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29/11/2008

Mélenchon marque un point

D’accord ou pas avec lui, il faut reconnaître à Mélenchon son sens de l’opportunité : c’était en effet le meilleur moment pour quitter le PS. Car on peut retourner dans tous les sens les conclusions de l’affaire de Reims, à l'évidence la dynamique est bien du côté de Royal et pas du côté d’Aubry.

Mais la démarche de Mélenchon n’aurait qu’un intérêt mineur si elle ne visait que le seul PS. On voit mal en effet les militants socialistes, ses élus surtout, s’engouffrer par milliers dans la nouvelle formation du sénateur de l’Essonne. Quelque centaines,  tout au plus, vont tenter l’aventure du « Parti de Gauche». Non, c’est plutôt à tous ces indécis – plusieurs milliers – qui depuis plusieurs années, hésitent et tergiversent sur la conduite à suivre, qu’une telle initiative s’adresse.

La solution Mélenchon présente en effet de nombreux avantages. D’abord elle ne rompt pas avec toutes les ambiguïtés de la « gauche » parlementaire. Mélenchon ne s’en cache pas. Pour lui et ses amis, tout passe par les processus électoraux et c’est sur ce terrain là qu’il entend se situer, quitte à passer des accords avec son ancien parti, avec l’ambition affichée de gouverner ensemble. Voilà qui peut constituer pour ces centaines d’ex-communistes, encore au PCF ou en marge depuis plusieurs années, une planche de salut. Surtout que ce n’est pas sur la doctrine économique que l’on risque de s’empailler avec celui qui a été ministre, et qui comme tous les socialistes, reste un partisan de l’économie de marché.

Et puis il ya tous ces antilibéraux, sur la touche depuis la désastreuse candidature Bové. Alors certes, Mélenchon n’est pas un antilibéral à tous crins, mais il est l’est suffisamment pour qu’il soit possible d’élaborer avec lui un programme. En fait Mélenchon participe de cette vieille « gauche », orpheline de l’Etat providence, et qui pense que l’on peut encore recoller les morceaux après plus de vingt-cinq ans de politique libérale. Et convenons en, ça peut suffire à rassembler. Surtout qu’à l’autre extrémité le NPA marque le pas.

Certes, on ne le voit pas encore – les journalistes qui suivent Besancenot sont parfaitement incapables de faire une telle analyse. Mais l’orientation qui va être entérinée fin janvier au 1er congrès du nouveau parti va très clairement montrer les limites de l’ouverture dont est capable, à ce jour et en l’état, la future ex-LCR et tous ceux qui l’ont suivie au NPA. Qu’il est dur, difficile, délicat d’abandonner comme ça, pas quarante ans, mais bien plus encore, d’une culture terriblement marquée par son vocabulaire, ses formules, ses illusions qui correspondaient à une époque bien révolue : celle des affrontements « classe contre classe ».

Que l’on s’entende bien, l’anticapitalisme reste une voie possible et nécessaire. Elle est même, d’autant plus aujourd’hui avec la crise de l’économie de marché, celle qui semble la plus rationnelle. Mais la politique n’est pas qu’une affaire de raison. Il faut savoir ruser avec « l’idéologie dominante » (encore une vieille formule) et utiliser les bons outils pour casser la gangue dans laquelle des millions de salariés se retrouvent aujourd’hui prisonniers.

Ainsi, si Mélenchon peut offrir une échappatoire à l’anticapitalisme conséquent du NPA, c’est uniquement parce que ce nouveau parti refuse, jusqu’à ce jour, de tirer les leçons de plus de 70 ans d’échecs. Mais cette fois-ci, il n’y aura pas d’excuse.

26/11/2008

Une péripétie

L’élection de Royal à la tête du PS aurait été un événement ; celle d’Aubry est une péripétie. C’est donc le « vieux » parti qui a gagné. Mais « vieux » ne veux pas dire que la sagesse l’a emporté, que l’ancrage à « gauche » est maintenu. Ça c’est pour la galerie. Car on ne me fera pas croire que l’addition des Mauroy, Fabius, Rocard, DSK, Jospin, Hollande, Lang, Emmanuelli, Aubry, Guigou, Ayrault, Delanoë, Hamon, Montebourg (j’en oublie), constitue une ligne politique, "un désir d'avenir". Tout au plus, est-ce là une coalition sans principes, un refus de « passer la main » et d’inventaire… bref, on continue comme avant. A cet égard, Hollande ou Aubry, c’est du pareil au même.

A l’inverse, Royal c’était la logique assumée, affirmée, affichée, d’un parti qui ne conteste plus la légitimité de la Ve république et de l’économie de marché depuis belle lurette. Alors pourquoi lui refuser à elle, ce à quoi tous aspire ? Car il faut être juste, l’écrasante majorité du parti est aujourd’hui sur cette ligne. Même dans les 20% de la motion Hamon, combien de partisans de la « rupture » ? Cent, deux-cent, mille ? Même Mélenchon, qui a quitté la pétaudière, n’y pense pas.

Il n’y a qu’une seule réponse possible à cette énigme. Pour tous ces gens, l’essentiel est de maintenir la fiction. Et peu importe si ça ne marche plus. Car cette bien cette ligne là qui a conduit le parti au désastre en 2002. L’honneur est sauf. Si nous avons perdu en 2002 c’était la faute à Chevènement et à Taubira. Demain, se sera à cause de Besancenot. C’est que le parti, tout à son idée d’hégémonie ne supporte pas qu’on le conteste sur sa gauche. Le paradoxe c’est qu’en 2002, l’extrême gauche avait fait 10%, et qu’en 2007, elle avait à peine atteint les 5%.

Ainsi, c’est un cadeau à Besancenot qu’ont fait les hiérarques du parti. On ne s’en plaindra pas.

24/11/2008

Mouvement social : la solution est politique

Déjà durement touché par vingt années de « pur capitalisme », le mouvement social prend la crise de plein fouet et courbe l’échine. C’est peu dire que les directions syndicales ne sont pas à la hauteur mais ce n’est pas de ce côté-là que l’on peut espérer un sursaut.  Ça ne va pas plus fort du côté de ces milliers de militants actifs, prêts à la bagarre, qui rongent leur frein, cherchant désespérément à organiser la résistance. A ce titre le cavalier seul de SUD-Rail contre la politique de la direction de la SNCF est emblématique de la conjoncture. On ne peut rien, seul contre tous.

Et pourtant, il serait faux de dire qu’il ne se passe rien. La crise interne du PS, le départ du « vieux » parti de quelques centaines de socialistes derrière Mélenchon, la popularité de Besancenot, sont autant de signes que rien n’est définitivement réglé et que l’on cherche une issue. Mais cette issue, dans l’immédiat, ne peut pas être sociale. A quoi bon se disent les salariés lutter alors que nous n’avons aucune alternative politique à court terme pour changer la donne dans l’ensemble du pays, car entreprise par entreprise, impossible de gagner. Même dans la fonction publique où l’on ne risque rien, ni répression syndicale et encore moins le chantage à la délocalisation, le mouvement gréviste est incapable de faire reculer le gouvernement sur les suppressions de milliers de postes.

Evidemment la résolution politique à cette crise ne réglera pas tout. Même après une victoire de la gauche en 2012, il est certain que les patrons ne changeront pas leur fusil d’épaule, qu’ils ne se mettront pas à céder sur les salaires ou à arrêter de licencier ou de délocaliser. C’est la logique du capital de procéder ainsi, d’autant plus en temps de crise. Il faudra donc bien une mobilisation sociale pour les contraindre. Mais au moins la droite ne sera plus aux commandes.

Oui, mais la gauche peut-elle gagner en 2012 ? Et puis peut-on faire confiance aux socialistes pour écouter le mouvement social ? Et entre temps que faire ? Si c’est la « gauche » Royal-Aubry qui gagne, il ne faudra pas attendre de miracles. Nous connaissons tous leur capacité à détourner le mouvement de ces objectifs et faire au pouvoir le contraire de ce qu’ils ont affirmé dans l’opposition. Mais le PS n’est pas toute la gauche. De la gauche du PC à Besancenot en passant par Mélenchon et des dizaines de milliers de militants anticapitalistes et antilibéraux, c’est une autre gauche qui s’organise. Elle ne sera pas majoritaire, elle n’avancera pas toujours en toute clarté, mais au moins le PS ne pourra pas faire ce qu’il veut. Du moment que cette gauche là ne cédera en rien sur l’essentiel à ce parti, alors tout sera permis. Et le mouvement social, revigoré par cette gauche de la rupture, pourra entrer en action.

23/11/2008

Insoluble

Même à la gauche du PS on a fini par reconnaître qu’il y avait de la « gauche » dans le vote Royal. Quel aveu ! Il est vrai qu’il est impossible aujourd’hui de nier que Royal n’aurait pas pu faire ce score sans l’apport de voix venant du côté de Hamon et consort. C’est un désaveu pour le jeune leader qui s’est rangé, avec armes et bagages, sans aucune contrepartie, du côté d’Aubry. S’il avait été un peu plus malin, plus politique en somme, et moins politicien, c’est l’abstention qu’il aurait dû recommander. Le voici donc lié, et pour longtemps, au vieil appareil, tout à ses calculs et ses complots d'arrière-salle, alors qu’il aurait pu être, sinon l’arbitre de la situation, du moins avoir les mains libres.

Pas d’issue à la crise du PS désormais. Royal ne lâchera rien ou pas suffisamment pour que Aubry et son armée de généraux à la retraire puissent gouverner en toute quiétude. Et partie comme elle est partie, elle n’abandonnera plus jusqu’à ce que mort s’en suive de ses adversaires. Mort politique, s’entend. On ne s’achemine donc pas vers une scission. C’est le PS qu’elle veut, Royal, tout le PS et pour elle seule. C’est la logique de sa candidature, celle des institutions, d’une période politique dans laquelle les « masses » sont condamnées au spectacle de telles empoignades sans pouvoir intervenir.

Il en serait tout autrement si la résistance à la crise sociale et économique s’organisait ; si les salariés victimes des plans sociaux se révoltaient ; descendaient dans la rue pour faire entendre leur colère. Peut-être que ça viendra un jour mais pour l’instant c’est un vœu pieu que d’espérer que cela arrive rapidement. C’est bien pourquoi Royal peut tout espérer d’une situation qui lui laisse, dans l'immédiat, les coudées franches.

22/11/2008

On licencie mais les "socialistes" s'en fichent !

Il y a quelque chose de dérisoire dans cette bataille entre « socialistes », car, tandis qu’ils se déchirent, les plans sociaux se multiplient. Alors que l’heure serait à la riposte, le principal parti de l’opposition s’enfonce dans une crise picrocholine. La raison ? Savoir qui est majoritaire entre Aubry, l’amie des grands patrons, soutenue par tous les anciens 1er ministres de la « gauche », en posture de gardienne du Temple, et Royal qui voudrait ouvrir les alliances au centre droit, et présentée à ce titre comme la porte parole de la droite du parti.

C’est pourtant ce type d’alliance qui a prévalu en 1936 : le  Front populaire faut-il le rappeler était une coalition entre la SFIO et le PCF, d’une part et le parti radical, d’autre part. Or les radicaux n’étaient pas précisément un parti de gauche. Sous la IVe république, il en fut de même. La SFIO, mais aussi le PCF, constituèrent des majorités avec de nombreuses formations de droite, dont le MRP, lointain ancêtre du MoDem. Dans les années 60, la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) procédait de la même intention.

Donc rien de nouveau sous le soleil mais une très vieille habitude et une coupable amnésie aux motifs inavouables. Car ni Royal ni Aubry n’ont une quelconque intention de prendre la tête de la résistance à la crise sociale, tout à la préparation qu’elles sont du seul objectif qui compte pour elles : la présidentielle, c’est-à-dire une élection qui n’interviendra que dans… quatre ans. Entre temps les salariés se débrouilleront comme ils pourront.

Voilà pourquoi ce que l’on nous présente comme un enjeu « stratégique », doit être évalué  à sa juste mesure. Aubry et Royal ne sont en définitive que les deux facettes d’une même politique. Car si l’est bien une chose sur laquelle les « socialistes » sont d’accord c’est qu’il ne faut rien changer, ni l’économie de marché, ni les institutions.

21/11/2008

La « gauche » du PS se saborde

Ça va être quand même difficile à Hamon de justifier son ralliement à Aubry comme allant dans le sens de «  l’intérêt de la gauche ». « L’intérêt de la gauche » serait donc de reconduire à la tête du PS ceux qui l’ont définitivement plombé du côté du social libéralisme : quatre 1er ministre de la gauche au pouvoir, par ordre chronologique Mauroy, Fabius, Rocard et Jospin, plus celui qui incarna longtemps la droite du PS : DSK.

C’est que la fable d’un affrontement gauche-droite au PS, Royal représentant la « droite », et tous les autres la « gauche », sert tous les intérêts, même les plus mesquins. Hamon, qui aspire certainement à un destin national, sait très bien, qu’au PS, ce ne sont pas les idées qui comptent - ils ont tous signé le même texte principiel -, mais la posture. Et qu’en temps de crise, celle du Saint-Michel pourfendant les dragons capitalistes, permet de se positionner sur de solides bases pour arbitrer.

Au PS, c'est bien connu, on a toujours besoin d’une « gauche ». Elle fait et défait  les majorités comme on l’a vu si souvent. Mitterrand s’en est servi pour abattre Mauroy puis Rocard. Jospin, Fabius (en 2005), Hollande en ont aussi abusé. Sans la « gauche » pas de synthèse au Mans. La même manœuvre a même failli réussir il y a quelques jours à Reims.

Si j’étais « socialiste », et un tant soit peu intelligent, je ne me laisserais pas prendre à ce jeu de dupe. Car si j’étais « socialiste », je serais comme Royal, Aubry ou Hamon, pour l’économie de marché et les institutions de la Ve république, mais je me poserais une question très simple : que faut-il faire pour revenir au pouvoir ? Car pour tous ces « apparatchiks », c’est bien la seule chose qui compte. Et je répondrais : trouver de nouvelles alliances, pardi, au vue des scores des Verts et du PC ! Mais évidemment pas du côté de Besancenot puisque lui et ses amis sont hostiles au système mais de l’autre, du côté du centre droit, du côté de ces classes moyennes dont le portefeuille est à droite et le cœur à gauche.

Car c’est bien là la seule issue possible pour les socialistes. Dire enfin la vérité ; dire qu’il s’agit pour eux de défendre cette économie en la rendant plus acceptable, moins cruelle mais sans rien changer au fond. Or ce langage de vérité, Royal est la seule à le tenir. Alors, si j’étais « socialiste », je voterai Royal. Ça éviterait le double langage et les arnaques d’après victoire.

« Oui, mais !», me dira-t-on, quid des « classes populaires » ? Ou bien : aucunes marges de manœuvre pour des réformes sociales, une fois au pouvoir ! Surtout avec des alliés de droite. L’alliance de la SFIO, du PCF et des radicaux en 1936 dans le Front populaire a-t-elle empêché la réforme des congés payés et des 40 heures ? Non, même si ce n’était pas inscrit au programme du Front, même si c’est finalement la grève générale qui les ont imposées. Mais si je comprenais ça, je ne serais pas « socialiste », mais antilibéral conséquent, c'est-à-dire anticapitaliste.

18/11/2008

A la gauche du PS, on trépigne

La crise non résolue du PS va exciter les appétits. En premier lieu ceux d’un Bayrou pour qui la victoire annoncée – et à quel prix – de tout ceux qui ont eu à tremper à un haut niveau dans la politique gouvernementale depuis 1981 (Mauroy, Fabius, Rocard, DSK…) est une sacrée aubaine. On peut faire la même hypothèse à la gauche du PS. Car contrairement à ce qu’affirment les médias, toujours près au raccourci, ça va se bousculer entre le PS et le NPA de Besancenot. Prenons les un par les un.

Les Verts. Ils étaient finis, laminés. La proposition de Cohn-Bendit et l’appui de Hulot les a réveillés. Ils peuvent espérer faire un bon score aux Européennes en faisant le choix du cavalier seul et en instillant un peu de social dans leur programme. Ça ne coûte rien et ça peu rapporter.

Le PC. C’est le plus malade de la bande. Mais ils ont encore quelque 10.000 élus. Mélenchon leur offre une bouée de sauvetage, pas par bonté d’âme, mais parce que l’ancien socialiste aura obligatoirement besoin d’eux pour constituer ses listes et rebondir le plus vite possible après sa sortie par la petite porte du PS. Mais Mélenchon peut-il sauver Buffet et ses amis ? Le veulent-ils d’ailleurs ?

Les « antilibéraux ». Remis du fiasco Bové, relancés par l’Appel de Politis, ils cherchent une porte de sortie. Le frein mis par le courant UNIR de la LCR et les unitaires du PC à la constitution d’une nouvelle organisation politique ne va pas résister longtemps à la proposition des mélenchonistes.

Lutte ouvrière. Qui sait ce que prépare aujourd’hui LO ? On voit mal LO revenir vers le NPA. Pourtant qu’est-ce qui sépare aujourd’hui ces deux organisations : pas grand-chose. Il y a plus de différences entre le NPA et les autres (PC, antilibéraux, etc.) qu’entre LO et le NPA. Mais si LO était logique avec ce qu'elle a expliqué en 2008 elle proposerait de rejoindre les listes du PS comme aux municipales (!?)

Le NPA. C’est celui qui a le vent en poupe, celui à qui tout réussi. Attention cependant au retour de bâton. On voit mal comment une liste commune (gauche des Verts, PC, antilibéraux et NPA) pourrait se constituer. Le NPA a claironné qu’il envisageait d’être autour de 10.000 d’ici la fin janvier. Le danger, c’est que le NPA se retrouve seul, ou quasiment en juin, et que les adhésions ne soient pas à la hauteur de l’objectif au terme choisi. Le NPA tout juste constitué peut-il se payer à la fois une défaite électorale et une révision à la baisse de ses ambitions ?

La grosse inconnue c’est aussi l’état à venir de la mobilisation sociale. Le NPA parie sur le développement des luttes. Il mise même tout là-dessus, sa chemise et son pantalon. En bons « électoralistes », Mélenchon, le PC ou les Verts s’en moquent. Mais, suffit-il de prier tous les saints anticapitalistes pour faire arriver la pluie ? C’est le point faible du NPA, sa confiance aveugle dans une mobilisation qui peine à décoller. C’est même son talon d’Achille.

17/11/2008

Socialistes, encore un effort pour devenir royalistes !

Royal ne veut  plus être « socialiste » à l’ancienne façon.  Eh bien soit, cela évitera les ambiguïtés et enlèvera à ceux qui se prétendent encore  de gauche « pur et dur », le prétexte d’y rester alors que rien ne devrait logiquement  les y retenir. En somme, avec Royal à la tête du PS, on serait à quoi s’en tenir.

Je ne suis pas en effet de ceux qui lui ont fait, depuis le début, le procès de ne plus être de gauche ou de ne l’avoir jamais été. De gauche, elle l’est,  très certainement, et tout autant qu’un Fabius ou qu’une Aubry. Elle, au moins, n’a jamais eu de liens avec le grand patronat (Aubry) ; et il faut avoir le culot de Fabius pour prétendre qu’il a plus de brevets qu’elle en la matière.

Car on peut être de « gauche », sans être socialiste. On raconte même qu’il y a actuellement des ministres de « gauche » dans le gouvernement Fillon. On peut-être de « gauche » et avoir été versaillais comme Jules Ferry ; avoir rallié l’union sacrée comme Jules Guesde ; avoir trempé dans la collaboration comme Paul Faure ; avoir envoyé le contingent en Algérie comme Guy Mollet ; avoir été ministre de la Justice quand on guillotinait les nationalistes algériens à Alger comme François Mitterrand ou couvert les militaires qui torturaient comme Robert Lacoste ; ou avoir aussi privatisé à tout va, dérèglementé le commerce, assoupli le code du travail comme nos socialistes d’aujourd’hui… bref avoir le plus souvent fait le contraire de ce que l’on affirmait la veille sur les tribunes.

C’est bien pourquoi, moi, je ne suis pas de gauche (de « leur gauche ») alors que Royal peut l’être, à sa manière. Personnellement, cela ne me gêne pas. En revanche ça titille les Aubry, Fabius, Delanoë ou Hamon. Car en elle, ce qu’ils voient, c’est ce qu’ils sont en réalité, débarrassés de leurs masques. Car en quelque sorte, elle leur dit : « Cette alliance avec le centre, que vous ne voulez pas aujourd’hui, vous serez contraint de l’accepter tôt ou tard ! »

Mais cette vérité là, ils ne veulent pas l’entendre comme ces milliers de socialistes qui vont demain voter pour Aubry ou Hamon, avec la bonne conscience de ceux qui auront fait leur devoir en barrant la route à la seule qui pourrait leur éviter le naufrage. Mais cette posture de Janus, c’est le lot des socialistes, tout au long de leur histoire.

16/11/2008

De la Marne aux tranchées

Selon les « experts », l’hypothèse la plus probable, c’est que jeudi prochain, Aubry l’emporte sur Royal de quelques voix. Pour autant rien ne sera réglé. On voit mal, en effet, Royal abandonner là ses ambitions présidentielles, pas plus d’ailleurs que Delanoë. Mais, tout du moins, aura-t-on stoppé pour quelques mois l’offensive des royalistes en réalisant, par défaut, l’union sacrée de tous ceux qui souhaitent plus que tout la mort politique de l’ancienne candidate à la présidence.

Mais pour qu’une telle hypothèse se réalise, encore faudra-t-il que ceux qui ne se sont pas entendus ces jours-ci, finissent pas s’entendre. Ce deuxième tour sera en quelque sorte une vérification du premier avec une motion en moins. La clé du problème est d’évaluer comment vont se répartir les voix qui s’étaient portées sur le maire de Paris avec deux autres inconnues. Les abstentionnistes du 1er tour vont-ils se mobiliser et pour qui et la « gauche » va-t-elle maintenir ou améliorer son score ?

Ainsi, la « gauche », si elle fait plus de 20%, peut-elle se retrouver arbitre de la situation. C’est très certainement ce qu’ambitionne Hamon. Nous tomberons alors dans le cas de figure classique d’un PS n’ayant plus d’avenir à gauche, mais choisissant pourtant de s’accrocher à cette illusion comme le pendu à sa corde ou pour reprendre une analogie de circonstance : ayant stoppé l’offensive ennemie sur la Marne, le pioupiou socialiste pourrait décider de s’enterrer en attendant des jours meilleurs.

C’est du moins mon hypothèse. Pour le PS, la seule sortie de crise qui vaille la peine d’être tentée, c’est bien celle que propose Royal. En gros assumer l’abandon du socialisme comme projet et construire un parti démocrate libéral avec pour leader incontesté, la future candidate à la présidentielle de 2012. N’ayant aucune autre alternative à proposer à cette solution de bon sens, les « socialistes » dans leur majorité, vont faire le choix de la mort lente. Jusqu’au prochain épisode

Delanoë n’aura pas attendu longtemps pour faire son choix. Son ralliement à Aubry – à quand celui de Hamon ? – montre son attachement au vieux système, celui qui consiste à se proclamer « socialiste » dans l’opposition » et à renier ses engagements dès que l’on parvient au pouvoir.  Avec ça les « socialistes » viennent de signer un bail pour plus de 10 ans dans cette opposition qui leur convient finalement mieux.

15/11/2008

Détruire le PS. Oui ! Royal le peut

Entre Royal et Besancenot il n’y a rien mais beaucoup de monde qui s’interroge. La querelle des chefs au PS n’est qu’un écran de fumée. Derrière, ce qui se joue, c’est la disparition du « vieux » parti, l’héritier de la SFIO, le lointain rejeton du parti de Jaurès et de Guesde, produit miraculeux en 1905 de la fusion de plusieurs groupes ouvriers qui se tiraient la bourre depuis la Commune. Il y a donc réellement de quoi inquiéter les dizaines de milliers d’élus qui en vivent de ce parti et au premier chef tous ceux qui furent une, deux, trois fois ministre, et qui s’y verraient bien de nouveau un jour proche et pourquoi pas, tout en haut de la pyramide : grand sachem.

Il faut dire qu’en 1981, il revenait de loin le PS. Quasi moribond à la fin des années 60, s’étant compromis jusqu’au cou dans « l’affaire algérienne », ayant , par sa politique, précipité le retour d’un de Gaulle qui méprisait ses chefs (et il avait bien raison), sa renaissance au milieu des années 70 tint du miracle, fruit des alliances entre un politicien de droite qui jouait là sa dernière carte et une bande de jeunes bourgeois, arrivistes et pressés d’occuper le pouvoir. Leur coup de maître : bâtir un authentique projet social-démocrate et convaincre un parti stalinien qu’il avait tout a gagné au change. Le « peuple de France » les prit aux mots : on allait « changer la vie ».

En moins d’un an de pouvoir, le projet fut mis au placard. Très vite les « socialistes » ne jurèrent plus que par l’argent. Tapis et les « affaires » les plombèrent quasi définitivement. On croyait qu’ils étaient morts. Chirac leur offrit une dernière chance qu’ils gâchèrent, réussissant l’exploit de rendre impopulaire chez les ouvriers une loi pourtant inscrite, dès 1936, dans le programme des… trotskistes : les 35 heures. En 2002, Chirac fut réélu avec plus de 80 % des voix.

La crise ouverte en 2002 connaîtra-t-elle son dénouement  dans quelques jours à Reims ? Rien n’est moins sûr. C’est que la mise au rebus de l’illusion social démocrate pose de sérieux problèmes. Formaliser comme le souhaite Royal une ouverture au centre s’est prendre le risque de s’aliéner définitivement les « classes populaires » pensent-ils ? Ils n’ont pas tort. Mais on peut faire la même chose sans cela. Les socialistes l’ont suffisamment montré jusqu’ici. Ce n’est pas plus la réaction de leurs alliés qui les gêne. Ils en ont vu d’autres et le poids électoral de ces satellites est si faible qu’ils ne risquent guère de se montrer exigeants.

Alors quoi ? La peur du vide, voilà ce que ressentent les socialistes au bout du terme. Ils ne connaissaient jusqu’ici qu’une méthode : se faire passer pour ce qu’ils ne sont plus, socialistes. Et que leur propose Royal ? De s’assumer tels qu’ils sont devenus : des démocrates libéraux, au sens anglo-saxon du terme. Finies, terminées, nada, à la trappe, les envolées sociales des Hamon et consort. Un seul programme : « fra-ter-ni-té ! » et nous, les bons gestionnaires, nous nous occupons du reste. Il y a de quoi être effrayé. Même si l’on peut ne pas croire une seconde à la flamme sociale de tous ces gens, on peut les comprendre. Sauter dans l’inconnu, sacré mâtin, quel programme !

11/11/2008

Besancenot… tous derrière et lui devant

Que serait le NPA sans Besancenot ? Evidemment ce serait une absurdité de réduire le NPA à la seule personnalité du « facteur de Neuilly », et pourtant  j’en arrive à me demander : « et s’il n’existait pas ? » Car l’orientation que prend depuis quelque temps le NPA est en quelque sorte masquée, brouillée, par le bon aloi du facteur. Quoique ? Sa « sortie » assez vive, à ce que l’on m’en a dit, au meeting parisien du 6 novembre montre que l’on n'est plus désormais dans le temps de la tempérance. En clair, la crise aidant, l’affirmation des réponses du NPA comme les seules possibles, à l’exclusion donc de toutes les autres, ne sont pas un signe d’ouverture.

La coordination nationale qui débattait les 8 et 9 novembre à la Plaine Saint-Denis des textes Principes Fondateurs et Orientation (plan d’urgence), elle aussi, a montré les limites du dialogue avec d’autres courants anticapitalistes. Aucune voix discordante n’a pu réellement s’exprimer, bridée par un fonctionnement dit "au consensus", mais qui permet surtout d’éliminer tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule du « parti des luttes ». Que disent ces textes ? Que l’objectif c’est la convergence des luttes, leur généralisation vers un nouveau Mai 68. Bien qu’ils ne le disent pas d’une façon aussi tranchée, pour qui veut bien lire là où se niche cette orientation gauchisante, il y a de quoi faire. Et quand ce n’est pas assez, il se trouve toujours un ou une camarade de la fraction Etincelle de Lutte ouvrière pour en rajouter une couche : les luttes ! Les luttes ! Les luttes !

Evidemment tout ceci est absurde. Où sont-elles ces luttes ? Dans le texte on cite celle des ouvriers du Livre des NMPP ! Je les aime bien, mais quand même, ce n’est pas exactement le modèle de la lutte offensive à prendre comme exemple ! On aurait pu tout aussi bien parler de la CAMIF où les salariés après plusieurs plans sociaux avalisés par le syndicat FO se retrouvent le dos au mur, quémandant quelques euros à l’Etat qui s’en fiche. Mais il y a les travailleurs de l’automobile (Renault, Peugeot). Besancenot s’est beaucoup investi ces derniers jours à leurs côtés. Mais ni la LCR et encore moins le NPA ont un quelconque poids dans ce secteur, et pas plus à la SNCF et autres secteurs décisifs.

Plus globalement le NPA n’est qu’un mouvement en devenir, encore très peu implanté, sans réelles assises syndicales et ouvrières. Tout est à faire ou presque et c'est le bon moment pour commencer ce travail. Mais un mouvement social ne se décrète pas, il se construit, et certainement pas à coups de déclarations enflammées et péremptoires. Mais le plus inquiétant c’est à l’intérieur du nouveau parti que ça se passe. Qui n’est pas sur cette ligne, est évidemment droitier, au mieux, réformiste au pire, quand on le taxe pas « d’électoraliste », l’injure suprême. Mais d’où tient-il sa notoriété et sa popularité  Besancenot ? Des luttes ou des élections ? LO a joué le même petit jeu durant dix ans. On sait comment ça s’est terminé : autour de 1% et une retraite bien méritée pour cette brave Arlette.

08/11/2008

Mélenchon, ex-trotskiste, ex-ministre, ex-socialiste, ex !

« Ce sera un parti "républicain, unitaire, sans concession avec le capitalisme et qui a vocation à gouverner", précise François Delapierre, bras droit de M. Mélenchon. » Le Monde d’aujourd’hui. » Le journal précise : « ils (Dolez et Mélenchon) lancent donc un appel en direction du PCF, mais aussi du Nouveau Parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot, pour la constitution d'un "front de gauche" afin de constituer des listes communes. Jean-Luc Mélenchon sait qu'il trouvera un écho au Parti communiste, qui avait lancé un appel similaire lors de son dernier conseil national le 24 octobre. »

Tout est dans la « vocation à gouverner » ! Petit rappel. En 2006, lors du rassemblement pour une candidature commune antilibérale à la présidentielle, la LCR avait fait un préalable à tout accord : pas de gouvernement avec les sociaux libéraux, c'est-à-dire le PS. En clair pas de gouvernement de compromis avec ceux qui non seulement s’accommodent du capitalisme, mais persistent surtout à penser qu’il n’y a pas de meilleur système économique au monde.

Quand face à un parti de quelque 250.000 membres pesant plus de 15 millions de voix à la présidentielle, qui a un groupe parlementaire puissant, des sénateurs nombreux, dirige la quasi-totalité des régions et plus de la moitié des départements, vous dites : « j’ai vocation à gouverner », ce ne peut-être qu’en état d’infériorité extrême, donc après avoir passé tous les compromis, même les plus honteux. En 1981, le PC, qui était alors encore un parti puissant, dirigeant le premier syndicat du pays, dut pourtant se résoudre à passer sous les fourches caudines des socialistes. Alors pensez donc, Mélenchon et ses troupes maigrelettes, même avec le renfort de quelques milliers d’antilibéraux, au PS on doit trembler !

Reste le PC et le NPA. Pour le PC il va falloir attendre son congrès. Mais on voit mal Buffet et son parti tiré à hue et à dia entre les staliniens, les réformateurs et les unitaires, réitérer le coup de 2007. Qui voudrait aujourd’hui d’une alliance avec le PC ? Les seuls finalement qui pourraient être embarrassés par le « one shoot » du sénateur de l’Essonne, c’est le NPA en pleine préparation de son congrès de fondation. Une fois encore, comme en 2006-2007, c’est en son sein (Picquet et sa tendance « Unir »), mais plus certainement à sa marge (les ex de la LCR devenus ses pires adversaires : Salesse, Cours-Sallis), que l’on va s’empresser de reprendre au bon la proposition. Sauf que depuis ce temps là beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. C’est dire que la tâche du politicien Mélenchon ne va pas être facile et que sa « vocation à gouverner » sent, comme on dit dans les « taules », déjà le pâté.

07/11/2008

Royal secoue le cocotier…

… Et  les premiers qui tombent s’appellent Dolez et Mélenchon. Paradoxe apparent mais pas si illogique que ça. Pour expliquer leur départ du PS, les deux compères expliquent qu’ils ne veulent plus cautionner une ligne d’alliance avec le MoDem. Pur prétexte. Dolez et Mélenchon se sont accommodés pendant des années des revirements du PS et des pires alliés (Tapis, Soisson…), ça ne les a pas empêché d’y rester et d’y faire carrière.

Ça me rappelle un vieux débat, quand, en 1981, l’union de la gauche allait du PS au PC en passant par le Parti Radical. Certains comme Mélenchon, mais qui était alors « trotskiste », pensaient qu’il fallait tout faire pour que les potiches radicales quittent cette union. Que débarrassé de ces « sous-marins » du Grand Capital, le programme de l’union de la gauche prendrait sa vraie valeur. Qu’il deviendrait un véritable programme pour un « gouvernement ouvrier ». C’est ce même courant « gauchiste », où militait Mélenchon, qui avait introduit une « taupe » trotskiste dans l’entourage de Mitterrand : Lionel Jospin.

On sait comment tout ça tourna : en eau de boudin. Mitterrand et ses amis n’avaient nul besoin des « radsocs » pour trahir les espoirs du « peuple de gauche ». Il en est de même aujourd’hui. Je suis même certain, qu’à la première occasion, les Hamon et autre Emmanuelli seront prêts à conclure un accord avec Aubry qui gouverne à Lille avec le MoDem ou avec le « libéral » Delanoë. Le pouvoir n’a pas d’odeur. Mais il est vrai aussi, qu’avec Royal à la tête du PS, les gauchistes en peau de lapin du PS ont du souci à se faire question carrière.

On va me dire que « Méluch » et Dolez étaient pour le « non » au TCE. Mais Fabius aussi qui s’est allié avec Aubry qui était pour le « oui ». Mais tout cela est désormais de l’histoire ancienne. L’appareil du PS va se liguer contre Ségo, et la « gauche » du PS ne sera pas la dernière à tremper dans la combine.

Quant à nos deux « faux amis », nous allons les retrouver… en travers de notre chemin. Là aussi, aucune illusion à se faire. Leur projet est clair : construire rapidement un pare-feu pour contrer l’émergence du NPA en ralliant les signataires de l’Appel de Politis déterminés à en découdre depuis quelque temps déjà avec le NPA et la LCR. Ces démissions c’est le déclic que certains attendaient. Après le « tous contre Ségolène », on passe au « tous contre Besancenot ».

Plus que jamais, c’est sur le terrain de la politique que tout se passe aujourd’hui. Le NPA a pris de l’avance mais attention à la « fermeture » de son orientation. Ce n’est pas la « crise finale » et les sociaux libéraux ont encore de beaux jours devant eux, d’autant plus lorsqu’il se trouvera entre eux et nous (les anticapitalistes), un courant conciliateur, comme die Linke en Allemagne, toujours prêt à concevoir des alliances de circonstance sans principes.

C’est pourquoi le NPA doit être à l’écoute mais expliquer qu’entre l’anticapitalisme et le capitalisme (même teinté d’antilibéralisme et de protectionnisme), il faut choisir. Mais qu'hormis ça, tout est possible et imaginable.

06/11/2008

L’élu de la Crise

Il faut être complètement abruti ou de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que sans le « coup de pouce » de la crise la victoire d’Obama n’aurait pas été assurée. Pour que ce pays, où un obscurantisme religieux  forcené tint lieu d’idéologie à un libéralisme économique débridé pendant plus de 20 ans – mise à part les huit années des mandats de Clinton – élise un « nègre », rejeton d’un mariage « mixte » (père africain et mère blanche), dont le 2e prénom est « Hussein », il a fallu un véritable traumatisme.

Le paradoxe, c’est que c’est McCain lui-même qui a tendu le bâton pour se faire battre, à son concurrent démocrate. Au moment où la crise éclata, où les bourses s’effondrèrent, où les principaux organismes financiers responsables du krach mirent la clé sous la porte, le candidat républicain déclara en effet sans sourcilier : « les fondements de notre économie sont sains ! » Obama s’empara aussitôt de cette déclaration et en fit le principal clip de sa campagne.

La guerre en Irak (condamnée par Obama dès l’origine) a très certainement aussi pesé lourd dans le vote, mais c’est bien l’ampleur de la crise sociale et économique qui a été le ferment principal d’une exaspération qui n’avait pour seule issue possible que le vote pour ce démocrate atypique.

Désormais on va beaucoup gloser sur l’incroyable paradoxe de cette « grande démocratie », extrêmement inégalitaire, aux fondements communautaristes, qui se paye le luxe de préférer à un ancien combattant blanc, riche et célèbre, un Noir, simple avocat des droits civiques, inconnu encore il y a plus d’un an, mais subventionné – incroyable mais vrai – par Wall Street. Mais il n’y avait dans ce pays aucun autre moyen pour « tourner la page » des années Bush.

Toutes proportions gardées, cela ressemble à ce qui s’est passé dans ce pays il y a près de 150 ans quand, en 1860, le Nord choisit pour président un petit avocat de province sans expérience : Abraham Lincoln. En 1864, lorsque Lincoln fut réélu pour la seconde fois, un célèbre inconnu, exilé en Angleterre prit sa plume et félicita le nouveau président pour son action contre l'esclavage. Cet inconnu s’appelait Karl Marx. Le « Maure » n’était pas dupe. Lincoln n’était pas plus socialiste qu’Obama n’est de « gauche », mais il y vit plus qu’un sursaut : un espoir pour les exploités et les peuples dominés.

Evidemment, les situations sont incomparables. Le nouvel élu n’a pas déclaré la guerre à la haute finance, et encore moins au capitalisme, comme Lincoln déclara en son temps « mort à l’esclavage ». Néanmoins, l’élection d’Obama ne serait-être un simple épisode de « l’illusion démocratique ». La crise, comme la taupe, a creusé ses galeries jusque sous les fondations de la première puissance mondiale.

03/11/2008

Un programme "méli-mélo"

Les 8 et 9 novembre, délégués des comités NPA vont examiner les différents textes "programmes" qui seront mis en débat au congrès fondateur du nouveau parti en janvier 2009. De nombreux amendements à ces textes vont être examinés. Mais cela suffira-t-il ? Je propose ici une critique globale de l'orientation contenue dans ces textes, en espérant revenir à la conception d'origine de ce nouveau parti : un parti large, à vocation de masse, ouvert à toutes les hypothèses "stratégiques".

Les anticapitalistes ont, en France, une chance historique à saisir. S’ils s’y prennent bien, ils pourraient, d’ici quelques années, devenir la force politique incontournable de recomposition d’un courant lutte de classe dans le salariat. Encore faudrait-il qu’ils ne gâchent pas cette opportunité par trop de précipitation, d’analyses et de jugements hâtifs et de surévaluation des facteurs qui peuvent nous permettre d’espérer dans un avenir proche atteindre un tel objectif. Quels sont ces facteurs ? Comment se présentent-ils et dans quelle mesure pouvons-nous éventuellement agir sur eux ?

 

En premier lieu, la crise économique. Son originalité par rapport à d’autres crises récentes (2002, 1993) c’est qu’elle est globale : financière, du crédit, de surproduction, énergétique, alimentaire, écologique… Apparaît-elle pour autant comme une crise générale du système de production et d’échange ? A nos yeux, très certainement, mais pour la majorité de nos concitoyens, cette crise va d’abord être ressentie comme un accident, un dérapage, le résultat d’une dérive, dont les coupables désignés - financiers, banquiers - certes identifiables restent des abstractions sur lesquelles aucun moyen de pression et de contrôle n’est envisageable.

Pour les responsables politiques qui ont couvert ce système et incité à sa généralisation, c’est une autre affaire. Rien n’indique cependant qu’une telle crise déstabilise à court terme les pouvoirs en place. Aux Etats-Unis, d’où la crise est partie et dont la population pauvre, surendettée, en subit depuis un an déjà de plein fouet les conséquences sociales, nous n’assistons à aucun mouvement de révolte ou de résistance face à cette injustice. Qu’une telle crise puisse aider à la victoire du candidat démocrate, c’est une évidence, mais verra-t-on ce candidat l’emporter haut la main ? C’est improbable, malgré l’impopularité de Bush, sa responsabilité directe dans cette crise et un ticket républicain inconsistant.

On peut aussi considérer que nous ne sommes qu’au début de cette crise, que le pire est à venir, qu’en France, en particulier (mais c’est vrai pour toute l’Europe), remontée importante du chômage, restriction du crédit à la consommation et maintien strict du blocage des salaires, peuvent créer les conditions d’un réveil des salariés. Mais nous savons bien que ça ne se passe jamais ainsi ; que d’autres facteurs doivent entrer en jeu pour créer les conditions d’une crise politique et sociale.

Ce n’est donc pas tant l’ampleur de la crise et de la récession qui va, mécaniquement, produire un retournement de tendance et déclencher un sursaut social, que la conjugaison du facteur crise avec d’autres facteurs qui sont pour l’instant plus des énigmes que des évidences : les centrales syndicales vont-elles persister dans leur choix « d’accompagnement » des « réformes » ? Comment le PS va-t-il aborder cette nouvelle période qui perturbe, voire invalide, son choix « social libéral » ? Le PC va-t-il éclater ? L’alliance Vert-Bové-Cohn-Bendit va-t-elle tenir jusqu’aux européennes en insufflant un peu plus de social dans son programme ? Le pouvoir tiendra-t-il enfin, sans fléchir, sa ligne de conduite ? La seule chose dont nous pouvons être certain, c’est que rien ne va rester en l’état. Ecoutez Royal faire concurrence à Hamon ; Sarkozy prêcher l’interventionnisme économique de l’Etat. Et ses salariés (Camif, Ford…) qui s’adressent directement à l’Etat pour sauver leurs emplois.

Quel « bénéfice » immédiat pouvons-nous, en conséquence, tirer de cette crise ? Il est essentiellement politique. Capitalisme et anticapitalisme, sont aujourd’hui devenus les seuls termes corrects pour caractériser ce système et son antithèse. Considéré hier encore, même dans nos rangs, comme « négatif » ou « restrictif », l’anticapitalisme marque désormais une frontière nette et claire entre ceux qui veulent maintenir et défendre le système et ceux qui veulent en changer. Il y a peu, pourtant, les maîtres mots étaient antilibéralisme et altermondialisme. Combien ils apparaissent aujourd’hui faibles, inappropriés, face à la crudité et à la brutalité de cette crise « systémique ». Il en est de même en face. Hier le marché était tout. Nulle entrave ne devait gêner son fonctionnement. Pour arriver à ses fins il exigeait moins d’impôts, de taxes, de règles, moins d’Etat. Aujourd’hui, le marché n’est plus fiable, c’est à l’Etat qu’il revient de « sauver le capitalisme ».

Pour autant, si les masques sont tombés, l’anticapitalisme ne va toujours pas de soi. L’économie de marché et la propriété privée des moyens de production restent, pour l’écrasante majorité du salariat, la seule vérité. Notre première tâche est donc d’expliquer sans relâche en quoi le capitalisme ne peut pas être « moralisé », « réformé », qu’il n’est pas l’horizon indépassable de nos sociétés, qu’un autre monde est possible, mais qu’il ne s’écroulera pas tout seul. Ce travail de pédagogie anticapitaliste, nous ne devons en laisser le soin à personne d’autre, sans pour autant le galvauder. Il sera d’autant plus facilité par l’embarras des classes dirigeants et des pouvoirs en place à justifier leurs mesures pour conjurer cette crise en faisant porter l’essentiel de l’effort sur ceux qui en sont les premières victimes.

Mais ce travail d’explication ne suffira pas à convaincre. Pour enfoncer le clou nous devons parallèlement avancer nos propres mesures. Comme par exemple celles d’un grand service public de la banque sous contrôle des salariés et de la population, d’une augmentation des salaires et des revenus, de l’interdiction des licenciements… Mais comment passer de « la propagande » à « l’agitation » ? Comment nous faire entendre ? Quels peuvent être les leviers de la mise en route de notre plan d’urgence sociale ? Si ce n’est en prenant appui sur ce qui existe, réellement, là où nous pouvons marquer des points.

 

En second lieu, l’état réel (et non fantasmé) de la résistance salariale. On lit des choses étranges, à ce propos, aussi bien dans le texte des Principes fondateurs que dans le texte Orientation. Dans les Principes fondateurs, voici quelles fonctions nous attribuons au « mouvement social » : « C’est dans le mouvement social que progresse la prise de conscience, que l’idée d’un nouveau monde s’élabore, que la satisfaction des exigences populaires pose la question de qui dirige la société. La convergence de ces exigences pose la question du contrôle des travailleurs et de la population sur la marche des entreprises et de la société. C'est par le développement et la généralisation des luttes, des grèves généralisées et prolongées que l'on peut bloquer les attaques et imposer des revendications. C’est le rapport de force issu de la mobilisation qui peut permettre la mise en place d’un gouvernement qui imposera des mesures radicales en rupture avec le système et engage une transformation révolutionnaire de la société. » En somme, le « mouvement social » est tout ! Cet extrait, décisif pour la compréhension de notre projet, posent plusieurs questions.

Première question : qu’est-ce que ce « mouvement social » ? Nous trouvons la réponse dans le texte Orientation. Bonne nouvelle, il « tient bon, malgré des difficultés » : « Le mouvement altermondialiste est toujours actif. Attac a surmonté sa crise de direction. Les Forums sociaux connaissent des difficultés pour trouver un second souffle mais restent un lieu de rencontre des mouvements sociaux et syndicaux. De nouvelles formes de résistance apparaissent pour contrer les politiques de discrimination (RESF). » Mais je suppose que nous confondons ce « mouvement social » là et un autre, aujourd’hui inaccessible.

Seconde question: qu’est devenu le « mouvement syndical » ? Dans les Principes fondateurs, pas un mot sur ce qui reste, malgré tout,  la première organisation du salariat, celle qui regroupe encore quelque millions de salariés (le « mouvement social », combien de divisions ?). Puis voilà que, dans le texte Orientation, on se souvient qu’il existe un « mouvement syndical ». Mais c’est pour en dire ceci : « Le mouvement syndical, entre crise et mutation.Chômage de masse depuis des années, précarité, taux de syndicalisation au plus bas, mesures réactionnaires tous azimuts, le mouvement syndical est en crise et marqué par des reculs majeurs pour le mouvement social. » Comme si, tout à tout, l’on revenait à la triste réalité car cette crise, expliquent les auteurs du texte, « hypothèque toute possibilité de riposte organisée à la hauteur de l’offensive du capital, contribue à la démoralisation, alors que les travailleurs ont plus que jamais besoin d’un outil pour recréer une solidarité de classe et dans l’unité favorisant leur capacité à peser sur les enjeux stratégiques. »

Ainsi les auteurs du texte attribuent au « mouvement social » des vertus qu’il est loin d’avoir ou qu’il n’a pas encore, alors qu’ils tracent du « mouvement syndical » un portrait négatif, qui bien que justifié, pose un sérieux problème puisqu’il obère « toute possibilité de riposte ». Voyons comment nos auteurs caractérisent cette crise. Elle est « plus liée, selon eux, à l’effondrement idéologique de la gauche institutionnelle, et à la dépolitisation qui en résulte face au rouleau compresseur de la droite et du MEDEF, qu’à la victoire du projet de Sarkozy. » Elle se caractérise « par sa normalisation, son institutionnalisation, son adaptation au libéralisme aggravée avec la politique de soi-disant « dialogue social » du gouvernement et du Medef dans lesquelles les directions sont engluées y compris celles qui pouvaient paraître dans le passé plus combatives. »

En gros, comme l’avait dit un camarade de Pessac à la conférence « salariés » d’octobre dernier, les directions syndicales sont « passées de l’autre côté ». Devenues, en d’autres termes, « réactionnaires », constituant le principal obstacle à la généralisation et à la convergence des luttes, elles contribueraient pour l’essentiel à la démoralisation du mouvement. Vieille et éternelle rengaine ! Inutile de polémiquer à ce propos car, fort heureusement, nous n’en déduisons pas que les syndicats seraient devenus, eux aussi, réactionnaires » et qu’il ne faudrait plus y militer. Mais comment se sortir d’une situation aussi problématique ? Si la crise du syndicalisme « hypothèque toute possibilité de riposte organisée », que peut-il se passer ? Les auteurs du texte Orientation propose le raisonnement suivant :

En premier lieu il s’agit de relativiser cette apathie sociale : « Malgré tout, face à cette crise et à ce rapport de force très dégradé pour les travailleurs : des luttes il y en a eu hier et aujourd’hui. Non seulement de résistances, mais des luttes offensives pour la plupart éparpillées et souvent ignorées et d’autres enfin qui n’ont pas pris les chemins traditionnels comme celles des précaires, des sans papiers, des sans droits, des mal logés, de l’hôpital de Carhaix. L’exaspération est partout ! » Grand dieu !

En second lieu, il existe « dans les syndicats les plus divers  (…) des équipes syndicales « lutte de classes » qui refusent la politique des directions et qui veulent affronter les politiques libérales à l'œuvre. » Ces équipes, « il faut les renforcer et distinguer les militants syndicaux des directions » car c’est « avec elles nous voulons mener un combat pour : contribuer au combat idéologique, rompre avec cette politique de cogestion et d’accompagnement, défendre un syndicalisme dont le double objectif doit être, la défense des revendications immédiates et quotidiennes mais aussi la lutte pour une transformation d’ensemble de la société en toute indépendance des partis et de l’Etat » et imposer « la démocratie dans les syndicats et les luttes, l’auto organisation. » « Rompre ! Imposer ! » Facile ! Y’a qu’à !

Suit, logiquement : « Il est temps de ne plus gaspiller les potentialités de luttes et l’exaspération en se prêtant au jeu de dupes du dialogue social avec le gouvernement, par la division, les journées de grève saucissonnées, secteur après secteur. Ici et maintenant, nous pouvons réagir ! Prendre appui sur les résistances qui existent dans tous les secteurs, mais dispersées, en favoriser la convergence. Un tous ensemble, déterminé, unitaire, la généralisation des luttes et des grèves, voilà ce qu’il faut pour battre ce gouvernement et ses contre réformes ! » « Ici et maintenant ! Il est temps ! » Hardi les gars !

Tout ceci serait bon et fort à propos si les postulats des auteurs du texte étaient exacts. Or nous sommes fort loin de ce tableau idyllique. Qu’il existe des luttes, des résistances, des équipes syndicales « lutte de classe », c’est vrai. Des « luttes offensives », c’est déjà moins sûr. Qu’idéalement il faudrait « un tous ensemble (…) pour battre ce gouvernement », nous en sommes tous persuadés. Mais par quel coup de baguette magique va-t-il être possible de passer de quelques mouvements sporadiques à la constitution d’un mouvement d’ensemble ?

L’éparpillement, le « saucissonnage », des luttes est moins le fruit de la volonté des directions syndicales (évidemment elles y ont leur part) que l’expression de l’état du mouvement. L’énumération des actes de résistance faite par les auteurs du texte est significative à ce propos. Hormis les enseignants (oubliés dans l’énumération) et Carhaix (une exception), aucun secteur décisif. Et pour cause. Difficile de trouver dans le privé, dans des grandes ou des petites entreprises, des luttes exemplaires de cette « exaspération » qui ne demanderait qu’à s’exprimer. Il y a eu pourtant Carrefour, La Redoute, Ford, et bien d’autres luttes encore. Mais rien qui indiquerait un retournement de tendance.

Ce qui est nouveau, en revanche, par rapport aux années 90, c’est que la passivité (la démoralisation ?) a gagné également les fonctionnaires et les salariés des services publics, nationaux, territoriaux, ces secteurs là qui avaient été en pointe en 1995. Peut-être avons-nous su mal apprécié la défaite des cheminots en 2007 ? Reste les enseignants. Seront-ils en mesure de relever le défi que Sarkozy leur a lancé dernièrement ? A suivre.

Il ne s’agit pas de dédouaner les directions confédérales de leur lourde responsabilité dans cette crise du mouvement syndical, mais si « l’exaspération était partout », nul doute  qu’elle trouverait le chemin de la lutte et qu’elle finirait par bousculer ou contourner ces directions, comme en 1968, dans les années 70, au milieu des années 80 ou plus récemment en 1995.

Il faut donc trouver d’autres explications à cette apathie, plus profonde et durable que nous l’avions prévue. Nous savons pourtant qu’une majorité de salariés du privé a voté Sarkozy en 2007. Que des phénomènes identiques (un vote ouvrier pour des leaders de droite) existent dans beaucoup d’autres pays. Qu’in fine, le déclin du vieux mouvement syndical ouvrier est la conséquence directe de  l’effondrement du tout aussi vieux projet politique social-démocrate auquel ont adhéré, dès 1936, les partis communistes, projet dans lequel la conquête d’avantages sociaux (par les syndicats) et l’investissement de l’Etat « protecteur » (par les élus « socialistes » et « communistes ») allaient de pair.

Ce projet, le salariat l’avait fait sien. Il le crut à portée de mains en 1981 : « la majorité sociologique avait rejoint la majorité politique. » Or son démantèlement à partir de 1982, et sa lente agonie, correspondent précisément à la montée en puissance (et au succès) de nouvelle stratégie des « classes dominantes », celle du « pur capitalisme ».

Désormais, sans aucune autre alternative que le refuge dans l’abstentionnisme de masse et, à la marge, dans un vote « protestataire », sans illusion quant à la possibilité de revoir ce projet réactivé – la fausse tentative de remettre le vieux projet au goût du jour en 1997 connut l’épilogue que l’on sait en 2002 –  les secteurs les plus exposés à l’offensive de ce « pur capitalisme » (ouvriers, employés, ces « oubliés » du social libéralisme) ont fini par se résoudre à accepter, momentanément, en désespoir de cause, cette reconnaissance qu’un Sarkozy leur promettait.

La désillusion, après quelques mois de gouvernance sarkoziste, fut cruelle. Elle ne provoqua néanmoins aucune colère sociale en retour. Plus destructeur encore sera encore le choc de la récession si rien ne vient éclairer bientôt cet horizon assombri. Mais alors, comment, dans de telles conditions, pouvons nous espérer un réveil social ?

 

En troisième lieu, le facteur politique. Ces dernières années, c’est essentiellement sur le terrain politique que s’est cristallisée l’exaspération sociale. Deux importantes mobilisations ont marqué cette période : celle autour du « non » au référendum sur le TCE en 2005 et celle contre le CPE en 2006, deux mouvements qui ont réuni plusieurs millions de personnes. Autres phénomènes illustrant cette emprise du politique sur le social : les bons scores électoraux obtenus par LO et la LCR en 2002 et par la LCR seule en 2007 ainsi que le rassemblement autour d’une candidature unitaire « antilibérale » à la présidentielle en 2007.

Le NPA lui-même est justement le produit de cette période paradoxale. Il n’est pas le résultat d’une radicalisation sociale mais d’abord celui d’un processus de décantation du débat autour d’une question strictement politique : quelle alternative au déclin du vieux mouvement ouvrier consécutif à l’effondrement du projet réformiste et aux succès du « pur capitalisme » ? Il faut être aveugle pour ne pas le reconnaître.

Pour ceux qui ont vécu et milité dans les années 70 - quand le social poussait à une solution politique - c’est, en apparence, un retournement de tendance. Mais la recherche par le mouvement syndical d’un débouché politique illustrait plutôt, dans ces années là, la dépendance du social que son autonomie. Les succès du « mouvement syndical » étaient en pieds et poings liés à la crédibilité du projet réformiste social-démocrate. N’oublions pas que mai 68 avait été précédé de deux cataclysmes politiques pour la droite de l’époque : la mise en ballotage de de Gaulle par Mitterrand en 1965 et la très courte victoire de la majorité gaulliste aux législatives de 1967. N’oublions pas également que si mai 68 a réussi socialement mais échoué politiquement c’est que la « gauche » était à l’époque engluée dans la FGDS et qu’il a fallu bien des années encore pour que se concrétise un authentique projet social-démocrate.

L’effondrement de ce projet dans les années 80-90 (projet auquel était associé directement le mouvement syndical) a ainsi accéléré en retour la crise d’un « mouvement syndical » (comme le note justement le texte Orientation), mais conjointement mis à mal par l’offensive du « pur capitalisme » avec ses conséquences : déclins des bastions ; nouvelles méthodes de production et de management ; chômage de masse ; précarisation et flexibilité du travail…

Si le social est aujourd’hui si faible, c’est donc parce qu’il est précisément orphelin d’un débouché politique. L’ancien ayant fait faillite, la lutte est momentanément sans issue. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y aura pas dans les mois à venir des mobilisations, des grèves, des luttes. Mais ne nous méprenons pas. Tant que le politique restera sans solutions, inutile d’espérer une quelconque généralisation ou convergence. Tout attendre de ce moment, c’est à la fois un vœu pieux et une faute politique.

Mais pourquoi alors, dans nos textes, cette surévaluation de la lutte économique, gréviste et cette exaltation d’une convergence improbable ? Que ces luttes contribuent  à la construction d’un projet politique et s’en nourrissent à leur tour, c’est évident. Et nous avons mille fois raison de soutenir sans relâche toutes ces manifestations de résistance sociale. Mais la solution ne viendra pas de là. D’une certaine façon, nous nous trompons d’époque, quand il fallait pousser à bout, jusque dans ses derniers retranchements, le compromis social démocrate, pour faire apparaître ses contradictions.

Mais cette époque est révolue. Les sociaux libéraux ont toutes les peines à rebâtir un projet ; leur crédibilité est mise en doute ; leur tentation d’alliance avec le « centre droit » les plombe ; la crise du « pur capitalisme » les contraint à réviser à minima leur projet. Mais nulle force sociale, déterminée, n’est là, pour l’instant, pour les suivre. Ce qui ne veut pas dire pour autant que nous avons un boulevard devant nous, que tout est possible, qu’il suffirait de… Loin de là. Nulle crise politique ou sociale à venir. Au pire Sarkozy va s’en sortir. Au mieux, la « gauche » peut – miraculeusement – retrouver le chemin du pouvoir.

Or face à ces seules hypothèses, que lit-on : « Face aux faillites et licenciements massifs qui menacent, au chômage de masse qui s'ensuivra et aux millions de vies qui risquent d'être détruites, il nous faut présenter un plan d'urgence sociale pour empêcher une paupérisation énorme de la population. Nous devrons faire tout ce que nous pourrons pour qu'autour de ce programme d'urgence, le monde du travail tout entier ainsi que ses organisations puissent se rassembler (…) Mais plus que cela, car il s'agit de la survie de l'ensemble des classes populaires, voire de l'humanité, il est temps de mettre fin à la mainmise de la bourgeoisie sur le capital industriel et commercial de la planète et de faire vivre l’actualité et la légitimité de la perspective socialiste et révolutionnaire. »

Catastrophisme économique, social et perspective d’une crise prérévolutionnaire, voilà ce que prophétisent les auteurs du texte Orientation. Rien que ça ! Evidemment, rien de ce qui est affirmé ici ne correspond à une quelconque réalité, du moins avec cette ampleur. Il est effrayant qu’une telle orientation puisse devenir officielle. Qui va nous prendre au sérieux ? Et qu’est-ce qui nous a conduits, depuis le dernier congrès de la LCR, à passer d’un projet de construction patiente d’un large rassemblement anticapitaliste à cette exaltation ultragauche, à la formulation de telles inepties ?

L’arrivée de cette crise a joué son rôle, c’est certain, dans cette dérive. Mais il y a eu autre chose encore qui était déjà contenu dans le projet initial. Cette idée, assez sujette à caution, que ce parti se construirait essentiellement par la base et qu’il n’y avait pas grand-chose à attendre, comme nous disions, d’accords au sommet et des courants « antilibéraux » prisonniers de tels accords qui ne se réaliseraient jamais. En quelque sorte, la crise, nous offrirait l’occasion inespérée de valider cette interprétation du nouveau parti.

Eh bien, il va falloir déchanter. Ceux qui pensent que la crise va leur servir, comme sur un plateau, tout chaud, tout rôti, ces centaines, ces milliers de nouveaux adhérents, ces « équipes syndicales lutte de classe », ces révolutionnaire convaincus « qu’il est temps ! (etc.) », ont tout faux.

Mais admettons que cette crise soit, pour les plus révoltés, l’occasion de nous rejoindre. Que faisons-nous des autres ? En premier lieu de tous ceux qui sont d’accord avec la plupart des mesures que nous préconisons, qui sont prêts à nous rejoindre sur des bases clairement anticapitalistes, mais qui, comme beaucoup d’entre nous, ne partagent pas ce goût pour l’exagération et la surenchère. Allons-nous leur dire : « Passez votre chemin, pas assez révolutionnaires pour nous ! »

Et puis il y a ces centaines de milliers d’autres qui gardent en partie encore leurs illusions sur « la gauche », l’économie de marché, la démocratie parlementaire, mais qui nous regardent avec sympathie et qui pensent que « le PS ne fait pas son boulot », que la France « a besoin d’un parti anticapitaliste », que le PS devrait « rechercher d’éventuelles alliances » avec Besancenot (toutes ces citations proviennent d’un récent sondage Opinion Way). A ceux-là, qu’avons-nous à leur dire ?

Un peu d’histoire. Quand, en 1875, Marx et Engels réceptionnèrent l’ébauche du programme de Gotha, ils furent catastrophés. Ce programme « méli-mélo » (dixit) qui devait consacrer l’unification du mouvement ouvrier allemand entre les Lassalliens, majoritaires, et les amis du « Maure » et du « Général » (Bebel, Liebknecht…), voici en quels termes ils le jugeaient : « C’est pour moi un devoir, écrivait Marx, de ne pas reconnaître (…) un programme qui (…) est condamnable et qui démoralise le Parti (…) Après le congrès d’unité, nous publierons, Engels et moi, une brève déclaration dans laquelle nous indiquerons que nous n’avons rien de commun avec le programme de principe en question. »

Dans les critiques extrêmement sévères de Marx (par exemple sur « la loi d’airain » des salaires, si chère à Lassalle), combien pourraient être faites (quasiment dans les mêmes termes) à notre propre projet : « De plus en plus, le nombre et la misère des prolétaires s’accroissent. » (Programme d’Erfurt, quelques années plus tard). Commentaire d’Engels : « Ceci, affirmé ainsi d’une façon absolue, n’est pas exact ». A plus d’un siècle de distance, ce commentaire rapporté à notre Orientation garderait toute sa vigueur. N’explique-t-on pas dans ce texte que notre plan d’urgence a pour objectif « d’empêcher une paupérisation énorme de la population. » Engels note également que le programme du Gotha ne dit rien sur le syndicat. Itou dans nos Principes fondateurs sur « l’organisation de la classe ouvrière, entant que classe, par le moyen des syndicats », pas la moindre allusion.

La liste serait longue des similitudes entre Gotha ou Erfurt « au plus haut point désordonné, confus, incohérent, illogique et blâmable » (Engels) et nos deux textes. Deux exemples encore, particulièrement croustillants. Les Lassalliens prétendaient être le seul parti ouvrier. Tous les autres étaient des « réactionnaires » et des « bourgeois ». Marx, Engels et leurs amis inclus. Ça ne vous rappelle rien ? Et puis cette perle, sur le travail. Pour les Lassalliens il fallait « libérer le travail ». Pour les auteurs du texte Principes Fondateurs, c’est la même chose : « le travail n’est pas une marchandise » (Orientation). Commentaire ironique de Engels (après ceux de Marx, outré que l’on ait rien compris à ces travaux) : « il ne peut être question que de la libération de la classe ouvrière, car le travail, lui, est encore bien trop libre. »

Que faire ? Engels craignait qu’il y ait « dans la presse bourgeoise (…) un seul esprit critique [qui] aurait décomposé phrase après phrase [ce programme], de façon à réduire chacune d’elles à son vrai contenu, et mettant en évidence tous les illogismes, toutes les contradictions et bévues commises sur le terrain économique (…) il n’aurait, souligne Engels, pas eu de peine à faire sombrer notre parti dans le ridicule. » Et puis il se passa quelque chose d’étrange : « Au lieu de cela, ces ânes que sont les journalistes bourgeois ont pris ce programme tout à fait au sérieux, ils y ont lu ce qui n’y était pas et l’ont qualifié de communiste. Les ouvriers [ont fait] la même chose. » Commentaire d’Engels : « « Tant que nos adversaires et aussi les ouvriers découvrirons malgré tout nos intentions à travers ce programme, il nous est permis de nous taire. » Ne prenons pas ce risque.

 

Des amendements ne suffiront pas, c’est tout le programme qu’il faut réécrire. Pour aller au plus vite, ces textes pêchent trop par un « catastrophisme économique » récurrent et ne retiennent implicitement (le mot n’est pas dit) comme solution stratégique qu’une seule hypothèse : la grève générale prolongée « insurrectionnelle ». J’avais pourtant cru comprendre (plateforme A du congrès de la LCR, plateforme que j’ai défendue et votée au congrès) que ce parti large que nous voulions construire était ouvert à TOUTES les hypothèses. Où sont les autres ? Ce choix unique détermine en effet tout le reste. Car c’est lui qui justifie notre mot d’ordre de convergence des luttes comme seule solution pour inverser le rapport de forces entre le capital et le travail.

Plus globalement la grève, la lutte, pour des revendications économiques et des mesures sociales d’urgence semblent être les seules armes dont nous disposerions. Je sais que la lutte économique est aussi un combat politique. Mais c’est faire bien peu de cas des autres moyens, tout aussi efficace comme l’utilisation que nous pouvons faire des élections et de notre participation aux institutions parlementaires. N’en sommes nous pas la preuve. D’où tenons-nous notre relative popularité, sinon de notre participation aux élections ? Au lieu de ça nous nous contentons de réaffirmer la seule fonction tribunitienne de ces moyens. Nous avons même cette phrase dans les Principes fondateurs qui en dit long sur notre peu d’empressement à avoir des élus : « Nous défendons la proportionnelle intégrale pour réclamer d'avoir un nombre d'élus conforme au poids que nous avons dans la société. » Qu’elle manque d’ambition !

Ce qu’il faudrait dire, c’est plutôt ça : « Nous participons aux élections quand elles constituent, parallèlement aux luttes sociales, un moment privilégié du débat et du combat politiques. Nous ne pouvons cependant pas nous contenter d’une fonction tribunitienne des élections. Les institutions parlementaires, la démocratie, ne peuvent être confisquées par les seuls partis qui acceptent de cogérer le système. Nous y revendiquons, nous aussi, toute notre place pour nous opposer avec ténacité aux mesures antisociales et défendre bec et ongles, en toute indépendance des majorités de droite ou social libérales, une politique de défense des intérêts des travailleurs et de la population et de conquête de nouveaux droits. C'est pourquoi nous exigeons dans toutes les élections un scrutin direct à la proportionnelle intégrale. » [Amendement proposé]

Serions nous, en vérité, hostiles à avoir bientôt des centaines, voire des milliers d’élus ? Une camarade de Marseille a  émis lors de la rencontre « salariés » d’octobre dernier cet étrange point de vue sur la construction du NPA. Elle notait que pour de nombreux nouveaux adhérents, le NPA était tout à la fois un parti pour les luttes (pouvant se substituer aux syndicats) et pour gagner des voix et avoir des élus. Elle en concluait qu’il y avait là un danger « électoraliste ».

Ce qu’elle ne semblait pas vouloir admettre, c’est que pour les luttes, ces nouveaux adhérents nous prenaient au mot. Car s’est bien nous qui nous proclamons « parti des luttes » par opposition à ces directions confédérales passées « de l’autre côté ». Quant aux élections, ces nouveaux adhérents ne faisaient qu’extrapoler le résultat de ce qui est bien notre objectif : gagner à notre programme le plus grand nombre de salariés. Qu’importe que cela se fasse par les élections ou d’autres moyens. Il n’y a aucune incompatibilité, pour des révolutionnaires, entre la lutte parlementaire et la lutte économique. Le combat politique est un tout.

 

En conclusion, si nous persistons dans ce cours ultragauche, nous ne construirons pas ce parti anticapitaliste, large, démocratique, que nous voulons tous, mais un énième avatar de ce gauchisme séculaire qui n’est plus aujourd’hui cette « maladie infantile » fustigée par Marx ou Lénine, mais « l’Alzheimer du communisme ».

 

 

 

01/11/2008

C’est la faute à Proudhon !

royal_camif.jpgLa fin de la Camif c’est aussi la fin d’une très vieille illusion du mouvement syndical  et ouvrier : celle du mutualisme et des coopératives.  Un article récent du Monde rappelle ce que fut l’aventure de cette coopérative d’achat, créée après la fin de la dernière guerre mondiale par un instituteur syndicaliste et résistant  niortais, Edmond Proust.

D’une certaine façon, on est là au cœur du débat de la gauche : les producteurs associés et solidaires peuvent-ils créer durablement au sein d’une société marchande, où une poignée de capitaliste est majoritairement détenteur des moyens de production, leur propre système de production et d’échange, et construire ainsi, pas à pas, le socialisme ?

Vieux débat qui mit, face à face au milieu du 19e siècle, deux géants du socialisme naissant : Proudhon, typographe, penseur autodidacte,  le prototype de l’ouvrier qualifié,  fils de tonnelier et d’une paysanne, et Marx, l’intellectuel savant ayant fait les meilleurs études,  fils d’avocat converti au protestantisme, petit-fils de rabbin, polyglotte, touche à tout de génie, le combattant, le proscrit.

Proudhon, toute sa vie, tenta de construire sa société idéale, essayant de lever des fonds pour créer une banque qui aurait permis aux producteurs associés de créer et gérer leurs propres entreprises. Marx y vit naïveté et détournement du combat ouvrier pour une cause perdue d’avance. Proudhon s’opposait aux grèves et considérait le combat ouvrier pour obtenir de meilleures conditions de travail comme vain. Marx étaient solidaires de toutes les luttes et de tous les combats, même ceux qu’il considérait comme prématurés, comme la Commune de Paris de 1871.

A son époque Proudhon était bien plus célèbre que Marx, son influence sur le mouvement ouvrier français, considérable. Dans la Commune, proudhoniens et blanquistes (Blanqui, l’autre figure du mouvement révolutionnaire de l’époque) étaient majoritaires. Proudhon inspira l’anarchisme, par son refus de s’intéresser à la question de l’Etat. Mais Proudhon aura bien accepté cependant que l’Etat l’aide dans son entreprise. Marx, à l’inverse, était sur la même longueur d’ondes que les anarchistes : l’Etat « bourgeois » devait être détruit. Quant au socialisme, il ne pouvait être réalisé, selon lui, qu’en expropriant les capitalistes.

C’est en Allemagne finalement, après 1870, que se réalisa la synthèse. Les proudhoniens apportèrent leurs idées d’introduire un peu de socialisme, « ici et maintenant », et les lassaliens (dominants dans le mouvement ouvrier allemand) celle du recours à l’Etat pour consolider, par la loi, les conquêtes sociales. Les « marxistes » allemands adhérèrent à ce socialisme là, au grand désespoir de Marx et d’Engels. La social-démocratie était née.

Pendant quelque temps, les sociaux-démocrates continuèrent à se recommander de Marx mais c’était pour mieux le trahir. Vinrent, Keynes, la crise de 29, la guerre mondiale. Il fallut reconstruire. Avec l’Etat providence, la social-démocratie (pas toute seule) réalisa son chef d’œuvre. Le capital s’en sortait bien. Puis il considéra qu’on lui avait assez mangé la laine sur le dos ; qu’il fallait mettre fin à toutes ses fantaisies « socialistes ». Le « pur capitalisme » voulut toujours plus "moins d’Etat". Le vieux projet social démocrate n’avait plus lieu d’être.

Et c’est ainsi que la Camif fut rachetée par un fonds de pension. On connait la suite. La défaite de Proudhon, et la victoire de Marx, en théorie, il s’entend.

 
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