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27/05/2008

Au secours ! La « Deuxième gauche » revient

Sur son blog Mélenchon lance un défi à Delanoë  : " Si on lit bien [le livre de Bertrand Delanoë] il s’agit de faire entrer le libéralisme en tant que doctrine dans le corpus socialiste. Et il n’est pas question seulement du libéralisme en tant que courant d’idées anti-conservateur comme on nous le serine à l’envie. Il s’agit bien de la doctrine économique puisque les exemples donnés (compétition et concurrence) concernent l’économie. C’est donc au niveau des principes que cette " révolution " devrait être accomplie. Alors je dis chiche : puisque personne de ses proches n’en a parlé à la commission chargée de rédiger la nouvelle déclaration de principes, et puisque au contraire celle-ci a ramené sur les positions traditionnelles le texte finalement arrêté, pourquoi ne pas soumettre au vote de la prochaine Convention en juin cette idée ? "

Evidemment, il ne le fera pas, ou plutôt, Delanoë qui a de l’audace, mais point trop n’en faut, se défilera, expliquant comme il le fait partout, que le paradigme " libéral " doit être entendu ici dans son acception philosophique et politique. Bref, Delanoë se réclame de l’idéal des " Lumières ". Un peu comme si l’on disait que Marx était " libéral " parce qu’il avait été lié dans sa jeunesse aux jeunes hégéliens. Précisons cependant que le courant " libéral " en politique c’est Burke, Mme de Staël, Tocqueville, Constant, Guizot, Quinet, Taine… c’est à dire l’aile droite de la bourgeoisie montante, celle qui renâcle à poursuivre la révolution et freine des quatre fers, bref pas exactement ce courant dont se réclameront plus tard Jaurès et tous les socialistes.

Mais Delanoë et Mélenchon savent-ils tout cela ? On se le demande ! Delanoë cite Tocqueville pour se justifier, et il croit s’en sortir avec cette pirouette. Tocqueville, justement, qui a été remis à la mode depuis une bonne trentaine d’années par feu la Fondation Saint-Simon (Rosanvallon, Furet…), cette entreprise de démolition de la pensée socialiste (et communiste) venue du cœur même de la gauche et qui avait déjà porté sur les fonds baptismaux la " Deuxième gauche " de Rocard et Delors. Nul doute que Delanoë sait tout cela, mais ce qui était inacceptable il y a vingt ou trente ans est aujourd’hui recevable. Le temps et le bourrage de crâne ont fait leur œuvre : la " Deuxième gauche " est aujourd’hui majoritaire au PS.

C’est pourquoi le défi de Mélenchon est hors propos. Car le libéralisme politique n’est pas un " courant d’idées anti-conservateur " comme il l’écrit sur son blog. C’est au contraire l’expression d’une réaction aux avancées extrêmes de la révolution française, au moment où elle va se poser le problème de la remise en cause de la propriété privée. Cette réaction, qui combat le " maximum " (l’Etat fixant le prix des denrées de base), est bien aussi économique. Comme toujours politique et économie sont liées.

Point n’est besoin donc de chercher à prendre Delanoë en défaut sur son libéralisme en économie (" compétition et concurrence "). En se réclamant, à minima, de Tocqueville, en régurgitant Guizot et ses thuriféraires, cela suffit : il épouse explicitement les thèses de la contre-révolution. A quand la sortie de Jaurès du panthéon socialiste pour crime de lèse-libéralisme ?

Commentaires

Rien à craindre de Mélenchon, dont les sorties racistes le placent plus dans le facho-socialisme, aux côté de Frêche, que dans une gauche vierge de tout soupçon...

Écrit par : Ouadou | 01/06/2008

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