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29/06/2008

Le NPA, Rouillan, les socialistes et les scribouillards

Après l’annonce présidentielle d’une remise à plat des missions du service public de l’audiovisuel et de son financement, les personnels des chaînes, les journalistes surtout, nourrissent quelques inquiétudes quant aux libertés qu’ils auront désormais de faire leur métier en toute indépendance. Dans un contexte politique où l’on attribue au président des velléités de contrôler les médias, publics ou privés, ces inquiétudes ont quelques raisons d’être, d’autant plus que l’actuel locataire de l’Elysée ne fait pas mystère de ses amitiés avec plusieurs grands patrons du paysage médiatique français.

 

Certes, sous tutelle ou non, et quelque soit leur positionnement, résolument de droite ou plutôt de centre gauche, la presse, les radios et les télévisions ne s’écartent guère des sentiers battus de « l’idéologie dominante », le spectre étant suffisamment large pour accueillir tout le monde. En clair, les médias vivent en général en meute, aboient souvent à l’unisson et puisent pour beaucoup leur inspiration dans les idées reçues et les poncifs. A y regarder de plus près, il n’y a finalement pas grande différence entre Charlie hebdo et Le Figaro. D’ailleurs les journalistes sont pour la plupart interchangeables. C’est même à cela que l’on reconnaît un bon professionnel, à sa capacité à servir la soupe de son employeur. On dit que la majorité des journalistes penche à gauche. C’est peut-être vrai, mais c’est à une gauche qui se garde bien de contester aux puissants leurs pouvoirs exorbitants que va leur assentiment.

 

Et pourtant… Besancenot l’anticapitaliste, serait devenu la coqueluche de ces médias là. Voilà qui est surprenant mais parfaitement exact factuellement. Depuis la présidentielle de 2007, on le voit en effet partout, le « facteur de Neuilly » : ses moindres faits et gestes sont repris pratiquement en boucle ; on lui consacre des émissions entières ; il est devenu pour ainsi dire incontournable. Au point qu’à « gauche », c'est-à-dire au PS, on s’en inquiète. Très vite, on a trouvé une explication « rationnelle » à ce traitement incongru : Besancenot serait en train de devenir pour la gauche ce que fut Le Pen pour la droite. Les « meilleurs spécialistes » acquiescent et argumentent. C’est idiot, imbécile et injurieux, mais le furet est lâché. D’ailleurs, Vaillant à qui Hollande a confié la mission d’étudier le « phénomène », a repris la balle au bond : « Bon sang, mais c’est bien sûr ! », nous assène le commissaire Bourel du n° 10 de la rue Solferino.

 

Preuve par neuf de cette complicité « objective » (comme disaient jadis les staliniens) entre les médias et Sarkozy pour faire monter la mayonnaise « trotskiste », le peu d’empressement de Besancenot, omniprésent sur les plateaux, à critiquer ses hôtes, comme le firent Bayrou ou Royal en 2007 lors de la présidentielle. Puis vint Rouillan ! Rouillan, c’est l’ex chef d’Action directe, en semi liberté après plus de 18 ans d’incarcération et d’isolement. Il a demandé à voir Besancenot. La LCR qui n’a jamais caché son opposition radicale aux méthodes terroristes des amis de Jean-Marc Rouillan mais qui a milité pour que soit mis un terme à la vengeance de l’Etat, n’a pas fait obstacle à cette rencontre.

Pour les médias, apparemment en panne d’angle ("la bandaison, papa, ça ne se commande pas !"), quelle aubaine ! « C’est bon ça, coco ! » De là à imaginer que Rouillan aurait demandé à prendre sa carte au NPA (qui n’existe pas), qu’il briguerait de jouer un rôle dans ce nouveau parti anticapitaliste en formation, que se réaliserait là la fusion entre une extrême gauche respectable et la queue de la comète terroriste des années 70-80, évidemment personne ne l’a écrit ou ne la dit franchement. Mais il suffit de l’avoir suggéré. Voilà donc Besancenot habillé pour l’été et l’automne, en attendant l’hiver. Pour le NPA, les beaux jours sont finis.

16/06/2008

Ma petite entreprise

Après les marins pêcheurs, c’est au tour des camionneurs puis de l’artisanat de manifester leur grogne contre la hausse du prix de l’essence et du gasoil. Voici donc des catégories sociales, qui peu ou prou pouvaient s’estimer jusqu’ici bénéficiaires d’un système économique en partie basé sur un coût de l’énergie au rabais, prises dans la tourmente libérale.

Mais allez donc expliquer à tous ces petits patrons, tous ces héros anonymes de la libre entreprise que cette hausse est normale, que c’est même la preuve par le marché de la bonne santé de l’économie mondiale, et qu’à la limite c’est une bonne chose, car l’on ne peut plus continuer comme ça à dilapider cette énergie non renouvelable ?

La " petite entreprise " n’en a cure ! Pendant trente ans on l’a incité à se développer. L’artisanat n’est-il pas le premier employeur de l’hexagone ? On oublie cependant trop souvent d’expliquer les raisons de ce dynamisme. Au faible coût du transport, s’ajoute celui des salaires. Quand le 1er employeur paye ses employés comme son pétrole, comment s’étonner que le pouvoir d’achat n’augmente pas, voire régresse. D’autant plus qu’au-delà de l’artisanat, c’est tout le système de la sous-traitance qui a vécu ainsi, au plus grand profit de la grande entreprise.

Ce n’est donc pas demain la veille que l’on verra les grands patrons du CAC40 manifester auprès des taxis ou des ambulanciers. La crise ? Quelle crise ? Quand à un bout de la longue chaîne du capitalisme on s’agite et écume de rage, à l’autre bout on spécule et imagine d’autres scénarii. La grande entreprise a les moyens de voir venir.

09/06/2008

« Soyez réalistes, demandez l’impossible ! »

C’est une antienne qui confine à la tautologie. La LCR est sectaire (ou pour le moins largement suspect de sectarisme) tandis que les " antilibéraux " (appelons comme ça tout le reste de la gauche de la gauche) sont " ouverts " au dialogue et donc à la multiplicité des alliances. Ainsi, dans leur " adresse aux initiateurs du NPA ", Clémentine Autain, Luc Boltanski, Elisabeth Claverie, Frédéric Lebaron, Michel Onfray et Arnaud Viviant invitent la LCR à mener " une clarification entre une option visant à cultiver le petit pré carré de l'extrême gauche et une autre à même de jouer grand angle [qui] permettrait d'emmener le plus d'énergies possible. "

Mais au fait où se situe le problème ? Dans sa réponse à " l’adresse ", la direction de la LCR le situe d’emblée là où ça fait mal : " L’anticapitalisme est (…) pour nous la valeur cardinale autour de laquelle doit se réorganiser une vraie gauche (…) L’anticapitalisme n’est pas une posture défensive, mais la proposition d’une rupture avec ce système, appelant la construction d’une autre société. " Je suppose que cette première réponse aux questions des signataires de " l’adresse ", constitue pour eux la preuve évidente de l’enfermement de la LCR dans le " pré carré de l’extrême gauche ". Ainsi, selon eux, " anticapitaliste " égale fermeture ; " antilibéralisme ", ouverture.

Et si c’était l’inverse ? Au fond, quel est le principal reproche que l’on fait traditionnellement aux révolutionnaires, sinon de ne pas tenir compte des réalités, d’être d’incorrigibles utopistes, de vouloir l’impossible. Ce qui n’est pas faux, car être " anticapitalistes " c’est bien prendre le pari qu’il y a plus de solutions aux problèmes de l’humanité dans la recherche d’autres voies qu’en se limitant aux seules possibilités offertes par l’économie de marché, en d’autres termes, - pour reprendre une formulation de " l’adresse " -, de préférer jouer " grand angle " plutôt que " petit bras ".

Fallacieux ? Raisonnement spécieux ? Sophisme ? Renvoi du compliment à l’arroseur ! Des preuves ? En voilà une : " Une posture uniquement défensive ne fera pas le compte. Or, le concept phare du NPA, " l’anticapitalisme ", ne contient-il pas cette limite dans son intitulé même ? Se définir "pour" et non "contre", porter un projet et non un cahier de revendications, nous semblent des conditions incontournables pour convaincre et faire avancer nos objectifs ", est-il écrit dans " l’adresse ". Un comble ! Ainsi les révolutionnaires, ceux qui luttent pour le socialisme, par conséquent pour un projet de rupture avec l’économie de marché, ne seraient finalement que des syndicalistes, porteurs d’un simple cahier de revendications. C’est en effet le monde à l’envers.

Mais pourquoi donc les " antilibéraux " sont-ils amené à un tel renversement ? Pour le savoir il suffit de lire la phrase suivante : " Car nous avons à concourir sérieusement dans le cadre démocratique, ne serait-ce que pour le transformer. " Et pour qui n’aurait pas compris, on poursuit : " On nous rétorquera que la rue, la grève, la contestation sont les moteurs des ruptures. C’est vrai. On en a aussi vu les limites, en 1968 ou en 1995. Faire l’impasse sur la traduction des contestations dans le champ politique attise les conservatismes. L’enjeu est de construire un autre rapport de force interne à la gauche et de combattre la division du travail : au PS la gestion et à nous la contestation. "

Ce n’est donc que cela le GRAND PROJET que les antilibéraux opposent au " syndicalisme protestataire " du NPA : contester au PS l’exclusivité qu’il revendique d’être le seul gestionnaire possible de l’Etat dans le cadre de la démocratie représentative existante, en espérant – un jour (mais quand et comment ?) – le transformer. Les antilibéraux ont beau faire la roue en se parant des plumes du paon : reprocher à la LCR et au NPA son "syndicalisme révolutionnaire" pour nous vendre finalement qu'une énième resucée d'un réformisme désormais improbable, quel aveu !

 
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