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07/05/2008

Quarante ans après

Ce dont je suis encore ébloui, en pensant rétrospectivement à ce mois de mai 1968, c’est surtout par cette vacance des pouvoirs – le mot flottement serait peut-être plus juste – dont nous avons été témoin pendant quelques jours, quelques semaines. C’est avec émerveillement, et disons le franchement beaucoup de crédulité, que nous avions vu alors ce vieux monde vaciller. Et ce n’était pas seulement l’Etat, son chef, ses institutions qui nous semblaient déstabilisés par nos coups mais tous les autres pouvoirs : celui des vieux partis de la gauche (SFIO, PCF), des confédérations syndicales et plus généralement de toutes les institutions, universitaires, culturelles, médiatiques, sportives même.

Mon souvenir le plus marquant à ce propos c’est quand des centaines de jeunes ouvriers de Michelin (j’étais alors à Clermont-Ferrand) déboulèrent un soir à la faculté des lettres que nous occupions. Eux aussi voulaient participer à ce maelström. Ils voulaient en être, coûte que coûte ! C’était purement spontané mais non sans arrière pensée. Ils nous interpellaient : " Que faut-il faire ? "

Il est possible que nous les avons déçus ce jour là – nous n’avions rien de bien concret à leur proposer – mais très certainement qu’au retour dans leur entreprise, ce sont ces jeunes qui entraînèrent les organisations syndicales dans l’action. Ainsi, contrairement à ce que l’on pu dire par la suite, ce n’est pas nous, les étudiants, qui étions " allés aux masses ", mais " elles ", ou tout du moins leur avant-garde, qui étaient venues à nous. Nous avions entrouvert une brèche, elles s’y engouffrèrent. Quelques jours plus tard ce fut la grève générale.

Il fallut encore quelque temps pour que le vieux monde retrouve ses esprits. Il avait été secoué durement mais il teint bon. La vieille gauche sortit Mendès-France de son chapeau à Charléty. Encore et toujours la troisième voie. Mitterrand tenta lui aussi sa chance. Les communistes, comme d’habitude, feignirent de vouloir un gouvernement populaire, mais rentrèrent dans le rang dès qu’ils purent obtenir du pouvoir à Grenelle de substantiels avantages sociaux et puis de nouveau la routine s’installa : élections, réformes...

Quarante ans après, ce vieux monde est toujours debout Il a même retrouvé une seconde jeunesse. C’est le " nouvel esprit du capitalisme ". Mais l’ancestral rêve d’émancipation que l’on croyait déjà à cette époque bien enterré n’est pas mort, il bouge encore.

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