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23/07/2008

Duperie constitutionnelle

Pauvres socialistes ! Il y a quelques mois, en s’abstenant majoritairement, ils prêtaient leur concours à la ratification du mini traité de Lisbonne, texte remanié du fameux TCE pour lequel ils avaient appelé à voter « oui » en 2005. Aujourd’hui ils perdent la bataille de la « réforme » de la constitution voulue par Sarkozy, à une voix près, celle de l’un des leurs : Jack Lang. Celui-ci faisant  remarquer à ses amis, non sans raison, qu’il n’a fait là que voter selon ses convictions, cette réforme comportant bien des mesures préconisées depuis des lustres par les socialistes eux-mêmes.


Rappelons qu’il ne s’agit là que d’une énième péripétie dans la longue histoire de cette constitution taillée pour de Gaulle entre 1958 et 1962. Qu’après avoir dénoncé ce « coup d’Etat permanent », Mitterrand s’en servit quatorze ans durant sans jamais la remettre en cause, bien au contraire ; que Lionel Jospin en faisant passer le mandat du président à 5 ans et en couplant présidentielle et législatives, renforça le caractère présidentiel du régime ; et qu’en remontant même aux origines de cette constitution on retrouve également la patte d’un ancien 1er secrétaire de la SFIO (l’ancien nom du PS) : Guy Mollet.


C’est peu dire que les rapports que les socialistes entretiennent avec cette constitution sont ambigus. Ils en dénoncent le caractère « monarchiste » (autrefois on disait « bonapartiste »), quand ils sont dans l’opposition, mais se battent comme des chiens pour savoir lequel d’entre eux occupera le trône. Car en vérité, cette constitution ils y tiennent. Elle leur permet, comme pour la droite, de diriger le pays à leur guise sans y être majoritaires. Et c’est bien pourquoi les Français ont suivi d’un œil distrait cette joute à laquelle se sont livré la gauche et la droite au cœur de l’été. Son enjeu ne les concernait pas.


Ou tout du moins ils savent depuis longtemps quel usage il est fait des institutions : une machine à confisquer la démocratie au profit d’une élite. La preuve. En 2005 cette élite les appela à voter « oui » au traité européen. Certains pensaient d’ailleurs que ce référendum était une faute politique. La majorité des Français pencha pour le « non ». Qu’à cela ne tienne, trois plus tard, on remit le couvert, mais, cette fois seuls les parlementaires furent appelé à se prononcer. Ce déni de démocratie ne fut même pas dénoncé par le PS. Le « non » d’aujourd’hui des parlementaires socialistes à cette nouvelle « réforme » de la constitution n’était donc rien d’autre qu’un petit coup politicien, sans importance, que tout le monde s’empressera d’oublier bien vite.

03/07/2008

Le grand « chantier » du NPA

Le Nouveau Parti Anticapitaliste est d’abord un vaste chantier qui bouleverse l’entendement traditionnel en matière politique. C’est ce que n’arrive pas à comprendre les « experts », journalistes, politologues et politiques, qui se trompent du tout au tout lorsqu’ils s’échinent à analyser et à commenter le processus en cours initié par la LCR depuis la présidentielle. Cela est dû à la façon simplissime dont ils conçoivent la politique. Pour eux, elle consiste pour l’essentiel à rassembler autour d’un leader et d’un programme des hommes et des femmes avec pour objectif d’arriver le plus tôt possible aux affaires en espérant gagner les élections, et au premier chef la seule qui compte : la présidentielle.


De toute évidence ce n’est pas l’objectif du NPA même si, parfois, les apparences sont trompeuses. Ainsi les « experts » ont fait de Besancenot le leader de ce mouvement. Or, même s’il est vrai que Besancenot a indéniablement joué un rôle moteur dans ce processus et que sa personnalité, sa façon de parler et d’aborder les problèmes politiques ne sont pas pour rien dans son succès, il serait idiot de sous-estimer les conditions qui ont permis son émergence. Et ce d’autant plus que l’on avait déjà eu avec Arlette Laguiller un phénomène identique quelques années plutôt.

Ces conditions, il est toujours bon de les rappeler : chômage de masse, dérégulation du marché du travail, modifications profondes de l’organisation de la production, rôle de plus en plus négligeable de l’Etat providence dans la conduite de l’économie, perte d’acquis sociaux et partage de plus en plus inégal des fruits de la croissance… Mais ce qui a été décisif, c’est la participation des organisations représentatives du monde du travail (partis et syndicats) à ce processus. Car loin de faire obstacle à cette « révolution néo libérale » elles en ont été souvent les agents les plus zélés.

Sur le terrain politique cela s’est traduit par une perte de confiance durable des couches populaires dans leurs représentants historiques. L’abstention est devenue ainsi le premier « parti ouvrier ». L’extrême droite a, pendant un temps, pu capter une partie de cette méfiance. Enfin, en 2007, la victoire de la droite a été en grande partie due à la capacité de son chef à séduire majoritairement ces oubliés de la croissance. Chirac, en 1995, avait déjà tenté un tel coup avec son discours sur la « fracture sociale ».

 

Mais n’oublions pas qu’en France en particulier, ce processus qui s’étend sur plus de vingt-cinq ans a produit aussi des mouvements de résistance importants comme en 1995 ou en 2005. Il n’y a donc pas de « mystère Besancenot » comme a pu l’écrire récemment Le Nouvel Observateur. Le succès populaire d’Arlette, puis d’Olivier s’expliquent aisément. C’est d’abord le symptôme qu’une partie de l’opinion publique commence à penser qu’il existe peut-être une autre voie que celle du renoncement.

Mais contrairement à Lutte ouvrière imperméable aux modifications profondes de la période politique, le mérite de la LCR s’est d’avoir compris qu’une page était tournée et avoir su en tirer toutes les conséquences en ouvrant le grand chantier du NPA. Si le vieux mouvement ouvrier était à l’agonie, s’il n’y avait plus le moindre souffle encore vivant de l’héritage des révolutions passées, alors il fallait, sinon repartir à zéro, du moins réviser les acquis, prendre le meilleur, abandonner les mauvaises solutions, s’enrichir des nouvelles questions comme celle de l’écologie, bref construire un nouveau programme, trouver de nouvelles manières de militer et imaginer ce que pourrait être aujourd’hui une perspective socialiste pour le siècle en cours.

La question du nom de ce futur parti est une parfaite illustration de cette quête. Toute une terminologie qui servait traditionnellement à caractériser les formations issues du mouvement ouvrier (gauche, socialisme, communiste, ouvrier, révolutionnaire, front, rassemblement, bloc, mouvement, ligue et même parti) est ainsi décortiquée et critiquée. Le choix du nom ne sera donc pas anodin.
 
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