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12/12/2008

Les Augures

Dans les temps héroïques de la république romaine, les Augures étaient ces ministres officiellement préposés à la divination. Leur fonction consistait à observer le chant et le vol des oiseaux, et la manière dont ils mangeaient.  Elle s'étendit ensuite à l'interprétation des météores et des phénomènes célestes. Aucun chef politique ou militaire n’aurait engagé une action quelconque sans s’en remettre à l’avis de ces devins. A la fin de la république, leur autorité était un peu tombée dans le discrédit, et les Romains éclairés disaient avec Cicéron, qu'ils ne concevaient pas comment un augure pouvait en regarder un autre sans rire.

Nous, les modernes, n’avons pas cette sagesse des derniers républicains romains. Dans un monde où les plus belles certitudes (la croissance infinie, le marché qui peut tout, le sens mais aussi la fin de l’histoire) ont été contredites, nous nous en remettons désormais au ciel. Le moindre événement donne lieu à des interprétations les plus folles. Il y a quelques mois encore c’était le terrorisme islamique et le choc des civilisations qui nourrissaient les délires. Aujourd’hui c’est la crise économique qui joue ce rôle. En plongeant dans ses entrailles, comme faisaient les Augures avec les oiseaux, on tente d’y lire l’avenir. C’est même devenu un élixir de jouvence facile pour tous ceux qui ne juraient hier que par les vertus du  marché. La situation en Grèce est arrivée à point nommé pour qu’ils se lâchent.

Ainsi, Fabius : « Ce qu'on voit en Grèce n'est pas du tout malheureusement hors du champ de ce qui peut arriver en France. » Ou l'ancien porte parole de Royal, Julien Dray, ex-trotskiste LCR : "toutes les conditions sont en train de se réunir pour des confrontations sociales très violentes". D’autres, comme le sociologue Tood (« La fracture sociale »), y pressentent la justification de leur ressassement théorique : « un basculement de la jeunesse du pays vers la gauche du pays et l’égalité. Le « problème » c’est les vieux et le nombre des vieux. Et je suis un peu anxieux de voir ce que cette crise pourra produire dans un pays comme l’Allemagne. » La gauche parlementaire surtout, le PS en tête, y trouve une belle opportunité pour se refaire une santé. Il redécouvre ainsi les ouvriers et la lutte. Aubry a ainsi enjoint les responsables fédéraux de coller au terrain et annoncé la création d’une « cellule  licenciements » rue de Solferino pour aider élus locaux mais aussi les syndicalistes.

Il n’y a donc pas que Besancenot qui voit dans la situation grecque comme les prémices d’une explosion sociale à venir. Ils s’y sont tous mis. Faute de proposer aux millions de salariés assommés par la récession une quelconque alternative politique, ils s’en remettent aux « masses ». Et quand les masses les boudent, c’est dans la jeunesse qu’ils cherchent leurs sauveurs. Ainsi les profs avec les lycéens.  Comme le dit la chanson : « Il n’y a pas de sauveur suprême ! » Ni la jeunesse, ni le salariat, quand il rentrera en action, n’arriveront à bout du « vieux monde » avec de tels dirigeants. En mai 1968, une fois acquis de substantiels avantages économiques, le salariat alla aux urnes. Ses dirigeants qui n’avaient pendant la grève jamais rien eu à leur proposer, furent écrasés par une droite revancharde. La sanction tomba comme un couperet.

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