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26/09/2008

Leur crise et la nôtre

Ecoutez les ! C’est un peu comme si Sarkozy leur avait enlevé le pain de la bouche. Depuis des mois ils ne parlaient que d’eux. Pendant ce temps la récession pointait son nez et ça commençait à sentir vraiment mauvais du côté des grands organismes financiers de crédit de Wall Street, mais tout à leur petite cuisine interne, la préparation de leur congrès, les dirigeants socialistes n’avaient qu’un seul sujet de conversation : qui serait en novembre candidat au poste de 1er secrétaire ?  Et Sarkozy, qui n’avait soufflé mot depuis des semaines sur cette crise qui ruinait définitivement tous ces plans de relance, parla.

 

L’avocat d’affaires, l’ami des grands patrons du CAC 40, l’ancien ministre de l’économie et du budget, fut égal à lui-même. Démagogue en diable, fustigeant les pervertis d’un système libéral dont il vantait hier encore les vertus, dédouanant le capitalisme de toute responsabilité (« le capitalisme ce n’est pas ça ! »), le Président promit de continuer comme avant. Pas un mot sur les plan de licenciements de Renault, sur la remontée fulgurante du chômage, sur ces ouvriers qu’ils avaient tant flattés il y a un peu plus d’un an, jetés aujourd’hui à la rue comme des malpropres par ces patrons bien français, ces capitalistes anonymes dont la faillite n’a strictement rien avoir avec l’éclatement de la bulle financière d’outre atlantique.

 

Et pour cause. Sarkozy a pratiqué là un détournement de crise. « Cette crise nous est imposée, je n’y suis pour rien, il va falloir faire des sacrifices ! » La ficelle est un peu grosse, mais il ne lui restait plus que ça. Alors Sarkozy y est allé de bon cœur, justifiant ainsi une politique d’austérité qu’il avait depuis des mois tentée de dissimuler. 

 

Et cet aveu réveilla les socialistes de leur torpeur. Sacrés socialistes ! Contraints désormais de « gauchir » leur propos, à quelques semaines de leur congrès. Voilà qui ne va pas arranger leurs affaires. Ils ne leur restent plus qu’à désigner Hamon au poste de 1er secrétaire et Emmanuelli comme candidat à la présidentielle.

22/09/2008

Le PS peut-il contrecarrer la poussée du NPA ?

Le NPA aurait tort de ne pas s’intéresser à ce qui va se passer au PS dans les prochains mois parce que ce parti reste le seul parti dominant à gauche (et très largement) et qu’il constitue, dans l’immédiat, le seul porteur potentiel d’un débouché politique crédible en l’absence de radicalisation sociale. D’une certaine façon, l’atonie du mouvement social est une chance pour le PS. Elle lui donne du temps pour régler ses problèmes internes et l’incite à chercher une solution uniquement sur le terrain politique.

 

Quels sont les enjeux ? Il y a en premier lieu un problème de leadership. Aucune personnalité (Royal, Aubry ou Delanoë) n’arrive à s’imposer. Dans le système de la 5e république, dans lequel le PS s’est moulé et ne veut plus sortir, cette absence d’un leader reconnu et accepté par tous les courants paralyse le parti. Tant que cette question ne sera pas réglée la crise persistera. En second lieu il y a le problème des alliances. Seule Royal a le courage de la clarté. Sa proposition de travailler à un débouché politique avec le MoDem est conforme à la dérive droitière (social libérale) des socialistes. En revanche, en laissant planer le doute sur une telle alliance, en faisant comme si une gauche plurielle était encore possible, Aubry et Delanoë peuvent certes plus facilement, contrairement à Royal, devenir majoritaires dans le PS, mais ils prennent le risque de se retrouver très vite sans solution politique gouvernementale viable.

 

Quid des « alliés » du PS ?  Pour le PC, s’est entendu, aucune issue possible. Le PC est condamné à l’éclatement et à la dissolution. Le PC a manqué le coche en 2005-2007. Il aurait pu jouer le jeu du rassemblement antilibéral ; il a cru qu’il pouvait s’en servir à son seul profit ; il a échoué et ne s’en remettra pas. Pour les Verts, le projet de Cohn-Bendit est leur dernière chance. Ils peuvent en effet encore faire illusion. Qu’ils fassent entre 8 à 10 % aux Européennes et ils redeviendront provisoirement pour le PS un allié crédible. S’ils échouent, le parti Vert pourrait connaître le même sort que le PC.

 

Le temps joue pour le NPA. Dans la tête des Hollande-Aubry-Fabius-Delanoë, il y a apparemment le pari que, tôt ou tard, les socialistes seront en mesure de récupérer les débris du PC et des Verts. Mais cela risque de prendre beaucoup de temps. Ce temps qui joue pour le NPA et pour le mouvement social. Pour le NPA une solution viable à court terme à la crise du PS constituerait en effet un obstacle important à sa montée en puissance, d’autant plus en l’absence d’un mouvement social dynamique. C’est pourquoi le NPA ne peut uniquement s’en remettre à la renaissance de ce mouvement et se nourrir d’illusion sur l’impossibilité d’une solution à la crise du PS. C’est pourquoi le NPA devra dans les mois à venir montrer qu’il n’est pas seulement le porteur d’une radicalité sociale mais également celui d’une radicalité politique qui reste à définir.

18/09/2008

Afghanistan : les raisons d’un retrait sans délais

Toutes les guerres ne se ressemblent pas. L’enjeu afghan n’est pas l’enjeu irakien. En Afghanistan, pas de pétrole, quant aux dangers que pourraient représenter pour ses voisins un Etat taliban, ils sont nuls. L’Afghanistan n’est ni l’Iran, ni la Corée du Nord, ni l’Irak de Saddam Hussein. Reste le pavot. On raconte que 90% de la production d’héroïne aurait sa source dans ce pays. Mais on raconte ce que l’on veut en la matière. Les meilleurs experts disent qu’ils n’en savent rien. Et puis les Talibans, quand ils étaient au pouvoir, avaient commencé à lutter contre cette culture. C’est l’intervention étrangère, puis la guerre, qui en a relancé la production.

 

Pour quelle raison alors l’Occident est-il intervenu dans cette région qui n’a aucun intérêt stratégique ou économique ? Pour éradiquer le terrorisme islamique ? Mais les auteurs des attentats du 11 septembre, de Londres ou de Madrid étaient-ils Afghans ? Non ! Pour établir la démocratie ? Mais alors pourquoi ne pas intervenir en Syrie ou en Arabie saoudite, terre d’origine du fondamentalisme religieux, mère partie de Ben Laden, qui a longtemps financé et finance très certainement encore de nombreux imams radicaux de part le monde. Ou bien encore au Pakistan, pays détenteur de l’arme atomique, politiquement instable où l’extrémisme religieux pactise avec les services secrets et certaines fractions de l’Etat et de l’armée.

 

Mais tout le monde sait que le phénomène taliban n’est que la version locale d’un cancer qui ronge l’ensemble du monde musulman qui se nourrit principalement de la misère, de l’absence de démocratie et de la corruption qui sévit dans ces pays. Pis, les auteurs de certains attentats se recrutent jusque parmi les jeunes de la deuxième génération d’immigration comme au Royaume Uni. Enfin les Talibans, contrairement aux islamistes marocains, algériens, saoudiens ou égyptiens n’ont jamais exporté leurs attentats. Ils sont restés dans leur montagne et n’ont jamais menacé ni les Etats-Unis, ni le Royaume-Uni, ni la France.

 

En fait le terrorisme islamique – et singulièrement en Afghanistan – n’est qu’un danger mineur, localisé. La crise financière qui se propage aujourd’hui constitue une tout autre menace pour l’équilibre du monde. Tout comme pourrait l’être à terme une Russie ayant retrouvée sa puissance d’antan ou une Chine accédant au rang de puissance mondiale.

 

Le choix de l’Afghanistan comme cible est donc purement symbolique, politique, idéologique. Les Talibans sont en quelque sorte les boucs émissaires d’une vaste opération de propagande dont les motivations ne sont certainement pas de promouvoir la démocratie dans le monde mais bien plutôt de montrer que les Etats-Unis n’entendent pas céder d’un pouce leur position de super-puissance et de gendarme du monde. Choix et avertissement dérisoires, eu égard à la pauvre et faible menace que représentent ces montagnards fanatisés.

 

Evidemment les Etats-Unis se fichent comme de leur dernière chemise du sort des femmes et des jeunes filles afghanes. Les néo conservateurs américains ne valent guère mieux, question droits des femmes. Alors pourquoi continuer à vouloir entretenir la fiction d'un Occident (dont la France) menant là-bas une guerre contre la barbarie ? Le sort des femmes afghanes ne vaut guère mieux aujourd’hui qu’au temps où les Talibans régnaient en maîtres. La corruption du régime soutenu par les armées occidentales est même un puissant ferment de revalorisation de leur ancien pouvoir. C’est bien pourquoi, les armées étrangères – dont le contingent français – doivent quitter ce pays, sans délais.

16/09/2008

Le NPA doit faire ses preuves

Je l’avais déjà suggéré il y a quelques mois, pour le NPA c’est maintenant que les ennuis vont commencer. En d’autres termes, le projet ayant pris de la consistance, on ne va plus lui faire de cadeaux. Car à gauche (chez les Verts comme au PCF) on a bien compris que l’on ne pouvait plus laisser à la petite formation d’Olivier Besancenot tout l’espace politique laissé en jachère par le PS.

Ainsi, ce week-end, on a vu tour à tour les Verts puis le PCF annoncer leurs intentions pour la prochaine échéance électorale : les européennes. Pour les Verts il s’agit derrière Cohn-Bendit de réaliser une large alliance des écologistes, des Verts à Hulot en passant par Bové. Sur le papier le projet est tentant, encore faudra-t-il régler le problème de Hulot (ira-t-il au « charbon » ; c’est peu probable) et plus encore celui de Bové, passé en quelques mois du camp antilibéral à celui des pro TCE. Pour ce faire, Cohn-Bendit – toujours sur une ligne ni gauche, ni droite – semble prêt à mettre un peu d’eau antilibérale dans discours, reconnaissant que la politique menée à Bruxelles n’est pas celle qu’il souhaite, ni sur le terrain écologique, ni sur le terrain social. Il est resté cependant très vague sur son programme assurant cependant qu’il était tout aussi radical que celui du NPA (entendu sur RTL).

 

Pour le PCF la partie semble beaucoup plus difficile encore. Ayant échoué dans sa tentative de capter le mouvement antilibéral, il revient à son antique tactique d’union de la gauche mais avec des accents « gauchistes », concurrence avec le NPA oblige (exactement comme pour les Verts), souhaitant certainement peser sur le débat en cours au PS. Pauvre PCF ! Quand il affichait encore des scores électoraux à deux chiffres, il n’influença en rien la politique de son allié. Alors aujourd’hui que peut-il espérer ?

 

Le NPA doit-il s’inquiéter outre mesure de ces manœuvres ? Aujourd’hui Besancenot et son mouvement ont la cote. Les médias, du Figaro à Libération, leur reconnaissent une cohérence et un positionnement politique clair, compréhensible, en phase avec la conjoncture, même s’ils ne leur accordent aucune crédibilité. Ils ne leur voient jouer en somme qu’un seul rôle possible dans les années à venir : celui de l’empêcheur de tourner en rond. Cependant ils n’envisagent nullement que le NPA puisse à terme gagner son pari : devenir le parti dominant à gauche. Une telle issue est pour eux déraisonnable, « surréaliste » comme ils disent.

 

Dans l’immédiat, ils n’ont pas tout à fait tort. Que pèse réellement le NPA, c’est-à-dire en dehors des sondages ? Combien de combats sociaux à son actif ? Dans quel combat politique s’est-il illustré récemment ? Sur le retrait des troupes française d’Afghanistan, sur le combat pour les sans papier, sur le retrait du fichier Edvige, il n’est que partie prenante, jamais à l’initiative. Quant aux mouvements sociaux, aux quelques escarmouches de résistance, ici ou là, bien rares, il ne peut qu’afficher son soutien et sa solidarité mais on a pas encore vu des militants estampillés « NPA » conduire une grève, diriger une action syndicale, prendre la tête d’un mouvement.

 

Le NPA devra faire rapidement ses preuves s’il veut échapper aux combinaisons en cours. Sa chance aujourd’hui c’est que le PS ne croit plus dans la société civile, parce qu’il n’a plus de prise sur elle. Il pense que le NPA n’a aucune chance de se développer, et qu’une fois réglé ses problèmes de leadership, Besancenot rentrera dans sa coquille. A droite on s’amuse de l’embarras que constitue pour le PS le cactus Besancenot, mais on ne croit pas plus qu’un tel parti puisse un jour devenir un réel adversaire.

 

Le NPA aura franchi un cap décisif le jour où il cessera d’amuser la galerie. Que l’on commence au PCF et chez les Verts à s’agacer de tant d’effronteries est un premier test pour ce nouveau parti. Dans moins d’un an, aux Européennes, le NPA devra monter qu’il n’est pas là pour jouer les seconds rôles.

11/09/2008

Organiser la riposte ? Oui ! Mais par où commencer ?

Le succès du « nouveau parti anticapitaliste » qui tiendra son congrès de fondation en janvier 2009 est bien réel si l’on en croit divers sondages et les premières rencontres de ce mouvement. Quelque 10.000 militants se reconnaîtraient déjà dans ce projet et ce n’est apparemment qu’un début. Suscité par la popularité d’Olivier Besancenot dans les couches populaires, chez les jeunes, les syndicalistes et dans les rangs même de la gauche parlementaire (parmi les militants du PCF, Besancenot fait jeu égal avec Marie-Georges Buffet) sur fond de situation économique et sociale très dégradée et de désengagement de la gauche, ce succès apparaît cependant comme un paradoxe.

Autant on peut dire que ce nouveau mouvement cristallise l’exaspération de nombreux salariés et un souhait non dissimulé de changer de gauche, autant il semble impossible d’espérer rapidement traduire cette radicalisation en actes. Besancenot et le NPA ont beau appeler à la riposte, au « tous ensemble », il est vraisemblable qu’il ne se passera rien. C’est que le mouvement social est au plus bas. Il n’est qu’à voir, par exemple, l’effet produit par l’annonce de 5.000 suppressions d’emplois chez Renault. Aucune colère, la résignation.

C’est que refroidis par des années de reculs syndicaux, les salariés ont bien compris qu’ils ne peuvent plus dans l’immédiat s’appuyer sur leurs organisations pour engager la lutte. Les directions syndicales semblent en effet avoir pris leur partie de cette situation. Même le projet de privatisation de la Poste ne suffit pas à leur faire redresser la tête. Un seul objectif les intéresse : savoir qui de la CGT, de FO ou de la CFDT sera en tête à la fin de l’année aux élections prud’homales ? Quant à SUD-Solidaire, trop petite pour être l’outil du déclic, elle ne peut qu’espérer prendre le train en marche. Mais faudrait-il encore qu’il se passe quelque chose, qu’une faille s’ouvre quelque part.

Alors Besancenot prêche-t-il dans le désert ? Aujourd’hui cela ne fait aucun doute. Même si son « prêche » est entendu ou écouté. Il faudrait cependant se méfier. Cette « résignation » n’est pas uniforme. Si le mouvement social est atone, aphone, le mouvement démocratique reste mobilisé comme en témoigne depuis plusieurs années déjà l’ampleur de la riposte à la « chasse » aux sans papier, et plus récemment la mobilisation citoyenne qui s’est faite autour de la légalisation du fichier des RG, le projet Edwige. Avec à la clé, une premier recul du gouvernement. Comme quoi, la lutte est possible et peut être payante, à condition de délimiter ces cibles. Le NPA à cet égard doit ainsi momentanément modérer ses appels à une riposte d’ensemble, impossible dans les conditions présentes, et axer plutôt son travail de mobilisation sur des points précis : le retrait des troupes de l’Afghanistan ; la lutte contre la vie chère et pour la hausse des salaires; la mobilisation contre la privatisation de la Poste ; l’abandon total et définitif du projet Edwige.

 
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