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24/10/2008

On ne rigole plus !

Nous savions déjà que l’économie était une chose trop sérieuse pour être confiée aux économistes, on va bientôt apprendre que la conduite des Etats ne doit pas être laissé à n’importe qui, fut-il super président. Le plan de relance de Sarkozy a fait long feu. Moins de vingt-quatre heures après son annonce, c’est la « cata » : bourse en chute libre, escalade de plans de licenciements, usines fermées pour cause de chômage technique, banque au bord du dépôt de bilan… Mais le prix de l’essence baisse ! Mais « IL » n’y est pour rien.

 

Il y en a qui ne savent plus à quels saints se vouer, ce sont les députés de la majorité. Obstinément, besogneusement, ils cherchent encore à faire des économies tandis que le président flambe. Remontage de bretelles immédiat. Ces types n’ont rien compris ! Bling-Bling 1er est en train de sauver la planète et les voilà qui mégotent pour une « petite » prime de transport. Les salariés ont bien le droit à un bon point du moment qu’ils ne mouftent pas. Là où ils devraient en être phase, c’est quand sa sainteté fustige ces salauds de fonctionnaires qui osent, en pleine débâcle, protester contre les suppressions de postes dans l’Education.

 

Où tout cela va-t-il nous mener ? Les confédérations syndicales sont muettes comme des carpes. Qu’attendent-elles pour faire descendre les salariés dans la rue, pour appeler à la riposte, à la résistance ? Le déluge ? Et la « gauche socialiste » ? Débordée par Sarko sur sa gauche, elle geint et piétine. Cette crise, c’est la mort de son projet « social » libéral. Retournement de vestes en perspective à Reims ! Trop tard ! Les « socialistes » auront beau plaider « non coupables », ils sont condamnés.

 

A moins que l’autre gauche (anticapitaliste, antilibérale), celle qui attend depuis des lustres que se dévoile enfin la mystification du capitalisme, se plante elle aussi par trop de précipitation ou d’attentisme. Cette récession qui avance, c’est la chance de sa vie. Un capitalisme qui doute, un pouvoir qui n’est plus écouté par ses amis, une « gauche » en déroute… un salariat qui attend, dans l’expectative, au bord de la démoralisation, mais qui va en prendre « plein la gueule »… que lui faut-il de plus ?

 

La crise, ça ne se subit pas, ça se combat !

22/10/2008

Sarko bankable ?

Sarko se paye les socialistes français au parlement européen. « Je suis plus socialiste qu’eux ! », explique-t-il en substance. Et il n’a pas tort. En dessous de tout, les sociaux libéraux face à cette crise qui aurait pu être leur bouée de sauvetage. Royal l’a bien compris. Son repositionnement à la gauche de la « gauche » du PS a tout bonnement quelque chose de « surréaliste ». Mais n’est-elle pas hors jeu désormais dans la course au leadership du PS ? Comment les Valls et autres partisans de la « ligne claire » pourraient-ils désormais la suivre, eux qui sont à la droite de la droite du PS ?

 

Alors un renversement d’alliance à venir ? On voit mal Hamon et Emmanuelli (« je vais ajouter une balle de plus dans le fusil de chasse ») rallier cette « Blair en jupon », celle qu’ils fustigeaient il y a peu encore lors de son Zénith : « c'est le genre de cérémonie qui est entre le show business et le rassemblement de secte. » Et ils sont où les Aubry, les Fabius, les Delanoë ? Cette crise, ils s’en seraient bien passé. C’est plié ! Reims sera la tombe du « socialisme » français, du moins ce qu’il en reste.

 

Sur le terrain strictement politicien, il peut donc dormir sur ses deux oreilles, « notre » président. Avec la « gauche », il ne risque plus rien. Reste le « dur », l’économie, la situation sociale. Là, ça risque d’être moins plaisant. La récession est là et bien là. Du jamais vu depuis onze ans. Selon une étude récente, les faillites d'entreprises en France ont augmenté de 17% au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent avec 11.407 procédures. Sur neuf mois, leur nombre total se monte à 40.220.

 

Et la crise ne touche pas seulement les toutes petites et jeunes entreprises, elle frappe aussi les moyennes et les grandes. L'augmentation est ainsi de 80% pour les entreprises de plus de 100 salariés, de 59% pour celles de 50 à 99 salariés, de 26% pour les entreprises de 10 à 19 salariés et de 40% sur celles de 20 à 49 salariés. Le plan « PME » du gouvernement n’y pourra pas grand-chose.

 

Il faudrait… Il faudrait quoi au juste ? Les 10 milliards qui vont aller aux banques, comme ça, sans aucun contrôle, pour aider ces vénérables entreprises dont on nous disait hier qu’elles étaient saines (comme la Caisse d’Epargne !), par quel miracle vont-ils subitement venir aux secours des entreprises prises à la gorge ? Et les clients ? Les consommateurs ? La pression sur les salaires va-t-elle se relâcher ? Le chômage baisser ?

 

Sarkozy aura beau faire, se moquer de la gauche, mouliner des deux bras pour convaincre ses partenaires européens d’agir au plus vite, il est pris dans la nasse. Le rejet de la « prime transport » par le parlement UMP en dit long sur ce qui attend les Français : ceinture à double tour !

 

Et les anticapitalistes ? D’accord, ils sont bien occupés avec cette affaire de Taser, mais cette crise, c’est quand même la chance de leur vie. Vont-ils être suivis ? Verra-t-on bientôt, la « gauche » et les syndicats leur emboîter le pas, organiser ensemble la révolte sociale ? Il n’est pas impossible de rêver !

16/10/2008

Virages à gauche

Nul doute que la crise (et ses prolongements) va gauchir les discours. Pour les actes, il faudra encore attendre. Déjà, Ségolène Royal - devant les salariés de Ford à Blanquefort - réclame la constitution d'une "grande banque publique d'investissement" accessible aux PME, la mise "sous contrôle des fonds d'investissements", l'abandon du projet de privatisation de La Poste et l'adoption de dispositifs effectifs contre les paradis fiscaux. Plus gauche que moi, tu meurs ! Voilà qui va ravir les amis de Hamon qui croyait avoir le monopole de ce genre de discours et faire beaucoup de peine à Valls de plus en plus pro-Sarkozy. Il faut donc s'attendre à un "virage à gauche" du PS lors de son prochain congrès.
 
Voilà aussi qui va redonner de la couleur et de l'entrain aux orphelins de la candidature commune antilibérale à la présidentielle de 2007. Justement, réactivés il y a quelques mois par l'Appel de Politis, ils se réunissaient le 11 octobre à Gennevilliers. Une rencontre qui a rassemblé quelque 700 personnes et qui a été complètement ignorée par les médias. Il est vrai que ces "antilibéraux" n'ont plus de tête d'affiche médiatique. José Bové est en effet parti chez Cohn-Bendit. D'autres, comme Autain, Onfray ou Jemar, lorgnent du côté du NPA de Besancenot.
 
Pour autant, on aurait tort de sousestimer ce regroupement. D'abord parce que le NPA ne fera pas le plein de tous ceux qui pensent que ce système qui nous gouverne doit être combattu et qui souhaitent "révolutionner" la société. Ensuite parce que ces antilibéraux sont en quelque sorte un pont entre les sociaux libéraux et les ex-communistes d'une part et les anticapitalistes d'autre part. C'est ce caractère "centriste" qui les paralyse. Pour certains, dont Yves Salesse qui avait soutenu Bové, il est temps de passer à la phase organisationnelle du regroupement. Pour la majorité (dont le courant UNIR de la LCR) le moment n'est pas encore venu. Leur problème c'est de savoir ce qui va se passer prochainement au PC et au PS.
 
Cette position attentiste s'explique. Les "antilibéraux" pensent qu'il est possible, tout comme en 2005-2006, de construire une alternative "antilibérale" majoritaire au pouvoir de la droite. La crise, pensent-ils, réactive leur analyse. Elle va même lui donner une ampleur inespérée. Mais pour que cette alternative prenne forme, faudrait-il encore que le PC et le PS, du moins majoritairement, s'y associent. Or, tout comme pour la période précédente, il s'agit là d'une illusion. Croire que, dans quelques semaines, le PS va rompre avec sa dérive libérale ou que le PC va cesser de privilégier son alliance avec ce même PS, est un calcul absurde.
 
Plus généralement, la crise, dans l'immédiat, va avoir un effet démoralisateur sur la majorité des salariés. Chez les plus radicaux, en revanche, elle va nourrir leur croyance en une chute finale du capitalisme. Ces derniers seront d'autant plus alors enclins à une intransigeance doctrinale, refusant toute alliance, non seulement (et avec raison) avec les sociaux libéraux mais également avec les antilibéraux. Certains secteurs du NPA semblent déjà gagnés par cette fièvre. C'est pourtant au NPA à se montrer le plus ouvert, unitaire pour deux. C'est même le premier enjeu du futur congrès du nouveau parti.

15/10/2008

Un coup dur pour le salariat

La plan Brown-Sarkozy est un sale coup. Pas pour le capital financier qui, depuis quelques semaines, organisait la panique pour se débarrasser au plus vite de ses fonds pourris mais pour le salariat qui va devoir payer la note. Une note qui risque d'être particulièrement salée, à la dimension des sommes engagées pour "sauver" de la banqueroute les voleurs internationaux.
 
Mais qui a gagné dans ce bras de fer ? On clame, haut et fort, que c'est la fin de l'épisode libéral et le retour en force de État. Certains vont même jusqu'à dire, qu'en France, Sarkozy (mais le plan avait été imaginé quelques jours auparavant par le 1er ministre britannique) est en train d'effectuer un "virage à gauche" ! Rien que ça !
 
S'il est vrai que les sociaux libéraux n'auraient pas fait autrement s'ils avaient été aux affaires (Brown n'est-il pas travailliste ?), constatons d'abord que ce virage s'est effectué sous la contrainte, que c'est un véritable chantage à la récession que le système financier international a exercé sur les États et qu'enfin Sarkozy se serait bien passé d'un tel plan qui va compromettre définitivement  tous ses espoirs de croissance en plombant un peu plus encore la dette publique.
 
Ce n'est donc pas les partisans d'une plus grande intervention de État qui sortent vainqueurs d'une telle crise mais une fois de plus les plus libéraux. Débarrassé, à bon compte, de ses branches pourries, le capital financier va pouvoir en effet de nouveau repartir au combat, racheter, spéculer, se réorganiser, bref exercer sans limites son travail de prédation sur les produits du travail, toutes ces tâches étant facilitées par la récession.
 
Et le salariat ? Abandonné par les sociaux libéraux, défendu du bout des lèvres par des syndicats qui ont fait le choix de l'accompagnement des réformes libérales, il va être mis à rude épreuve. Cette "sortie" de crise constitue en effet une nouvelle mise en condition du salariat pour qu'il accepte un blocage ferme des salaires et plus de licenciements. Cette crise aura eu au moins le mérite de montrer que face au "pur capitalisme" on ne peut qu'opposer un "pur anticapitalisme".

12/10/2008

L’antilibéralisme discret de la « gauche » du PS

La « gauche » du PS montre des dents déjà bien élimées. Parmi les mesures préconisées par Benoît Hamon (création d’un pôle financier public à côté du secteur bancaire privé ; favoriser l’investissement à long terme de la recherche et d’une croissance verte ; taxer les flux financiers en provenance des paradis fiscaux...), rien de précis sur les salaires dont la compression au niveau mondial est, comme nous l’avons ici maintes fois expliqué, l’une des clefs de voûte du système mis en place dans les années 80 par les politiques néo-libérales. Tout au plus, l’apprenti Robespierre invoque-t-il le souhait d’ « en finir avec ce système qui privilégie depuis trente ans la rémunération des actionnaires à celle des salariés, par exemple en posant un certain nombre de restrictions au libre-échange pour éviter le dumping social ou environnemental de certains États. » En finir ? Oui, mais quand et comment ? Mystère !

 

En cela, la « gauche » du PS ne se démarque guère des libéraux reconvertis récemment en partisans d’une régulation et d’une « moralisation » d’un système dont ils applaudissaient hier encore les exploits. Tous sont au moins d’accord sur un point : les salaires devront être maintenus en l’état, quoiqu’il advienne. Ainsi, avant même de savoir quel effet aura sur le marché les mesures prises par le G8 et l’Eurogroupe, mesures largement inspirées par le plan Gordon Brown, le salariat est averti : tout sera fait pour préserver et réalimenter la belle machine à engranger les profits mais pas un kopeck pour ceux qui, par leur travail, créent les richesses.

 

Le salariat doit donc s’attendre au pire. Non seulement il risque d’être frappé par un retour en force du chômage mais il devra également se résigner à voir son pouvoir d’achat, au mieux maintenu dans des basses eaux, au pire rogné un peu plus encore. Ce pronostic est d’autant plus inquiétant que rien ne dit que le retour à la normale est pour bientôt. L’atonie du mouvement social est en effet un atout pour tous ceux qui entendent tirer les meilleurs profits d’un prolongement du krach. C’est pourquoi, la « gauche », en restant dans les limites de l’acceptable pour le Capital, prend le risque d’alimenter un peu plus encore cette formidable entreprise de démoralisation que constitue cette crise.

11/10/2008

Terrorisme financier

Plus fort que Ben Laden !  En quelques semaines, les voyous de la haute finance ont fait mille fois plus pour dynamiter le système économique mondial que ne l’avaient fait les kamikazes du 11 septembre. Et ils l’ont fait de l’intérieur. Après l’effondrement des deux tours, les bourses avaient d’ailleurs connu l’une de leur plus belle envolée. Aujourd’hui, elles s’effondrent et jouent la crise jusqu’à plus soif.

 

Rien d’irrationnel là dedans. C’est la logique de la purge qui l’emporte et peu importe les dommages collatéraux. A cet égard, Ben Laden n'est pas plus nocif à l'équibre du monde que les petites racailles le sont à l'échelle des banlieues. La voyoucratie mondialisée de la haute finance a des armes de destruction massive autrement plus efficaces.

 

C’est bien pourquoi cette crise, contrairement à ce que l’on nous explique, ne va pas déboucher sur une « moralisation », c'est-à-dire une réglementation contraignante. Elle va bien plutôt servir à masquer l’essentiel. Le crime ayant été commis, on va tenter d’en détruire toutes les preuves. Car il faut bien se mettre dans la tête que le Capital ne va pas remettre en cause ce qu’il lui a permis de s’enrichir depuis une trentaine d’années dans des proportions jamais vues.

 

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que cette crise n’est que la résultante de politiques mises en place au début des années 80 dont le principal objectif était la reconquête sur le Travail d’une partie de la richesse produite et ce, grâce à des politiques d’abaissement généralisé du coût du travail. D’où, pour faire fonctionner malgré tout le système (c'est-à-dire éviter une crise de surproduction), l’endettement des ménages et la création de cette bulle nourrie par l’inflation inconsidérée du crédit.

 

Que faudrait-il pour inverser cette tendance ? Que le Travail se mêle de cette crise et impose ses solutions, en premier lieu une hausse généralisée des salaires. La grande chance du Capital, c’est que l’accumulation des défaites a transformé le salariat en spectateur de la crise, incapable dans l’immédiat de réagir. A moins que la crise ne se prolonge, que la récession dure non pas quelques mois mais plusieurs années et que la résistance du salariat s'organise.

 

C’est pourquoi les Etats du G7 tentent de reprendre la main le plus vite possible quitte à s’endetter encore plus. Il y va évidemment de leur statut de puissances mondiales, régionales, nationales. Mais le Capital mondialisé s’est largement affranchi des frontières. Il est apatride. Ce qu’il vise c’est une croissance à la chinoise ou à la russe. Réussira-t-il à l’imposer ?

09/10/2008

Purgeons bébé !

A quoi servent les crises ? Personne n’ose en parler. Elles ont pourtant leur utilité. Ce trop plein d’argent fictif, sans solvabilité, il va bien falloir s’en débarrasser. C’est alors que la crise joue son rôle, celui d’une grande purge. Il faut donc s’attendre au pire pour les mois à venir. Au vue de l’ampleur des pertes, la récession va être terrible. D’autant que la crise financière n’est pas la seule responsable. La crise de l’automobile, par exemple, – l’un des moteurs de la croissance des années 70-80 –, n’a pas grand-chose à voir avec la crise immobilière aux Etats-Unis ; pas plus que la hausse des matières premières au cours des derniers mois.

On assiste en réalité à plusieurs types de crises qui s’enchevêtrent et finalement à une crise globale d’un mode de développement qui était présenté il y a quelques semaines encore comme idéal, le nec plus ultra. Que ce qui lui servait de carburant vienne à manquer et tout s’écroule. Et ce n’est pas prêt de s’arranger car la planche à billets des Etats déjà lourdement endettés ne pourra pas servir longtemps de prothèse. L’inflation guette. C’est bien pourquoi les banques centrales ont tardé à intervenir.

Ce qui ne signifie pas pour autant que l’argent manque ; c’est sa disponibilité qui n’existe plus. Si les banques saines ne veulent plus prêter, cela ne signifie pas qu’elles n’ont plus de liquidité mais bien plutôt qu’elles attendent des jours meilleurs. C’est sans compter également sur les actifs de toutes ces grandes entreprises mondiales qui ont ces trente dernières années engrangé des profits considérables. Toutes n’ont pas fait de mauvaises opérations. Elles aussi attendent la purge. A l’issue de chaque crise on assiste toujours à une plus grande centralisation du capital.

Enfin, même s’ils ne sont pas à l’abri du tsunami, des pays émergents peuvent tirer également profit de cette purge. Une crise, c’est aussi une redistribution des cartes au niveau mondial. Peut-être que dans quelques années on s’apercevra que deux pays, la Chine et la Russie, auront su tirer les marrons du feu de cette première crise du siècle. Qui l’eut cru ? La Chine et la Russie ! Ironie de l'Histoire ! Victoire post-mortem du « communisme » !

Tous anticapitalismes !

 

Alain Krivine a piqué une grosse colère jeudi soir chez Tadéï à France 3. Face à un aréopage politiquement très large d’écrivains et d’experts (d’un représentant de l’ex Nouvelle droite reconverti à la décroissance au Suisse Jean Ziegler en passant par un écrivain chiraquien et deux économistes, un strausskahnien du PS et un haut fonctionnaire), le fondateur de la LCR n’a pu que constater non sans ironie: « Vous voilà donc tous devenus peu ou prou anticapitalistes ! » Et Krivine de poursuivre : « Parlons concret : nous, la LCR, le NPA, avons des propositions, les voici : levée du secret bancaire ; création d’une banque de service public sous contrôle de la population ; interdiction des licenciements ; minima sociaux à 1.500 euros nets ; 300 euros pur tous… » Réponse du haut fonctionnaire : « Nous sommes en gros d’accord… » A quelques bémols prêts, mais pas des moindres, en particulier sur les licenciements. Et d’expliquer alors que ces mesures étaient des mesures de réforme du système, pas celles de sa mise à mort. Krivine en rit certainement encore.

 

08/10/2008

Le capitalisme est un bloc

Pour les besoins de leur cause - défendre coûte que coûte un système failli - les partisans de l’économie de marché capitaliste tentent de différencier le capitalisme financier du capitalisme d’entreprise. Or l’un ne va pas sans l’autre. Sans le capitalisme financier pas de capitalisme d’entreprise. Le grand régulateur de la vitesse de la circulation absolument nécessaire au bon fonctionnement de l'ensemble du système et donc à sa survie, c’est le crédit.

 

Dans les pages consacrées au crédit (Livre III du Capital), Marx en présente ainsi le fonctionnement : « C’est la suppression du mode de production capitaliste à l’intérieur du mode de production lui-même, donc une contradiction qui se détruit elle-même (…) Elle fait renaître une nouvelle aristocratie financière, une nouvelle espèce de parasites (…) tout un système de filouterie et de fraude (…) C’est la de la production privée sans le contrôle de la propriété privée (…) »

 

Comme nous le voyons, le phénomène n’est donc pas nouveau. Marx encore : « Voici les deux aspects de la caractéristique immanente du système de crédit : d’une part, développer le moteur de la production capitaliste, c'est-à-dire l’enrichissement par l’exploitation du travail d’autrui pour en faire le système le plus pur et le plus monstrueux de spéculation et de jeu, et pour limiter de plus en plus le petit nombre de ceux qui exploitent les richesses sociales ; mais, d’autre part, constituer la forme de transition vers un nouveau mode de production. » Marx entendant par là que ce système renferme de « façon latente » « la suppression de la propriété capitaliste ». Car la crise « est un puissant moyen de centralisation de la richesse financière ».

 

Toujours dans ces pages Marx emploie quasiment les mêmes termes que nos analystes d’aujourd’hui pour décrire la crise : « une quantité énorme de ces effets ne représente que des affaires spéculatives qui, venant à la lumière du jour, y crèvent comme des bulles. » Dans le même chapitre, quelques lignes plus loin, il évoque également précisément ce que font actuellement tous nos Etats et nos banques centrales : « la Banque d’Angleterre s’avise alors de donner à tous les spéculateurs, en papier-monnaie émis par elle, le capital qui leur manque, d’acheter à leur ancienne valeur nominale la totalité des marchandises dépréciées. »

 

Si donc ce phénomène n’est pas nouveau, c’est bien qu’il est inscrit au cœur même du système partiquement dès l'origine : « C’est le fondement même de la production capitaliste qui veut que de l’argent apparaisse en tant que forme autonome de la valeur en face de la marchandise (…) En période de crise où se produit un resserrement du crédit ou une disparition totale du crédit, l’argent apparaît soudain absolument en face de la marchandise (…) ». Il s’en suit immanquablement une dépréciation générale des marchandises. « Ainsi la valeur des marchandises est-elle sacrifiée pour garantir l’existence mythique et autonome de cette valeur qu’incarne l’argent (…) Aussi faut-il, pour sauver quelques millions d’argent, sacrifier bien des millions de marchandises. »

 

Et Marx de conclure : « Ce phénomène est inévitable en système de production capitaliste et en constitue une des beautés. »

06/10/2008

Bourrage de crâne (bis)

Obama et Besancenot à la même enseigne ! Tous les deux viennent de se voir accusés de complicité avec le terrorisme. Pour Obama comprenne qui pourra. Pour Besancenot on peut, à la limite, comprendre l’émoi de certains en écoutant la façon avec laquelle quelques journalistes relayés par plusieurs politiques (Devedjian, Woerth, Delanoë..) ou affairistes (Minc) ont repris (en les tronquant) les propos imprudents d’un ancien terroriste ayant purgé sa peine et adhérent de base du NPA.

Le plus simple aurait été tout simplement que Rouillan « ferme sa gueule » et se fasse oublier. Rappelons que ça fait deux fois qu’il se fait « piéger ». Une fois passe encore. Mais là il s’agit manifestement d’une volonté de provoquer. Car je ne pense pas que Rouillan soit un tel imbécile au point de croire que ses déclarations intempestives ne puissent pas être utilisées par les adversaires, de plus en plus nombreux, du nouveau parti anticapitaliste.

Rouillan et son groupe, souvenons nous, ont réussi, au zénith de leurs actions, à ne déclencher aucune réaction de sympathie pour leurs thèses. Qui a tenté (je l’ai fait) de lire leurs textes théoriques en est ressorti généralement avec la forte impression d’avoir à faire à des ânes, totalement déconnectés de leur époque, n’ayant rien compris à ce qu’est le b.a.ba de l’action politique, même révolutionnaire. A vrai dire, Rouillan n’a jamais représenté que lui-même. Et aujourd’hui plus encore qu’hier.

Pour autant, la question qui est posée là, même si elle n’est aujourd’hui d’aucune actualité, c’est bien celle de la violence, cette violence que « nos dirigeants » utilisent quand bon leur semble (en couvrant les agissements des criminels de la finance ou en faisant la guerre) et qu’ils « nous » refusent à tout propos, même les plus futiles. Ainsi, prendrions « nous » en « otages » les usagers des transports publics ou de l’école quand, par aventure, nous « nous » mettons en grève. Plus grave, nous aurions, « nous », à endosser les crimes du stalinisme quand « eux » devraient être absous de ceux du colonialisme ou des guerres impérialistes du siècle dernier.

Reconnaissons cependant que dans les années 70 nous avons parfois dérapés. Mais les temps n’étaient pas à l’angélisme : Vietnam, Grèce, Espagne, Brésil, Chili, Argentine… Reconnaissons qu’aujourd’hui nous tenons un tout autre discours. Notre objectif c’est bien la démocratie étendue à tous que nous opposons à celle d’un parlementarisme croupion et au pouvoir de quelques uns.

En réfléchissant au nom qui pourrait être celui de notre nouveau parti, je pense ainsi à celui de Parti Anticapitaliste pour le Socialisme et la Démocratie. Voilà qui mettrait définitivement un terme à toute polémique. Encore qu’il ne faille pas trop se faire d’illusion. Plus le nouveau parti montrera sa force, plus il deviendra la cible privilégiée de ceux qui confisquent la démocratie à leur profit. Quant à Rouillan, qu’il retrouve au plus vite la liberté qui lui est due (lire à ce propos l'excellente chronique de Daniel Schneidermann dans Libération).

 Besancenot au rassemblement des comités NPA de Pessac

 

04/10/2008

Bourrage de crâne

« Le monde est au bord du gouffre ! » (François Fillon). La brusque volte-face de la « classe » politique dans l’appréciation de la crise financière a de quoi nous interroger. Il y a quelques semaines c’était : « tout va très bien madame la marquise !». Aujourd’hui, on n’hésite plus à parler de récession ; un éminent responsable de Wall Street annonce même une crise plus grave que celle de 1929, si l’on ne fait rien. Ironie de l’histoire, les plus chauds partisans du marché et de la dérégulation préconisent désormais l’intervention des Etats et nationalisent à tout va les établissements financiers en faillite. Les incendiaires jouent aux pompiers. Quant à l’explication de la crise c’est toujours le même refrain : quelques financiers irresponsables auraient abusé du système, provoquant son implosion.

 

Pain béni pour les anticapitalistes ? Détrompons nous. C’est à une véritable occultation des raisons profondes de la crise à laquelle nous assistons. En ciblant les « traders » comme les seuls coupables et en désignant le système financier comme bouc émissaire, les « grands de ce monde » se dédouanent de leur propres responsabilités et dressent un véritable écran de fumée. La crise financière c’est l’arbre qui cache la forêt.

 

Mais qui sont alors ces coupables que l’on ne désigne jamais ? Il faut remonter à la fin des années 70 et au début des années 80 pour comprendre ce qui est en jeu aujourd’hui. Tout est parti des Etats-Unis après la victoire de Reagan à la présidentielle, suivi par celle de Thatcher au Royaume-Uni. En quelques décennies les politiques libérales vont faire tâche d’huile et finir par s’imposer partout. En quoi consistent ces politiques ? En gros à comprimer les salaires et à dégraisser l’Etat providence (moins d'impôts, de taxes, de services publics), bref à restaurer puis accroître le plus possible le taux de profit du capital mis à mal par le mouvement social dans les années 60 et 70. Mais comme le capitalisme a également besoin d’une demande forte pour vendre ses marchandises, un seul recours possible : le crédit. Et s’est ainsi que les riches ont incité les pauvres à s’endetter toujours plus, jusqu’à les convaincre de voter pour eux. C’est la facture de ces politiques là que nous payons aujourd’hui.

 

Ainsi, loin d’être une leçon de chose anticapitaliste, la manière dont on nous présente la crise constitue une véritable opération de bourrage de crâne. Son objectif : affoler le bon peuple, créer une véritable panique pour contraindre un peu plus encore le salariat à accepter de se serrer la ceinture. C'est en quelque sorte une opération du même ordre que le chantage à la concurrence des pays émergents (entre 2002 et 2007, les délocalisations ne représentent en Europe que 5,5% des supressions d'emplois) mais à tout autre échelle. Qui, aujourd’hui, dans une telle tourmente, aurait en effet l’audace de revendiquer des augmentations de salaires et de s’opposer aux licenciements ? C’est pourtant la seule réponse que nous avons à opposer à cette opération de décervelage.

01/10/2008

« C’est la crise finale !» ?

La conjoncture est propice à tous les délires. Mettre, par exemple, sur le même plan la crise de 1929 et celle d’aujourd’hui, c’est comparer deux situations incomparables. En 1929, Staline a définitivement éradiqué toute opposition dans le parti russe et dans la troisième internationale ; Mussolini est installé au pouvoir depuis plusieurs années déjà ; en Allemagne Hitler et les nazis vont connaître dans quatre ans un succès électoral inespéré qui leur permettra d’abattre la république de Weimar. Sur le plan économique, c’est une inflation à deux chiffres et des dizaines de millions de chômeurs jetés sur le pavé pratiquement sans aucune ressource. Aux Etats-Unis, les conséquences de l’effondrement du système sont tout aussi profondes et le New-deal n’interviendra que dans trois ans. Bientôt les Japonais vont attaquer la Chine et l’Espagne plongera dans la guerre civile.

 

Nul besoin d’être un expert pour constater que rien de tout cela n’existe aujourd’hui. Certes la crise est bien là mais elle touche essentiellement la banque et la finance, et principalement ce système de crédit sur lequel vit et prospère en partie l’économie mondialisée, les Etats-Unis au premier chef. Qu’une telle crise perturbe durablement la croissance, c’est l’évidence mais delà à envisager un effondrement de l’économie mondiale, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir au risque de tomber dans le ridicule. Non, contrairement à ce que peut-on lire dans le projet de programme du NPA, « le capitalisme ne nous conduit pas dans le mur ».

 

Ou plutôt, c’est rendre un mauvais service aux anticapitalistes que de les inciter à penser qu’il y aurait entre les crises du capitalisme et la radicalisation du mouvement social comme un effet de vase communiquant, un lien de cause à effets. Bien au contraire, dans la crise, le capitalisme solde les comptes, devient plus agressif encore, profite de l’occasion pour remettre en cause les avantages acquis, pour finalement faire payer au plus grand nombre ses propres « erreurs ». C’est précisément la teneur du discours tenu dernièrement par Sarkozy à Toulon. Or, dans un premier temps, parmi les salariés agressés, c’est rarement la révolte qui s’exprime mais plutôt l’abattement et la division. D’autant plus lorsque cette crise arrive à l’issue d’une accumulation de défaites.

 

C’est bien pourquoi, lorsque la crise arrive, les anticapitalistes doivent se préserver de tout simplisme. Si la crise permet de faire le procès du capitalisme, preuve à l’appui, elle n’en annonce pas la fin. Il faudra pour cela d’autres crises encore et surtout que le mouvement social, les «exploités », soient en mesure d'inverser le rapport des force pour opposer son alternative. Nous en sommes loin.

 
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