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04/10/2008

Bourrage de crâne

« Le monde est au bord du gouffre ! » (François Fillon). La brusque volte-face de la « classe » politique dans l’appréciation de la crise financière a de quoi nous interroger. Il y a quelques semaines c’était : « tout va très bien madame la marquise !». Aujourd’hui, on n’hésite plus à parler de récession ; un éminent responsable de Wall Street annonce même une crise plus grave que celle de 1929, si l’on ne fait rien. Ironie de l’histoire, les plus chauds partisans du marché et de la dérégulation préconisent désormais l’intervention des Etats et nationalisent à tout va les établissements financiers en faillite. Les incendiaires jouent aux pompiers. Quant à l’explication de la crise c’est toujours le même refrain : quelques financiers irresponsables auraient abusé du système, provoquant son implosion.

 

Pain béni pour les anticapitalistes ? Détrompons nous. C’est à une véritable occultation des raisons profondes de la crise à laquelle nous assistons. En ciblant les « traders » comme les seuls coupables et en désignant le système financier comme bouc émissaire, les « grands de ce monde » se dédouanent de leur propres responsabilités et dressent un véritable écran de fumée. La crise financière c’est l’arbre qui cache la forêt.

 

Mais qui sont alors ces coupables que l’on ne désigne jamais ? Il faut remonter à la fin des années 70 et au début des années 80 pour comprendre ce qui est en jeu aujourd’hui. Tout est parti des Etats-Unis après la victoire de Reagan à la présidentielle, suivi par celle de Thatcher au Royaume-Uni. En quelques décennies les politiques libérales vont faire tâche d’huile et finir par s’imposer partout. En quoi consistent ces politiques ? En gros à comprimer les salaires et à dégraisser l’Etat providence (moins d'impôts, de taxes, de services publics), bref à restaurer puis accroître le plus possible le taux de profit du capital mis à mal par le mouvement social dans les années 60 et 70. Mais comme le capitalisme a également besoin d’une demande forte pour vendre ses marchandises, un seul recours possible : le crédit. Et s’est ainsi que les riches ont incité les pauvres à s’endetter toujours plus, jusqu’à les convaincre de voter pour eux. C’est la facture de ces politiques là que nous payons aujourd’hui.

 

Ainsi, loin d’être une leçon de chose anticapitaliste, la manière dont on nous présente la crise constitue une véritable opération de bourrage de crâne. Son objectif : affoler le bon peuple, créer une véritable panique pour contraindre un peu plus encore le salariat à accepter de se serrer la ceinture. C'est en quelque sorte une opération du même ordre que le chantage à la concurrence des pays émergents (entre 2002 et 2007, les délocalisations ne représentent en Europe que 5,5% des supressions d'emplois) mais à tout autre échelle. Qui, aujourd’hui, dans une telle tourmente, aurait en effet l’audace de revendiquer des augmentations de salaires et de s’opposer aux licenciements ? C’est pourtant la seule réponse que nous avons à opposer à cette opération de décervelage.

Commentaires

L'idéologie droitière à gagné le combat, nous subissons aujourd'hui les conséquences de cette victoire.
Les tenants et les bénéficiaires de cette idéologie nous mène ce qu'on peux officiellement appeler une guerre des classes sans merci.

Écrit par : othello | 06/10/2008

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