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31/12/2008

Message d’une insurgée grecque

J’ai reçu ce message récemment en commentaire d’un billet que j’avais publié il y a quelques semaines. Je ne sais pas qui est cette personne et si elle a une appartenance politique précise. Mais peu importe, le ton et les propos indiquent assez clairement son orientation avec cette coloration ultragauche et anarchisante prononcée, assez bien dans l’esprit de certains mouvements qui ont participé ces dernières années aux forums sociaux. Je ne partage pas son point de vue, mais en vérité, il ne s'agit pas là de savoir ce qui se passe réellement en Grèce. Remarquons simplementque notre interlocutrice ne se préoccupe guère de savoir ce qu'en pense la population et si elle sympathise avec les "insurgés".

Pour une Nouvelle Internationale

Une bande de politiciens et de journalistes forme un essaim de guêpes autour de nous pour essayer de tirer profit de notre mouvement, pour imposer leur propre rationalité. Ils affirment que nous nous rebellons parce que notre gouvernement est corrompu ou parce que nous voulons avoir plus d’argent, plus de travail…

FAUX.

Si nous faisons éclater les vitrines des banques c’est parce que nous identifions leur argent à l’une des causes majeures de notre tristesse, si nous brisons les vitres des magasins ce n’est pas vraiment parce que la vie est chère, mais parce que la marchandise nous empêche de vivre, quel qu’en soit le coût. Si nous prenons d’assaut les commissariats, ce n’est pas seulement pour venger nos camarades morts mais parce que, entre ce monde et celui que nous désirons, la police sera toujours un obstacle.

Nous savons que le moment est venu pour nous de penser stratégie. En ces temps impérieux, nous savons que pour que cette insurrection soit victorieuse, il faut qu’elle s’étende au moins au niveau européen. Du passé, nous avons vu et nous avons appris, aux sommets du FMI ou du G7 ont répondu la rébellion des étudiants à l’échelle mondiale et les émeutes des banlieues françaises, ou le mouvement de lutte contre la TAV en Italie, la commune de Oaxaca, de algaradas Montréal. De la défense à l’offensive, comme à Copenhague, y compris ceux qui boycottent la Convention Nationale Républicaine aux États-Unis … Nourris par la catastrophe, nous sommes les enfants de toutes les crises : politique, sociale, économique, écologique. Nous savons que ce monde est déjà mort et qu’il faut être particulièrement dérangé pour s’accrocher à ses ruines… Et donc que l’option raisonnable, la seule, est l’auto-organisation.

Elle indique clairement le rejet total de la politique de partis et d’organismes, car ils font partie du Vieux Monde. Nous sommes les enfants victimes de cette société et nous ne voulons rien d’elle : c’est le dernier péché qu’ils ne nous pardonneront jamais.

Derrière les foulards noirs, nous sommes les enfants de la société. Et nous sommes organisés. Nous ne pourrions pas fournir autant d’efforts pour détruire le matériel de ce monde, ses banques, ses supermarchés, ses centrales de police si nous ne savions pas qu’en même temps nous creusons sa métaphysique, ses idéaux, ses idées et sa rationalité

Ce qu’ils n’osent pas dire est que, tout simplement et dans le même processus, tout en assaillant et en dévastant cette réalité, nous expérimentons une plus haute forme de communauté, de participation, une plus haute forme d’organisation spontanée et joyeuse où apparaitront les bases d’un monde différent. Certains peuvent dire que notre révolte atteindra ses propres limites en ne parvenant à dépasser une pure et simple destruction. Cela pourrait être certain si, à côté des luttes de rue, nous n’avions pas prévu l’organisation nécessaire exigée par un mouvement de longue haleine : infirmeries préparées pour soigner nos blessés, moyens pour publier notre propre presse, notre radio, nos films, débrouillardise pour parvenir à se nourrir…

Dans toute l’Europe, les gouvernements tremblent. Ils ne craignent certes pas forcément tous que cela arrive chez eux, mais ils n’aiment guère cette possible cause commune qu’offre l’insurrection grecque à toute la jeunesse occidentale, lui offrant ainsi un magnifique prétexte pour porter le coup de grâce à cette société mortifère.

Ceci est un appel à toutes et tous, écoutez:

De Berlin à Madrid, de Londres à Tarnac, tout est possible.

La solidarité doit devenir complicité. Les affrontements doivent être prolongés; les communes proclamées.

Pour que les choses ne soient plus jamais comme avant. Pour que les idées et les pratiques nous lient à de réels progrès.

Pour que nous puissions continuer d’être ingouvernables.

Une révolutionnaire salue tous nos camarades du monde entier.

28/12/2008

Alliances à gauche du PS : dialogue entre un militant du PC et du NPA

J’ai eu ces dernières semaines, à propos de l’un de mes billets qui traitait de l’avenir des « communistes unitaires » après le dernier congrès du PC, un échange de courriers avec un militant de ce parti. Voici la totalité de cet échange intéressant, en commençant par le premier commentaire de mon interlocuteur.

Gilles,

Il faudra que tu m'expliques pourquoi le NPA aurait tout à perdre à s'allier à d'autres (le front de gauche), mais les autres (communistes unitaires) tout à gagner à rejoindre le NPA.

En raisonnant ainsi : le rassemblement "oui, mais seulement sous mon drapeau à moi", chacun restera chez soi, et on y arrivera jamais.

Qu'est ce que le NPA a à perdre à un front de gauche ?

Mélenchon a raison sur deux points :

a) L'union ne pourra se faire que dans le respect de l'individualité de chacune des organisations.

b) Collectivement, la gauche anticapitaliste peut être devant le PS ! Et on a tous à gagner à ce que le PS ne soit plus hégémonique à gauche. C'est possible !

Et les européennes sont une opportunité : le "non au traité de Lisbonne" est un dénominateur commun tout autant qu'un thème de campagne pour les élections européennes.

Et le "préalable" d'un programme clairement anticapitaliste est un faux prétexte. Qui oserait dire que le PCF n'est pas anticapitaliste ? Et si tu prends 5 mn pour lire le texte fondateur du PG, il y est écrit "tourner la page du capitalisme", qu'est ce que tu veux qu'il dise de plus ?

 

Ma réponse

Je ne suis pas contre les alliances, les compromis, etc. Aux Européennes par exemple. Franchement je ne vois pas l'intérêt d'y aller seuls, pour se compter.

En revanche, le désaccord avec Mélenchon, mais aussi les "communistes", sur la question des moyens pour stopper l'offensive du "pur capitalisme" et parvenir au pouvoir sont énormes.

Même si l'on doit utiliser le parlement, c'est quand même la mobilisation majoritaire de la population, du mouvement social, par la grève, qui sera décisive, en dernière instance. Contrairement à Mélenchon mais aussi au PC (dont l'anticapitalisme reste à prouver), nous ne misons pas tout sur les élections. Et ça, ça délimite un parti.

 

Réponse du militant communiste

Que faut-il donc que le PCF fasse pour te prouver qu'il est anticapitaliste ? Son nom seul le dit.  Et lors de son congrès, cette volonté a été réaffirmée par les délégués, amendant le texte du congrès en ce sens.

 D'ailleurs, si je voulais jouer les intégristes, je pourrais moi même dire qu'en abandonnant la référence au communisme pour un vague mot "anticapitaliste" qui dit ce contre quoi on est, mais pas ce pour quoi on est, le NPA est bien moins révolutionnaire et affiche des objectifs bien plus troubles que le PCF dont le nom seul indique l'ambition : "le communisme".

Tout est une question de point de vue. Heureusement, je n'ai pas cette vision étriquée du NPA, mais avoue qu'en jouant sur les mots, elle pourrait exister.

Quant au Parti de Gauche je te fais deux extraits du bulletin d'adhésion du PG : "programme républicain de dépassement de la logique capitaliste" et plus loin "nous ne pouvons ni accepter ce système, ni nous contenter de l'amender et de l'humaniser". Je pense que là encore, ça annonce le ton.

La seule différence effectivement, c'est sûr la méthode. S'il faut amasser des fusils dans une cave, ça sera sans moi. Je suis communiste, ça veut aussi dire que je sais regarder ce qui s'est passé en 1917 avec des yeux lucides.

Et en 1917, c'est par les armes, la grève et des manifestations que les bolchéviques ont pris le pouvoir, puis l'ont confisqué au peuple et aux soviets pour faire une dictature dont les premières victimes furent les trotskystes dont le NPA descend en ligne directe.

Moi, je respecte profondément la démocratie. Si la société doit changer, ce sera comme au Venezuela, comme en Bolivie, par les urnes. Et pas comme en Chine ou en en ex-URSS par les armes.

Mais bon, si les élections n'ont pas de sens, pourquoi alors se présenter ?

Par contre, je connais aussi mon histoire. En 1936, les acquis sociaux ont été acquis par la grève générale, avec un gouvernement de gauche au pouvoir. Et qui a appelé à la grève générale, si ce n'est la CGT ? Et qui composaient le gros des rangs de la CGT si ce n'est des communistes ?

Et en 1968, où étaient les communistes si ce n'est dans les cortèges de la CGT pour réclamer dans la rue un changement de société ?

Comment peux-tu penser que les communistes ne soutiendraient pas un tel scénario : un gouvernement de gauche à l'Elysée, et les syndicats dans la rue pour imposer le changement ? C'est l'histoire des communistes, ça. De tout temps.

Alors camarade, décillons nous les yeux, arrêtons de nous inventer de fausse différences qui n'existent pas.

 

Ma réponse
Le PCF est-il anticapitaliste ?
Qu’ils y aient des anticapitalistes dans ce parti, c’est probable. Mais plus de 70 ans de culture politique (donc depuis 1936) où le respect de la sanction des urnes tout comme cette quasi soumission, hier à la social démocratie, aujourd’hui aux sociaux libéraux, l’emporte sur toute autre possibilité pour parvenir au pouvoir, ça forge un parti et ses membres. Quant à sa direction, je n’ai nul doute. Elle a bien renoncé à toute ambition révolutionnaire.

Peut-on être anticapitaliste et respectueux des formes et des moyens imposés par la démocratie parlementaire ? C’est à dire TOUT miser sur les élections. Je dirais, oui, mais ça ne sert à rien, autant alors être comme les « socialistes » s’adapter au système, jusqu’à lui ressembler. Ça vaut aussi bien pour le PCF que pour le Parti de Gauche.

Etre anticapitalistes et dire au salariat : si un jour vous voulez être au pouvoir, c'est-à-dire être réellement partie prenante des décisions, à tous les niveaux, dans le cadre d’une démocratie étendue, sans restriction et intermédiaires (ses « représentants », ses « élus » qui font carrière), il n’y a qu’une seule solution, les élections. Alors, évidemment, vous vous moquez de lui. Et le salariat le sait.

Et tu le sais aussi. La « gauche » a été au pouvoir dans les années 30 (quelques mois), dans les années 50, dans les années 80, puis encore entre 1997 et 2002. En quoi la population, le salariat a-t-il participé aux décisions ? Quand est-il devenu « maître » de son destin ? Jamais.

Alors ne croit pas que je sous-estime cette question des élections et de la démocratie parlementaire. Contrairement à beaucoup de mes camarades du NPA, j’y attache une très grande importance. Si le mouvement social, les grèves (en 36 et 68) ont permis d’arracher de substantiels avantages qui sont devenus des acquis, jamais ces mouvements, quelque soit leur force, leur puissance, n’ont eu raison de la démocratie parlementaire. En 1936, il a suffit que « l’allié radical » change de camp pour que le Front populaire s’écroule. Je te rappelle que c’est cette même assemblée élue en 1936 qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain. En 1968, l’appel aux urnes a sonné le glas du mouvement et la gauche a ramassé l’une de ces plus belles déculottées de son histoire.

Comment résoudre ce problème ? Les révolutionnaires se sont longtemps contentés de dire que c’était la faute aux réformistes, aux staliniens, qui trahissaient. C’était vrai mais insuffisant. Aujourd’hui que le PC n’est plus ce qu’il était et que le PS a bien du mal à formuler ce qu’il veut, les révolutionnaires ont une chance inouïe. Celle d’être plus clairement entendus, voire d’être suivis. Mais faudrait-il encore qu’ils disent ce qu’ils veulent et qu’ils soient compris. Ce moment n’est pas encore arrivé, car il faudrait pour cela qu’ils acceptent de conjuguer lutte sociale, politique et parlementaire. Dans l’immédiat, le NPA, la LCR, ne voient que par le mouvement. Ils oublient qu’il faudra ruser avec cette « démocratie parlementaire », lui enlever toute substance, la rendre inefficace, du moins du point de vue des adversaires du « mouvement ».

Enfin comment éviter le bain de sang et la guerre civile ? Je n’évite pas cette question. Je ne répondrais pas non plus par une pirouette comme Besancenot a tendance à le faire parfois. La première chose : il faut que ce nouveau pouvoir soit légitime, qu’il soit l’expression d’une très large majorité du salariat, mais également des couches sociales (artisans, petits entrepreneurs, agriculteurs, etc.) qui peuvent avoir intérêt à s’allier au salariat parce qu’ils partagent les mêmes conditions de vie.

Cette légitimité, ensuite, il ne l’acquerra, pas par la force, mais par la persuasion, le débat, la participation aux décisions de tous. Il faudra donc changer les formes actuelles de la démocratie. Les « représentants » devront être non seulement élus mais révocables, sans rétribution excessive, avec le moins de cumul possible de mandat, avec une rotation rapide : pas d’élus à vie. Enfin, ceux qui exécuteront les décisions prises, les fonctionnaires de l’Etat nouveau, ne seront que des exécutants, soumis au contrôle permanent des assemblées. Là aussi, la rotation sera nécessaire pour éviter les phénomènes de bureaucratisation de l’appareil d’Etat. J’oubliais, et c’est très important, aucune restriction à la liberté de parole, d’association, etc. même pour les adversaires de cette nouvelle démocratie.

Réponse du militant du PCF
Je suis adhérent au PCF et je suis d'accord avec l'essentiel de ce que tu viens de dire, comme un très grand nombre de militant du PCF.

La direction actuelle n'ose plus dire son anticapitalisme, c'est un fait. Elle a écrit une base commune en ce sens. C'est aussi un fait que cette base commune a été amendée au congrès par les délégués, c'est à dire les représentants de "la base" dans le sens de rappeler l'exigence anticapitaliste.

Alors, oui, le PCF a un problème interne, celui d'une direction dont un nombre important de ces membres, dont l'exécutif, n'osent plus dire qu'ils sont anticapitalistes. Mais la base reste majoritairement communiste et anticapitaliste. C'est ma vision de l'intérieur, au sortir du congrès et je la crois plus juste que celle des médias.

Quant au lien entre la rue et les urnes. L'implication du PCF dans la CGT a été trop souvent critiquée et dénoncée pour qu'on puisse dire que le PCF ne mise que sur la démocratie parlementaire et a renoncé au mouvement social.

L'immense majorité des adhérents du PCF sont syndiqués et un très grand nombre sont également militants dans leurs syndicats. Là encore, ma vision est que "la base" du PCF envisage indissociablement les luttes syndicales et l'action électorale et parlementaire.

Quant à Mélenchon, j'ai été lire son bulletin d'adhésion. Sur l'anticapitalisme, les mots sont là, net et sans appel : un programme républicain de dépassement de la logique capitaliste ; nous ne pouvons ni accepter ce système, ni nous contenter de l’amender et de l’humaniser ; nous devons le dépasser

(PS : n'ergotons pas sur le mot "dépasser". J'emploie le mot "dépasser" pour dire comme Marx que le capitalisme est un progrès par rapport au féodalisme et que le communisme est lui même un progrès par rapport au capitalisme. On peut discuter cette notion de "progrès de l'histoire" mais ça ne change pas le fond des choses sur ce que les gens veulent).

Sur le lien avec le mouvement social, c'est tout simplement la conclusion du bulletin d'adhésion, ce qui laisse supposer que Mélenchon y accorde une certaine importance. Là encore, je cite : "Mais nous n’oublions pas non plus que le progrès social résulte le plus souvent d’oppositions et de rapports de force. La conquête du pouvoir d’Etat par le suffrage universel n’est efficace que si elle s’appuie sur des citoyens mobilisés et acteurs de leur propre changement."

Sur le modèle de société, ni Mélenchon ni le PCF n'ont vraiment définit la "république sociale". Néanmoins si tu creuses dans les propositions du PCF, tu retrouvera beaucoup de ce que tu viens de dire sur la nouvelle société.

Honnêtement, à te lire et à comparer avec ma connaissance du PCF, je ne pense pas que les différences soient si profondes. Je pense bien au contraire que si on prend le temps de discuter plutôt que de se jeter des idées préconçues sur l'autre à la tête, on s'apercevra que sur bien des points les différences sont faibles et qu'on peut s'entendre.

En tout cas, à te lire, c'est ce que je ressens.

22/12/2008

Rouge attaque !

« D’Athènes à Paris, vers l’affrontement social ! », annonce cette semaine le vieil (40 ans) hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire. La semaine précédente, on avait déjà eu droit à ces titres « prémonitoires » : « Grèce : Soulèvement populaire » ; « Urgences : ça craque de partout ! » Le site du NPA n’était pas en reste : « Les jeunes et les travailleurs grecques montrent la voie. » Il récidive aujourd’hui : « Ils prennent peur. » "Ils", c’est-à-dire le pouvoir.

Comme en écho à cette euphorie de l’ancien et du nouveau (mais il n’y a pas entre la LCR et le NPA l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette), le dit pouvoir n’est pas en reste. Entre une simulation en grand d’une alerte aux attentats, le dévoilement très médiatique d’une mystérieuse « cellule invisible » (« complot » qui se dégonfle de jour en jour) et ce mouvement lycéen soi-disant manipulé par l’extrême gauche (voire par un ex « trotskiste », ci-devant député socialiste), les déclarations à répétition enfin d’une ministre de l’Intérieur qui ne cesse de monter en épingle un imaginaire danger ultra gauche, on voit bien l’objectif poursuivi : « si vous (les salariés) bougez, voilà ce à que vous vous exposez. »

Une telle escalade est à la fois dérisoire et troublante. Dérisoire parce que nous sommes encore loin d’une explosion sociale, et que la dite extrême gauche ne dispose pas actuellement des forces qui lui permettraient de jouer un rôle décisif dans le déclanchement de ce grand sursaut social à la crise que nous espérons tous. Certes, électoralement et médiatiquement, Besancenot et le NPA marquent des points ; l’anticapitalisme est devenu acceptable ; la récession et ses plans sociaux commencent à peser lourd sur les épaules du salariat… Mais ça ne serait suffire. Il faudra encore du temps et d’autres facteurs pour en arriver là.

Et puis il y a ce qui est troublant. Evidemment aucune « complicité objective » (comme disait hier les staliniens) entre nous (le NPA, la LCR…) et le pouvoir. Mais pour les deux parties, l’enjeu est le même : comment avoir prise sur un mouvement social dont on ne sait rien aujourd’hui, tellement il reste encore faible et taciturne. Pour le pouvoir c’est simple. Il a tout intérêt à ce que cette crise économique et sociale ne débouche sur rien. Mais comme il persiste dans sa politique de «réformes libérales », il a bien conscience qu’il joue avec le feu.  Alors il menace et insinue en espérant (la crise de la « gauche » aidant), que les salariés prendront ces menaces aux sérieux et qu'ils ne bougeront pas.

Pour la LCR et le NPA. C’est la même chose mais à l’envers. Cette formation bicéphale, qui a bien conscience de ses faiblesses, cherche à « exciter » (terme employé par Lénine pour qualifier les velléités des « gauchistes ») le salariat pour le pousser à la lutte. Mais le salariat n’a nul besoin qu’on lui dise ce qu’il a à faire. Quand il se sentira fort, il passera outre ses réticences et partira au combat. C’est à ce moment là qu’il aura besoin que quelqu’un l'aide à fortifier son indépendance et lui désigne l’objectif (le pouvoir) comme les moyens pour y parvenir. Au lieu d’hurler au loup, la gauche anticapitaliste devrait plutôt réfléchir aujourd’hui à cet objectif et à ces moyens avec tous ceux qui, hors d’elle, pensent à peu près la même chose.

18/12/2008

Est-ce que ça peut craquer ?

D’un côté des lycéens qui, en un rien de temps, ont réussi à faire reculer un ministre sûr de lui. De l’autre un gouvernement qui enfourne les réformes (l’audiovisuel, le travail dominical, etc.), qui sent que quelque chose de grave peut arriver pour lui comme une mobilisation sociale qu’il n’aurait pas vu venir, mais qui sait aussi que la température dans les entreprises est encore tiède.

Cette « explosion sociale », évidemment nous l’espérons tous, mais autant il est facile pour des lycéens de sortir dans la rue, autant ça va être une autre paire de manches pour les salariés du public et du privé. Les résultats des prudhommales illustrent assez bien la difficulté dans le monde salarial à sortir d’une période d’abattement et de résignation, et surtout comment. La réponse des confédérations proposant pour le 29 janvier une journée interprofessionnelle est, à cet égard, assez significative. Large unité certes, mais réponse tardive après plusieurs mois de crise, et avec un objectif bien timide : « interpeller responsables gouvernementaux, les responsables patronaux et les employeurs… ».

« Interpeller » alors qu’il s’agirait très clairement de faire obstacle, d’entrer en résistance, de bloquer les politiques gouvernementales et patronales. C’est mieux que rien, mais ça donne le ton : surtout ne rien  brusquer. De plus c’est assez vague. Rien de chiffré. Mais on nous promet pour bientôt un cahier de revendications plus précis. Attendons donc.

Du côté du pouvoir on devrait pourtant s’alarmer. La majorité elle-même se fendille et commence à donner des signes d’énervement, parfois sur le contenu même des réformes, surtout sur la méthode du passage en force et leur accumulation. Bref voilà un pouvoir qui devrait donner des signes qu’il entend. La question étant : pourra-t-il longtemps ne pas se préoccuper des problèmes de fond et continuer à ruser en tournant autour.

Et puis, enfin, il y a la « gauche ». Cette fois, elle semble avoir compris qu’il y avait urgence. Mais les moyens qu’elle propose pour s’opposer à la droite sont dérisoires. En quoi les batailles d’amendements au parlement peuvent-elles casser la dynamique gouvernementale ? Faudra-t-il donc attendre 2012 pour que cela change ? Il peut y avoir là comme un hiatus entre une mobilisation sociale qui pourrait arriver et des échéances électorales maintenues, et surtout une absence dramatique d’alternative au pouvoir de la droite. Mais la « gauche » peut-elle raisonner autrement qu’elle l’a toujours fait ?

15/12/2008

Communistes « unitaires », quel avenir ? Et un appel intersyndical pour le 29 janvier

Les « communistes unitaires » avaient présenté leur propre liste au congrès de leur parti. Ils arrivent en seconde position, autour de 16% contre un peu plus de 60% à la direction sortante et 15% (10 + 5) aux « identitaires » et autres « orthodoxes ». Mais maintenant, les « unitaires » se posent la question : rester ou sortir et pour faire quoi ? Rejoindre le Parti de Gauche de Mélenchon ? Se fédérer avec les « antilibéraux » ? Entrer au NPA ? Voire, créer leur propre courant ?

Rester semble être la plus mauvaise des solutions. L’inertie du PC lui promet une longue agonie. Ses capacités à être encore une force autonome est singulièrement réduite. On le verra si le PC constitue ses propres listes aux européennes. Même avec le renfort de Mélenchon, l’hypothèse d’un succès relatif est problématique. Un tel parti peut-il se payer plusieurs échecs électoraux consécutifs ?

Rejoindre le PG ? Pourquoi pas, mais Mélenchon et ses amis s’illusionnent. La France n’est pas l’Allemagne. Un « die Linke » à la française est impossible si le NPA ne s’y rallie pas. Or le NPA a tout à perdre à aller se fourrer là-dedans et n’ira pas.

Une fédération, oui c’est, momentanément, certainement une des solutions : on peut se compter, louvoyer dans cette « gauche de gauche » décidemment incapable de se fixer sur quelque chose de précis et de s’y tenir. Mais à quoi peut servir de se retrouver à deux ou trois mille (au mieux) ? La seule solution, celle qui serait un véritable saut qualitatif, serait de rejoindre le NPA en entraînant les « antilibéraux ». Une telle force permettrait de faire éclater le fragile consensus qui est entrain de se réaliser dans ce parti et de bâtir un véritable programme d’opposition, voire de gouvernement, concurrent de celui du PS et de ses alliés.

Et ça, c’est possible. Il faut simplement le vouloir et, sans mettre son « drapeau » dans sa poche, ravaler ses larmes : le PC c’est fini ou presque, et passer à autre chose. Pour ma part, je vous attends. Vous serez le bien venu.

PS : Bravo aux lycéens et profs qui les ont soutenus. mais attention à ce recul tactique du pouvoir. Sarkozy va manoeuvrer comme il l'a fait avec les cheminots. Un pas en arrière, puis, le moment venu, deux pas en avant. On verra ça à la rentrée.

APPEL DES ORGANISATIONS SYNDICALES

CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, UNSA.

La crise économique amplifiée par la crise financière internationale touche durement une grande partie des salariés dans leurs emplois et leurs revenus. Alors qu’ils n’en sont en rien responsables les salariés, demandeurs d’emploi et retraités, en sont les premières victimes. Elle menace l’avenir des jeunes, met à mal la cohésion sociale et les solidarités ; elle accroît les inégalités et les risques de précarité.

Surmonter cette crise implique des mesures urgentes d’une autre nature que celles prises par l’Etat et les entreprises, pour être au service de l’emploi et des rémunérations.

C’est pourquoi, les organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, FSU,

SOLIDAIRES, UNSA) appellent les salariés du privé et du public, les chômeurs et les retraités, à une journée nationale de mobilisation interprofessionnelle le 29 janvier 2009 : elle donnera lieu dans tout le pays à des grèves et des manifestations.

Elles appellent à agir massivement et interpeller les responsables gouvernementaux, les responsables patronaux et les employeurs pour :

- défendre l’emploi privé et public,

- lutter contre la précarité et les déréglementations économiques et sociales,

- exiger des politiques de rémunérations qui assurent le maintien du pouvoir d’achat des salariés, des chômeurs et des retraités et réduisent les inégalités,

- défendre le cadre collectif et solidaire de la protection sociale,

- des services publics de qualité qui assurent en particulier tout leur rôle de réponse aux besoins sociaux et de solidarité.

Les organisations syndicales rendront publique le 5 janvier 2009, une déclaration commune développant leurs propositions et revendications.

 

Paris, le 15 décembre 2009

 

12/12/2008

Les Augures

Dans les temps héroïques de la république romaine, les Augures étaient ces ministres officiellement préposés à la divination. Leur fonction consistait à observer le chant et le vol des oiseaux, et la manière dont ils mangeaient.  Elle s'étendit ensuite à l'interprétation des météores et des phénomènes célestes. Aucun chef politique ou militaire n’aurait engagé une action quelconque sans s’en remettre à l’avis de ces devins. A la fin de la république, leur autorité était un peu tombée dans le discrédit, et les Romains éclairés disaient avec Cicéron, qu'ils ne concevaient pas comment un augure pouvait en regarder un autre sans rire.

Nous, les modernes, n’avons pas cette sagesse des derniers républicains romains. Dans un monde où les plus belles certitudes (la croissance infinie, le marché qui peut tout, le sens mais aussi la fin de l’histoire) ont été contredites, nous nous en remettons désormais au ciel. Le moindre événement donne lieu à des interprétations les plus folles. Il y a quelques mois encore c’était le terrorisme islamique et le choc des civilisations qui nourrissaient les délires. Aujourd’hui c’est la crise économique qui joue ce rôle. En plongeant dans ses entrailles, comme faisaient les Augures avec les oiseaux, on tente d’y lire l’avenir. C’est même devenu un élixir de jouvence facile pour tous ceux qui ne juraient hier que par les vertus du  marché. La situation en Grèce est arrivée à point nommé pour qu’ils se lâchent.

Ainsi, Fabius : « Ce qu'on voit en Grèce n'est pas du tout malheureusement hors du champ de ce qui peut arriver en France. » Ou l'ancien porte parole de Royal, Julien Dray, ex-trotskiste LCR : "toutes les conditions sont en train de se réunir pour des confrontations sociales très violentes". D’autres, comme le sociologue Tood (« La fracture sociale »), y pressentent la justification de leur ressassement théorique : « un basculement de la jeunesse du pays vers la gauche du pays et l’égalité. Le « problème » c’est les vieux et le nombre des vieux. Et je suis un peu anxieux de voir ce que cette crise pourra produire dans un pays comme l’Allemagne. » La gauche parlementaire surtout, le PS en tête, y trouve une belle opportunité pour se refaire une santé. Il redécouvre ainsi les ouvriers et la lutte. Aubry a ainsi enjoint les responsables fédéraux de coller au terrain et annoncé la création d’une « cellule  licenciements » rue de Solferino pour aider élus locaux mais aussi les syndicalistes.

Il n’y a donc pas que Besancenot qui voit dans la situation grecque comme les prémices d’une explosion sociale à venir. Ils s’y sont tous mis. Faute de proposer aux millions de salariés assommés par la récession une quelconque alternative politique, ils s’en remettent aux « masses ». Et quand les masses les boudent, c’est dans la jeunesse qu’ils cherchent leurs sauveurs. Ainsi les profs avec les lycéens.  Comme le dit la chanson : « Il n’y a pas de sauveur suprême ! » Ni la jeunesse, ni le salariat, quand il rentrera en action, n’arriveront à bout du « vieux monde » avec de tels dirigeants. En mai 1968, une fois acquis de substantiels avantages économiques, le salariat alla aux urnes. Ses dirigeants qui n’avaient pendant la grève jamais rien eu à leur proposer, furent écrasés par une droite revancharde. La sanction tomba comme un couperet.

11/12/2008

« Génération 600 euros »

La Grèce n’est pas le pays le plus mal loti de la Communauté européenne. Son PIB par habitant se situe autour du 15e rang devant le Portugal, la Slovénie ou la République Tchèque, et derrière Chypre, L’Espagne, l’Italie et la France. Ainsi, en 2007, la Grèce se rapprochait à grand pas vers la moyenne européenne.

Voir dans les émeutes qui se sont déroulé ces jours derniers comme les prémices d’une situation sociale générale qui se dégraderait de jour en jour, c’est aller vite en besogne. En Grèce, plus que la situation sociale, c’est la situation politique qui est explosive. Comme aucun parti ne peut assurer le pouvoir à lui seul, les gouvernements de coalition, voire d’union nationale se succèdent depuis plusieurs années. La coalition de droite au pouvoir ne dispose actuellement que d’un siège de majorité.

Quand on connait le système politique grec où règnent népotisme et corruption (à gauche comme à droite, ce sont toujours les mêmes grandes familles qui se partagent le pouvoir), on n'est pas étonné de la tension qui règne là-bas. Tension avivée par une ultragauche très active et qui a trouvé dans les conditions de vie dégradantes de la « génération 600 euros » (ces jeunes dont les revenus ne dépassent pas cette somme) un terrain fertile pour son agitation.

Vu de France, en mettant bout à bout les premières manifestations lycéennes contre les réformes de Darcos, la « grogne » des profs, les plans sociaux qui se multiplient et les deux ou trois manifestations syndicales dans la sidérurgie et l’automobile, l’amalgame est vite fait entre ce qui se passe là-bas et ici. La télévision s’en est déjà fait l’écho aujourd’hui. Une ministre de l’Intérieur a repris récemment son analyse d’une montée en puissance de l’ultragauche. Une émission de télévision a même donné récemment comme titre générique à plusieurs reportages dont l’un d’eux était consacré au NPA : « La France voit rouge ».

« C’est vrai ! C’est écrit dans le journal », comme on dit à la campagne.

09/12/2008

Grèce : colère et désespérance

Les émeutes lycéennes et étudiantes qui ont lieu actuellement en Grèce ressemblent étrangement à celles qui avaient eu lieu en France en 2005 dans les banlieues populaires. Mêmes causes, mêmes effets. Seule différence avec la France, il ne s'agit pas de la manifestation de la partie la plus opprimée de la jeunesse, celle issue de l’immigration africaine et maghrébine, mais de l’ensemble de la jeunesse frappée par un chômage endémique et des conditions de vie indignes dans un pays membre de la Communauté européenne.

Cette situation préfigure-elle d’autres émeutes dans d’autres pays européens ? Ce n’est pas la première fois que la jeunesse se retrouve à l’avant-garde du combat politique. En France, depuis mai 1968 jusqu’à la mobilisation contre le CPE, c’est même une récurrence. Hélas, de telles manifestations  débouchent rarement sur un élargissement aux larges couches du salariat : il y a eu mai 68 en France, l’Italie dans une moindre mesure dans les années 70 et puis rien d’autre. Jamais, du moins à ce jour, de telles mobilisations n’ont permis un changement de gouvernement.

Pour cela, il faudrait non seulement que l’exemple des jeunes soit suivi, mais également que la gauche soit en mesure de proposer une alternative. Aujourd’hui en Grèce ces deux conditions sont-elles réunies ? On pourrait le croire : une grève générale est prévue pour mercredi et le chef de l’opposition de gauche, Georges Papandreou, appelle à une démission du gouvernement de droite et à des élections législatives.

Ma connaissance de la Grèce n’est pas suffisante pour émettre un quelconque pronostic. Mais l’exemple des événements de mai 68 en France montre bien combien un tel scénario est difficilement réalisable. La gauche grecque, dominée comme à peu près partout en Europe par les « socialistes », n’a rien à envier à la gauche française ou allemande. Quant à l’extrême gauche, elle est dispersée et très marquée par l’ultragauche.

Mêmes causes, mêmes effets. C’est aussi vrai en politique. L’ultragauche peut aider le corps social à sortir de ses gonds. La gauche parlementaire fera tout pour le faire rentrer dans le rang.

08/12/2008

Remède de choc pour le « Grand corps social malade »

Les résultats des prudhommales sont une bonne indication sur l’état calamiteux des rapports entre les syndicats et les salariés. Mais moins qu’un boycott  des orientations choisies par les directions confédérales, faut-il voir dans cette abstention massive la profonde résignation d’un corps social malade. Malade de perspective politique à gauche, malade de dizaines d’années de social libéralisme, malade de vingt cinq années de propagande pour une économie de marché libérée de toutes contraintes.

Nous avions déjà eu, en 2007, ce vote majoritaire des salariés du privé pour le « travailler plus, pour gagner plus. » Nous avons désormais, donnez toujours un peu plus pour « sauver le capitalisme » : travail le dimanche, acceptation du chômage partiel, blocage des salaires et des minima sociaux, et pour les récalcitrants, la menace des sanctions.

Face à cette résignation que l’on nous impose, les plus déterminés s’activent. Dans une « LETTRE OUVERTE DE MASSE AUX ETATS-MAJORS SYNDICAUX », ils invitent à organiser un « tous ensemble afin d’arracher dans un premier temps un appel à la grève interprofessionnelle permettant d’approfondir les convergences et de préparer la suite en posant clairement la question de la reconductibilité. »

Programme ambitieux, mais qui constitue la première tentative pour sortir la tête de l’eau. L’enjeu est simple : ou accepter la crise, le chômage partiel, le plan de « relance » du gouvernement ou s’y opposer. Dans l’immédiat la « gauche » et les confédérations protestent mais ne proposent rien. Auraient-ils déjà, au fond, intégrer la défaite ?

Le plus important, c’est que cette riposte vient de ce syndicalisme de la base qui est la première richesse du salariat, le premier moyen dont il dispose pour contrer l’offensive d’un capital qui ne veut rien céder. C’est ce syndicalisme là, qui s’appuie sur des équipes combatives, qui a permis à la CGT d’améliorer son score aux prudhommales et à SUD-Solidaire de tripler le sien. C’est peut-être lui qui sauvera le syndicalisme de la déconfiture.

Quant à la gauche politique, on l’attend. Pour le PS, la cause est entendue : rendez-vous en 2012. Pour le PC, c’est la valse hésitation : on verrouille le futur congrès, on s’accoquine avec Mélenchon, mais on laisse la porte ouverte à une alliance avec le PS pour les Européennes. Reste le NPA qui prépare activement son congrès. Lui aussi propose un « tous ensemble ». Au total, les soutiens ne se bousculent pas. Mais ce n’est qu’un début…

02/12/2008

La révolution ? Inch Allah !

Les révolutionnaires d'aujourd'hui sont avares de pronostics. Il faut les comprendre. Minoritaires, n’ayant pas accès au parlement, pris dans les médias pour des rêveurs, sympathiques ou inquiétants  - même si leurs propos semblent aujourd’hui connaître une embellie dans une « opinion publique » déconcertée par la crise -, n’ayant dans le mouvement syndical qu’une influence marginale, rien ne semble les mettre en position favorable pour accéder un jour au pouvoir. D’autant plus qu’ils refusent très clairement de participer à des alliances avec la gauche parlementaire.

A une toute autre époque, jamais, ni Marx, ni Lénine, ni Trotski n’auraient tenu un tel langage. Pour eux la révolution était imminente. Il fallait seulement attendre la bonne opportunité, s’armer d’un peu de patience et se préparer en conséquence. Les révolutionnaires d’aujourd’hui n’ont pas cette confiance. Ils sont fatalistes. Ce qui ne les empêche pas, paradoxalement, d’appeler à la lutte, au « tous ensemble », à la « convergence » de mobilisations dont ils savent pourtant qu’elles ne sont pas en mesure de  modifier, dans l’immédiat, les rapports de force.

De cette attitude, qui conduit fatalement au repli sur soi, on en avait hier soir une bonne illustration à « Complément d’enquête » sur France 2. Titre de l’émission : « La France voit rouge ». Tout un programme où l’on pouvait voir des ouvriers révoltés, suivre Besancenot et Laguiller prendre le train pour aller soutenir des salariés frappés par un plan social, un reportage consacré à ces jeunes de Tarnac accusés d’avoir saboté les lignes ferroviaires et un autre à une réunion interne du Nouveau parti anticapitaliste de Besancenot à Lyon.

L’interview d’Arlette donnait en quelque sorte le ton général de ce document consacré aux révolutionnaires respectables. Aucune révolte ne perçait dans les propos de la vénérable porte parole de Lutte ouvrière. Rien à voir avec la saine colère des ouvriers vus précédemment. Au lieu de cela, l’étalage de cette bonne conscience du révolutionnaire éternel, certain d’avoir fait son boulot sur terre avant de passer la main. Curieusement, Besancenot, que l’on a connu plus vindicatif, tenait des propos tout aussi mesurés.

Mais c’est finalement le dirigeant de la LCR de Lyon (30 ans de militantisme) qui fournissait la clé de cette apparente sérénité qui est celle du croyant fervent. A la question du journalisme l’interrogeant sur cette impatience qui pourrait être le moteur d’une « montée d’une certaine ultragauche » (voir les déclarations de plusieurs ministres), il répondait très clairement qu’il y avait une dichotomie entre une perspective révolutionnaire imprévisible (elle pourrait intervenir dans les dix prochaines années ou dans un siècle) et les souhaits d’une génération.

A contrario, il faisait preuve au cours d’une réunion interne du NPA, d’un immobilisme langagier forcené face à un nouvel adhérent s’interrogeant sur l’emploi d’un certain vocabulaire et plus généralement sur la façon la plus opportune de faire de la politique aujourd’hui. Le révolutionnaire éternel, c’est cela. D’un côté, il ne touche pas au dogme, figé dans son droit canon ; de l’autre il s’en remet au « ciel ».

Mélenchon, invité en conclusion de cette émission, apparaissait bien plus vivant et mobilisateur : « Un front de gauche peut être majoritaire aux Européennes », pronostiquait-il, déclenchant l’hilarité de Benoît Duquesne. Très certainement, Mélenchon se trompe, mais au moins offre-t-il  à ses partisans un objectif concret, une poire pour la soif, en attendant le « grand soir ».

 
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