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06/11/2008

L’élu de la Crise

Il faut être complètement abruti ou de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que sans le « coup de pouce » de la crise la victoire d’Obama n’aurait pas été assurée. Pour que ce pays, où un obscurantisme religieux  forcené tint lieu d’idéologie à un libéralisme économique débridé pendant plus de 20 ans – mise à part les huit années des mandats de Clinton – élise un « nègre », rejeton d’un mariage « mixte » (père africain et mère blanche), dont le 2e prénom est « Hussein », il a fallu un véritable traumatisme.

Le paradoxe, c’est que c’est McCain lui-même qui a tendu le bâton pour se faire battre, à son concurrent démocrate. Au moment où la crise éclata, où les bourses s’effondrèrent, où les principaux organismes financiers responsables du krach mirent la clé sous la porte, le candidat républicain déclara en effet sans sourcilier : « les fondements de notre économie sont sains ! » Obama s’empara aussitôt de cette déclaration et en fit le principal clip de sa campagne.

La guerre en Irak (condamnée par Obama dès l’origine) a très certainement aussi pesé lourd dans le vote, mais c’est bien l’ampleur de la crise sociale et économique qui a été le ferment principal d’une exaspération qui n’avait pour seule issue possible que le vote pour ce démocrate atypique.

Désormais on va beaucoup gloser sur l’incroyable paradoxe de cette « grande démocratie », extrêmement inégalitaire, aux fondements communautaristes, qui se paye le luxe de préférer à un ancien combattant blanc, riche et célèbre, un Noir, simple avocat des droits civiques, inconnu encore il y a plus d’un an, mais subventionné – incroyable mais vrai – par Wall Street. Mais il n’y avait dans ce pays aucun autre moyen pour « tourner la page » des années Bush.

Toutes proportions gardées, cela ressemble à ce qui s’est passé dans ce pays il y a près de 150 ans quand, en 1860, le Nord choisit pour président un petit avocat de province sans expérience : Abraham Lincoln. En 1864, lorsque Lincoln fut réélu pour la seconde fois, un célèbre inconnu, exilé en Angleterre prit sa plume et félicita le nouveau président pour son action contre l'esclavage. Cet inconnu s’appelait Karl Marx. Le « Maure » n’était pas dupe. Lincoln n’était pas plus socialiste qu’Obama n’est de « gauche », mais il y vit plus qu’un sursaut : un espoir pour les exploités et les peuples dominés.

Evidemment, les situations sont incomparables. Le nouvel élu n’a pas déclaré la guerre à la haute finance, et encore moins au capitalisme, comme Lincoln déclara en son temps « mort à l’esclavage ». Néanmoins, l’élection d’Obama ne serait-être un simple épisode de « l’illusion démocratique ». La crise, comme la taupe, a creusé ses galeries jusque sous les fondations de la première puissance mondiale.

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