfléchira et gagnera en maturité.

Ceci étant dit, n'oublions pas l'abstention, qui relativise toujours nos scores respectifs, et nous contraint à un effort sur nous-mêmes : nous ne sommes pas sortis de l'auberge.

La question que je me pose aussi est la suivante : l'Europe, même antilibérale et tous les qualificatifs que vous vous voudrez, est-elle vraiment l'horizon indépassable du mouvement ouvrier ? je suis très, très dubitatif là-dessus… Les peuples savent compter et ne coupent pas les cheveux en quatre, comme le microcosme sait le faire : quel type de démocratie peut bien émerger par la désignation d'un nombre de représentants similaire à notre Parlement national pour représenter non plus 64 millions d'habitants mais, cette fois, 500 millions, habitant de surcroît dans 27 pays différents et pratiquant autant de langues ?

Un vrai casse-tête, dont ne se soucient guère nos élites, y compris radicales…

Écrit par : Serge | 04/06/2009

Il est vrai que concernant l’Europe libérale, son antithèse « sociale » sonne un peu creux. Est-il question d’ailleurs d’Europe dans cette élection ? Même du point de vue de la « gauche de gauche » on reste arrimé à l’Etat-nation dont on espère tout, à condition d’arriver au pouvoir. Ça se ressent évidemment. En 2005, ce n’est pas pour rien que le vote « non » a fait le grand écart, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite. Aujourd’hui encore Marine Le Pen ou Philippe de Villiers ont certains thèmes de campagnes qui ressemblent à ceux du NPA ou du Front de Gauche. J’ai dit « certains » pas « tous ». A tel point que lors d’un débat où il y avait de Villiers et Mélenchon, ils tombaient souvent d’accord, en particulier sur le protectionnisme. Déficit en effet de réflexion. L’Europe devrait-être un élément positif dans la mobilisation sociale or il n’en est rien.

Écrit par : Gilles | 04/06/2009

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