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16/10/2008

Virages à gauche

Nul doute que la crise (et ses prolongements) va gauchir les discours. Pour les actes, il faudra encore attendre. Déjà, Ségolène Royal - devant les salariés de Ford à Blanquefort - réclame la constitution d'une "grande banque publique d'investissement" accessible aux PME, la mise "sous contrôle des fonds d'investissements", l'abandon du projet de privatisation de La Poste et l'adoption de dispositifs effectifs contre les paradis fiscaux. Plus gauche que moi, tu meurs ! Voilà qui va ravir les amis de Hamon qui croyait avoir le monopole de ce genre de discours et faire beaucoup de peine à Valls de plus en plus pro-Sarkozy. Il faut donc s'attendre à un "virage à gauche" du PS lors de son prochain congrès.
 
Voilà aussi qui va redonner de la couleur et de l'entrain aux orphelins de la candidature commune antilibérale à la présidentielle de 2007. Justement, réactivés il y a quelques mois par l'Appel de Politis, ils se réunissaient le 11 octobre à Gennevilliers. Une rencontre qui a rassemblé quelque 700 personnes et qui a été complètement ignorée par les médias. Il est vrai que ces "antilibéraux" n'ont plus de tête d'affiche médiatique. José Bové est en effet parti chez Cohn-Bendit. D'autres, comme Autain, Onfray ou Jemar, lorgnent du côté du NPA de Besancenot.
 
Pour autant, on aurait tort de sousestimer ce regroupement. D'abord parce que le NPA ne fera pas le plein de tous ceux qui pensent que ce système qui nous gouverne doit être combattu et qui souhaitent "révolutionner" la société. Ensuite parce que ces antilibéraux sont en quelque sorte un pont entre les sociaux libéraux et les ex-communistes d'une part et les anticapitalistes d'autre part. C'est ce caractère "centriste" qui les paralyse. Pour certains, dont Yves Salesse qui avait soutenu Bové, il est temps de passer à la phase organisationnelle du regroupement. Pour la majorité (dont le courant UNIR de la LCR) le moment n'est pas encore venu. Leur problème c'est de savoir ce qui va se passer prochainement au PC et au PS.
 
Cette position attentiste s'explique. Les "antilibéraux" pensent qu'il est possible, tout comme en 2005-2006, de construire une alternative "antilibérale" majoritaire au pouvoir de la droite. La crise, pensent-ils, réactive leur analyse. Elle va même lui donner une ampleur inespérée. Mais pour que cette alternative prenne forme, faudrait-il encore que le PC et le PS, du moins majoritairement, s'y associent. Or, tout comme pour la période précédente, il s'agit là d'une illusion. Croire que, dans quelques semaines, le PS va rompre avec sa dérive libérale ou que le PC va cesser de privilégier son alliance avec ce même PS, est un calcul absurde.
 
Plus généralement, la crise, dans l'immédiat, va avoir un effet démoralisateur sur la majorité des salariés. Chez les plus radicaux, en revanche, elle va nourrir leur croyance en une chute finale du capitalisme. Ces derniers seront d'autant plus alors enclins à une intransigeance doctrinale, refusant toute alliance, non seulement (et avec raison) avec les sociaux libéraux mais également avec les antilibéraux. Certains secteurs du NPA semblent déjà gagnés par cette fièvre. C'est pourtant au NPA à se montrer le plus ouvert, unitaire pour deux. C'est même le premier enjeu du futur congrès du nouveau parti.

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