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22/12/2008

Rouge attaque !

« D’Athènes à Paris, vers l’affrontement social ! », annonce cette semaine le vieil (40 ans) hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire. La semaine précédente, on avait déjà eu droit à ces titres « prémonitoires » : « Grèce : Soulèvement populaire » ; « Urgences : ça craque de partout ! » Le site du NPA n’était pas en reste : « Les jeunes et les travailleurs grecques montrent la voie. » Il récidive aujourd’hui : « Ils prennent peur. » "Ils", c’est-à-dire le pouvoir.

Comme en écho à cette euphorie de l’ancien et du nouveau (mais il n’y a pas entre la LCR et le NPA l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette), le dit pouvoir n’est pas en reste. Entre une simulation en grand d’une alerte aux attentats, le dévoilement très médiatique d’une mystérieuse « cellule invisible » (« complot » qui se dégonfle de jour en jour) et ce mouvement lycéen soi-disant manipulé par l’extrême gauche (voire par un ex « trotskiste », ci-devant député socialiste), les déclarations à répétition enfin d’une ministre de l’Intérieur qui ne cesse de monter en épingle un imaginaire danger ultra gauche, on voit bien l’objectif poursuivi : « si vous (les salariés) bougez, voilà ce à que vous vous exposez. »

Une telle escalade est à la fois dérisoire et troublante. Dérisoire parce que nous sommes encore loin d’une explosion sociale, et que la dite extrême gauche ne dispose pas actuellement des forces qui lui permettraient de jouer un rôle décisif dans le déclanchement de ce grand sursaut social à la crise que nous espérons tous. Certes, électoralement et médiatiquement, Besancenot et le NPA marquent des points ; l’anticapitalisme est devenu acceptable ; la récession et ses plans sociaux commencent à peser lourd sur les épaules du salariat… Mais ça ne serait suffire. Il faudra encore du temps et d’autres facteurs pour en arriver là.

Et puis il y a ce qui est troublant. Evidemment aucune « complicité objective » (comme disait hier les staliniens) entre nous (le NPA, la LCR…) et le pouvoir. Mais pour les deux parties, l’enjeu est le même : comment avoir prise sur un mouvement social dont on ne sait rien aujourd’hui, tellement il reste encore faible et taciturne. Pour le pouvoir c’est simple. Il a tout intérêt à ce que cette crise économique et sociale ne débouche sur rien. Mais comme il persiste dans sa politique de «réformes libérales », il a bien conscience qu’il joue avec le feu.  Alors il menace et insinue en espérant (la crise de la « gauche » aidant), que les salariés prendront ces menaces aux sérieux et qu'ils ne bougeront pas.

Pour la LCR et le NPA. C’est la même chose mais à l’envers. Cette formation bicéphale, qui a bien conscience de ses faiblesses, cherche à « exciter » (terme employé par Lénine pour qualifier les velléités des « gauchistes ») le salariat pour le pousser à la lutte. Mais le salariat n’a nul besoin qu’on lui dise ce qu’il a à faire. Quand il se sentira fort, il passera outre ses réticences et partira au combat. C’est à ce moment là qu’il aura besoin que quelqu’un l'aide à fortifier son indépendance et lui désigne l’objectif (le pouvoir) comme les moyens pour y parvenir. Au lieu d’hurler au loup, la gauche anticapitaliste devrait plutôt réfléchir aujourd’hui à cet objectif et à ces moyens avec tous ceux qui, hors d’elle, pensent à peu près la même chose.

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