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29/05/2008

NPA : le dialogue est ouvert

Après Raoul Marc Jennar, un des principaux animateurs du mouvement altermondialiste (qui vient de retirer sa signature de l’Appel de Politis), six autres personnalités de la " gauche de gauche " (Clémentine Autain, Luc Boltanski, Elisabeth Claverie, Frédéric Lebaron, Michel Onfray, Arnaud Viviant), elles aussi signataires de l’Appel et qui le sont toujours, s’adressent à la LCR à propos de son projet de Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) dans une tribune publiée aujourd’hui dans Le Monde (" Adresse aux initiateurs du NPA ").

Le ton est d’emblée résolument ouvert : " Consternés par l'état de la gauche, nous sommes ravis que vous fassiez une proposition. On ne peut malheureusement pas en dire autant des autres organisations de la gauche critique : PCF, Verts, gauche du PS n'ont à ce jour rien soumis de tel. Nous avons manqué une occasion historique de bâtir une force nouvelle avec l'échec de la candidature unitaire antilibérale en 2007. Si vous avez votre part de responsabilités, nous sommes prêts à passer outre aujourd'hui, tant les torts sont partagés. " Voilà donc qui change radicalement après les propos d’après présidentielle où la LCR était montré du doigt au même titre que le PCF.

Il en est de même de ce qui " incitent à la prudence " les six signataires de l’adresse. Ainsi ils pointent le doigt non sans pertinence sur ce qu’il faut bien reconnaître être des questions sensibles dans le projet de NPA : " la question est de savoir quelle organisation constituer et comment. Le dépassement de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) par le nouveau parti sera-t-il réel ou de pure forme ? (…) Si nous sommes convaincus des limites d'une construction "par le haut" de la force nouvelle (…), nous pensons que l'on ne peut faire l'impasse sur la recherche active d'un spectre suffisamment large de sensibilités, de cultures et de traditions de la gauche d'alternative pour pouvoir engager un mouvement populaire et durable. "

Le texte n’échappe pourtant pas toujours à la caricature : " Avez-vous, au fond, renoncé réellement à rester purs entre vous, dans l'attente du Grand Soir ? " C’est une antienne qui a la vie dure cette notion de " pureté ". La fermeté sur un certain nombre de principes n’a jamais empêché les révolutionnaires d’être des pragmatiques et des tacticiens hors paire, des opportunistes au sens propre du terme. On pourrait citer des noms, et pas des moindres, mais ils risqueraient de heurter les âmes sensibles. Quant au " Grand Soir ", la LCR lui a tordu le cou depuis longtemps. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle a renoncé à la révolution, comme processus de changement radical à long terme.

Cette remarque est cependant plus instructive qu’il n’y paraît. Ce que les signataires de l’adresse admettent encore difficilement, c’est que la LCR ait pu finir par comprendre que le temps des avant-gardes minoritaires attendant l’arme au pied que les masses s’ébranlent appartenait au passé. Nous l’avons ici même intitulé " la clôture du trotskisme ". Ce n’est d’ailleurs pas nouveau. Cela fait bientôt dix ans que cette analyse sous-tend les textes fondamentaux de la LCR ainsi que les livres de Daniel Bensaïd. Pour la LCR, le souffle d’Octobre 17 s’est définitivement éteint en 1989 quand la révolution anti-bureaucratique est devenue impossible et a fait place dans l’ex " empire soviétique " à un retour en fanfare d’un capitalisme débridé.

Plus pertinent est, en revanche, le reproche qui est fait à la LCR de camper sur " une posture uniquement défensive ". Les six interlocuteurs argumentent ainsi ce qu’il faut comprendre comme leur principale critique au projet : " le concept phare du NPA, l'"anticapitalisme", ne contient-il pas cette limite dans son intitulé même ? Se définir "pour" et non "contre", porter un projet et non un cahier de revendications, nous semblent des conditions incontournables pour convaincre et faire avancer nos objectifs. Car nous avons à concourir sérieusement dans le cadre démocratique, ne serait-ce que pour le transformer. On nous rétorquera que la rue, la grève, la contestation sont les moteurs des ruptures. C'est vrai. On en a aussi vu les limites, en 1968 ou en 1995. Faire l'impasse sur la traduction des contestations dans le champ politique attise les conservatismes. L'enjeu est de construire un autre rapport de force interne à la gauche et de combattre la division du travail : "au PS la gestion et à nous la contestation". Enfin, vous prônez l'indépendance vis-à-vis du PS : cela nous convient, à la condition de ne pas fermer le débat sur les conditions et les formes de cette indépendance. "

En 2007, Clémentine Autain avait condensé cette question dans une formule abrupte. La LCR refusait de " mettre les mains dans le cambouis ". Avant-gardisme et pureté maintenus, peut-être ? ! C’est à la fois vraie, pour l’immédiat, et faux à long terme. Pour la LCR, en effet, la " gauche de gauche " a vécu, après 2005, dans l’illusion d’une alternative antilibérale. A moins, et ce fut tout le débat autour de la candidature commune en 2007, de laisser la porte entr’ouverte à une alliance avec le PS sur des principes flous. Mais comment croire qu’il aurait été possible de contraindre un PS hégémonique à une alternative politique antilibérale ?

Naïveté des antilibéraux ou calculs politiciens ? Un peu des deux. Quoiqu’il en soit la LCR en refusant de s’inscrire finalement dans le processus de la candidature commune ne faisait qu’affirmer son droit à penser autrement. Selon elle l’alternative était impossible tant que le rapport de force entre les " deux gauches " ne serait pas inversé en faveur de la " gauche de gauche ". Et pour qu’il en fut ainsi, il fallait construire un autre parti, résolument antilibéral, c’est à dire anti-capitaliste : le NPA. C’est pourquoi le projet de la LCR ne se pensait pas et ne se pense toujours pas, d’emblée, comme une alternative mais d’abord comme le creuset d’une résistance en construction. Ce qui n’exclue pas, de s’afficher comme une alternative en devenir.

Que les notions de " résistance ", de " cahier de revendications ", de parti pour la convergence des luttes, apparaissent pour l’heure prioritaires dans le NPA n’est donc pas un hasard. Pour autant cela ne signifie pas que la LCR a renoncé à tout projet de changement de société. On ne peut à la fois lui reprocher de penser encore au " Grand Soir " et de ne faire en pratique que du syndicalisme révolutionnaire. C’est même précisément le sens profond du projet de NPA : construire à terme avec des mouvements de tous horizons, et pas seulement avec les héritiers de Trotski ou de Lénine, le socialisme du XXIème siècle.

Pour conclure, cette phrase qui illustre bien le changement de ton qu’augure ce texte (après le lettre de Jennar et son dialogue avec Daniel Bensaïd) : " En dépit de ces préoccupations qui rendent de très nombreux militants actuels ou potentiels frileux à votre égard, qu'est-ce qui nous séduit ? Une proposition nouvelle (enfin), nous l'avons dit. Un enthousiasme partagé, notamment dans les catégories populaires, pour les prises de parole d'Olivier Besancenot qui donnent un coup d'air frais à des débats politiques poussiéreux et ronronnants. Une clarté de positionnement : à gauche, pas un peu, pas en tortillant ni en s'excusant, mais franchement. "

Certes demeurent encore bien des réticences, mais la glace est brisée : " Dans ce que vous donnez à voir, il existe des contradictions, des ambiguïtés. Une clarification entre une option visant à cultiver le petit pré carré de l'extrême gauche et une autre à même de jouer grand angle permettrait d'emmener le plus d'énergies possible. Tel est le sens de ce message. C'est un débat politique constructif que nous voulons ouvrir publiquement avec vous. "

Autre signe d'ouverture : le texte des Cual (Collectifs unitaires pour une alternative au libéralisme) publié dans Rouge.

27/05/2008

Au secours ! La « Deuxième gauche » revient

Sur son blog Mélenchon lance un défi à Delanoë  : " Si on lit bien [le livre de Bertrand Delanoë] il s’agit de faire entrer le libéralisme en tant que doctrine dans le corpus socialiste. Et il n’est pas question seulement du libéralisme en tant que courant d’idées anti-conservateur comme on nous le serine à l’envie. Il s’agit bien de la doctrine économique puisque les exemples donnés (compétition et concurrence) concernent l’économie. C’est donc au niveau des principes que cette " révolution " devrait être accomplie. Alors je dis chiche : puisque personne de ses proches n’en a parlé à la commission chargée de rédiger la nouvelle déclaration de principes, et puisque au contraire celle-ci a ramené sur les positions traditionnelles le texte finalement arrêté, pourquoi ne pas soumettre au vote de la prochaine Convention en juin cette idée ? "

Evidemment, il ne le fera pas, ou plutôt, Delanoë qui a de l’audace, mais point trop n’en faut, se défilera, expliquant comme il le fait partout, que le paradigme " libéral " doit être entendu ici dans son acception philosophique et politique. Bref, Delanoë se réclame de l’idéal des " Lumières ". Un peu comme si l’on disait que Marx était " libéral " parce qu’il avait été lié dans sa jeunesse aux jeunes hégéliens. Précisons cependant que le courant " libéral " en politique c’est Burke, Mme de Staël, Tocqueville, Constant, Guizot, Quinet, Taine… c’est à dire l’aile droite de la bourgeoisie montante, celle qui renâcle à poursuivre la révolution et freine des quatre fers, bref pas exactement ce courant dont se réclameront plus tard Jaurès et tous les socialistes.

Mais Delanoë et Mélenchon savent-ils tout cela ? On se le demande ! Delanoë cite Tocqueville pour se justifier, et il croit s’en sortir avec cette pirouette. Tocqueville, justement, qui a été remis à la mode depuis une bonne trentaine d’années par feu la Fondation Saint-Simon (Rosanvallon, Furet…), cette entreprise de démolition de la pensée socialiste (et communiste) venue du cœur même de la gauche et qui avait déjà porté sur les fonds baptismaux la " Deuxième gauche " de Rocard et Delors. Nul doute que Delanoë sait tout cela, mais ce qui était inacceptable il y a vingt ou trente ans est aujourd’hui recevable. Le temps et le bourrage de crâne ont fait leur œuvre : la " Deuxième gauche " est aujourd’hui majoritaire au PS.

C’est pourquoi le défi de Mélenchon est hors propos. Car le libéralisme politique n’est pas un " courant d’idées anti-conservateur " comme il l’écrit sur son blog. C’est au contraire l’expression d’une réaction aux avancées extrêmes de la révolution française, au moment où elle va se poser le problème de la remise en cause de la propriété privée. Cette réaction, qui combat le " maximum " (l’Etat fixant le prix des denrées de base), est bien aussi économique. Comme toujours politique et économie sont liées.

Point n’est besoin donc de chercher à prendre Delanoë en défaut sur son libéralisme en économie (" compétition et concurrence "). En se réclamant, à minima, de Tocqueville, en régurgitant Guizot et ses thuriféraires, cela suffit : il épouse explicitement les thèses de la contre-révolution. A quand la sortie de Jaurès du panthéon socialiste pour crime de lèse-libéralisme ?

22/05/2008

Delanoë, le nouvel esprit du socialisme ?

Tout comme Bernstein (théoricien social-démocrate allemand du début du siècle dernier) recommandait aux socialistes allemands de mettre en conformité leur actes et leurs discours, en somme de s’assumer pour ce qu’ils étaient devenus, des réformistes soucieux de respecter l’économie et la société de leur temps, le maire de Paris suggère aux socialistes français de mettre beaucoup de pensée libérale dans leur brouet socialiste.

Extraits : Pour le maire de Paris la gauche doit adopter " une doctrine de la liberté et de la justice dans une société imparfaite et non une doctrine de la lutte des classes qui nous promet une société égalitaire et parfaite (…) Si les socialistes du XXIe siècle acceptent enfin pleinement le libéralisme, s'ils ne tiennent plus les termes de "concurrence" ou de "compétition" pour des gros mots, c'est tout l'humanisme libéral qui entrera de plein droit dans leur corpus idéologique. Il faut choisir : la synthèse est morte. Voici venu le temps des différences assumée (…) "

A ce titre Bernstein passerait aujourd’hui pour un dangereux extrémiste mais nous sommes en 2008 et la social-démocratie de Jaurès et Kautsky est bien morte et enterrée. Plus d’assise ouvrière et populaire, et surtout plus aucune marge de manœuvre dans le cadre de l’Etat national pour dompter un capitalisme mondialisé. En somme les réformistes ont les mains nues et le seul outil (l’Europe) dont ils pourraient disposer, en théorie, pour assagir la " bête " leur échappe tout autant.

Que leur reste-t-il ? La vague possibilité d’accompagner le changement des mœurs, bref d’être la mouche du coche d’un monde marchandisé. Paris plage et nuits blanches, tout un programme. Tel est le sens de ce " coming out " libéral. Puisque nous ne pouvons rien faire dans ce monde qui nous échappe feignons d’en être les inspirateurs inspirés. Pitoyable ? Non ! Aveu d’impuissance plus certainement.

Valls, Royal ou Delanoë c’est l’enterrement du socialisme réformiste. Tournons la page.

18/05/2008

Alternative à gauche : vouloir n’est pas pouvoir !

55 personnalités viennent de signer dans Politis un appel intitulé " L’alternative à gauche, organisons-la ! ". C’est l’énième appel du genre et il a autant de chance d’être entendu que les précédents. Ce  n’est pas la qualité des hommes et des femmes qui est en cause – la plupart d’entre eux sont des hommes et des femmes sincères – mais l’objectif même de cet appel.

Vouloir une alternative est une chose. Qu’elle puisse se concrétiser en est une autre ! Pour se faire il faudrait que de forces politiques significatives de la gauche de gauche y consentent. Or aucun courant organisé, aucune force politique susceptibles de (ou inviter à) participer à un tel rassemblement ne souhaite, dans l’immédiat, y jeter toutes leurs forces : ni la " gauche " du PS ; ni la " gauche " des Verts ; ni le PC ; et d’autant moins Lutte ouvrière, sauf… et c’est là tout le paradoxe, la LCR. Et c’est justement parce qu’elle est la seule à vouloir changer la donne à gauche en en tirant toutes les conséquences (la dissolution à terme de la LCR) que ce courant a initié seule le projet d’un nouveau parti.

En fait la question centrale qui plombe cette alternative est la même que celle qui avait fait échoué la candidature commune antilibérale en 2007 faute de réponse claire. Y a-t-il à gauche du PS, au sein du PS lui-même, dans le PC, chez les Verts, une quelconque velléité de rompre clairement et définitivement avec la dérive gestionnaire social libérale des socialistes ? Non !

Ou bien ces courants pensent qu’il est encore possible de modifier le rapport des forces entre un social libéralisme dominant et un anti-libéralisme minoritaire. La victoire du " non " en 2005 aurait, soit disant, démontré que cela était possible. Mais c’est négliger un gros détail. Dans un premier temps la majorité du PS s’était prononcé pour le " oui ". Il avait fallu la manœuvre de Fabius, sentant le vent venir et pensant ainsi reprendre l’initiative au sein du PS, pour que les socialistes se divisent sur la question. Il avait fallu ensuite l’apport des votes d’une partie des électeurs de droite et de l’extrême-droite pour que le " non " l’emporte.

Ou bien, et cela est plus grave encore, ces courants ne souhaitent en fin de compte qu’une inflexion un peu plus à gauche du programme du PS, en gros un peu plus de social. On comprend dès lors que des personnalités qui ont participé à la gauche plurielle du gouvernement Jospin puissent signer un tel appel sans se renier. C’est l’emploi avec toutes ses ambiguïtés du terme d’anti-libéralisme qui permet de telles gymnastiques. Mais apparemment ce terme est encore trop fort. Dans cet appel il est non seulement pas question d’anticapitalisme, mais pas plus d’anti-libéralisme. Désormais il ne s’agit plus que de " transformation sociale et écologiste ".

On atteint là un sommet dans le genre sournois. Ainsi, d’appel en appel, on gomme tout ce qui pourrait déplaire. C’est ce qui avait été déjà tenté en 2007, pour séduire le PC, un PC qui ne devait pas aller trop loin lui aussi, pour ne pas rompre les ponts avec le PS… et ainsi de suite. En résumé le PS court après le centre ; le PC et les Verts court après le PS ; et la " gauche de transformation sociale et écologiste " court après tout ce beau monde. Cours toujours, comme dirait l’autre !

12/05/2008

L’huître ouvrière

Lutte ouvrière n’a rien compris. Qu’est-ce au fond que le projet de nouveau parti anticapitaliste de la LCR sinon la prise de conscience, tardive, que tout ce qui a été tenté depuis plus de soixante-dix ans pour construire un mouvement ouvrier de lutte de classe, révolutionnaire et démocratique, a échoué et que d’autres solutions doivent être tentées.

Les occasions auraient-elles manqué ? Evidemment non ! 1936, 1945, 1968, ont été autant de moments de surgissement des " larges masses " sur la scène politique et sociale, moments éminemment propices à susciter des prises de conscience impossibles en d’autres périodes quand le mouvement social est au plus bas. Certes, longtemps (on l’a un peu oublié aujourd’hui), un PCF stalinien, hégémonique dans le mouvement ouvrier, a tout fait, y compris physiquement, pour contrecarrer l’émergence à sa gauche d’une telle force. Mais c’est surtout parce que le PCF donnait alors toutes les apparences d’un parti de classe qu’une telle force n’avait pu se construire.

Pourtant, alors que bien des hypothèques ont été levées – le PC n’est plus que l’ombre de lui-même et le PS a très largement épuiser ses capacités à mobiliser l’électorat ouvrier –, l’extrême gauche peine à sortir de son état groupusculaire, et ce malgré les indéniables succès électoraux obtenus ces dix dernières années. Certes le verrouillage des systèmes électoraux, conçus pour faciliter l’expression du bipartisme, ne joue pas en sa faveur. Mais l’explication est trop courte, surtout pour des courants politiques qui n’attachent qu’un rôle secondaire aux élections.

Plus consistant est l’explication structurelle. Le mouvement ouvrier a subi de plein fouet l’offensive libérale de ces vingt dernières années, d’autant plus quand elle a été accompagnée, sinon conduite, par ses prétendus représentants. Surtout la réorganisation du travail, l’individualisation des tâches (Le " nouvel esprit du capitalisme "), un chômage de masse et la précarisation de l’emploi ont été autant de facteurs de désorganisation et d’affaiblissement du mouvement ouvrier. Malgré quelques rémissions comme en 1995 ou en 2005, difficile de reconstruire dans ces temps de défaite.

Alors autant le reconnaître, c’est le schéma que toute l’extrême gauche " trotskiste " avait en tête, pratiquement depuis son origine, qui est aujourd’hui forclos. En résumé, un jour ou l’autre sous le double impact de la radicalisation (celle des " masses ") et des trahisons (celles des appareils des partis réformistes et stalinien), des " pans entiers " des vieux partis devaient rallier la petite avant-garde qui attendait l’arme au pied. Pure illusion ? Erreur de pronostic ? Toujours est-il que ça ne s’est pas produit et que rien n’indique que cela puisse arriver un jour.

C’est cette leçon que Lutte ouvrière ne veut pas admettre alors qu’elle sait parfaitement dans quel état est le mouvement ouvrier. N’a-t-elle pas en 2007 (au moment des municipales) noirci le tableau en justifiant ainsi son alliance au premier tour avec le PC et le PS : il ne faut pas désespérer la classe ouvrière ! Parce que s’allier avec les fossoyeurs du mouvement ouvrier se serait lui redonner du courage !

Alors, parce que Lutte ouvrière n’a pas de solution viable en vue, hormis ses petits calculs électoraux, elle se referme, comme une huître, sur ce qui n’a jamais marché, en attendant des jours meilleurs.

07/05/2008

Quarante ans après

Ce dont je suis encore ébloui, en pensant rétrospectivement à ce mois de mai 1968, c’est surtout par cette vacance des pouvoirs – le mot flottement serait peut-être plus juste – dont nous avons été témoin pendant quelques jours, quelques semaines. C’est avec émerveillement, et disons le franchement beaucoup de crédulité, que nous avions vu alors ce vieux monde vaciller. Et ce n’était pas seulement l’Etat, son chef, ses institutions qui nous semblaient déstabilisés par nos coups mais tous les autres pouvoirs : celui des vieux partis de la gauche (SFIO, PCF), des confédérations syndicales et plus généralement de toutes les institutions, universitaires, culturelles, médiatiques, sportives même.

Mon souvenir le plus marquant à ce propos c’est quand des centaines de jeunes ouvriers de Michelin (j’étais alors à Clermont-Ferrand) déboulèrent un soir à la faculté des lettres que nous occupions. Eux aussi voulaient participer à ce maelström. Ils voulaient en être, coûte que coûte ! C’était purement spontané mais non sans arrière pensée. Ils nous interpellaient : " Que faut-il faire ? "

Il est possible que nous les avons déçus ce jour là – nous n’avions rien de bien concret à leur proposer – mais très certainement qu’au retour dans leur entreprise, ce sont ces jeunes qui entraînèrent les organisations syndicales dans l’action. Ainsi, contrairement à ce que l’on pu dire par la suite, ce n’est pas nous, les étudiants, qui étions " allés aux masses ", mais " elles ", ou tout du moins leur avant-garde, qui étaient venues à nous. Nous avions entrouvert une brèche, elles s’y engouffrèrent. Quelques jours plus tard ce fut la grève générale.

Il fallut encore quelque temps pour que le vieux monde retrouve ses esprits. Il avait été secoué durement mais il teint bon. La vieille gauche sortit Mendès-France de son chapeau à Charléty. Encore et toujours la troisième voie. Mitterrand tenta lui aussi sa chance. Les communistes, comme d’habitude, feignirent de vouloir un gouvernement populaire, mais rentrèrent dans le rang dès qu’ils purent obtenir du pouvoir à Grenelle de substantiels avantages sociaux et puis de nouveau la routine s’installa : élections, réformes...

Quarante ans après, ce vieux monde est toujours debout Il a même retrouvé une seconde jeunesse. C’est le " nouvel esprit du capitalisme ". Mais l’ancestral rêve d’émancipation que l’on croyait déjà à cette époque bien enterré n’est pas mort, il bouge encore.

 
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