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01/11/2008

C’est la faute à Proudhon !

royal_camif.jpgLa fin de la Camif c’est aussi la fin d’une très vieille illusion du mouvement syndical  et ouvrier : celle du mutualisme et des coopératives.  Un article récent du Monde rappelle ce que fut l’aventure de cette coopérative d’achat, créée après la fin de la dernière guerre mondiale par un instituteur syndicaliste et résistant  niortais, Edmond Proust.

D’une certaine façon, on est là au cœur du débat de la gauche : les producteurs associés et solidaires peuvent-ils créer durablement au sein d’une société marchande, où une poignée de capitaliste est majoritairement détenteur des moyens de production, leur propre système de production et d’échange, et construire ainsi, pas à pas, le socialisme ?

Vieux débat qui mit, face à face au milieu du 19e siècle, deux géants du socialisme naissant : Proudhon, typographe, penseur autodidacte,  le prototype de l’ouvrier qualifié,  fils de tonnelier et d’une paysanne, et Marx, l’intellectuel savant ayant fait les meilleurs études,  fils d’avocat converti au protestantisme, petit-fils de rabbin, polyglotte, touche à tout de génie, le combattant, le proscrit.

Proudhon, toute sa vie, tenta de construire sa société idéale, essayant de lever des fonds pour créer une banque qui aurait permis aux producteurs associés de créer et gérer leurs propres entreprises. Marx y vit naïveté et détournement du combat ouvrier pour une cause perdue d’avance. Proudhon s’opposait aux grèves et considérait le combat ouvrier pour obtenir de meilleures conditions de travail comme vain. Marx étaient solidaires de toutes les luttes et de tous les combats, même ceux qu’il considérait comme prématurés, comme la Commune de Paris de 1871.

A son époque Proudhon était bien plus célèbre que Marx, son influence sur le mouvement ouvrier français, considérable. Dans la Commune, proudhoniens et blanquistes (Blanqui, l’autre figure du mouvement révolutionnaire de l’époque) étaient majoritaires. Proudhon inspira l’anarchisme, par son refus de s’intéresser à la question de l’Etat. Mais Proudhon aura bien accepté cependant que l’Etat l’aide dans son entreprise. Marx, à l’inverse, était sur la même longueur d’ondes que les anarchistes : l’Etat « bourgeois » devait être détruit. Quant au socialisme, il ne pouvait être réalisé, selon lui, qu’en expropriant les capitalistes.

C’est en Allemagne finalement, après 1870, que se réalisa la synthèse. Les proudhoniens apportèrent leurs idées d’introduire un peu de socialisme, « ici et maintenant », et les lassaliens (dominants dans le mouvement ouvrier allemand) celle du recours à l’Etat pour consolider, par la loi, les conquêtes sociales. Les « marxistes » allemands adhérèrent à ce socialisme là, au grand désespoir de Marx et d’Engels. La social-démocratie était née.

Pendant quelque temps, les sociaux-démocrates continuèrent à se recommander de Marx mais c’était pour mieux le trahir. Vinrent, Keynes, la crise de 29, la guerre mondiale. Il fallut reconstruire. Avec l’Etat providence, la social-démocratie (pas toute seule) réalisa son chef d’œuvre. Le capital s’en sortait bien. Puis il considéra qu’on lui avait assez mangé la laine sur le dos ; qu’il fallait mettre fin à toutes ses fantaisies « socialistes ». Le « pur capitalisme » voulut toujours plus "moins d’Etat". Le vieux projet social démocrate n’avait plus lieu d’être.

Et c’est ainsi que la Camif fut rachetée par un fonds de pension. On connait la suite. La défaite de Proudhon, et la victoire de Marx, en théorie, il s’entend.

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