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01/10/2008

« C’est la crise finale !» ?

La conjoncture est propice à tous les délires. Mettre, par exemple, sur le même plan la crise de 1929 et celle d’aujourd’hui, c’est comparer deux situations incomparables. En 1929, Staline a définitivement éradiqué toute opposition dans le parti russe et dans la troisième internationale ; Mussolini est installé au pouvoir depuis plusieurs années déjà ; en Allemagne Hitler et les nazis vont connaître dans quatre ans un succès électoral inespéré qui leur permettra d’abattre la république de Weimar. Sur le plan économique, c’est une inflation à deux chiffres et des dizaines de millions de chômeurs jetés sur le pavé pratiquement sans aucune ressource. Aux Etats-Unis, les conséquences de l’effondrement du système sont tout aussi profondes et le New-deal n’interviendra que dans trois ans. Bientôt les Japonais vont attaquer la Chine et l’Espagne plongera dans la guerre civile.

 

Nul besoin d’être un expert pour constater que rien de tout cela n’existe aujourd’hui. Certes la crise est bien là mais elle touche essentiellement la banque et la finance, et principalement ce système de crédit sur lequel vit et prospère en partie l’économie mondialisée, les Etats-Unis au premier chef. Qu’une telle crise perturbe durablement la croissance, c’est l’évidence mais delà à envisager un effondrement de l’économie mondiale, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir au risque de tomber dans le ridicule. Non, contrairement à ce que peut-on lire dans le projet de programme du NPA, « le capitalisme ne nous conduit pas dans le mur ».

 

Ou plutôt, c’est rendre un mauvais service aux anticapitalistes que de les inciter à penser qu’il y aurait entre les crises du capitalisme et la radicalisation du mouvement social comme un effet de vase communiquant, un lien de cause à effets. Bien au contraire, dans la crise, le capitalisme solde les comptes, devient plus agressif encore, profite de l’occasion pour remettre en cause les avantages acquis, pour finalement faire payer au plus grand nombre ses propres « erreurs ». C’est précisément la teneur du discours tenu dernièrement par Sarkozy à Toulon. Or, dans un premier temps, parmi les salariés agressés, c’est rarement la révolte qui s’exprime mais plutôt l’abattement et la division. D’autant plus lorsque cette crise arrive à l’issue d’une accumulation de défaites.

 

C’est bien pourquoi, lorsque la crise arrive, les anticapitalistes doivent se préserver de tout simplisme. Si la crise permet de faire le procès du capitalisme, preuve à l’appui, elle n’en annonce pas la fin. Il faudra pour cela d’autres crises encore et surtout que le mouvement social, les «exploités », soient en mesure d'inverser le rapport des force pour opposer son alternative. Nous en sommes loin.

Commentaires

Bonjour,

merci de ce billet: certes la crise nous pousse à vouloir changer, encore faut-il qu'il y ait un parti, un leader, qui paraisse crédible au plus grand nombre.
Il me semble, le FN étant en crise de succession et fagocité par N Sarkozy (mais attention quand même ..), que Besancenot est le mieux placé pour représenter une alternative (*). Mais ce n'est pas gagné. Les européennes à venir peuvent asseoir sa crédibilité si il fait un bon score ...
à suivre ...

Bien cordialement.

(*) d'autant qu'il bénéficie du "soutien" implicite paradoxal de la droite. En effet celle-ci pense que c'est le meilleur moyen d'affaiblir le PS. Le calcul est bon, sauf si il arrive à dépasser le PS (on en est loin, mais se rappeler la SFIO ...)

Écrit par : marc-sevres | 02/10/2008

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