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28/12/2008

Alliances à gauche du PS : dialogue entre un militant du PC et du NPA

J’ai eu ces dernières semaines, à propos de l’un de mes billets qui traitait de l’avenir des « communistes unitaires » après le dernier congrès du PC, un échange de courriers avec un militant de ce parti. Voici la totalité de cet échange intéressant, en commençant par le premier commentaire de mon interlocuteur.

Gilles,

Il faudra que tu m'expliques pourquoi le NPA aurait tout à perdre à s'allier à d'autres (le front de gauche), mais les autres (communistes unitaires) tout à gagner à rejoindre le NPA.

En raisonnant ainsi : le rassemblement "oui, mais seulement sous mon drapeau à moi", chacun restera chez soi, et on y arrivera jamais.

Qu'est ce que le NPA a à perdre à un front de gauche ?

Mélenchon a raison sur deux points :

a) L'union ne pourra se faire que dans le respect de l'individualité de chacune des organisations.

b) Collectivement, la gauche anticapitaliste peut être devant le PS ! Et on a tous à gagner à ce que le PS ne soit plus hégémonique à gauche. C'est possible !

Et les européennes sont une opportunité : le "non au traité de Lisbonne" est un dénominateur commun tout autant qu'un thème de campagne pour les élections européennes.

Et le "préalable" d'un programme clairement anticapitaliste est un faux prétexte. Qui oserait dire que le PCF n'est pas anticapitaliste ? Et si tu prends 5 mn pour lire le texte fondateur du PG, il y est écrit "tourner la page du capitalisme", qu'est ce que tu veux qu'il dise de plus ?

 

Ma réponse

Je ne suis pas contre les alliances, les compromis, etc. Aux Européennes par exemple. Franchement je ne vois pas l'intérêt d'y aller seuls, pour se compter.

En revanche, le désaccord avec Mélenchon, mais aussi les "communistes", sur la question des moyens pour stopper l'offensive du "pur capitalisme" et parvenir au pouvoir sont énormes.

Même si l'on doit utiliser le parlement, c'est quand même la mobilisation majoritaire de la population, du mouvement social, par la grève, qui sera décisive, en dernière instance. Contrairement à Mélenchon mais aussi au PC (dont l'anticapitalisme reste à prouver), nous ne misons pas tout sur les élections. Et ça, ça délimite un parti.

 

Réponse du militant communiste

Que faut-il donc que le PCF fasse pour te prouver qu'il est anticapitaliste ? Son nom seul le dit.  Et lors de son congrès, cette volonté a été réaffirmée par les délégués, amendant le texte du congrès en ce sens.

 D'ailleurs, si je voulais jouer les intégristes, je pourrais moi même dire qu'en abandonnant la référence au communisme pour un vague mot "anticapitaliste" qui dit ce contre quoi on est, mais pas ce pour quoi on est, le NPA est bien moins révolutionnaire et affiche des objectifs bien plus troubles que le PCF dont le nom seul indique l'ambition : "le communisme".

Tout est une question de point de vue. Heureusement, je n'ai pas cette vision étriquée du NPA, mais avoue qu'en jouant sur les mots, elle pourrait exister.

Quant au Parti de Gauche je te fais deux extraits du bulletin d'adhésion du PG : "programme républicain de dépassement de la logique capitaliste" et plus loin "nous ne pouvons ni accepter ce système, ni nous contenter de l'amender et de l'humaniser". Je pense que là encore, ça annonce le ton.

La seule différence effectivement, c'est sûr la méthode. S'il faut amasser des fusils dans une cave, ça sera sans moi. Je suis communiste, ça veut aussi dire que je sais regarder ce qui s'est passé en 1917 avec des yeux lucides.

Et en 1917, c'est par les armes, la grève et des manifestations que les bolchéviques ont pris le pouvoir, puis l'ont confisqué au peuple et aux soviets pour faire une dictature dont les premières victimes furent les trotskystes dont le NPA descend en ligne directe.

Moi, je respecte profondément la démocratie. Si la société doit changer, ce sera comme au Venezuela, comme en Bolivie, par les urnes. Et pas comme en Chine ou en en ex-URSS par les armes.

Mais bon, si les élections n'ont pas de sens, pourquoi alors se présenter ?

Par contre, je connais aussi mon histoire. En 1936, les acquis sociaux ont été acquis par la grève générale, avec un gouvernement de gauche au pouvoir. Et qui a appelé à la grève générale, si ce n'est la CGT ? Et qui composaient le gros des rangs de la CGT si ce n'est des communistes ?

Et en 1968, où étaient les communistes si ce n'est dans les cortèges de la CGT pour réclamer dans la rue un changement de société ?

Comment peux-tu penser que les communistes ne soutiendraient pas un tel scénario : un gouvernement de gauche à l'Elysée, et les syndicats dans la rue pour imposer le changement ? C'est l'histoire des communistes, ça. De tout temps.

Alors camarade, décillons nous les yeux, arrêtons de nous inventer de fausse différences qui n'existent pas.

 

Ma réponse
Le PCF est-il anticapitaliste ?
Qu’ils y aient des anticapitalistes dans ce parti, c’est probable. Mais plus de 70 ans de culture politique (donc depuis 1936) où le respect de la sanction des urnes tout comme cette quasi soumission, hier à la social démocratie, aujourd’hui aux sociaux libéraux, l’emporte sur toute autre possibilité pour parvenir au pouvoir, ça forge un parti et ses membres. Quant à sa direction, je n’ai nul doute. Elle a bien renoncé à toute ambition révolutionnaire.

Peut-on être anticapitaliste et respectueux des formes et des moyens imposés par la démocratie parlementaire ? C’est à dire TOUT miser sur les élections. Je dirais, oui, mais ça ne sert à rien, autant alors être comme les « socialistes » s’adapter au système, jusqu’à lui ressembler. Ça vaut aussi bien pour le PCF que pour le Parti de Gauche.

Etre anticapitalistes et dire au salariat : si un jour vous voulez être au pouvoir, c'est-à-dire être réellement partie prenante des décisions, à tous les niveaux, dans le cadre d’une démocratie étendue, sans restriction et intermédiaires (ses « représentants », ses « élus » qui font carrière), il n’y a qu’une seule solution, les élections. Alors, évidemment, vous vous moquez de lui. Et le salariat le sait.

Et tu le sais aussi. La « gauche » a été au pouvoir dans les années 30 (quelques mois), dans les années 50, dans les années 80, puis encore entre 1997 et 2002. En quoi la population, le salariat a-t-il participé aux décisions ? Quand est-il devenu « maître » de son destin ? Jamais.

Alors ne croit pas que je sous-estime cette question des élections et de la démocratie parlementaire. Contrairement à beaucoup de mes camarades du NPA, j’y attache une très grande importance. Si le mouvement social, les grèves (en 36 et 68) ont permis d’arracher de substantiels avantages qui sont devenus des acquis, jamais ces mouvements, quelque soit leur force, leur puissance, n’ont eu raison de la démocratie parlementaire. En 1936, il a suffit que « l’allié radical » change de camp pour que le Front populaire s’écroule. Je te rappelle que c’est cette même assemblée élue en 1936 qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain. En 1968, l’appel aux urnes a sonné le glas du mouvement et la gauche a ramassé l’une de ces plus belles déculottées de son histoire.

Comment résoudre ce problème ? Les révolutionnaires se sont longtemps contentés de dire que c’était la faute aux réformistes, aux staliniens, qui trahissaient. C’était vrai mais insuffisant. Aujourd’hui que le PC n’est plus ce qu’il était et que le PS a bien du mal à formuler ce qu’il veut, les révolutionnaires ont une chance inouïe. Celle d’être plus clairement entendus, voire d’être suivis. Mais faudrait-il encore qu’ils disent ce qu’ils veulent et qu’ils soient compris. Ce moment n’est pas encore arrivé, car il faudrait pour cela qu’ils acceptent de conjuguer lutte sociale, politique et parlementaire. Dans l’immédiat, le NPA, la LCR, ne voient que par le mouvement. Ils oublient qu’il faudra ruser avec cette « démocratie parlementaire », lui enlever toute substance, la rendre inefficace, du moins du point de vue des adversaires du « mouvement ».

Enfin comment éviter le bain de sang et la guerre civile ? Je n’évite pas cette question. Je ne répondrais pas non plus par une pirouette comme Besancenot a tendance à le faire parfois. La première chose : il faut que ce nouveau pouvoir soit légitime, qu’il soit l’expression d’une très large majorité du salariat, mais également des couches sociales (artisans, petits entrepreneurs, agriculteurs, etc.) qui peuvent avoir intérêt à s’allier au salariat parce qu’ils partagent les mêmes conditions de vie.

Cette légitimité, ensuite, il ne l’acquerra, pas par la force, mais par la persuasion, le débat, la participation aux décisions de tous. Il faudra donc changer les formes actuelles de la démocratie. Les « représentants » devront être non seulement élus mais révocables, sans rétribution excessive, avec le moins de cumul possible de mandat, avec une rotation rapide : pas d’élus à vie. Enfin, ceux qui exécuteront les décisions prises, les fonctionnaires de l’Etat nouveau, ne seront que des exécutants, soumis au contrôle permanent des assemblées. Là aussi, la rotation sera nécessaire pour éviter les phénomènes de bureaucratisation de l’appareil d’Etat. J’oubliais, et c’est très important, aucune restriction à la liberté de parole, d’association, etc. même pour les adversaires de cette nouvelle démocratie.

Réponse du militant du PCF
Je suis adhérent au PCF et je suis d'accord avec l'essentiel de ce que tu viens de dire, comme un très grand nombre de militant du PCF.

La direction actuelle n'ose plus dire son anticapitalisme, c'est un fait. Elle a écrit une base commune en ce sens. C'est aussi un fait que cette base commune a été amendée au congrès par les délégués, c'est à dire les représentants de "la base" dans le sens de rappeler l'exigence anticapitaliste.

Alors, oui, le PCF a un problème interne, celui d'une direction dont un nombre important de ces membres, dont l'exécutif, n'osent plus dire qu'ils sont anticapitalistes. Mais la base reste majoritairement communiste et anticapitaliste. C'est ma vision de l'intérieur, au sortir du congrès et je la crois plus juste que celle des médias.

Quant au lien entre la rue et les urnes. L'implication du PCF dans la CGT a été trop souvent critiquée et dénoncée pour qu'on puisse dire que le PCF ne mise que sur la démocratie parlementaire et a renoncé au mouvement social.

L'immense majorité des adhérents du PCF sont syndiqués et un très grand nombre sont également militants dans leurs syndicats. Là encore, ma vision est que "la base" du PCF envisage indissociablement les luttes syndicales et l'action électorale et parlementaire.

Quant à Mélenchon, j'ai été lire son bulletin d'adhésion. Sur l'anticapitalisme, les mots sont là, net et sans appel : un programme républicain de dépassement de la logique capitaliste ; nous ne pouvons ni accepter ce système, ni nous contenter de l’amender et de l’humaniser ; nous devons le dépasser

(PS : n'ergotons pas sur le mot "dépasser". J'emploie le mot "dépasser" pour dire comme Marx que le capitalisme est un progrès par rapport au féodalisme et que le communisme est lui même un progrès par rapport au capitalisme. On peut discuter cette notion de "progrès de l'histoire" mais ça ne change pas le fond des choses sur ce que les gens veulent).

Sur le lien avec le mouvement social, c'est tout simplement la conclusion du bulletin d'adhésion, ce qui laisse supposer que Mélenchon y accorde une certaine importance. Là encore, je cite : "Mais nous n’oublions pas non plus que le progrès social résulte le plus souvent d’oppositions et de rapports de force. La conquête du pouvoir d’Etat par le suffrage universel n’est efficace que si elle s’appuie sur des citoyens mobilisés et acteurs de leur propre changement."

Sur le modèle de société, ni Mélenchon ni le PCF n'ont vraiment définit la "république sociale". Néanmoins si tu creuses dans les propositions du PCF, tu retrouvera beaucoup de ce que tu viens de dire sur la nouvelle société.

Honnêtement, à te lire et à comparer avec ma connaissance du PCF, je ne pense pas que les différences soient si profondes. Je pense bien au contraire que si on prend le temps de discuter plutôt que de se jeter des idées préconçues sur l'autre à la tête, on s'apercevra que sur bien des points les différences sont faibles et qu'on peut s'entendre.

En tout cas, à te lire, c'est ce que je ressens.

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