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17/04/2008

Ces ouvriers qui votent à droite

Comme en France en 2007, en Italie c’est le vote ouvrier (et employé) qui assure, dans un fauteuil, l’élection du candidat de la droite. Ce vote ouvrier à droite est particulièrement remarquable dans le nord de l’Italie où sévit la formation xénophobe et nationaliste d’Umberto Bossi, la Ligue du Nord.

Dans certaines villes très ouvrières de la Vénétie, la Ligue obtient des score de 20 % à 30 %, frôlant même les 50 % à San Pietro Mussolino. Avec certes moins d’ampleur, c’est le même phénomène en Ligurie et en Romagne. A Cittadella, au nord de Vicence, où le maire, membre de la Ligue, avait pris un arrêté pour refuser les étrangers démunis, elle obtient 42 %. Dans les deux grandes régions du Nord, la Lombardie et la Vénétie, elle fait jeu égal avec le parti de Berlusconi, le Peuple de la liberté (PDL). Dans la deuxième circonscription lombarde, elle obtient 27, 8 % à la Chambre des députés, contre 31,3 % au PDL, en Vénétie 28,2 % dans la 1ère circonscription contre 27,1 % au PDL, 25,4 % dans la deuxième, contre 27,8 %. A Milan, le mouvement d'Umberto Bossi a des résultats à deux chiffres : 12,3 % des voix à la Chambre.

Nous sommes le parti des ouvriers ! ", a pu ainsi déclaré Bossi. Le Pen avait fait la même chose il ya quelques années et Sarkozy s’en est souvenu en 2007. Il ne faut pas être un fin analyste des scrutins électoraux pour comprendre les raisons profondes de cette captation du vote des ouvriers par la droite : la gauche n’a plus rien à leur promettre. Je ne parle même pas des "lendemains qui chantent" – cette gauche là a tué depuis longtemps tout espoir d’émancipation sociale –, mais elle n'a même pas à leur offrir ce minimum syndical que l’on est en droit d’attendre d’elle.

Alors les ouvriers se vengent, comme ils peuvent, prenant pour argent comptant ceux qui leur disent que les responsables de leur malheur ce sont les immigrés ; ou l’Europe ; ou Rome ; ou la gauche, et peu importe qui, il faut un coupable ! C’est un discours identique que leur a tenu en France un Le Pen, puis un Sarkozy. Et ça ne peut que marcher. Car quels sont les premiers à avoir appelé aux lynchage de la gauche sinon la gauche elle-même, celle des Prodi et des Veltroni et bien d'autres avant eux : "n’écoutez pas les " nains " (la gauche de gauche) ! Ils ont fait votre malheur."

En Italie peut-être faut-il également ajouter le traumatisme " des années de plomb " quand une partie de l’extrême-gauche c’est fourvoyé dans le terrorisme urbain tandis que l’autre, celle de Berliguer (le dirigeant de PCI du " compromis historique " entre la droite et la gauche) commençait le travail de liquidation de l’héritage. Le principal ennemi de la gauche, c’est la gauche !

Commentaires

D'accord avec toi, sauf un point que je ne comprends pas : "elle [la gauche] n'a même pas à leur offrir ce minimum syndical qu'on attend d'elle"

A la première lecture j'ai cru que tu parlais de syndicalisme, et là ça m'étonnait car logiquement le syndicalisme vient des travailleurs et pas des partis politiques.
Ensuite j'ai compris que c'était à prendre au second degré.

Mais là, je ne suis pas sûr que tous les travailleurs aient la même vision du minimum syndical, en-dehors peut-être de l'idéal fédérateur d'embourgeoisement (tout le monde avec un travail qui permette à la génération suivante de faire si possible un travail mieux vu socialement et de vivre mieux). Cet idéal commun d'embourgeoisement me semble d'ailleur porter en son sein la faillite de l'idéal de gauche, car le bien-être matériel toujours plus représenté par l'accumulation de biens de consommation (à défaut d'accumulation de patrimoine, là encore un idéal bien fédérateur mais pas très politiquement correct) est un facteur de dislocation de la société dans le contexte de la mondialisation.

Écrit par : Armand | 21/04/2008

Dans le défunt parti communiste il y avait aussi l'idée que pour s'embourgeoiser il fallait se comporter en bourgeois de l'époque : interdiction de l'affichage de l'homosexualité, encouragement à faire des enfants dans l'intérêt de la reproduction des travailleurs, culte du chef, mépris pour les cultures déviantes hors interprétation desdites cultures par les "intellectuels" du Parti.

On sait maintenant que le PCF était une courroie de transmission du PCUS, et en était gratifié financièrement. On a vu lors de la disparition du communisme bureaucratique à l'Est que les forces conservatrices restaient du côté du communisme (avec des candidats communistes parfois élus aux premières élections démocratiques dans certains pays de l'Est, d'autres faisant carrière sous une habile étiquette de "socialistes"). Il ne faut pas nier la force du conservatisme dans ces régimes dont le PCF était un protégé : ainsi dans certains de ces pays à certaines époques même la lecture de Marx était interdite aux non-membres du parti communiste local. Ces derniers n'avaient droit qu'à des extraits sélectionnés des oeuvres du bourgeois de Londres qui couchait avec sa bonne. On retrouve cela sous une forme plus moderne en Biélorussie, avec à sa tête un admirateur d'Adolf Hitler dont le régime est relativement populaire car grâce aux subventions de Moscou il permet un niveau de vie minimal à l'ensemble de la population, donc d'éviter la grande misère au plus grand nombre...même s'il s'effondrera quand Moscou en aura assez, ou encore se suicidera dans une fusion avec la Russie.

Il est possible qu'à l'Ouest le conservatisme, la trouille du lendemain, les "rednecks", soient plus incarnés par la droite ou l'extrême-droite que par la gauche noyée dans les fonctionnaires éternels rentiers de l'Etat. Je pense que des partis comme la LCR ou "die Linke" n'ont pas vocation à regrouper la frange ouvrière "conservatrice" (je peux me tromper pour "die Linke", d'ailleurs je l'espère).

Bref tout en ne m'y retrouvant pas je pense comprendre la logique de ceux qu'on a appelé (parfois très abusivement) les rouges/bruns, ou encore les curieux rapprochements de discours chez des partisans du non au référendum du 29 mai 2005. Et donc ces salauds de pauvres qui votent "mal".

Écrit par : Armand | 21/04/2008

Dans le vote à droite de certaines franges ouvrières il y a d'abord une protestation. La gauche les a abandonnés à leur sort. Ces ouvriers lui font payé cette trahison. On a vu le même phénomène en France. N'est-ce pas Sarkozy qui en 2007 s'adressait aux ouvriers en ces termes : "La gauche vous a abandonné !" Mais qu'est-ce que la droite a à leur offrir. Rien. Ce vote est donc provisoir. On le voit bien en France où les ouvriers se sont massivement abstenus aux municipales. Enfin, c'est vrai le NPA répond d'abord aux attentes les ouvriers les plus conscients, ceux qui retrouvent le chemin de la révolte, de la lutte, de la grève.

Écrit par : Gilles | 21/04/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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