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12/05/2008

L’huître ouvrière

Lutte ouvrière n’a rien compris. Qu’est-ce au fond que le projet de nouveau parti anticapitaliste de la LCR sinon la prise de conscience, tardive, que tout ce qui a été tenté depuis plus de soixante-dix ans pour construire un mouvement ouvrier de lutte de classe, révolutionnaire et démocratique, a échoué et que d’autres solutions doivent être tentées.

Les occasions auraient-elles manqué ? Evidemment non ! 1936, 1945, 1968, ont été autant de moments de surgissement des " larges masses " sur la scène politique et sociale, moments éminemment propices à susciter des prises de conscience impossibles en d’autres périodes quand le mouvement social est au plus bas. Certes, longtemps (on l’a un peu oublié aujourd’hui), un PCF stalinien, hégémonique dans le mouvement ouvrier, a tout fait, y compris physiquement, pour contrecarrer l’émergence à sa gauche d’une telle force. Mais c’est surtout parce que le PCF donnait alors toutes les apparences d’un parti de classe qu’une telle force n’avait pu se construire.

Pourtant, alors que bien des hypothèques ont été levées – le PC n’est plus que l’ombre de lui-même et le PS a très largement épuiser ses capacités à mobiliser l’électorat ouvrier –, l’extrême gauche peine à sortir de son état groupusculaire, et ce malgré les indéniables succès électoraux obtenus ces dix dernières années. Certes le verrouillage des systèmes électoraux, conçus pour faciliter l’expression du bipartisme, ne joue pas en sa faveur. Mais l’explication est trop courte, surtout pour des courants politiques qui n’attachent qu’un rôle secondaire aux élections.

Plus consistant est l’explication structurelle. Le mouvement ouvrier a subi de plein fouet l’offensive libérale de ces vingt dernières années, d’autant plus quand elle a été accompagnée, sinon conduite, par ses prétendus représentants. Surtout la réorganisation du travail, l’individualisation des tâches (Le " nouvel esprit du capitalisme "), un chômage de masse et la précarisation de l’emploi ont été autant de facteurs de désorganisation et d’affaiblissement du mouvement ouvrier. Malgré quelques rémissions comme en 1995 ou en 2005, difficile de reconstruire dans ces temps de défaite.

Alors autant le reconnaître, c’est le schéma que toute l’extrême gauche " trotskiste " avait en tête, pratiquement depuis son origine, qui est aujourd’hui forclos. En résumé, un jour ou l’autre sous le double impact de la radicalisation (celle des " masses ") et des trahisons (celles des appareils des partis réformistes et stalinien), des " pans entiers " des vieux partis devaient rallier la petite avant-garde qui attendait l’arme au pied. Pure illusion ? Erreur de pronostic ? Toujours est-il que ça ne s’est pas produit et que rien n’indique que cela puisse arriver un jour.

C’est cette leçon que Lutte ouvrière ne veut pas admettre alors qu’elle sait parfaitement dans quel état est le mouvement ouvrier. N’a-t-elle pas en 2007 (au moment des municipales) noirci le tableau en justifiant ainsi son alliance au premier tour avec le PC et le PS : il ne faut pas désespérer la classe ouvrière ! Parce que s’allier avec les fossoyeurs du mouvement ouvrier se serait lui redonner du courage !

Alors, parce que Lutte ouvrière n’a pas de solution viable en vue, hormis ses petits calculs électoraux, elle se referme, comme une huître, sur ce qui n’a jamais marché, en attendant des jours meilleurs.

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